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	<title>Economie | Research Media</title>
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	<description>Barr al Aman</description>
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	<title>Economie | Research Media</title>
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		<title>L’économie sociale et solidaire, une histoire tunisienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Hafawa Rebhi]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Dec 2019 09:50:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[ESS]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au commencement était la solidarité, la vraie, cet élan fédérateur et bienveillant qui animait la vie de la&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><b>Au commencement était la solidarité, la vraie, cet élan fédérateur et bienveillant qui animait la vie de la collectivité… C’était il y a longtemps, bien avant que l’individualisme mercantile ne chamboule la société tunisienne. Et ça l’est encore aujourd’hui dans quelques communautés et régions où l’on pratique toujours la Twiza.</b></p>
<h4><b>Les racines de l’ESS</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">La </span><i><span style="font-weight: 400;">Twiza</span></i><span style="font-weight: 400;">, telle que définie par Wassim Laabidi, chercheur en économie sociale et solidaire (ESS), est dérivée du mot berbère </span><i><span style="font-weight: 400;">Wiz</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">Iwaz</span></i><span style="font-weight: 400;"> et qui signifie aider, s’entraider ou encore s’épauler.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Elle se décline, selon lui, en une vaste panoplie de pratiques adaptées, chacune, à la collectivité et à son  territoire. La </span><i><span style="font-weight: 400;">Farga</span></i><span style="font-weight: 400;"> en est une et consiste en une forme de financement solidaire encore appliquée en particulier dans le Sud Ouest de la Tunisie. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En cas de besoin et en particulier en cas de difficulté financière pour cause majeure, l’individu appartenant à une tribu peut faire appel aux membres de la communauté pour lancer une collecte de fonds. La somme collectée n’est pas assujettie à un remboursement de la part du bénéficiaire. Celui-ci a, toutefois, l’obligation morale de contribuer à la prochaine </span><i><span style="font-weight: 400;">Farga</span></i><span style="font-weight: 400;">. « Ce système ancestral de financement solidaire a permis jusqu’à aujourd’hui de renforcer les liens et la cohésion sociale au sein des tribus et des communautés sudistes », explique le chercheur.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce n’est certes pas un retour à la société archaïque que prône Wassim Laabidi, mais plutôt une reconnaissance de l’ancrage historique de la solidarité dans la société tunisienne. Les formes de l’économie solidaire en période précoloniale ne furent d’ailleurs que le point de départ pour le chercheur qui a remonté le cours du temps afin de dégager la dynamique et l’évolution de l’ESS dans le pays.  </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« Ce système ancestral de financement solidaire a permis jusqu’à aujourd’hui de renforcer les liens et la cohésion sociale au sein des tribus et des communautés sudistes », explique Wassim Laabidi.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Celui qui a ainsi retracé l’histoire, non pas de l’élite, mais celle des masses paysannes et urbaines, se trouve aujourd’hui agacé par une propension à occulter la profondeur historique de l’ESS. Depuis la révolution de l’hiver 2010-2011, un certain excès de benchmarking dans les fora économiques parrainés généralement par les bailleurs de fonds étrangers, pourrait en effet conforter l’idée que l’ESS vient d’ailleurs et que les Tunisiens n’ont qu’à l’importer et l’adapter à leur réalité.</span></p>
<h4><b>Un projet politique</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">En dédiant, en 2014, son mémoire de recherche à l’âme de Mohamed Ali Hammi qui avait fondé 90 ans plus tôt, la première Association tunisienne de coopération économique, le chercheur a également voulu insister sur la valeur politique de l’ESS. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les artisans et commerçants tunisiens ainsi organisés avaient résisté à la colonisation française tout en pavant le terrain à la naissance, en 1946, de la centrale syndicale. Le mouvement syndicaliste est ainsi fait de l’étoffe même de l’ESS dont les valeurs sont, entre autres, la solidarité, la liberté,  la gestion démocratique et collective, la responsabilité morale et surtout la primauté de l’homme sur le capital</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Wassim Laabidi craint, d’ailleurs, une approche trop encline à usurper cette âme et ces principes fondateurs de l’ESS et à n’en garder que le sigle à des fins de branding néolibéral.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’ESS pâtit déjà de l’échec de l’expérience des coopératives menée dans les années 1960 par le ministre du Plan d’alors, Ahmed Ben Salah. Ce socialiste dans l’âme avait, en vain, essayé de théoriser et d’institutionnaliser l’ESS en tant que troisième secteur, aux côtés du secteur public et du secteur privé. C’était, pensait-il, le meilleur moyen d’amorcer un développement agricole et industriel à grande échelle après plus de sept décennies de colonisation. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans une interview accordée en avril 1982 au journal le Maghreb, le ministre s’était expliqué en disant : « On reconnaît même le bien fondé de la stratégie que nous avions suivie, à savoir qu’on ne pouvait pas démarrer dans le développement sans au préalable créer une infrastructure. A l’échelle internationale on reconnaît maintenant qu’il faut un plan Marshall pour créer une infrastructure dans les pays du Tiers Monde, avant de penser en faire des marchés intéressants. » </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Désavoué par l’opinion publique et condamné en 1970 par la Haute cour à dix ans de travaux forcés, Ben Salah n’avait en aucun moment renoncé à la pertinence de sa stratégie, ni au potentiel du mouvement des coopératives.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"> « Ce sont les autres qui y ont renoncé lorsqu’ils ont imposé la généralisation hâtive [des coopératives], alors que moi j’ai écrit dans le texte du plan qu’il fallait faire les choses progressivement », avait-il affirmé à l’hebdomadaire tunisien.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">A l’opinion qui lui reprochait d’avoir précipité le mouvement coopératif et d’avoir massacré le petits agriculteurs, il avait répondu : « Si on avait commencé par les gros agriculteurs, l’expérience n’aurait pas duré six mois. Les gens s’étaient organisés en classe. Ils avaient leurs grandes et leurs petites entrées en haut lieu. Ils s’étaient déjà organisés en marge du courant progressiste ». </span></p>
<figure id="attachment_4627" aria-describedby="caption-attachment-4627" style="width: 225px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-4627 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-225x400.jpg" alt="" width="225" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-225x400.jpg 225w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-394x700.jpg 394w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-768x1365.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-864x1536.jpg 864w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-1152x2048.jpg 1152w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-370x658.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-270x480.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-169x300.jpg 169w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-740x1316.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/12/20161017_093222-scaled.jpg 1440w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /><figcaption id="caption-attachment-4627" class="wp-caption-text">Récolte des dattes, par l&rsquo;association de sauvegarde des palmeraies de Jemna, Kebili, Tunisie 17 octobre 2016 Mohamed Haddad pour Barr al Aman</figcaption></figure>
<h4><b>Méfiance et résistance</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">En 2019, le progrès ne fait pas partie du champ lexical employé par la classe politique. Coincés dans l’impasse du modèle néolibéral adopté par la Tunisie depuis les années 1970, les pouvoirs publics peinent déjà à juguler une pléthore de déficits. L’endettement extérieur est faramineux, le secteur privé est acculé au bout des chaînes de valeur mondiales et le chômage, qu’il soit masqué ou à visage découvert, a réduit des millions de jeunes à des épaves sans espoir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est dans ce contexte terne que l’ESS, tant par son ancrage historique que par son pouvoir créateur de richesse, se présente à l’Etat et à la société comme une alternative. Ne représentant que 1% du PIB national, l’ESS assure, sous d’autres cieux, comme en Espagne ou en France, plus de 10% du PIB. Cependant, le gouvernement n’arrive toujours pas à saisir le potentiel de l’ESS. Il en a pourtant fait un axe de son plan quinquennal 2016-2020 et lui a consacré une étude stratégique consistante. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La résistance à la logique de l’ESS est sortie au grand jour lors du bras de fer engagé il y a trois ans entre les habitants de Jemna </span><span style="font-weight: 400;">décidés à <a href="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/">gérer collectivement leur oasis</a> et le ministère du Domaine de l’Etat horripilé par ce qu’il a considéré comme une atteinte à ses terres domaniales.  </span></p>
<blockquote><p>Lire aussi: <a href="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/">Tunisie: L&rsquo;Etat jaloux d&rsquo;une ONG qui le dépasse</a></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette défiance est encore répandue parmi les hauts cadres des autres ministères qui ne comprennent pas l’essence de l’ESS. Pour eux, l’ESS s’apparente plutôt à une politique active de l’emploi (PAE) qu’à un troisième secteur à part entière. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les résultats des PAE menées depuis des décennies par le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle ne sont pourtant pas assez probants pour être calqués. Si elles ne s’étaient pas carrément soldées par un échec total, comme ce fut le cas pour le programme AMAL lancé en 2011 pour allouer des primes de chômage aux diplômés de l’enseignement supérieur, les PAE peinent à prouver leur efficience. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est d’ailleurs le cas du programme de Stage d’Initiation à la Vie Professionnelle (SIVP) lancé en 1987, lequel a été <a href="http://adapt.it/adapt-indice-a-z/wp-content/uploads/2014/09/adbg_tackling_graduate_unemployment_2012_158.pdf">évalué par la Banque Africaine de Développement (BAD)</a> en 2012. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Exposée dans un <a href="https://drive.google.com/file/d/1LYWoHxMOMGRo-1L6w_jFlTvq5rJ8miMm/view?usp=sharing">livre</a> consacré par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise (IACE) à l’évaluation des politiques publiques, l’étude d’impact du SIVP fait état d’un bilan mitigé. Ainsi, malgré son incidence positive sur la probabilité d’obtenir un emploi, essentiellement pour les plus vulnérables (les femmes, les jeunes originaires des zones défavorisées, etc.), le SIVP « ne garantit ni la stabilité dans l’emploi, ni une rémunération en adéquation avec le poste occupé ». </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’étude de la BAD rejoint une autre <a href="https://www.banquemondiale.org/content/dam/Worldbank/document/MNA/tunisia/breaking_the_barriers_to_youth_inclusion_fre_chap5.pdf">étude de la Banque mondiale (2012)</a> pour montrer que le SIVP n’est pas indispensable au recrutement. « Même en l’absence du programme, les entreprises auraient recruté le personnel dont elles avaient besoin », note l’IACE</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce mélange d’incompréhension et de méfiance de la part de l’Administration a été récemment rapporté lors du Forum de l’ESS tenu le 29 novembre et le 1</span><span style="font-weight: 400;">er</span><span style="font-weight: 400;"> décembre à Tunis par Nawel Jabbes, chargée de l’ESS au ministère de l’Agriculture, et membre du comité gouvernemental en charge de rédiger une loi réglementant l’ESS.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette résistance fait écho à ce qu’avait écrit Ben Salah, quelques années plus tôt, dans son livre « </span><i><span style="font-weight: 400;">Pour rétablir la vérité » :  </span></i><span style="font-weight: 400;">« L’hostilité à son égard [l’expérience des coopératives] ne s’explique à notre sens que par la force de l’héritage, lui sûrement étranger , de libéralisme économique, comme elle s’explique par la peur des classes privilégiées nouvelles ou anciennes de voir monter la sève de l’expérience du grand nombre, les forces des communautés de demain. » </span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/leconomie-sociale-et-solidaire-une-histoire-tunisienne/">L’économie sociale et solidaire, une histoire tunisienne</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Le « deal du siècle », un mirage diplomatique ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Guignard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jul 2019 16:53:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Conference de Manama]]></category>
		<category><![CDATA[deal du siècle]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>50 milliards de dollars. Répété en boucle dans tous les médias, ce montant donne le tournis et fixe un&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p3">50 milliards de dollars. Répété en boucle dans tous les médias, ce montant donne le tournis et fixe un prix au renoncement des droits politiques des Palestiniens. Il annonce avec force l’initiative états-unienne pour obtenir un accord de paix au Proche-Orient. Après deux ans de rumeurs sur son contenu, l’administration américaine a dévoilé son programme économique pour la rencontre de Manama (Bahreïn, 25-26 juin). Un tableau surréaliste qui nous parle d’occupation, de dollars et de vieille diplomatie.</p>
<h4 class="p3">Une absence performative</h4>
<p class="p3">Jusqu’à la veille de sa <span class="s1">publication</span> sur le site de la Maison-Blanche, le « deal du siècle » annoncé depuis la prise de fonction de Donald Trump a fait office de mirage diplomatique. Depuis plus de deux ans, la presse et les chancelleries diplomatiques devaient se contenter des rares déclarations de Jared Kushner (conseiller et gendre de Trump) et Jason Greenblatt (représentant spécial pour les négociations internationales). Trop peu pour deviner quelle serait l’orientation de cette initiative politique, suffisamment pour comprendre que les confidences de diplomates américains ou israéliens servaient de ballons d’essai sur certaines mesures, mais déjà trop pour que l’Organisation des Nations unies (ONU) ou l’Union européenne (UE) s’autorisent une initiative concurrente.</p>
<p class="p3">Ce fut là la première victoire trumpienne. Son annonce de vouloir régler l’épineux dossier israélo-palestinien comme on met un terme à un différend commercial — à grand renfort de menaces et de montants exorbitants — a tétanisé des partenaires qui n’ont jamais été submergés par leur courage diplomatique.</p>
<p class="p3">À l’ONU, les résolutions de l’Assemblée générale condamnant l’occupation israélienne et rappelant la nécessité de ne pas enterrer tout espoir de voir naître un État palestinien s’empilent dans l’indifférence (israélienne) la plus totale. L’organisation assiste également à l’offensive financière et politique de Trump contre ses agences pour dénoncer ou contraindre sa ligne politique.</p>
<p class="p3">L’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens (UNRWA) a vu son budget réduit de près de 30 % après la décision américaine de ne plus verser sa contribution (qui était de 360 millions en 2017 pour un budget total avoisinant le milliard de dollars). Fin 2018, les États-Unis ont également acté leur retrait annoncé de l’UNESCO, où leur dette pour impayés s’élève à plus de 550 millions de dollars et menace la viabilité financière de l’agence.</p>
<p class="p3">L’UE n’a, elle, jamais endossé le rôle politique auquel son influence économique l’autorisait à prétendre. Dernièrement, la France a tenté de jouer sa partition en proposant une initiative qui s’est réduite à une déclaration de bonne volonté. La décision israélienne de ne pas s’y associer l’avait condamnée dans l’œuf.</p>
<p class="p3">Sans concurrence diplomatique, l’administration américaine a avancé les pions d’une politique pleinement en phase avec celle du gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu, en dehors de toute négociation ou cadre multilatéral.</p>
<p class="p3">Le 6 décembre 2017, Donald Trump reconnaît Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël, une décision qui s’oppose au consensus international sur l’établissement de Jérusalem-Est comme capitale palestinienne. Le transfert de l’ambassade américaine le 14 mai 2018 pour le 70<sup>e </sup>anniversaire de la déclaration d’indépendance d’Israël (qui est également celui de la Nakba, l’expulsion de près de 800 000 Palestiniens de leur terre) donne corps à cette initiative, en signalant explicitement la décision américaine de clore unilatéralement la question de la division de Jéruslem, au coeur des exigences pour une paix juste.</p>
<p class="p3">Les multiples déclarations d’officiels américains — Kushner et Greenblatt, mais également David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël — sur le « droit » d’Israël à annexer les colonies de Cisjordanie viennent là encore se substituer à la publication des paramètres politiques du « deal du siècle ». La livraison fin juin 2019 de son volet économique n’informe d’ailleurs qu’à la marge son projet politique.</p>
<p class="p3">Pour compléter le tableau d’une performance diplomatique au service de la droite dure israélienne, il faut entendre le silence américain sur le désenclavement de Gaza, la levée de l’occupation ou la fondation d’un État palestinien pleinement souverain. En ce sens, Trump réussit à conjuguer l’art diplomatique du secret avec l’habitude israélienne du fait accompli. Le « deal du siècle » est avant tout l’histoire de son absence, qui aura permis d’anesthésier les volontés diplomatiques et d’avancer l’agenda israélien dans les Territoires.</p>
<h4>Économie palestinienne, de quoi parle-t-on ?</h4>
<p class="p3">Le temps d’une Ligue arabe unifiée capable de proposer son propre plan de paix régional (2002) – auquel Israël aura mis 14 ans à répondre, par la négative – est révolu, la preuve les pays arabes semblent subir cette initiative américaine plus qu’ils l’accompagnent (ou la combattent). La prudence politique a cependant été de mise devant l’annonce des 50 milliards de dollars, au poker comme en politique, le bluff a ses limites.</p>
<p class="p3">Les pays arabes ont redoublé de créativité pour être discrètement présents à « l’Atelier de Manama », ainsi rebaptisé pour ne pas souligner l’échec à réunir des représentations politiques de premier rang. Hommes d’affaires, cadres ministériels, secrétaires généraux ont fait le déplacement pour représenter leurs pays. Seuls l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont envoyé des délégations de niveau ministériel (en l’espèce, leurs ministres des Finances). La promesse d’investissements inédits n’a pas été pas suffisante pour faire courir le risque d’une contestation sociale trop forte dénonçant la « vente » du droit des Palestiniens à l’auto-détermination.</p>
<p class="p3">Cette frilosité peut s’expliquer par le bon sens politique de pouvoirs en place qui ne veulent pas offrir à leurs peuples une bonne raison supplémentaire de les dénoncer. D’autant que les autocrates de la région ne manquent jamais une bonne occasion de manier la « cause palestinienne » pour acquérir à moindres frais quelque légitimité politique.</p>
<p class="p3">Le peu d’engouement devant les annonces américaines doit surtout au caractère surréaliste du plan <span class="s1">Peace to Prosperity</span> (le nom officiel de ce volet économique), qui décrit une économie palestinienne sans aucun rapport avec sa réalité. Son lecteur n’apprend par exemple rien des conséquences économiques de l’occupation israélienne.</p>
<p class="p3">Le rapport se limite à définir comme obstacles au développement économique de la Palestine l’inanité de son gouvernement (qu’il faut donc réformer pour dynamiser le secteur p<span class="s2">rivé</span>) et la faiblesse des investissements extérieurs. Pour en faire la « Singapour du Moyen-Orient », le gouvernement américain propose donc de solliciter 50 milliards d’investissements sur dix ans et d’accompagner les pouvoirs publics palestiniens vers le libéralisme le plus débridé.</p>
<p class="p3">Dans la réalité, l’économie palestinienne souffre d’autres entraves. Le contrôle par Israël de la « zone C » (60 % de la Cisjordanie) lui offre le contrôle des terres arables, des voies de circulation et des réserves d’eau, en plus des territoires confisqués par les colonies. Autant d’atouts indispensables au développement d’une économie palestinienne.<span class="Apple-converted-space">   </span></p>
<p class="p3">Le deal du siècle ne dit rien non plus du féroce blocus terrestre et maritime qui enferme la bande de Gaza depuis plus de douze ans. Régulièrement bombardé et jamais reconstruit, ce territoire est l’un des plus peuplés au monde. Son taux de chômage atteint 53 % et la paupérisation galopante de la population, composée à 80 % de réfugiés, fait craindre le pire à l’UNRWA qui parle de « faillite politique ».</p>
<p class="p3">L’Accord de Paris (1994, volet économique des accords d’Oslo) a organisé l’enchâssement de l’économie palestinienne dans celle de son occupant. Marché captif du surplus de la production israélienne, elle ne dispose pas du contrôle nécessaire de ses sols pour développer son agriculture, pas plus qu’elle n’a le droit de développer son secteur industriel. Les négociateurs israéliens ont habilement déguisé cette interdiction en une mesure de sécurité ; qui dit industrie dit risque de production d’armes !</p>
<p class="p3">Quant au secteur tertiaire, il reste largement dépendant des autorisations israéliennes. Ce fut par exemple le cas de l’utilisation de la 3G en téléphonie, dont le déploiement fut interdit jusqu’en janvier 2018. Pour parfaire son contrôle, Israël est l’autorité en charge des autorisations pour l’import-export depuis et vers les Territoires et de la collecte des taxes. Leur reversement est fréquemment soumis aux aléas de ses relations avec l’Autorité nationale palestinienne (ANP), dont le budget dépend en grande partie de ces revenus.</p>
<p class="p3">Cette imbrication a eu une autre conséquence que celle du contrôle absolu par Israël de la vie économique palestinienne. Elle a permis l’injection dans l’économie israélienne de plus de 60 % du montant de l’aide versée aux Palestiniens (aide directe, soutien à l’ANP ou aux organisations non gouvernementales). Israël est donc le premier bénéficiaire de l’aide aux Palestiniens. Et Israël sera la puissance économique qui bénéficiera directement de l’injection des 50 milliards sur les dix ans à venir, si le plan américain devient réalité.</p>
<p class="p3">En publiant son volet économique en amont d’un éventuel volet politique, l’administration américaine ne fait pas que sérier les discussions autour de son hypothétique plan de paix. Elle écarte les causes politiques de la fragilité économique palestinienne, en premier lieu la poursuite de la colonisation, et fait vivre le fantasme d’un potentiel économique palestinien susceptible d’apporter à sa population une « prospérité » sans État. En ne répondant pas aux demandes de l’une des parties, cette initiative n’a aucun espoir d’atteindre son objectif affiché qui est la construction d’une « paix durable ». Elle permet en revanche d’acter de moins en moins discrètement le rapprochement économique d’Israël et des monarchies du Golfe sous couvert de négociations de paix.</p>
<h4 class="p3">La diplomatie a-t-elle encore un futur ?</h4>
<p class="p3">Le document proposé par l’administration américaine reprend les codes (et les illustrations, voir le fil <span class="s1">Twitter</span> de Jeol Braunold à ce sujet) des agences de développement ou des grandes ONG. En refusant d’affronter la question politique de la colonisation israélienne, la diplomatie se tire pourtant une balle dans le pied. Quel est en effet son rôle, sa « plus-value » pour emprunter à ce langage, face aux mondes du développement, de la défense ou du secteur privé si elle vide de toute dimension politique les discussions sur la paix et sur la guerre ? Incapable d’organiser le dissensus pour le résoudre, cette diplomatie de l’argent entend écraser toute opposition et toute demande politiques.</p>
<p class="p3">Sous couvert d’accompagner les Palestiniens vers la paix et la prospérité en contournant leur projet étatique, la proposition américaine soulève un certain nombre de questions qui dépasse le cadre israélo-palestinien. Trump poursuit et renforce l’aptitude américaine à marginaliser les instances internationales, à soutenir au-delà du raisonnable un pouvoir régulièrement suspecté de commettre des crimes de guerre, à privilégier le pouvoir des armes ou de la big money à celui de la diplomatie. Américaine, cette conduite pourrait tout aussi bien être russe, française ou saoudienne et s’incarne dans les désastres les plus contemporains de la région : Libye, Syrie, Yémen.</p>
<p class="p3">La diplomatie a jusqu’ici organisé l’impunité israélienne. La politique américaine repose aujourd’hui sur la croyance que la promesse de 50 milliards de dollars pourrait faire taire la demande palestinienne d’indépendance et de souveraineté. Passer d’une politique au service du plus fort à une négation de l’existence même des droits fondamentaux du plus faible<span class="Apple-converted-space">  </span>représente un virage qu’il conviendrait de ne pas prendre avec trop d’entrain, au risque de tuer définitivement tout espoir d’une paix véritable – celle qui reconnaît d’abord les peuples dans leur dignité.</p>
<p class="p6">Xavier Guignard</p>
<p class="p7"><a href="https://www.noria-research.com/fr/accueil/">Politiste, chercheur à Noria</a></p>
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<p>Cet article a été initialement publié sur <a href="https://aoc.media/analyse/2019/07/19/le-deal-du-siecle-un-mirage-diplomatique/">AOC</a>. Barr Al Aman Recherche &amp; Médias le met à disposition en arabe et en français avec l&rsquo;autorisation de l&rsquo;auteur</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/deal-siecle-mirage-diplomatique-fr/">Le « deal du siècle », un mirage diplomatique ?</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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