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	<title>Souveraineté alimentaire | Research Media</title>
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	<title>Souveraineté alimentaire | Research Media</title>
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		<title>« La terre amère » : Les paysans racontent leurs combats</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Hafawa Rebhi]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Jul 2020 07:55:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[ALECA]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[Décentralisation]]></category>
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		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’humus halète. L’eau frémit en sortant des vieux tuyaux en caoutchouc, puis elle chantonne en coulant dans les&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1" style="text-align: left;">L’humus halète. L’eau frémit en sortant des vieux tuyaux en caoutchouc, puis elle chantonne en coulant dans les seghias. Les feuilles des plantes potagères tremblent au contact de la douce brise matinale. Des cigales stridulent. Les roues de la charrette grincent en écrasant les cailloux de la piste poussiéreuse. Las, le moteur d’un tracteur vrombit continuellement pour vider les entrailles d’un puits tari. Un oud fredonne doucement. Des coups de percussion légers cadencent son chant.</p>
<p class="p1">Le documentaire du Groupe de Travail pour la Souveraineté alimentaire (GTSA) et de l’association Al-Warcha, réalisé par Mohamed Boukoum, est un film qui s’écoute. Mais, se contenter des scènes sonores priverait les yeux de tant de beauté : les champs verdoyants de la Manouba, l’immensité de la steppe de Sidi Bouzid, les palmiers de Kébili à perte de vue, ou encore les soirées estivales joyeuses dans l’oasis de Chenini sur la côte de Gabès.</p>
<p class="p1">Attention tout de même. Tout n’est pas vert. Tout n’est pas si onirique qu’on le croit. Aussi belle soit-elle, la terre que raconte ce documentaire financé (sans condition ni diktats) par l’ONG War on Want, est une « terre amère ». Et c’est d’ailleurs le titre du film.</p>
<p class="p1">« La terre amère » raconte en effet la paysannerie tunisienne et les combats qu’elle mène depuis des décennies.</p>
<p class="p1">La pertinence du film tient dans la force des témoignages qu’il expose. Ce sont les paysannes et les paysans qui parlent. Et là, on est très loin de l’image constamment véhiculée par les feuilletons et les one-man-shows insipides, celle du paysan vulgaire et ignare, moqué souvent pour ses habits et son accent rural.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="y0EYGdDW8I"><p><a href="https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/">Les graines de la souveraineté</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="&#8220;Les graines de la souveraineté&#8221; &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/embed/#?secret=0LxLr7ZuCC#?secret=y0EYGdDW8I" data-secret="y0EYGdDW8I" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1">Les paysannes et les paysans de « La terre amère » sont les détentrices et les détenteurs d’un savoir qu’ignorent certaines élites urbaines autoproclamées frileuses à tout contact avec la ruralité. Leur force de caractère, ils l’ont forgée en se confrontant aux aléas du climat et des politiques publiques. Leur décision de rester, de tenir bon, ils l’assument pleinement. Les chants de sirène de la vague libérale des années 1970 et 1980 ne les ont pas trompés. Ils n’ont pas échoué comme les autres dans les quartiers délabrés dont se sont ceintes les grandes villes industrielles ou touristiques du pays.</p>
<p class="p1">Les paysannes et les paysans de « La terre amère » sont surtout conscients de la mécanique du pouvoir et de l’assujettissement. Dans leurs esprits, coule la sève brute de la terre et leur vie est accordée au rythme de la nature.</p>
<p class="p1">Avant même sa prière de l’aube, Monjia Ferjani commence sa journée par un moment de recueillement dans son petit potager. Ce rite incontournable embué de rosée et de vapeurs matinales et cette communion quotidienne avec la terre, la paysanne mère de famille les raconte avec une sincérité émue et un sourire qui ne parvient pas à cacher sa tristesse. Vivant à la Manouba, l’un des gouvernorats les plus fertiles et les mieux irrigués du pays, elle et ses voisins sont des paysans dans l’âme. Mais, les 500 hectares de leur village de Dekhila (délégation de Tébourba), l’État préfère les céder à un seul investisseur privé que de les distribuer à Monjia et à des centaines de jeunes ne demandant qu’à accéder, dans la dignité, à un tout petit bout de terre.</p>
<p class="p1">Le biais de l’État en faveur du secteur privé est tout autant criant à Sidi Bouzid. Là-bas, à Menzel Bouzaiène, un investisseur détient à lui seul 1200 hectares. Barricadé dans son immense terrain fortifié, l’investisseur jouit sereinement des incitations généreuses de l’État : un sondage bien équipé et de l’eau abondante et gratuite pour irriguer 600 oliviers.</p>
<p class="p1">Qu’en est-il des oliviers au-delà des fortifications de ce domaine privé ? Ils crèvent, tout simplement, depuis que la nappe s’est asséchée. Quelque 50 paysans voisins de l’investisseur (comparé à un colonisateur) ont vu leurs puits tarir et dû creuser davantage, en deçà de 55 mètres, pour atteindre l’eau fuyante. L’un d’entre eux a désespérément entrepris le forage manuel d’un nouveau puits. Il y a mis tellement de temps que la poulie s’est rouillée et les cordages se sont usés.</p>
<p class="p1">Dans ce décor ocre et poussiéreux, Mourad Ben Hassine et Riadh Baccari ont relaté, au nom de leurs pairs, leur combat. Pour dénoncer l’injustice qu’ils subissent et mieux revendiquer leur droit à l’eau, aux intrants et à la vie, ces paysans se sont organisés au sein d’une association qu’ils ont baptisée « Vers une agriculture souveraine ». <span class="s1"><i>Nafas</i> </span>en est l’acronyme arabe et cela signifie le souffle.</p>
<p class="p1">Massoud Seghaier, lui, s’est reconverti à l’agriculture à la suite d’un long parcours professionnel. Après un séjour en Libye, un passage par l’enseignement et plus de 25 ans de travail dans les compagnies pétrolières du Sud tunisien, un retour aux sources s’imposait. Se reposer dans l’ombrage de la palmeraie après quelques heures de labeur était un rêve qui valait le coup.</p>
<p class="p1">Les problèmes guettaient toutefois Massoaud. Prouver sa propriété sur une parcelle de terrain est une entreprise ardue et compliquée dans les gouvernorats du sud où les terres sont encore collectives. Une autre menace couve au fin fond des sables rampants. Hydro-phages, les compagnies pétrolières finiront par gober toute l’eau qui irrigue en profondeur l’oasis.</p>
<p class="p1">Plusieurs autres paysans ont pris la parole dans le documentaire, notamment à l’occasion de la fête des semences paysannes organisée en septembre dernier dans l’oasis de Chénini.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lUCVy5GZ9f"><p><a href="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/">Tunisie/Jemna: l&#8217;Etat, jaloux d&#8217;une ONG qui le dépasse</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="&#8220;Tunisie/Jemna: l&#8217;Etat, jaloux d&#8217;une ONG qui le dépasse&#8221; &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/embed/#?secret=fXzlPM44MI#?secret=lUCVy5GZ9f" data-secret="lUCVy5GZ9f" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1">Répondant à l’appel de l’Association tunisienne de permaculture, des dizaines de paysannes et de paysans se sont ruées vers cette oasis maritime, lui apportant chacun un présent de valeur inestimable, comme pour lui insuffler la force face à la pollution et à la soif.</p>
<p class="p1">Pendant le jour, les invités de l’oasis exposaient leurs trésors : des semences de blé, d’orge et de légumes, des variétés tunisiennes qui n’ont pas été ni altérées ni hybridées. Devant les stands, sous les tentes, on échangeait dans la bonne humeur ces graines paysannes, tout en en relatant les histoires de transmission de génération en génération. Le soir, c’était l’heure des grands débats : le combat pour préserver ces semences et le savoir-faire qui leur est inhérent, la résistance nationale et internationale face aux multinationales semencières et agrochimiques, l’accès équitable à l’eau, le droit à la propriété de la terre, les modes d’organisation de la paysannerie, les ravages des monocultures intensives et les réformes nécessaires pour réaliser la souveraineté alimentaire.</p>
<p class="p1">À ces discussions, les militants des associations GTSA et Al-Warcha, comme Layla Riahi et Wassim Laabidi ont participé, non sans zèle. Les concepteurs du documentaire ne sont pas des observateurs extérieurs qui couvrent un sujet avant de passer à autre chose. C’en sont des personnages clés et influents, tout comme les autres paysans et militants rencontrés au fil des séquences. C’est là l’autre grande particularité de « La terre amère ».</p>
<p><iframe title="“The Bitter Land” - Al Warcha and Working Group on Food Sovereignty - TUNISIA" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/g_EazvGgs4s?start=17&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/la-terre-amere-les-paysans-racontent-leurs-combats-compte-rendu/">« La terre amère » : Les paysans racontent leurs combats</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Sécurité alimentaire en Tunisie : « On ne peut pas rester les bras croisés »</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/tunisie-securite-alimentaire-etat-des-lieux-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Oct 2019 17:19:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Eau]]></category>
		<category><![CDATA[Sécurité alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La sécurité alimentaire est une notion très large, qui prend en considération toute la chaîne alimentaire. Selon le Global Food Security Index, un classement dressé par un magazine anglais, la Tunisie occuperait la 51° position sur 113 pays en 2018. Alors que la société civile exprime son inquiétude quant à la situation du pays, les responsables politiques tunisiens semblent à peine prendre conscience de la situation du pays et des actions à mettre en place.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Alors que l’été battait son plein le Groupe d&rsquo;experts intergouvernemental sur l&rsquo;évolution du climat, plus communément appelé GIEC, publiait son<a href="https://www.ipcc.ch/report/srccl/"> 5e rapport</a>. Ce travail, qui est fondé sur les publications scientifiques et techniques actuelles, met cette fois-ci en avant la question de la sécurité alimentaire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour la représentante du WWF, le <a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/08/la-securite-alimentaire-au-defi-du-rechauffement-le-rapport-du-giec-adopte_5497560_3244.html">texte</a> souligne “</span><i><span style="font-weight: 400;">que la façon dont nous utilisons les terres n’impacte pas seulement le climat, mais la capacité des terres à fournir les moyens d’existence aux gens, à la nature et à la biodiversité.</span></i><span style="font-weight: 400;">” </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En Tunisie, ce risque de manque existe déjà à des échelles diverses. Il y a un an la « crise du lait » battait son plein. La vente de briques de lait était rationnée et les rayons réfrigérés des magasins ne proposaient plus de beurre. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les consommateurs avaient alors dû se résoudre à consommer autrement et s&rsquo;adapter. Cette situation de pénurie avait été présentée comme exceptionnelle, alors même qu&rsquo;elle pourrait devenir une réalité plus fréquente et toucher différents produits alimentaires. Car elle est une conséquence directe de la manière dont la terre est utilisée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette crise</span> <span style="font-weight: 400;">est une parfaite illustration de l&rsquo;état de la sécurité alimentaire dans le pays, pour Karim Daoud, éleveur et président de <a href="http://www.synagri-tunisie.org/fr/accueil/">Syndicat des agriculteurs</a> de Tunisie,</span><span style="font-weight: 400;"> syndicat qui a vu le jour en 2012. « La filière laitière est un colosse aux pieds d&rsquo;argile : nous importons des animaux, que nous sommes incapables de produire en Tunisie&#8230; Nous importons également leur alimentation&#8230; dont nous ne maîtrisons pas les coûts, qui évoluent sur le marché mondial, si bien que le coût de production en Tunisie augmente, mais pas celui de la vente, alors les <a href="https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/tunisie-les-eleveurs-pris-la-gorge-par-la-crise-du-lait">producteurs sont pris à la gorge</a>, abattent leurs vaches, les vendent&#8230; » et c&rsquo;est ainsi que le lait est venu à manquer sur le marché tunisien. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cet exemple n&rsquo;est qu&rsquo;une des multiples entrées qui permettent de saisir la notion de sécurité alimentaire, qui en réalité, est une question de sécurité tout court.  </span></p>
<h4><b>Toute la chaîne alimentaire est concernée</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Quand on pense « sécurité alimentaire », il ne s&rsquo;agit pas simplement de penser en terme de pénurie ou de crise sanitaire, comme cela peut être le cas lorsque des aliments avariés se retrouvent en vente par exemple. Cette notion concerne</span> <span style="font-weight: 400;">toute la chaîne alimentaire : production, commercialisation et consommation. De la graine plantée, à l&rsquo;argent qu&rsquo;il faut pour l&rsquo;acheter, à l&rsquo;eau pour l’arroser, à la publicité pour la nourriture, au quota nutritionnel, aux maladies en lien avec ce que nous ingurgitons&#8230;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La sécurité alimentaire se jauge à l&rsquo;aune de quatre dimensions :  la disponibilité, l&rsquo;accès, l&rsquo;utilisation et la stabilité. Des dimensions qui ont été définies en 1996 lors du <a href="http://www.fao.org/wfs/index_fr.htm">Sommet mondial de l&rsquo;alimentation</a> à Rome, et qui dépendent de nombreux facteurs. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De manière générale, la disponibilité des denrées alimentaires ne pose pas de problème en Tunisie, selon l&rsquo;Observatoire national</span> <span style="font-weight: 400;">de l&rsquo;agriculture (ONAGRI). L&rsquo;accès physique, lui, est quasiment assuré sur tout le territoire, mais la question de la barrière économique se pose de plus en plus du fait de l&rsquo;inflation et de la baisse du pouvoir d&rsquo;achat, rendant certaines denrées inaccessibles pour certains citoyens. La question de l&rsquo;utilisation, elle, est impactée par les changements dans les habitudes alimentaires, qui sont de plus en de plus éloignées du régime traditionnel tunisien. Ce à quoi s&rsquo;ajoute cette forte tendance au gaspillage alimentaire. Enfin, la stabilité pourrait subir les effets</span> <span style="font-weight: 400;">de la situation géopolitique et des changements de possibilités d&rsquo;importation de denrées alimentaires, toujours selon l&rsquo;ONAGRI.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Selon l&rsquo;indice de sécurité alimentaire mondiale « <a href="https://foodsecurityindex.eiu.com/Country/Details#Tunisia">Global Food Security Index</a> », un classement mis en place par le magazine anglais The Economist, et qui examine les questions fondamentales de l&rsquo;accessibilité, la disponibilité, la qualité et la sécurité des aliments, en 2018 la Tunisie se classe à la 51ème position sur 113 pays et son score global est de 60,9/100.</span><span style="font-weight: 400;"> </span><span style="font-weight: 400;">Un score qui montre que des actions doivent être menées dans le pays, notamment en prévision des impacts du changement climatique et de la raréfaction des ressources naturelles. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Chacune des quatre dimensions définissant la sécurité alimentaire couvre des réalités qui finissent par balayer tout le système dans lequel nous vivons : la production agricole, les ressources naturelles, le climat, la répartition foncière, les voix de distribution des denrées alimentaires, les importations, les exportations, l&rsquo;inflation, les habitudes alimentaires, le commerce, la santé, les épidémies, la stabilité géopolitique&#8230;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Karim Daoud explique ainsi que la notion de sécurité alimentaire est une notion qui « se construit », en assurant la mise en place d’actions qui permettent de stabiliser ces différentes dimensions. Ce n&rsquo;est pas une notion fixe que l&rsquo;on peut atteindre de manière définitive.</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« Elle touche à la question de la durabilité, des ressources naturelles, à une réflexion profonde sur les modèles de développement de l&rsquo;agriculture de demain et au même temps elle touche à la question de l&rsquo;autonomie&#8230; » explique-t-il.</span></p></blockquote>
<h4><b>D&rsquo;autres pénuries sont à craindre</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Si la crise du lait n&rsquo;a duré qu&rsquo;un temps, pour Karim Daoud, la situation de la Tunisie n&rsquo;est pas pour autant au beau fixe : « Il ne faut pas croire que ces situations vont se réduire : il y a de plus en plus de monde sur la planète, de plus en plus de conséquences du réchauffement climatique, de plus en plus de crises&#8230; »</span></p>
<p>M. Daoud, comme d&rsquo;autres acteurs de la société civile tunisienne, se dit inquiet quant à la situation de la sécurité alimentaire en Tunisie, au regard de l&rsquo;état de l&rsquo;agriculture notamment. Il prend ainsi comme exemple la manière dont la filière avicole est construite en Tunisie et dresse un parallèle avec la filière laitière, puisque les bêtes comme leur alimentation et les produits phytosanitaires sont importés explique-t-il. Si bien qu&rsquo;il peut tout à fait arriver un moment où une crise des œufs et de la volaille puisse avoir lieu dans le pays.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Interrogé sur l&rsquo;action des responsables politiques, il exprime des réserves. « Il n&rsquo;y a pas de vision sur ce qui doit être fait et sur ce que l&rsquo;on veut mettre en place. Nous n&rsquo;avons pas de direction. » Et il semble en effet que les autorités n&rsquo;aient pas encore pleinement mesuré la nécessité d&rsquo;un plan d&rsquo;action global pour assurer la sécurité alimentaire du pays.</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Pourtant d&rsquo;un point de vue légal, la Tunisie garantie de manière indirecte la sécurité alimentaire des citoyens à travers l&rsquo;article 21 de la Constitution :  » L’État garantit aux citoyens les libertés et les droits individuels et collectifs. Il leur assure les conditions d’une vie décente. »</span></p></blockquote>
<h4><b>Une situation préoccupante</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">En décembre 2017, le think thank tunisien <a href="http://www.ites.tn/">ITES </a></span><span style="font-weight: 400;">publié la « <a href="http://www.onagri.nat.tn/uploads/Etudes/securite%20alimentaire.pdf">Revue stratégique de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Tunisie</a>« . </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La <a href="http://www.fao.org/fileadmin/templates/wsfs/docs/Issues_papers/Issues_papers_FR/L%E2%80%99agriculture_mondiale_%C3%A0_l%E2%80%99horizon_2050.pdf">publication</a> s&rsquo;ouvrait sur un état des lieux guère réjouissant de la situation. Il y est certes fait état d&rsquo;une agriculture et d&rsquo;une disponibilité alimentaire qui s&rsquo;améliorent en Tunisie. Mais la réalité d&rsquo;un monde dans lequel il faudrait, selon les chiffres de la FAO, augmenter de 70% la production mondiale pour nourrir les 9 milliards d&rsquo;êtres humains d&rsquo;ici 2050, reste un défi qui concernera</span> <span style="font-weight: 400;">également la Tunisie. Et le changement climatique, la dégradation des ressources naturelles notamment de l’eau et du sol, le manque d’investissement pour leur entretien et leur utilisation durable, sont autant de défis qu&rsquo;il faut relever, note le rapport. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La publication dresse une liste des défis de tous les secteurs concernés par la sécurité alimentaire, avant de proposer une liste de recommandations, sans qu&rsquo;elles semblent suivies d&rsquo;actions. « Pourtant les défis sont énormes, mais il y a une absence de prise en charge de la question », considère le professeur et économiste Karim Ben Kahla qui s&rsquo;est joint aux membres du think thank de l&rsquo;ITES pour rédiger la revue.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour M. Ben Kahla il existe des lacunes du point de vue des responsables politiques et il n&rsquo;y a pas réellement de prise de conscience de la part des autorités.</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« Ma peur c&rsquo;est que nous soyons soit dans le déni, soit dans la panique, face à la notion de sécurité alimentaire. Il y a un déni car on ne regarde pas les problèmes en face. Mais j&rsquo;ai peur que l&rsquo;on passe du déni à la panique. »</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Alors les Tunisiens vont-ils mourir de faim?</span> <span style="font-weight: 400;">« Non, ce n&rsquo;est pas comme ça que ça se passe. C&rsquo;est une mort lente, avec des catastrophes naturelles de plus en plus rapprochées et de plus en plus fortes », juge-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">« Les défis ont cet aspect systémique : quand on pose la question de la sécurité alimentaire : tout dépend de tout. La formation, l&rsquo;agriculture, l&rsquo;inflation, le climat, la santé, la nourriture&#8230; c&rsquo;est un système en soi », explique le professeur. </span></p>
<h4><b>Un début d&rsquo;action publique ?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Face aux défis que la Tunisie va devoir relever pour assurer la stabilité alimentaire, l&rsquo;Observatoire National de l&rsquo;Agriculture <a href="http://www.onagri.nat.tn/conjonctures">(ONAGRI)</a> lui s&rsquo;est mis au travail. Cet établissement public a vu le jour en 1999, avec pour but de collecter et diffuser des informations sur l&rsquo;agriculture et la pêche. Sur leur site la sécurité alimentaire a une entrée dédié, preuve que cette notion est prise en compte. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En janvier 2018 le ministère de l’agriculture et des ressources hydraulique relative à la création d’une commission technique nationale chargée de préparer une <a href="http://www.onagri.nat.tn/conjonctures#c-14">étude prospective</a> sur la sécurité alimentaire et le développement de l’export à l’horizon 2030.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette étude prospective a été lancée et un comité de travail mis en place, explique Nachaat Jaziri,  sous-directrice de l&rsquo;ONAGRI dans son bureau, accompagnée de sa collègue Sonia Dridi. Plusieurs réunions ont permis aux intervenants de <a href="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Rapport-vf_secutirt%C3%A9-alimentaire.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">poser un scénario</a> qui collerait le plus aux évolutions possibles de la situation tunisienne, afin de s&rsquo;accorder sur les stratégies à mettre en place, explique-t-elle. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« On ne peut pas rester les bras croisés à attendre. La situation est là, notre rôle à l&rsquo;observatoire c&rsquo;est de trouver des solutions », explique Nachaat Jaziri.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Il y aurait donc une timide prise de conscience au sein du ministère de l&rsquo;Agriculture de l&rsquo;importance d&rsquo;agir sur cette question.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D&rsquo;autant plus que la Tunisie fait partie du programme “<a href="https://unictunis.org.tn/files/2017/10/brochure-ODD-TN.pdf">Transformer notre monde</a> : le programme de développement durable à l’horizon 2030”, qui pose des objectifs de développement durable clairs, comme le fait d&rsquo;assurer une stabilité de la sécurité alimentaire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais il semble que la prise de conscience vienne avant tout de la société civile car</span> <span style="font-weight: 400;">après l&rsquo;ITES et le Synagri, c&rsquo;est le Forum Tunisiens des Droits Économiques et Sociaux qui a organisé un <a href="https://www.flehetna.com/fr/ftdes-annd-atelier-de-travail-sur-le-droit-lalimentation-le-22-mars-2019">atelier de travail sur le droit à l&rsquo;alimentation</a> en mars dernier. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">A la fin du mois de juin 2019 une <a href="https://www.flehetna.com/fr/oit-conference-sur-lingenierie-et-la-securite-alimentaire-les-24-et-25-juin-2019">conférence sur l&rsquo;ingénierie et la sécurité alimentaire</a> a été organisée à Tunis. </span><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;idée était de mettre en commun les contributions du monde de l&rsquo;ingénierie pour renforcer la sécurité alimentaire en Afrique et de proclamer une déclaration sur la sécurité alimentaire vue par les ingénieurs. Une initiative émanant de la société civile qui semble finalement être la force motrice de la réflexion sur cette question. </span></p>
<h4><b>La sécurité alimentaire : une question hautement politique</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">La sécurité alimentaire, puisqu&rsquo;elle concerne toute la chaîne alimentaire, permet d&rsquo;assurer la sécurité d&rsquo;un pays et ouvre une réflexion sur tout le système dans lequel nous vivons. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour Karim Ben Kahla la notion est complexe et demande une vision large de la part des responsables politiques, permettant d&rsquo;agir sur toutes les variables. Le fait est, selon lui, que pour le moment chacun semble appréhender cette notion avec son prisme et donc de manière restreinte. « Or il faut agir à tous les niveaux : les écoles, les familles, les médias&#8230; modifier la publicité alimentaire, la consommation, repenser la stratégie pour l&#8217;emploi, relancer l&rsquo;agriculture.</span><span style="font-weight: 400;"> » Un chantier énorme, qui demande donc d&rsquo;être capable de repenser tout le système dans lequel nous vivons et concilier des propositions qui se posent en extrême, tout en prenant réellement en compte la situation environnementale et les efforts qui doivent être faits pour préserver la planète.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais si l’on élargit encore le regard posé sur cette question, on voit que face à cette question de la production de denrées alimentaires des visions du monde s’affrontent. En effet, la notion de sécurité alimentaire est hautement politique. Elle interroge directement les choix de société fait par les responsables politiques et le positionnement idéologique adopté face au monde globalisé et au système de marché.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi en réponse, la notion de souveraineté alimentaire permet d’appréhender autrement les notions de sécurité et insécurité alimentaire, et interroge la manière dont un pays produit des denrées alimentaires et se soucie de la survie de sa population. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour M. Ben Kahla, en ce moment en Tunisie, il y aurait d&rsquo;un côté, les tenants de l&rsquo;idée d&rsquo;un marché sans agriculture, pour lesquels il suffirait d&rsquo;importer toutes les denrées alimentaires dont nous pouvons avoir besoin. D&rsquo;un autre côté, il y aurait les tenants de l&rsquo;idée de ne produire des denrées alimentaires qu&rsquo;en autosuffisance et d&rsquo;avoir une agriculture sans marché. Deux postures qui découlent de visions politiques du monde qui mettent face à face sécurité alimentaire et souveraineté alimentaire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Or il semble que la situation environnementale de la Tunisie ne laisse que peu de place au débat idéologique et oblige à avancer sur des solutions pratiques. </span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/tunisie-securite-alimentaire-etat-des-lieux-fr/">Sécurité alimentaire en Tunisie : « On ne peut pas rester les bras croisés »</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Les graines de la souveraineté</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Thierry Bresillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Oct 2019 16:11:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[Décentralisation]]></category>
		<category><![CDATA[Eau]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques de la santé]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les 7 et 8 septembre s’est tenue dans l’oasis de Chenini la 5eme édition de la fête des semences paysannes. Bien plus qu’une sympathique rencontre entre producteurs hors normes, c’est l’un des maillons dans la construction d’un autre modèle agricole.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il brille un éclat particulier dans le regard des agriculteurs de la fête des semences paysannes qu’organisait l’Association tunisienne de permaculture (ATP) dans l’oasis de Chenini, aux abords de Gabès, les 7 et 8 septembre. Comme les détenteurs d’un feu sacré, ils protègent, entretiennent et font croître une richesse menacée : les semences qu’ont léguées des siècles de travail et d’adaptation aux conditions de la terre et du climat tunisiens, et que les semences commercialisées pour l’agriculture industrielle menacent d’évincer.</p>
<h4><strong>« On me prend pour un fou »</strong></h4>
<p>Parmi les vingt quatre exploitants venus à Chenini, tous ne sont pas des anciens qui ont conservé jalousement les graines qu’ils employaient dans leur jeunesse. La plupart au contraire ne se sont lancés depuis que depuis quelques années. Fils d’agriculteurs qui avaient abandonné le travail de la terre ou nouveaux venus, tous partagent la même expérience : entreprendre une démarche qui donne un sens à leur vie. Et tous ont suscité la même réaction : « Au début, on m’a pris pour un fou ! ».</p>
<blockquote><p>« J’ai pris de 3 hectares de la terre familiale pour la travailler en permaculture, raconte Radhouane Tiss, installé dans le Sud, à Oued el Khil, entre Tataouine et Médenine. L’idée, c’est d’améliorer ce pays, de changer la façon de travailler la terre sans recourir aux produits chimiques. C’est une question de santé publique. »</p></blockquote>
<p>« Nous sommes isolés dans notre région, raconte Guediri Boumediene installé à Sidi Sallem, au Sud de Gabès. Autour de nous les producteurs travaillent avec des forages, des semences hybrides et des pesticides qui tuent la terre. Les arrosages emportent les nitrates dans la nappe phréatique. Nous, nous voulons laisser une terre cultivable et minimiser notre dépendance à l’eau. Avec le changement climatique, nous n’aurons pas le choix. Malheureusement les agriculteurs aujourd’hui sont persuadés qu’on ne peut pas se passer de pesticides, ils ont oublié les pratiques. »</p>
<p>Radhouane Tiss, par exemple, déploie tout un arsenal de techniques pour cultiver arbres fruitiers, oliviers, figuiers et même des fruits tropicaux comme la papaye et l’avocat : « J’ai espacé les arrosages pour que les plantes s’acclimatent et deviennent plus résistantes. Pour les protéger, j’utilise des préparations à base de piment rouge, d’ail ou de feuilles de neem [ou margousier, ndlr], le seul arbre que les sauterelles n’attaquent pas. Pour l’instant, les agriculteurs voisins viennent voir. Dans quelques années, je suis sûr qu’ils verront la différence et qu’ils m’imiteront. »</p>

<a href='https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/photo-thierry-fete-des-semences1/'><img fetchpriority="high" decoding="async" width="450" height="300" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-450x300.jpg" class="attachment-medium size-medium" alt="" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-450x300.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-768x512.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-900x600.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-370x247.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-270x180.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1-740x493.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences1.jpg 1920w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /></a>
<a href='https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/photo-thierry-fete-des-semences4/'><img decoding="async" width="450" height="307" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-450x307.jpg" class="attachment-medium size-medium" alt="" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-450x307.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-768x524.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-900x615.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-370x253.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-270x184.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4-740x505.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences4.jpg 1920w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /></a>

<h4><strong>A contre-courant </strong></h4>
<p>La permaculture et l’emploi des semences paysannes ouvrent une voie à contre-courant de l’évolution générale du modèle agricole. L’heure est à l’expansion à outrance des exploitations en monoculture pour produire pour l’exportation. Des oliviers notamment, et pas de variété locale, mais des plants venus d’Espagne ou d’Italie. Des arbres plus rapidement productifs certes, mais gourmands en eau et épuisés après 25 ans, quand les variétés tunisiennes se contentent de peu d’eau et peuvent produire des siècles. Ces nouveaux exploitants sont des entreprises, voire des investisseurs qui blanchissent de l’argent et qui bénéficient des appuis de l’Etat et des banques. Alors que si l’on ne fait pas monoculture ou si l’on n’utilise pas les variétés étrangères, on n’a pas accès aux subventions publiques », déplore encore Guediri Boumediene.</p>
<p>Le travail des anciennes variétés locales reste perçu comme une lubie contre-productive. Pourtant Nabil Ben Marzouk fait l’expérience du contraire avec une variété de blé dur, délaissée depuis des décennies au profit du blé tendre utilisé pour le pain blanc. « C’est vrai que notre blé ne produit que 9 quintaux à l’hectare quand les autres peuvent monter jusqu’à 60 quintaux. Mais quand on enlève le coût du travai et des produits chimiques, s’il on compte que l’Etat achète le blé tendre à 65 DT le quintal alors que grâce à la valorisation dans de meilleurs produits vendus plus chers, nous pouvons l’acheter jusqu’à 250 dinars, la rentabilité économique est de notre côté. »</p>
<p>Le point crucial de ce modèle de production, le passage obligé pour son expansion, c’est la commercialisation. Faute de moyens, les quantités produites sont faibles. Les circuits commerciaux classiques ne sont pas adaptés à cette production plus limitée et, pour l’instant, plus chère. « Il faut compter sur les magasins bio, les boutiques en ligne, la livraison à domicile », poursuit Guediri Boumediene.</p>
<blockquote><p>« L’argument de l’apport de devises pour justifier l’agriculture industrielle ne tient pas, estime Nada Trigui, co-fondatrice de l&rsquo;Observatoire de la Souveraineté Alimentaire (actuellement journaliste au sein de l&rsquo;équipe de Barr al Aman).  Dans ce modèle agricole, Tout est importé à prix fort, des plants ou des semences, jusqu’aux intrants. Au bout du compte, cela nuit à la balance commerciale. »</p></blockquote>
<p>Mais la Tunisie, dont l’économie est dépendante des exportations, est de plus en plus liée par des conventions internationales, notamment en terme de protection de la propriété intellectuelle qui interdisent progressivement l’emploi des semences paysannes.</p>
<h4><strong>La pointe de l’iceberg</strong></h4>
<p>Malgré tout, l’emploi des semences paysannes se développe rapidement grâce au travail de l’ATP. La fête des semences est l’occasion d’échanger des graines et de mesurer les résultats obtenus d’une année à l’autre. Mais ce temps de rencontre entre producteurs et consommateurs n’est que la pointe de l’iceberg. L’APT a entrepris l’identification et la mise en réseau des cultivateurs, travaille à la construction de circuits de commercialisation, à l’élaboration d’un certificat garantissant la semence et le respect de normes de l’agrobiologie, et à la sensibilisation des pouvoirs publics. Elle vient d’ailleurs de signer une convention avec le ministère de l’agriculture pour introduire des modules sur la permaculture dans les formations d’Etat.</p>
<p>Face à un modèle fondé sur la monoculture pour l’export, extensive, coûteuse en devises, nuisible aux ressources naturelles nationales (l’eau et la terre) et à la santé, qui ne fait que renforcer la dépendance internationale de la Tunisie, le modèle dans lequel s’insère l’emploi des semences paysannes est tout à l’opposé : « Nos semences, c’est notre souveraineté », clame Nabil Ben Marzouk.</p>
<figure id="attachment_4236" aria-describedby="caption-attachment-4236" style="width: 273px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-4236 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-273x400.jpg" alt="" width="273" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-273x400.jpg 273w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-768x1126.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-477x700.jpg 477w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-370x543.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-270x396.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-205x300.jpg 205w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3-740x1085.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/photo-thierry-fete-des-semences3.jpg 1309w" sizes="(max-width: 273px) 100vw, 273px" /><figcaption id="caption-attachment-4236" class="wp-caption-text">Fête des semences, septembre 2019 à Gabès &#8211; Thierry Brésillon pour Barr al Aman</figcaption></figure>The post <a href="https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/">Les graines de la souveraineté</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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