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	<title>Elections Présidentielles | Research Media</title>
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	<description>Barr al Aman</description>
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	<title>Elections Présidentielles | Research Media</title>
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		<title>La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu&#8230; (Analyse)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Théo Blanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Sep 2020 21:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
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		<category><![CDATA[Mouvement Ennahdha]]></category>
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		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Difficiles », c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">«</span><span class="s2"> </span><span class="s1">Difficiles</span><span class="s2"> </span><span class="s1">», c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que vivra son parti. En phase de préparation d’un congrès qui accuse un retard de plus d’un an, le parti islamoconservateur vit une crise majeure dont la publicité est une preuve de la gravité. L’enjeu est la capacité de ce courant politique vieux d’un demi-siècle à vivre une alternative à Rached Ghannouchi de manière pacifique. Comment le parti dominant la scène politique tunisienne durant ces dix dernières années en est-il arrivé là</span><span class="s2"> </span><span class="s1">?</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b>La succession ou la prorogation</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ce ne sera pas un congrès comme les autres. Rached Ghannouchi ne peut plus rester à la tête du parti selon les statuts qui limitent la présidence à deux mandats depuis le congrès de mai 2007. Le fondateur a été omniprésent dès la fondation de l’ancêtre d’Ennahda, le  Mouvement de la tendance islamique (MTI), mais au lendemain de la révolution, c&rsquo;est à partir du premier congrès (2012) suivant la légalisation du parti (mars 2011) que le décompte a commencé.</span></p>
<blockquote><p>Selon des proches de ce dernier, il semble plus facile de faire avaler la pilule de la prorogation au motif de la stabilité et de l’absence d’alternative que d’ouvrir la boîte de Pandore de la succession et de mettre à nu les lignes de division du parti et les questions essentielles auxquelles il n’a pas répondu. Sans oublier que Rached Ghannouchi bénéficie d’un solide réseau à l’international qui garantit au parti un soutien important et que certains craignent de perdre.</p></blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Au milieu du mois de septembre, cent cadres du parti Ennahda ont signé une pétition pour appeler son président Rached Ghannouchi à ne pas être candidat au prochain congrès, et à respecter la limitation à deux mandats. Des députés, des membres du conseil de la Choura, des bureaux exécutif ou politique, sans compter des cadres en région ont paraphé ce texte qui a fuité dans les médias. Ils remettent ainsi à l’ordre du jour les dissensions profondes à l’intérieur du parti. Prévu initialement en mai 2020, le onzième congrès d’Ennahda a été repoussé à la fin de la même année, puis annoncé au début de 2021. Toutefois, rien ne semble acquis.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais comment se défaire d’un leader charismatique dont le nom fait partie de l’identité du parti</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? Aux yeux de certains militants, Rached Ghannouchi est un symbole avant d’être un dirigeant. Cette quasi-sacralisation qui ne dit pas son nom a été toutefois ébranlée quand le chef spirituel et politique a voulu jouer un rôle de premier plan dans les institutions de l’État. En convoitant la présidence de l&rsquo;assemblée et en l&rsquo;obtenant, il a singulièrement restreint sa marge de manœuvre. Ses prises de position sur la politique étrangère, systématiquement alignées sur l’axe turco-qatari, centre de gravité de l’islam politique, ne choquaient pas quand il n’avait que des fonctions partisanes, mais elles ont provoqué de nombreuses polémiques depuis qu’il est président de l’Assemblée.</span></p>
<h4><strong>Démystification du leader</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation à laquelle il fait face a été à son apogée lors de la dernière journée de la session parlementaire, le 30 juillet 2020. À l’ordre du jour : la motion de censure contre Rached Ghannouchi. Elle a été principalement initiée par le Courant démocrate (social-démocrate), le parti du Peuple (panarabiste) et médiatiquement récupérée par le Parti destourien libre (PDL) qui revendique l’héritage de Ben Ali. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du vote était incertaine. La tension s’est maintenue jusqu’au décompte des bulletins de vote. Il a suffi aux élus du parti Ennahdha de connaître le nombre de votes blancs et de votants pour être sûrs que la motion n’allait pas passer. Des scènes de liesse s’en sont suivies dans les couloirs de l’Assemblée. Mais c’est une victoire en demi-teinte. Cette motion qui a recueilli 97 voix est le symbole d’une remise en question de l’autorité de celui qui est, directement ou indirectement, au pouvoir depuis la révolution de 2011.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation de l’autorité politique et morale de Rached Ghannouchi ne s’arrête pas au seuil de la porte du parti islamiste. Le rejet de la figure de Ghannouchi s’est répandu à l’intérieur d’Ennahdha. Au lendemain du vote, des cadres du parti qui ont préféré s’exprimer anonymement affirmaient que des élus au sein de son groupe parlementaire aimeraient le voir démissionner.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Or, quitter la présidence de l’Assemblée ou celle du parti serait synonyme d’une mort politique. Une décision qu’il ne risque pas de prendre.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Jeudi 17 septembre, des médias lui attribuaient un texte censé être une réponse à l’appel des cent. Il a balayé d’un revers de main les demandes et se contente de répondre que «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">les leaders ont la peau dure</span><span class="s2"> </span><span class="s1">». Officiellement, le bureau exécutif finira par réagir une semaine plus tard en affirmant qu’il comprend la démarche et se félicite de l’atmosphère démocratique au sein du parti.</span></p>
<h4><strong>Tenir bon, tenir en place</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du congrès pourrait en grande partie se jouer en amont de celui-ci. En effet, la phase d’élections des congressistes est déterminante et elle devrait avoir lieu prochainement. Cela explique pourquoi «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">l’appel des cent</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» réclame une tenue du congrès dans les temps convenus pour éviter qu’il n’y ait de retournement dans le rapport de force.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Plus ou moins dissimulées dans le passé, les dissensions au sein du parti islamiste se manifestent désormais sur la scène médiatique. Certains y voient un signe de bonne santé démocratique, d’autres les prémisses d’une scission imminente. Pourtant, le parti islamiste s’est souvent vanté de sa vitalité démocratique par rapport aux autres partis tunisiens qui peinent à vivre sainement et pacifiquement les successions, les congrès et les tests électoraux.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le narratif du «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">parti démocratique</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» a connu plusieurs soubresauts. Ainsi en 2019, Ennahdha a beau avoir organisé des primaires pour les listes électorales des législatives, le bureau exécutif et son président, Rached Ghannouchi, les ont rabotées. Plusieurs justifications s’en sont suivies : tantôt, ceux qui ont été choisis aux primaires n’étaient pas considérés comme aptes à gagner les voix des électeurs en dehors du parti, tantôt ce sont les figures de l’appareil du parti qui ont été choisies, et lorsque des personnes ne paraissaient pas assez loyales à la direction, on a parfois préféré choisir des figures sans passé militant ou «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">indépendantes</span><span class="s2"> </span><span class="s1">».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Légalement, il n’y a rien à redire, c’est au bureau exécutif que revient le dernier mot dans la composition des listes. Un détail qui n’a pas été franchement annoncé avant les primaires. L’appareil du parti, bureaux locaux et régionaux ou encore les militants dans tous les coins du pays et même à l’étranger se sont mobilisés et avaient fondé de larges espoirs dans le fonctionnement démocratique des institutions notamment au moyen de primaires.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Toutefois, la remise en cause d’un processus démocratique a beaucoup déçu voire dégoûté d’autant qu’il y a eu un précédent.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, aux municipales de 2018, les primaires ont aussi été l’outil de composition des listes. Cette fois-là, le bureau exécutif s’est montré plus discret, laissant espérer les militants que la démocratie interne et les primaires seraient désormais un acquis. Tant s’en faut. C’est Rached Ghannouchi qui est considéré comme étant le père spirituel et par conséquent le responsable. Cet épisode est une des fractures entre le leader historique et l’appareil partisan.</span></p>
<h4><strong>Une perte de repères</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">Les «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">nouveaux</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» ne s’y retrouvent pas davantage. Ceux qui ont rejoint la sphère du parti après 2011, qu’ils soient encartés ou pas, ne se sentent pas concernés par la bataille qui a lieu actuellement. Et pour cause, ils estiment que c’est une bataille héritée de la période de la dictature. La preuve selon un cadre du parti: aucun des adhérents qui a rejoint le parti après 2011 n’est membre des commissions préparatoires du prochain congrès.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Loin d’être anecdotique, la marginalisation des nouveaux venus est le reflet d’un échec du parti à élargir sa base au-delà de ses soutiens historiques. Cette politique annoncée en grande pompe lors du dixième congrès en 2016 a été un tournant historique. En accueillant le chef de l’État Béji Caïd Essebsi lors de l’ouverture, la réconciliation était scellée entre islamistes et destouriens, parmi les principaux courants politiques de la Tunisie post-indépendance.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Or, le renouvellement et l’élargissement de la base d’Ennahda sont laborieux, voire inexistants. Ceux qui disent vouloir moderniser les institutions du parti et l’ouvrir à d’autres pans de la société tunisienne se retrouvent bloqués par un plafond de verre. Selon eux, ils pâtissent de ne pas avoir été cooptés ni par les réseaux familiaux ni par une allégeance aux anciens.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Le «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">CDU musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» annoncé en 2016 n’est pas advenu.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Partant, il y a beaucoup de frustration, de déception et de désengagement des institutions du parti. Autre point fort du précédent congrès mis en sourdine : la séparation de la prédication et du politique, une dualité qui marquait l’identité de parti islamiste. Quatre ans plus tard, de l’avis de plusieurs cadres du parti, rien n’a été fait pour appliquer cette décision mis à part la mise à l&rsquo;écart de certaines grandes figures de la da&rsquo;wa tels que Sadok Chourou ou Habib Ellouz. L’hypersensibilité au religieux dans le discours du parti en est la preuve, notamment durant la campagne électorale avec la promesse de création de la caisse de la Zakat (Un pilier de l&rsquo;islam consistant en un acte de charité). Autre signe, la ligne de la politique étrangère du parti ou le poids que prennent certains débats à l’image de l’égalité dans l’héritage qui a occupé les structures du parti plus que les problèmes économiques ou le chômage, selon des témoignages concordants.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Cette distinction entre l’activité politique et religieuse, même avortée, a brouillé les repères de certains militants historiques, de même pour l’abandon de l’idée d’inscrire la charia dans la constitution. Quelle place peut-on donner à l’idéologie dans un parti islamiste qui veut faire sa mue pour devenir un parti conservateur avec un référentiel musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? La question n’est pas encore tranchée. À cela s’ajoute, l’arrivée de nouveaux visages au lendemain de la révolution, sans passé militant, le retour au pays des exilés, moins exposés aux jougs de la dictature mais qui ont hérité des leviers du pouvoir dans l’État et au sein du parti, sans oublier l’alliance avec l’ancien régime, Nida Tounes hier et Qalb Tounes aujourd’hui, qui en a mécontenté plus d&rsquo;un.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Autant de chocs qui ont fini de déraciner le parti de son terreau révolutionnaire et ont resserré les rangs des frondeurs qui ne forment pourtant pas un bloc homogène. Car leur impuissance a approfondi le fossé entre la direction du parti et sa base historique.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Pour les nouveaux comme pour les anciens, l’impression dominante est que le parti — à plus forte raison sa direction et son président — navigue désormais à vue et n’a qu’une devise : la realpolitik et le maintien au pouvoir.</span></p>
</blockquote>
<h4><strong>«</strong><strong> </strong><strong>Machina ex deus</strong><strong> </strong><strong>»</strong><strong> </strong><strong>?</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’une des manifestations de l’improvisation et de l’absence de stratégie est l’épisode chaotique de la présidentielle. Le décès du président en exercice Béji Caïd Essebsi, le 25 juillet 2019, à quelques mois de l’élection présidentielle a perturbé les plans du parti, en bousculant le calendrier électoral. Jusqu’alors les législatives précédaient les présidentielles. Ennahdha devait patiemment attendre la clarification du rapport de forces issu des urnes, sceller des alliances, choisir un des candidats à la présidence en fonction, déterminer le niveau d’engagement à la campagne présidentielle et adapter le discours en conséquence. En 2019, rien de tout ça n’est possible. À la dernière minute, le parti décidera de participer à la présidentielle. </span>Le suspens avait duré jusqu’au bout.</p>
<blockquote>
<p class="p1">Alors que le Bureau exécutif dont les membres sont choisis par le président du parti avait opté pour ne pas présenter un candidat, une majorité des membres du conseil de la Choura ne suit pas et s’apprête à voter une motion opposée. Un désaveu pour le bureau exécutif. Aussi, ce dernier se réunit en parallèle, et décide de réviser sa position pour éviter de se décrédibiliser.</p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">C’est Abdelfattah Mourou, vice-président de l’assemblée entre 2014 et 2019 qui est nommé candidat. Selon certains témoignages, le choix du conseil de la Choura n’était pas motivé par la capacité du parti à remporter la présidentielle ou l’intérêt stratégique du parti à être à Carthage. C’est plutôt le différend et l’esprit de revanche entre les soutiens de Ghannouchi et ses opposants qui a motivé ce choix. La campagne électorale pour les présidentielles de 2019 a laissé un goût amer à certains cadres du parti, car ils voyaient que des bureaux régionaux soutenaient d’autres candidats dont Kais Saïed et Seiffedine Makhlouf. Certains émettent même l’hypothèse que Abdelfattah Mourou aurait été saboté de l’intérieur et constatent qu’il n’a pas été assez soutenu par l’appareil. </span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Ce n’est pas la première fois que Rached Ghannouchi est défié par le conseil de la Choura. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En 2016, lors du dixième congrès, sa position est contestée sur une question de gouvernance au sein du parti. En effet, les congressistes se sont divisés entre ceux qui estiment que les membres du bureau exécutif, l’instrument de gouvernement du parti, devaient être élus et ceux qui les veulent désignés par le président. Le bras de fer a abouti à une formule mixte : le président propose, la Choura vote sur les propositions de ce dernier. Ainsi, le président doit quand même respecter les grands équilibres au sein du parti et donner accès aux personnes qui ne lui sont pas nécessairement acquises. D’ailleurs, certains des signataires de l’appel des cent font partie du bureau exécutif. Cette fracture va perdurer et marquer par la suite toutes décisions du parti.</span></p>
<p class="p1"><strong>Agenda partisan insensible à l’agenda national</strong></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ces tensions partisanes semblent hermétiques aux rapports de forces sur la scène nationale. En votant la confiance à l’actuel gouvernement, Rached Ghannouchi a permis au parti Ennahda de reprendre en partie le pouvoir exécutif, fort de son alliance avec al Karama et surtout avec Qalb Tounes. Le leader historique du mouvement islamoconservateur a <span class="s2">réussi à renverser le rapport de forces sur la scène politique nationale en retournant le poulain du président en sa faveur</span>. En effet, il lui garantit une majorité que le chef de l’État ne pouvait pas lui offrir.</span></p>
<p><em>Lire également:</em></p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ro7ycX9rxP"><p><a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/">De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi » &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/embed/#?secret=3lefiOguX8#?secret=ro7ycX9rxP" data-secret="ro7ycX9rxP" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais cette alliance est en soi révélatrice des contradictions et elle est source de tensions au sein d’Ennahdha. En effet, le principal allié est Qalb Tounes. Un parti hétéroclite présidé par Nabil Karoui, un homme d’affaires controversé et poursuivi pour blanchiment d’argent, fraude fiscale en sus du soupçon de financement étranger de sa campagne présidentielle avec un contrat de lobbying d’un million de dollars. Ce repaire de loyaux rassemble entre autres : le frère de l’intéressé, qui bénéficie de l&rsquo;immunité parlementaire depuis son accession à la députation, alors qu&rsquo;il était poursuivi par la justice, quelques anciens du parti de Béji Caïd Essebsi, ou d’autres «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">touristes partisans</span><span class="s3"> </span><span class="s1">», une expression populaire en Tunisie en référence à ceux qui changent d’affiliation partisane en fonction de leurs intérêts personnels. Ce parti a perdu onze élus sur les trente-neuf qu&rsquo;il comptait au début de la législature 2019-2024.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La deuxième formation politique est la coalition Al Karama, des conservateurs populistes à la droite d’Ennahdha avec à leur tête l’avocat Seifeddine Makhlouf qui s’est illustré en défendant des personnes poursuivies dans des affaires de terrorisme. Il a fait campagne sur le thème du souverainisme, notamment la lutte contre la colonisation française qui se poursuivrait, selon lui, sous la forme de dépendance économique ou encore de téléguidage et d&rsquo;accaparement des richesses pétrolières tunisiennes. Comble de la contradiction, son groupe refusera de prendre la présidence de la commission de l’énergie préférant la laisser au Parti Destourien Libre.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Selon certains cadres du parti Ennahdha, le choix de s’allier avec ces formations a beaucoup plus isolé le parti qu’il ne l’a intégré dans la scène politique tunisienne. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, les deux formations politiques alliées sont récentes, elles n’ont ni idéologie ni histoire militante et jouent le rôle d’appoint pour maintenir Ennahda au pouvoir. Questionnés sur les affaires troubles de Nabil Karoui, les proches de Rached Ghannouchi répliquent systématiquement que ce dernier ne joue aucun rôle dans l’État et qu’il n’a pas été condamné par conséquent, la présomption d’innocence prévaut.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Deux poids, deux mesures, car les mêmes interlocuteurs n’ont pas souffert l’attente de la procédure judiciaire contre Elyes Fakhfakh, ex-chef du gouvernement, qui est tombé officiellement pour conflit d’intérêts. Or, selon des témoignages concordants, c&rsquo;est pour ne pas avoir ouvert un « canal de communication direct » avec Rached Ghannouchi. Le parti qui a fait campagne en 2019 sur l’adage d’Ibn Khaldoun : «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">La justice est le fondement de toute civilisation,</span><span class="s3"> </span><span class="s1">» a préféré attendre un an après les législatives et présidentielle pour rendre public et assumer pleinement une alliance qu’il n’assumait pas au lendemain des élections. Comment n&rsquo;aurait-il pas heurté ses partisans alors qu&rsquo;il a mené campagne contre la « corruption</span><span class="s3"> </span><span class="s1">et les corrompus » dont Nabil Karoui et Qalb Tounes auraient implicitement été l&rsquo;incarnation. Si certains des choix de Ghannouchi durant ces dix dernières années sont décriés, c’est en partie parce qu’ils servent son intérêt plus qu’il ne rend service au parti, selon ses détracteurs.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">La machine réussira-t-elle à survivre à son fondateur ou périra-t-elle de son fait</span><span class="s3"> </span><span class="s1">?</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Dans cette fuite en avant, le retour en arrière est périlleux et inextricable. La voie dans laquelle Rached Ghannouchi a engagé le parti le pousse à être moins conciliant. Ce n’est pas la première fois que le parti fait face à des dissensions mais elles sont souvent le fait d’individus, rarement d’actions groupées avec autant de personnalités de différents bords. À défaut de faire reconnaître son autorité, Rached Ghannouchi révèle un attachement forcené au pouvoir. L’absence de cap du principal parti de la décennie post-2011 peut signifier la formation de coalitions politiques sans autre programme que leur maintien au pouvoir, quitte à réduire le peu d’acquis que le processus révolutionnaire a pu apporter.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/guerre-ennahdha-aura-t-elle-lieu/">La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu… (Analyse)</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/sondage2020_analyse/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2020 15:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance médias]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Sondage]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Tunisien.ne.s et la politique Et le vote dans tout ça ? Participation à la vie politique Les&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#_Toc40191370">Les Tunisien.ne.s et la politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191371">Et le vote dans tout ça ?</a></p>
<p><a href="#_Toc40191372">Participation à la vie politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191374">Les élections législatives de 2019</a></p>
<p><a href="#_Toc40191375">Le crédit des médias en période électorale</a></p>
<p><a href="#_Toc40191376">Elections et diversité médiatique</a></p>
<ol>
<li><a href="#_Toc40191377"> Les bonnes performances des médias traditionnels </a></li>
<li><a href="#_Toc40191378">Les médias traditionnels et la convergence médiatique</a></li>
<li><a href="#_Toc40191379">Des disparités générationnelles consacrées par Facebook </a></li>
</ol>
<p>Quel crédit les Tunisien.ne.s accordent-ils/elles à leurs médias ? Voilà une question à laquelle les résultats d’audimétrie ne donnent aucune réponse. Regarder telle chaîne TV, écouter telle station radio, « aimer » telle page Facebook, cela revient-il à endosser leur ligne éditoriale ? Pour autant, si la présence de médias professionnels de qualité est essentielle à la démocratie, la confiance que les citoyen.ne.s leur accordent est non moins importante.</p>
<p>Suite à un premier sondage, Barr al Aman en partenariat avec CFI en a réalisé un second en 2020, peu avant la crise sanitaire que nous traversons. Au milieu du flot d’informations toutes plus déprimantes les unes que les autres, on en a une bonne pour vous : ça va mieux ! Les relations que nos concitoyens entretiennent avec leurs médias s’améliorent (légèrement).</p>
<p>Non qu’entre eux ce soit le grand amour… loin s’en faut. Mais en matière de médias comme de sentiments, le « Grand Amour » existe-t-il seulement ? En 2018, ils étaient 35 % à ne pas du tout leur faire confiance, et 38 % à leur faire un peu confiance. En 2020, ils ne sont plus que 24,7 % à leur être totalement défiants, et 38,6 % à leur accorder un minimum de confiance. En deux ans, on constate donc un recul de la défiance vis-à-vis des médias (Pas du tout : -10,3 %), pour une confiance relative (un peu : +6,6 %).</p>
<p>En période électorale (présidentielle et électorale), la chaîne publique dispose d’un fort capital confiance parmi les Tunisien.ne.s : 57,4 % la recommandent pour s’informer, loin devant Elhiwar Eltounsi (18,5 %) et Nessma (16,6 % pour la présidentielle et 17,7 % pour les législatives). En matière d’information radiophonique en période électorale, en revanche, le pôle public (15,5 %) est devancé par Mosaïque FM (47,4 %), mais se positionne devant Jawahara FM (6,6 %) et IFM (6,5 % ; IFM dont on constate le bon en avant par rapport à 2018 où seuls 3 % des répondant.e.s la recommandaient). Ces chiffres doivent cependant être ramenés à leur juste proportion tant il est vrai que les habitudes médiatiques des enquêté.e.s n’associent pas le média radiophonique à l’information : 43,1 % d’entre eux et elles ne s’informent pas par la radio, et 62,6 % l’écoutent moins d’une heure par jour.</p>
<p>La TV se taille la part du lion dans la jungle médiatique et reste le « média-roi » : 35,4 % du panel interrogé regardent la TV entre 2 et 3 heures par jour et 79 % l’utilisent pour s’informer. Même hors élections, la chaîne publique dispose d’un plus grand crédit que les autres opérateurs du paysage audiovisuel tunisien : al-Watanya arrive en tête des réponses pour l’information générale (39,4 %, soit 8,4 % de plus qu’en 2018) et ce crédit est équitablement réparti entre les catégories socioprofessionnelles. Le score de la première chaîne publique est 3 fois supérieur à celui de son dauphin, Elhiwar Eltounsi (10,8 % ; +2,8 % par rapport à 2018), et au score de Nessma (10,1 %) accusant une dégringolade de -11,9 % que l’on peine à ne pas attribuer aux appétits politiques de son propriétaire et à ses accents populistes.</p>
<p>Au (subtil) regain de confiance des Tunisien.ne.s dans leurs médias, on opposera la perte de crédit dont les médias étrangers font les frais. 52 % des répondant.e.s déclarent ne faire aucunement confiance à ceux-ci, soit 14 % de plus qu’en 2018. Le leader France 24 perd lui-même 6,9 % en deux ans, tout en maintenant sa position de leader étranger parmi les individus aux meilleurs revenus (27,2 % &#8211; AB) que ceux avec les revenus les plus faibles (18,3 % &#8211; DE). Avec 5,6 %, la chaîne saoudienne al-Arabiyya perd 3,4 % ? Effet MBS ? Dommage collatéral de la scabreuse affaire Khachoggi ? Sûrement un peu des deux.</p>
<h2><a name="_Toc40191370"></a>Les Tunisien.ne.s et la politique</h2>
<p>Le sondage aborde également le rapport que des citoyennes et citoyens tunisien.ne.s entretiennent avec la politique. Commençons par les bonnes nouvelles et conservons notre esprit optimiste : si l’on compare les derniers résultats obtenus avec ceux de 2018, on observe un léger (quoique fragile) regain d’intérêt pour la politique. Si en 2018, 44% des sondé.e.s se déclaraient complètement désintéressé.e.s de la politique, ils ne sont plus que 31,2% en 2020.</p>
<p>Cet écart de 12,7% peut s’expliquer par un effet du contexte de l’administration du questionnaire de ce sondage; soit en mars 2020, quelques mois après une séquence de grande confusion politique dont la forclusion semble aujourd’hui hâtée par la pandémie du COVID-19 et la crise protéiforme (sanitaire, sociale, économique, politique, humaine) qu’elle traîne dans son sillage. Cette séquence a été inaugurée par le décès du Président Béji Caïd-Essebsi le jour de la fête de la République, le 25 juillet 2019. Le soudain unanimisme autour de feu le Président « Bajbouj » a tiré les Tunisien.ne.s de la torpeur estivale. En l’absence de Conseil constitutionnel, et en présence de deux candidats sous le coup de la justice, les estivant.e.s étaient promis.es à une période préélectorale rocambolesque tranchant radicalement avec l’actualité habituellement peuplée de “marronniers” de la fin d’été.</p>
<p>La rentrée a coïncidé avec le lancement officiel d’une campagne pour la présidentielle largement entamée en amont, notamment sur les plateaux des <em>talk-shows</em> politiques des TV privées (Meriem Belkadi, Sami Fehri, etc.) dont les producteurs étaient eux aussi en (pré)campagne. À la lumière du sondage, on découvre ou on quantifie ce que l’intuition nous conduisait à penser pendant cette rentrée électorale : les Tunisien.ne.s ont largement suivi la campagne. Seulement 8,8% d’entre eux (7,9%) et elles (9.9%) déclarent ne pas l’avoir suivie et, conséquemment, 91,8% d’entre eux (92,1%) et elles (90,1%) l’ont effectivement suivie.</p>
<p>Le sondage laisse toutefois un angle mort : celui de savoir comment a été suivie la campagne. On ne pense pas trop s’avancer en émettant l’hypothèse selon laquelle ils/elles l’ont suivie sur le mode du feuilleton, voire du burlesque – deux genres dont les deux campagnes avaient tous les ingrédients. Burlesque, comme l’illustre pléthore d’échanges sur les réseaux socionumériques, à la fois champ de bataille politique<a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>, mais aussi lieux privilégiés de la dérision « en mode LOL »<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a> ou en mode <em>tanbîr</em>. Sur le ton du feuilleton, dans la mesure où chaque jour apportait son lot de petites phrases, de coups de théâtre, de retournements ou de traitrises, entre acteurs nouveaux et d’autres que l’on a vus évoluer au fil des saisons/législations précédentes. Et en guise de récompense pour les sériphiles de la cuvée présidentielle 2019 : la tenue d’un débat pluraliste en direct sur un grand nombre de chaînes tunisiennes et internationales.</p>
<p>Au total, les deux scrutins et les interminables tractations qui s’en sont suivies y sont certainement pour beaucoup pour le timide intérêt retrouvé des Tunisien.ne.s interrogé.e.s pour la politique.</p>
<p>Mais de quelle « politique » parle-t-on exactement ? De la politique « politicienne » (la vie partisane et ses protagonistes), ou de la politique institutionnelle ? Que ce soit à un moment charnière censé renouveler le personnel politique aux commandes, ou après, difficile de démêler l’écheveau de cette question à travers un simple sondage.</p>
<p>On note toutefois un décalage entre, d’une part, le relatif (dés)intérêt des personnes sondées pour la politique et, de l’autre, leur rejet massif du personnel politique ou des options politiques présentes dans l’offre partisane nationale. Si on exclut les 31,3% se déclarant « pas du tout » intéressé.e.s par la politique, on peut affirmer que, à l’inverse, quasiment les 3/4 d’entre eux/elles ont un intérêt quelconque (plus ou moins grand) pour la politique (69,7% ; soit 71.6% chez les hommes ; 65,6% chez les femmes). Or, c’est dans ce même ordre de grandeur que les personnes sondées marquent leur rejet des structures partisanes nationales. À la question « De quel parti politique vous sentez-vous le plus proche ou le moins éloigné ? », ils/elles sont 69,4% à répondre « aucun parti » (67,2% chez les hommes et 71,9% parmi les femmes) . Peut-être cette proportion peut-elle être nuancée par le biais d’enquête qui consiste pour un.e répondant.e à falsifier ses préférences, qu’il ou elle peut juger plus ou moins avouables ? Toujours est-il que la tendance à l’apolitisme est suffisamment massive pour ne pas compromettre notre lecture de ce résultat.</p>
<p>On observe également que cette tendance est proportionnelle aux revenus : les individus les moins favorisés se déclarent en plus grand nombre sans affiliation partisane ou sans sensibilité de parti (74,5% dans la catégorie DE), suivis des revenus intermédiaires (67,5% &#8211; catégorie C), puis des revenus les plus élevés (66,9% &#8211; catégorie AB). L’âge impacte également ce rejet des structures partisanes et l’on pourra légitimement s’inquiéter des chiffres constatés chez les plus jeunes : les pics de rejet des partis politiques s’observent parmi les moins de 20 ans (75.5%) et dans la cohorte des 20-29 ans (77,7%). On passe tout juste la barre des 70% parmi les 30-39 ans (69,7%) et les 40-49 ans (67,5%), pour s’établir à 64,2% chez les 50-59 ans.</p>
<p>Sans grande surprise pour les observateurs de la scène politique tunisienne, les partis politiques ne trouvent donc pas grâce auprès des répondant.e.s. Ou, pour le dire autrement, les individus sondés ne parviennent pas à identifier de formation politique en phase avec leurs convictions ou aspirations dans l’offre partisane existante. Pourquoi en est-il ainsi ? Serait-ce en raison de l’explosion du nombre de structures partisanes depuis 2011 ? À cause des multiples recompositions partisanes au cours des deux dernières législatures ? Du fait du nomadisme partisan des parlementaires qui passent d’une écurie à l’autre et les citoyen.ne.s d’une incurie à l’autre ? À moins qu’il ne faille invoquer les récentes tractations politiciennes en vue de former un gouvernement, lesquelles laissent les traces d’un sentiment difficilement quantifiable : celui du goût amer d’avoir été dépossédé de son vote ?</p>
<h2><a name="_Toc40191371"></a>Et le vote dans tout ça ?</h2>
<p>Quelle que soit la réponse, le sondage traduit une méfiance patente des Tunisien.ne.s vis-à-vis de leurs partis politiques. Nul doute que l’on voit ici comment les performances passées du personnel politique a fait son œuvre chez les électeurs et les électrices et qui trouvent dans ce sondage l’occasion d’exprimer leur condamnation. Et si l’on suit ce fil explicatif, il semble bien que les femmes sont moins « dupes » que les hommes. Elles sont en effet plus promptes à marquer leur désintérêt pour la politique (34,4%), et sont moins nombreuses que les hommes à s’y investir : 3% des femmes se disent « très intéressées » par la politique, contre 7,7% des hommes.</p>
<p>Observe-t-on une différence avec 2018 ? Si l’année des dernières élections municipales, 46% des femmes interrogées n’étaient « pas du tout » intéressées par la politique, elles ne sont plus que 34,4% en 2020. Par voie de correspondance – et en ayant en tête les éléments de contexte soulignés plus haut – elles sont plus nombreuses à se déclarer « un peu intéressées »  en 2020 (51,2%) qu’en 2018 (37%).</p>
<p>Pour les répondant.e.s de 2020 s’estimant plus ou moins proches d’une structure partisane (30,6%), les résultats se répartissent de façon congruente avec les résultats des législatives de 2019. Ainsi, le mouvement Ennahdha arrive-t-il en tête avec 7,10% des réponses, avec un plus grand succès parmi les hommes (8,70%) que chez les femmes (5,30%). Contrairement à une idée reçue, les individus aux revenus supérieurs sont plus nombreux dans les rangs des sympathisants déclarés d’Ennahdha (parmi les répondant.e.s), soit 11% des CSP+ (AB), 7,9% parmi les revenus intermédiaires (C), et seulement 4,3% parmi les salaires inférieurs (DE). On peut y lire une sensibilité au volet libéral (économiquement) de cette formation ou bien y voir le fonctionnement d’un balancier dont le pivot serait le conservatisme oscillant entre une acception laïque ou religieuse du contenu de ce conservatisme.</p>
<p>Il est intéressant de souligner que le différentiel basé sur le genre relevé à propos d’Ennahdha s’inverse dans le cas de Qalb Tounès, deuxième formation dans les réponses, avec 5,10% de réponses favorables, dont 6,10% parmi les femmes et 4,10% chez les hommes. De la même manière, à l’inverse de ce qui a été mentionné au sujet d’Ennahdha, les classes les moins favorisées sont les plus nombreuses à se déclarer sensibles au parti de Nabil Karoui dont on connaît le populisme assumé (8,3% pour les DE ; 3,9% pour les C ; et 2,4% chez les AB).</p>
<p>Le Parti destourien libre de l’avocate et actuelle députée anti-islamiste Abir Moussi arrive 3<sup>ème</sup> avec 4,70%. Il est plus populaire parmi les classes aisées et intermédiaires (5,4% AB ; 5,7% C) que chez les moins bien lotis (2,3%). Enfin, on relèvera la faible performance du sortant Nidaa Tounès qui n’aura pas survécu à son instigateur, ni aux turpitudes qui ont marqué les derniers mois de ce « mouvement » qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même… à peine un geste. On notera enfin que le faible score obtenu par Kaïs Saïd s’explique par la formulation de la question (“de quel parti êtes-vous le plus proche ?”) ou, plus exactement, par son originalité dans le champ politique dès lors que celui-ci n’est à la tête d’aucune formation partisane.</p>
<h2><a name="_Toc40191372"></a>Participation à la vie politique</h2>
<p>Si l’on excepte le vote (78,1%), l’inaction est – si l’on peut dire – la principale forme de participation politique : 18,4% des répondant.e.s (17,6% des hommes et 19,3% des femmes) affirment n’avoir eu d’action qu’ils/elles qualifient ou s’autoriseraient à qualifier de politique. Ceci s’inscrit dans une relative congruence avec la défiance relevée plus haut des Tunisien.ne.s pour les formes les plus institutionnalisées du politique.</p>
<p>Il faut toutefois prendre en compte la polysémie du mot « politique » dans l’interprétation de ces résultats (cf. <em>supra</em>), ainsi que la question de la « légitimité politique », entendue ici comme la légitimité à parler de politique, à agir politiquement, ou à « faire de la politique ». Tout le monde ne partage pas la même définition. À titre d’exemple, l’adhésion à un groupe d’Ultras du club de football du Taraji (L’Espérance de Tunis) ne semble pas d’emblée relever du politique, ni même être vécue comme telle par ses membres, mais plus sous ses aspects sportifs ou proprement « footballistiques ». De ce point de vue, un.e répondant.e qui serait par ailleurs membre de l’un de ces groupes n’inclurait pas nécessairement cet aspect de sa vie sociale dans ses réponses à la question de ses actions « politiques ». Pourtant, au moins depuis les révoltes de 2011, nombre de travaux de recherche sur ces groupes de sociabilité au Maghreb et au Machrek (et au-delà) s’accorde sur le sens très politique de ces groupes de sociabilité au sein d’un de ces rares espaces institutionnalisés de la politique contestataire sous régime autoritaire.</p>
<p>Cette précision faite, il est frappant de constater à l’appui de données chiffrées que l’écart entre les revenus semble conditionner l’initiative politique. On observe ainsi qu’un quart (25,7%) des foyers les plus pauvres dans notre sondage (catégorie DE) déclare n’avoir rien entrepris de politique ou qu’ils s’autoriseraient à qualifier de tel. Ils sont en revanche moitié moins (12,7%) dans la catégorie des meilleurs revenus (AB). Ceci semble corroborer la question de la « légitimité politique » telle que définie plus haut.</p>
<p>Peut-être convient-il de lire sous ce jour  la distribution des résultats en fonction de l’âge des répondant.e.s ? Comme pour le rejet des partis politiques (cf. <em>supra</em>), ce sont en effet dans les cohortes les plus jeunes que l’on retrouve ceux qui s’investissent le moins en politique, ou qui s’autorisent le moins à qualifier certaines de leurs actions de “politique” : 36% des moins de 20 ans, 23,9% des 20-29 ans et 22% des 30-39 ans ; contre 16,4% des 40-49 ans, 10,8% des 50-59 ans et 10,2% des plus de 60 ans.</p>
<p>En résumé, le vote (78,1%), la participation à une manifestation (15,5%) et à une grève (13,3%) sont les formes de participation politique les plus répandues parmi nos répondant.e.s.</p>
<p>Mais, à nouveau, on retrouve des disparités de genre, de classe et d’âge. On relève ainsi un écart de 10 à 11% entre les classes défavorisées déclarant voter (70,7% &#8211; DE) et celles des classes moyennes (80,9% &#8211; C) et supérieures (81,2% &#8211; AB). Les moins de 20 ans sont les moins nombreux à déclarer voter (45,5%), ce qui peut s’expliquer autant par la désaffection des partis politiques que par des problèmes liés à l’inscription sur les listes électorales. Au-delà, plus on est vieux, plus on vote : 70,7% des 20-29 ans et 74,7% des 30-39 ans déclarent l’avoir fait. Ceux qui « balancent entre deux âges » – les quadragénaires – se démarquent de leurs benjamins par un écart de contingent de 8 à 12% : 82,2% des 40-49 ans déclarent ainsi voter. Mais ils sont encore moins nombreux que leurs aînés : 87,3% des 50-59 ans et 88,7% des plus de 60 ans déclarent pour leur part voter.</p>
<p>Si les hommes (78,3%) et les femmes (77,8%) affirment prendre part au vote dans des proportions comparables, les femmes sont en revanche moins nombreuses à déclarer avoir déjà pris part à une manifestation (11,2%) que les hommes (19,4%). Ceci peut s’expliquer par la domination qu’exercent les hommes dans un espace public. Les femmes sont également moins nombreuses à s’être jointes à une grève (9,7%) que les hommes (16,6%), vraisemblablement en raison de la précarité du travail féminin.</p>
<p>La manifestation comme la grève semblent être des privilèges de classe à imputer à la précarité de l’emploi chez les revenus les moins élevés. Seulement 10,9% des moins bien lotis (DE) déclarent avoir participé à une manifestation, 17,2% pour les revenus intermédiaires (C), et 18,7% des plus hauts revenus (AB). À l’identique, ils ne sont que 9% des revenus inférieurs (DE) a déclaré avoir participé à une grève, 14,6% des revenus intermédiaires (C) et 18,9% des revenus supérieurs (AB).</p>
<p>On observe moins de disparités générationnelles parmi les déclarés manifestants. 15,50% des répondants déclarent ainsi avoir manifesté ; les 50-59 ans (qui avaient 9 ans de moins en 2011) sont les plus nombreux (18,4%), cependant que les plus de 60 ans (11,1%) et les 20-29 ans (11,3%) sont les moins nombreux.</p>
<p>S’agissant de « l’histoire électorale » de notre échantillon, il convient de prendre les résultats obtenus avec beaucoup de précaution et de ne pas s’entêter à chercher de relation homothétique entre ces données chiffrées et la réalité. Si l’on compare ceux-ci avec les taux officiels de participation selon l’ISIE pour les scrutins de 2019, 2018, 2014 et 2011, on obtient des résultats très contrastés : ils sont maximisés pour les scrutins les plus récents, et minimisés pour les plus anciens. Les répondants semblent ainsi minorer ou au contraire valoriser leur participation en fonction de leur (dés)approbation individuelle des élites sortantes (ou entrantes) auxquelles on chercherait à (ne pas) associer sa voix.</p>
<p>Ainsi observe-t-on une plus grande participation de notre échantillon à la présidentielle de 2019 (87,9%) par rapport au taux officiel de participation du 1<sup>er</sup> (48,9%) et du 2<sup>ème</sup> tours (56,8%). Doit-on y voir une manifestation de ce que l’on appelle un « effet Kaïs Saïd » apparu au lendemain de sa victoire ? S’agit-il de cette éphémère, mais remarquable, forme électorale de la <em>baraka</em> se traduisant dans les faits par des mobilisations citoyennes en vue d’améliorer le quotidien ? Peut-être, bien qu’on observe une même maximisation de la participation (quoiqu’en des proportions inférieures) pour les législatives de 2019 auxquelles nos répondants semblent avoir plus participé (67,7%) que la moyenne nationale selon les résultats officiels de l’ISIE (41,7%).</p>
<p>En revanche, ils ne sont que 48,1% à déclarer avoir participé aux législatives de 2014, soit bien en-deçà du taux officiel de participation (68,36%). Idem pour la présidentielle de 2014 où 53% des répondants auraient participé, soit sensiblement moins que le taux officiel de participation des 1<sup>er</sup> (62,9%) et 2<sup>ème</sup> tours (60%). Il en va de même pour la Constituante de 2011 (51,97% officiels contre 40,30% pour notre échantillon). Seules les réponses fournies pour les municipales de 2018 s’établissent selon des proportions comparables avec le taux officiel de participation qui est de 35,65% selon l’ISIE, et de 36,8% pour notre échantillon.</p>
<p>Plusieurs autres éléments corroborent un effet « sanction » dans les déclarations ou à défaut, une grande prudence de notre part dans l’interprétation des résultats obtenus s’agissant de la participation. Au titre de l’effet « sanction », seul un quart des répondants (24,7%) déclare avoir pris part aux élections de l’ancien régime (avant 2011). Dans ce chiffre, il faut certainement retrancher la proportion des moins de 20 ans déclarant avoir voter avant 2011 (8,6%), alors qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge légal pour le faire, ainsi qu’une partie substantielle des 12,2% des 20-29 ans qui leur emboîtent le pas (sauf à considérer que seules les personnes de cette cohorte ayant 29 ans en 2020 – 18 ans en 2009 – ont participé dès leur majorité aux dernières présidentielle et législatives de l’ancien régime).</p>
<p>À noter pour la cohorte des moins de 20 ans que 100% d’entre eux/elles déclarent avoir voté pour la présidentielle de 2019. À nouveau, « effet Kaïs Saïd » ? Ou faut-il y voir chez les électeurs.trices un attachement nostalgique au présidentialisme peu compatible avec le parlementarisme introduit dès 2011 et consacré par la Constitution de 2014 ? Difficile de trancher pour expliquer le seul résultat fiable pour cette question : la plus grande participation déclarée à la présidentielle comparativement à n’importe quel autre type de rendez-vous électoraux.</p>
<h2><a name="_Toc40191374"></a>Les élections législatives de 2019</h2>
<p>La lecture des résultats obtenus par sondage quant au vote lors des législatives de 2019 doit intégrer une donnée massive : celle du refus de répondre de 31,1% des répondant.e.s. On retrouve ici la question du caractère avouable ou non de certaines options partisanes en situation de sondage. Si cela fausse quelque peu les proportions des réponses effectivement données (et leur interprétation), on peut y voir positivement l’affermissement parmi les électeurs d’une culture civique du vote faisant grand cas du secret du scrutin. Et si l’on suit cette interprétation, il semblerait que les femmes (35,1%) sont plus attachées au secret du vote que les hommes (27,7%). Les proportions entre les revenus sont à peu près comparables : 34,3% de la catégorie AB, 30,2% de la catégorie C, et 32,4% de la catégorie DE mettent un point d’honneur à ne rien divulguer  de leur vote. Cette « culture » du secret du vote est plus prégnante parmi les plus jeunes : 42,1% des moins de 20 ans et 43,7 des 20-29 ans y sont attaché.e.s, contre 22,5% des plus de 60 ans et 24,9% des 40-49 ans.</p>
<p>Au-delà, si l’on compare les chiffres non-ventilés obtenus par notre sondage avec les résultats officiels, on constate que certaines formations politiques obtiennent des résultats presque similaires, cependant que d’autres voient leurs performances amoindries. Au nombre des premiers, le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounès serait gratifié de 14,4% par nos répondant.e.s (14,49% selon l’ISIE), le Parti destourien libre de Abir Moussi obtiendrait un score de 7,4% (6,6% officiellement), et le parti nationaliste arabe Haraket al-Chaab s’attirerait 4,2% des déclarations des répondant.e.s (contre 4,52% des suffrages officiels).</p>
<p>Les sous-représentés semblent être les sortants et/ou les formations d’inspiration islamiste, comme Ennahdha (16,4%) qui perd 3 points par rapport à sa performance réelle (19,55%), ou Al-Karama qui n’obtient que 3,5% des « voix » de nos répondant.e.s, alors que son score officiel est de 5,91%. Peut-être trouvons-nous trace d’une culture du secret de ces électeurs ou de la difficulté à assumer ce type de vote ? Ou s’agirait-il d’une double sanction des élites sortantes à l’instar de Youssef Chahed et de son nouveau parti Tehya Tounès gratifié de 2,4% des réponses des personnes sondées quand son score officiel est presque deux fois supérieur (4,6%) ?</p>
<p>À noter toutefois la meilleure performance du Courant démocratique de Mohammed Abbou, avec 8,2% des réponses contre 6,39% officiellement. Sans oublier les votes blancs qui sont deux fois supérieurs dans le sondage (2,1%) que dans les faits (0,90%).</p>
<h2><a name="_Toc40191375"></a>Le crédit des médias en période électorale</h2>
<p>On a relevé plus haut le large suivi dont ont bénéficié les campagnes électorales de 2019 : 93,3% des personnes interrogées ont suivi, avec plus ou moins de passion, les campagnes des deux scrutins.</p>
<p>Cette attention accrue s’est-elle accompagnée d’effets ? Cela a-t-il impacté la décision de vote des répondant.e.s au sondage lors de ces deux scrutins ? Que ce soit lors de la présidentielle (40,2%) ou des législatives (41,7%), les répondant.e.s au sondage estiment en majorité s’être forgé une opinion sans le concours des médias. Les femmes sont moins catégoriques (P=35% ; L=34,6%) sur ce point que les hommes (P=44,8% ; L=47,5%). C’est la raison pour laquelle elles concèdent plus volontiers que les médias les ont « un peu » (P=43,3% ; L=45,2%), « assez » (P=16,7% ; L=12,4%) ou « absolument » (P=6,5% ; L=6,9%) aidé à déterminer leur choix de liste que les hommes<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>[3]</sup></a>.</p>
<p>Doit-on en conclure que les femmes seraient plus influençables face aux contenus médiatiques ? Ce serait à la fois faux et inélégant. En effet, il peut être difficile pour certains individus de concéder une exposition aux médias et, surtout, une forme de « crédulité » face aux discours véhiculés par les médias qui, en Tunisie, comme ailleurs sont la proie de critiques à la fois vives et variées. Admettre ou non l’impact des médias dans la formation de sa propre opinion peut dès lors devenir un enjeu face au sondeur. De ce point de vue, l’une des explications possibles à l’écart de résultats par genre quant à l’influence des médias dans le choix de vote pourrait être une plus grande promptitude masculine à vouloir montrer que l’on n’est pas influençable. Inversement, cela serait la marque d’une plus grande inclinaison chez les femmes à désamorcer un tel enjeu<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup>[4]</sup></a>.</p>
<p>Si l’on garde cette idée en tête et que l’on s’intéresse à présent aux disparités des réponses en fonction des revenus, on constate que plus de la moitié (58,5%) des revenus supérieurs (AB) ne sont pas prêts à concéder la moindre influence des médias sur leurs choix électoraux. Et il s’agit-là d’une authentique caractéristique de classe dès lors que l’on constate un écart de 18% avec les autres catégories de revenus qui présentent des taux (certes substantiels mais inférieurs à la moitié) quasi-identiques chez les revenus intermédiaires (C – 40,3%) et faibles (DE – 40,2%).</p>
<p>Les classes favorisées seraient-elles plus critiques que les autres face aux discours médiatiques ? Pas nécessairement. Dans une interprétation bourdieusienne de ces chiffres, on peut voir dans cet écart de réponses la manifestation d’un « ethos de classe »<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>[5]</sup></a> et de la revendication d’un « capital culturel »<a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>[6]</sup></a> supérieur (notamment à celui du sondeur) incompatible avec l’influence que pourrait exercer sur leur orientation politique un quelconque média populaire par essence (cf. <em>infra</em>). Ceci se vérifie également dans les  écarts de réponses ventilées par CSP obtenues à la question relative à l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. À nouveau, les CSP+ (AB) se démarquent des autres : ils sont 46,9% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidés par ces débats dans la détermination de leur choix pour les législatives (contre C=36,5% ; DE=36,6%) et 44,2% pour la présidentielle (contre C=32,9% ; DE=37%).</p>
<p>Ces nuances interprétatives semblent être corroborées par le constat suivant : à la différence de l’appartenance de genre et de classe, l’âge ne semble pas être un facteur déterminant dans l’influence exercée par les médias dans la formation d’une opinion en vue de l’élection. Selon le sondage, les contingents de réponses (pas du tout, un peu, assez, absolument, nsp) sont assez homogènes d’une cohorte à l’autre, et l’on n’observe que de faibles écarts entre elles.</p>
<p>À ce propos, et pour compléter la lecture des résultats au sujet des débats électoraux, on souhaiterait souligner que l’on trouve une légère trace des 5 débats électoraux entre candidats dans les écarts de réponses sur leur influence entre la présidentielle et les législatives. Les répondant.e.s sont en effet légèrement plus nombreux.ses (+2,6%) à estimer n’avoir « pas du tout » été aidé.e.s par ces débats lors des législatives (37,4%) que lors de la présidentielle (34,8%) ; plus nombreux (+2,2%) à estimer l’avoir été « un peu » (législatives : 31,7% / présidentielle : 29,5%). À l’inverse, ils/elles sont plus nombreux.ses (+2%) à concéder avoir été « assez » aidé.e.s par les débats lors de la présidentielle (20,5%) que lors des légilsatives (18,5%) ; et plus nombreux.ses (+2,8%) à déclarer avoir été « absolument » aidés par ces débats lors de la présidentielle (10,3%) que lors des législatives (7,5%).</p>
<h2><a name="_Toc40191376"></a>Elections et diversité médiatique</h2>
<p>Si l’on s’intéresse aux réponses portant sur les habitudes médiatiques de notre panel lors des élections présidentielle et législatives, trois constats s’imposent :</p>
<p>1- Le maintien des médias de masse « traditionnels », notamment la télévision ;</p>
<p>2- Les effets positifs pour les médias traditionnels de la convergence médiatique ;</p>
<p>3- Les relatives disparités générationnelles que consacrent les réseaux socionumériques, et notamment Facebook.</p>
<h3><a name="_Toc40191377"></a>1. Les bonnes  performances des médias traditionnels</h3>
<p>Que ce soit pour la présidentielle ou les législatives, la télévision est le média le plus consommé : 39,9% des répondant.e.s avaient le petit écran pour principale source d’information pour la présidentielle et 36,8% pour les législatives. Dans les deux cas, les femmes la consomment plus (43,7% pour la présidentielle et 40,2% pour les législatives) que les hommes (36,5% pour la présidentielle et 33,7% pour les législatives).</p>
<p>Populaire, la TV ? Effectivement, elle apparaît très clairement comme le principal média des revenus les plus faibles tant pour la présidentielle (DE=47%) que les législatives (DE=45,9%), avec un écart de plus de 10 points par rapport aux deux autres catégories de revenus plus élevés (présidentielle : AB=33,6% et C=37,5% ; législatives : AB=30,7% et C=33,5%).</p>
<p>La TV, un média de « vieux » ? Nonobstant l’inélégance de la formule, les résultats tendent à prouver que la TV est effectivement plus consommée parmi les cohortes les plus âgées de notre sondage. Tant pour la présidentielle que pour les législatives, les plus de 60 ans sont ceux pour lesquels le petit écran constitue encore la principale source d’information (Présidentielle : 63,8% ; Législatives : 61,4%), suivis de près par les 50-59 ans (Présidentielle : 53,7% ; Législatives : 52,7%), et les quadragénaires (Présidentielle : 45,7% ; Législatives : 43,3%). Chez les trentenaires, ils sont autour de 30% à s’informer principalement par la TV (Présidentielle : 32,8% ; Législatives : 28,1%). Quant aux plus jeunes, ils ont beaucoup plus suivi la présidentielle à la TV (31,8%) que les législatives (21,5%), vraisemblablement en raison du moment télévisuel qu’ont constitué les 5 débats électoraux entre candidats.</p>
<p>La radio est en revanche largement moins suivie par les répondants lors de la présidentielle (3,5%) et les législatives (3,4%). Elle est plus écoutée par les quadragénaires (Présidentielle : 4,7% ; Législatives : 4,9%), les cinquantenaires (Présidentielle : 4,1% ; Législatives : 3,7%) et les plus de 60 ans (Présidentielle : 3,3% ; Législatives : 4,4%). Le genre ne semble pas intervenir dans la consommation des programmes radiophoniques, mais la radio est un peu plus écoutée dans les milieux populaires (surtout pour la présidentielle : 5,4% de la catégorie DE contre 2,6% de la catégorie C et 3,9% de la catégorie AB).</p>
<p>Peut-être que les biens médiatiques produits par les radios sur les réseaux socionumériques relèveraient un peu la performance de ce média de masse ? On sait en effet que les radios privées témoignent d’une bonne présence en ligne (malgré le retard à se convertir au podcast/balladodiffusion).</p>
<h3><a name="_Toc40191378"></a>2- Les médias traditionnels et la convergence médiatique</h3>
<p>Si l’on additionne les résultats des 3 entrées où Facebook est mentionné comme principale source d’information (pages médias, pages populaires et groupes), on s’aperçoit que ce réseau socionumérique talonne de près la TV et représente le principal média d’un quart des répondants ; soit 25,7% pour la présidentielle et 25,8% pour les législatives. Au vu du succès de Facebook en Tunisie depuis 2011, rien d’étonnant à cela.</p>
<p>La surprise vient en revanche du constat de la bonne performance des médias professionnels sur ce réseau (pages médias sur Facebook), témoignant ainsi d’une efficacité de leur présence numérique et d’une « bonne » convergence médiatique. C’est notamment le cas des répondant.e.s aux revenus supérieurs (présidentielle : AB=21,9% ; législatives : AB=19,4%) et intermédiaires (présidentielle : C=19,3% ; législatives : C=19,3%), qui sont deux fois plus nombreux que les revenus les plus faibles (présidentielle : DE=9,7% ; législatives : DE=10,3%).</p>
<p>Peut-être doit-on y voir une fracture numérique dans la fracture numérique ? Deux arguments à l’appui de cette ébauche d’hypothèse :</p>
<p>1- Les écarts ne sont pas aussi criants pour les autres types d’entrées Facebook (pages populaires et groupes) et les revenus semblent avoir moins d’incidence. Pour la présidentielle, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 7% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 5,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 3,9% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 3,9% pour la catégorie DE. Pour les législatives, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 5% de la catégorie AB, 5,5% pour la catégorie C, 4,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 4% de la catégorie AB, 4,5% pour la catégorie C, 3,5% pour la catégorie DE.</p>
<p>2- Dans une moindre mesure par rapport à Facebook, les sites Internet de médias réels sont plus souvent cités en source principale d’information par les individus relevant de la catégorie AB (Présidentielle : 2,2% ; Législatives : 1,5%) que par les autres (Présidentielle : C=0,8% et DE=0,4% ; Législatives : C=0,9% et DE=0,2% ). La consommation en ligne de biens médiatiques produits par les médias professionnels semble donc liée à la CSP. En creux, on constate aussi la centralité de Facebook dans les habitudes médiatiques des Tunisien.ne.s, véritable « média-roi numérique ». Les autres réseaux socionumériques ne sont une source principale d’information des répondant.e.s qu’à hauteur de 0,4% des répondants pour la présidentielle et de 0.3% pour les législatives.</p>
<h3><a name="_Toc40191379"></a>3- Des disparités générationnelles consacrées par Facebook</h3>
<p>Sans trop de surprise, Facebook et les pages des médias professionnels sont plus fréquemment cités comme source principale d’information parmi les populations les plus jeunes que chez les plus âgés. Ainsi, pour la présidentielle, 33,3% des 20-29 ans et 18,6% des 30-39 ans se sont principalement informés <em>via</em> ces pages Facebook. Suivent les moins de 20 ans (17,3%), plus ouverts à d’autres réseaux socionumériques (notamment Instagram). Les quadragénaires (11,2%) et les quinquagénaires (8,1%) et les plus de 60 ans (4,1%) sont quant à eux largement derrière.</p>
<p>À noter que les pages Facebook d’opérateurs professionnels peuvent atteindre de très larges audiences et peuvent ponctuellement concurrencer les agences de presse en terme de dissémination et de rapidité. À titre d’exemple, au 7 avril 2020, la page Facebook de Mosaïque FM recense 5 227 052 « j’aime » et 5 305 051 « suivre » (soit le total de la démographie tunisienne) ; la page Facebook de Nessma TV la plus suivie comptabilise 6 609 699 « j’aime » et 6 620 711 « suivre ». À l’inverse, la page du pôle public audiovisuel ne rassemble que 901 609 « j’aime » et 1 115 115 « suivre ».</p>
<p>Dans des proportions moindres, on retrouve des écarts significatifs sur les deux autres entrées Facebook du sondage. S’agissant des pages populaires, 8,9% des moins de 20 ans, 6,9% des 20-29 ans, 6,5% des 30-39 ans les considèrent comme principale source d’information, cependant que 3,3% des 40-49 ans, 3,6% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans le font. Pour les législatives, les pages populaires de Facebook sont citées en principale source d’information par 9% des moins de 20 ans, 7,8% des 20-29 ans, 6,1% des 30-39 ans, mais seulement 4,2% des 40-49 ans, 3,4% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans.</p>
<p>Les groupes Facebook, dont on a pu observer la multiplication pendant la présidentielle, semblent également une option largement ignorée des plus âgés : 1,1% chez les plus de 60 ans, 0,7% chez les 50-59 ans, et 3,3% chez les 40-49 ans ; contre 6,5% chez les moins de 20 ans, 6,8% chez les 20-29 ans, et 5,9% chez les trentenaires. Lors des législatives, les chiffres sont légèrement plus importants que pour la présidentielle, notamment chez les moins de 20 ans (7,7%), les 20-29 ans (5,9%) et les 30-39 ans (7,1%). Ils sont légèrement inférieurs chez les quadragénaires (2,7%), les quinquagénaires (0.9%) et les plus de 60 ans (0,7%)</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>[1]</sup></a> https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>[2]</sup></a> cf. Monique Dagneau, <em>Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion</em>, Paris, Sciences-Po Les Presses, « Nouveaux Débats », 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup>[3]</sup></a> Soit : « Pas du tout » (P=44,8% ; L=36%), « Assez » (P=14,2% ; L=10,3%), « Absolument » (P=4,9% ; L=5,7%).</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup>[4]</sup></a> Il est intéressant de noter qu’on observe le même différentiel de genre au sujet de l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. Pour les législatives, les femmes sont moins promptes à dire qu’elles n’ont pas du tout été aidées par les débats électoraux (34,1%) que les hommes (40%). Pour la présidentielle, l’écart se réduit, peut-être en raison de l’événement politique et télévisuel que constituaient les 5 débats électoraux entre candidats (cf. <em>infra</em>). Les femmes sont 32,4% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidées par les débats, contre 37% des hommes.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup>[5]</sup></a> Défini en tant que « système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l&rsquo;enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents » (Bourdieu Pierre (1984), <em>Questions de sociologie</em>, Paris, Minuit, 228).</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>[6]</sup></a> Aux côtés du « capital social » et du « capital économique », le « capital culturel » désigne l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu par transmission familiale.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/sondage2020_analyse/">Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Les réseaux sociaux: lieux de bataille politique</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/</link>
					<comments>https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Oct 2019 14:36:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[ISIE]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Union Européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Posts et pages sponsorisés, fake news, attaques&#8230; les réseaux sociaux ont été un lieu d&#8217;affrontement politique en Tunisie,&#8230;</p>
The post <a href="https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/">Les réseaux sociaux: lieux de bataille politique</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><i><span style="font-weight: 400;">Posts et pages sponsorisés, fake news, attaques&#8230; les réseaux sociaux ont été un lieu d&rsquo;affrontement politique en Tunisie, lors des dernières élections. Un phénomène que les différents observateurs ont scruté avec attention, pour essayer d&rsquo;appréhender les tendances et réfléchir à une réponse pour les prochains rendez-vous électoraux.</span></i></p>
<p><span style="font-weight: 400;">«10h : Nabil Karoui 35%, Kaïs Saïed 65%. 12h: Nabil Karoui : 40%, Kaïes Saïed : 60%&#8230;</span><span style="font-weight: 400;">» </span><span style="font-weight: 400;"> Le jour du second tour, sur les réseaux sociaux, l’internaute pouvait trouver une fausse infographie, estampillée au nom de l’institut de sondage Sigma. Elle montrait une remontée du score de Nabil Karoui et une chute de Kaïs Saïed, tout au long de la journée. Ces chiffres qui se sont avérés complètement faux, une fois les résultats tombés. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Aujourd’hui les réseaux sociaux biaisent les débats, manipulent les gens. C’est un grand problème.» </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Bassem Mâater, vice-président de l&rsquo;<a href="https://www.facebook.com/atideTunisie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Association Tunisienne pour l&rsquo;Intégrité et la Démocratie des Elections</a> (ATIDE), est inquiet. Du mois de mai 2019 au mois d&rsquo;octobre, une équipe de quatre personnes de son association a scruté les réseaux sociaux et notamment Facebook, pour comprendre ce qui se jouait lors des campagnes présidentielles et législatives sur la Toile.</span></p>
<figure id="attachment_4366" aria-describedby="caption-attachment-4366" style="width: 400px" class="wp-caption alignnone"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-4366 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-400x400.jpg" alt="" width="400" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-400x400.jpg 400w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-768x768.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-700x700.jpg 700w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-370x370.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-270x270.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-300x300.jpg 300w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-740x740.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake.jpg 960w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /><figcaption id="caption-attachment-4366" class="wp-caption-text">Photomontage diffusé sur Facebook le jour du second tour de la présidentielle tunisienne.</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">ATIDE n&rsquo;a pas été la seule organisation à tenter d&rsquo;absorber et analyser une partie de l&rsquo;activité en ligne des Tunisiens. L&rsquo;<a href="http://www.isie.tn/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Instance Supérieure Indépendante des Elections</a> (ISIE) a gardé un œil sur les pages officielles des candidats sur les réseaux sociaux. La <a href="https://eeas.europa.eu/election-observation-missions/eom-tunisia-2019_fr" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mission d&rsquo;Observation des Elections de l&rsquo;Union Européenne</a> (MOE UE) a été la première mission d&rsquo;observation francophone à monitorer l&rsquo;activité des réseaux sociaux pendant des élections, en plus de le faire sur le terrain. Quant à l&rsquo;ONG Mourakiboun, elle a créé son propre modèle d&rsquo;observation.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Par ailleurs, l&rsquo;organisation internationale Access Now et 14 organisations tunisiennes ont adressé une <a href="https://www.accessnow.org/cms/assets/uploads/2019/09/OpenLetter_FB_Election2019_Tunisia_FR-.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">lettre ouverte</a> à Facebook, avant le début de la campagne, pour la mise en place de mesures efficaces de transparence et de responsabilité vis-à-vis des utilisateurs, dans le cadre des élections.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il y était demandé de permettre au public d&rsquo;accéder aux dépenses de publicités de campagne, à l&rsquo;identité des commanditaires, aux statistiques liées aux publicités ou encore l&rsquo;obligation de mise en place d&rsquo;un processus d&rsquo;autorisation pour les publicités, afin de pouvoir confirmer l’identité du commanditaire et l&rsquo;association des comptes publicitaires.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Un mouvement général s&rsquo;est donc mis en marche pour appréhender l&rsquo;activité et la communication autour des élections sur les réseaux sociaux, afin d&rsquo;éviter les dérives. Mais tout s’est fait sans qu&rsquo;une méthode particulière ne soit mise en place de manière coordonnée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais que trouvait-on sur les réseaux sociaux pour qu&rsquo;ils retiennent tant l&rsquo;attention ? Du contenu politique, sponsorisé, publié lors de la campagne, mais également les jours de silence et de scrutins, des messages considérés comme non équitables et dont le financement peut difficilement être sourcé. Mais aussi des messages pro ou anti-candidats, des rumeurs, des fake news, des attaques, l&rsquo;apparition de pages de soutien non officielles&#8230; Les réseaux sociaux ont été un terrain de bataille, en plus d&rsquo;être, comme à leur habitude depuis 2011, un lieu d’échanges et de discussions entre les internautes tunisiens.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si avant les élections, les médias avaient fait état de sponsoring de pages sur les réseaux sociaux et de tentative d&rsquo;influence de l’opinion publique, la campagne n&rsquo;a pas été un moment d&rsquo;apaisement.</span></p>
<h4><b>L&rsquo;ISIE : une observation trop restreinte</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;ISIE a très vite tenté de gérer le problème de la communication sur les réseaux sociaux. L&rsquo;instance a demandé aux candidats de communiquer leurs pages officielles et les sources de financement de ces dernières et c&rsquo;est seulement l&rsquo;activité sur celles-ci qui a été prise en compte par l&rsquo;instance.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En septembre dernier, alors que la campagne pour la présidentielle débutait, Nabil Baffoun expliquait qu&rsquo;un accord avait été passé entre l&rsquo;ISIE et Facebook pour connaître les sources de financement des pages officielles des candidats. En effet selon l&rsquo;article 57 de la <a href="http://(https://legislation-securite.tn/fr/node/44286" target="_blank" rel="noopener noreferrer">loi électorale</a> :</span></p>
<blockquote><p><b><i>Art. 57 –</i></b><span style="font-weight: 400;"> La publicité politique est interdite dans tous les cas, durant la période électorale.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">En vertu de cet article,</span><span style="font-weight: 400;"> les contenus sponsorisés sont illégaux en Tunisie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;instance <a href="https://www.tuniscope.com/article/183479/tech/reseaux-sociaux/isie-facebook-331215" target="_blank" rel="noopener noreferrer">a donc annoncé prendre des sanctions</a> en cas d&rsquo;infractions constatées. Des courriers auraient d&rsquo;ailleurs déjà été adressés aux candidats tête de listes pour les législatives, suite à la publication de contenu sponsorisé.</span></p>
<figure id="attachment_4367" aria-describedby="caption-attachment-4367" style="width: 450px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="wp-image-4367 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-450x335.jpg" alt="" width="450" height="335" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-450x335.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-768x572.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-370x276.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-270x201.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-740x551.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-80x60.jpg 80w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb.jpg 823w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /><figcaption id="caption-attachment-4367" class="wp-caption-text">Screenshot d&rsquo;une page Facebook de soutien au candidat Nabil Karoui.</figcaption></figure>
<h4><b>Contenus sponsorisés et publications lors du silence électoral et des jours de scrutin</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Car des contenus sponsorisés ont effectivement fleuri lors de la période électorale. L’équipe de quatre personnes mise en place par la Mission d&rsquo;observation des élections de l&rsquo;Union Européenne s&rsquo;est également penchée sur la question. C’est que le phénomène avait retenu l&rsquo;attention de Fabio Massimo Castaldo, le chef de la mission et vice-président du Parlement européen l’année dernière. « Les Tunisiens sont très actifs sur Facebook et l&rsquo;impact des réseaux sociaux m&rsquo;avait marqué en 2018 lorsque j&rsquo;étais chef des observateurs de la Mission d&rsquo;Observation Européenne en Tunisie pour les élections municipales. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai fait cette proposition de monitoring de ce phénomène », explique-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi du 28 août au 13 octobre, ce sont 700 pages facebook qui ont été observées, dont 10 pages officielles des candidats à la présidentielle et 100 pages d’influenceurs. M. Castaldo a ainsi fait état du travail réalisé par la MOE UE:</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;"> «Nous avons observé des dépassements pour les législatives. Il y a eu des publicités, qui sont interdites, qui ont même été diffusées pendant le jour du silence électoral et le jour du scrutin.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour les législatives, la campagne en ligne a été marquée par la diffusion de contenu sponsorisé, avec une campagne qui a continué pendant le jour du silence électoral et le jour du scrutin. « Du 16 septembre au 6 octobre, la mission a observé 840 différentes publicités payantes en faveur de 50 listes candidates, dont 241 diffusées pendant le silence électoral», a déploré M. Castaldo, lors d&rsquo;une conférence de presse le 8 octobre dernier. Il a également fait état de diffusion de fake news.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour le premier tour de la présidentielle, </span><span style="font-weight: 400;">361 publicités payantes en ligne en faveur des candidats ont été décomptées.</span><span style="font-weight: 400;"> Pour le second tour de la présidentielle, l&rsquo;équipe dédiée à cette observation a comptabilisé 230 publicités payantes en ligne en faveur des candidats, dont 113 lors du silence électoral précédent le scrutin.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Or, ces publicités en ligne et ces contenus sponsorisés déséquilibrent la campagne et profitent aux grands partis et aux candidats financièrement plus aisés.</span></p>
<p><b>Réseautage entre pages officielles et non-officielles</b></p>
<p><iframe style="border: none; overflow: hidden;" src="https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FKaloutcha.Hamadi%2Fposts%2F10220487675764527&amp;width=500" width="500" height="687" frameborder="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Chez ATIDE, le vice-président Bassem Mâater explique que suite à un appel de <a href="https://democracy-reporting.org/fr/monitor-networks-of-undeclared-political-actors-tunisia-elections/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Democracy Reporting International</a>, son organisation a observé les réseaux sociaux et principalement Facebook. «Nous avons commencé par une exploration générale. Ce qui nous a semblé important c&rsquo;était le réseautage. C&rsquo;est-à-dire ce qui se mettait en place entre les pages officielles et les non-officielles. Or, ce sont ces pages non-officielles qui ont un impact important sur la vie politique tunisienne et sur les élections.»</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Ainsi pour les législatives, l&rsquo;association a observé un phénomène particulier : «Nous avons pu voir qu’il y a des groupes de pages qui travaillent de manière coordonnée sur les même choses : attaquer des candidats, apporter leur soutien, voire même des pages qui attaquent le processus démocratique en Tunisie. C’est une tendance inquiétante pour nous.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour les présidentielles, l&rsquo;association a cherché toutes les pages de soutien des candidats. «Nous avons à nouveau vu la mise en route de réseaux d’une dizaine, voire parfois même de près d&rsquo;une quarantaine de pages, qui travaillent en même temps, pour un candidat ou contre un autre, à certains moments.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En plus des contenus sponsorisés, du soutien à des candidats ou des attaques, ce phénomène de communication politique sur les réseaux sociaux a donné lieu à la diffusion <a href="https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/10/13/presidentielle-2019-lisie-met-en-garde-contre-les-rumeurs-diffusees-sur-les-reseaux-sociaux-qui-ont-pour-but-de-perturber-loperation-electorale/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de rumeurs et fake news</a>. Lors d&rsquo;une conférence de presse le 6 octobre, jour du scrutin du second tour de la présidentielle, Hasna Ben Slimane, membre de l&rsquo;ISIE avait mis en garde les citoyens face aux rumeurs qui impactent directement le processus démocratique, en tentant de décourager les citoyens à venir voter.</span></p>
<h4><b>Une approche différente et une observation sur le temps long </b></h4>
<figure id="attachment_4374" aria-describedby="caption-attachment-4374" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="wp-image-4374 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-900x505.png" alt="" width="770" height="432" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-900x505.png 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-450x253.png 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-768x431.png 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-370x208.png 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-270x152.png 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-740x415.png 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux.png 960w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4374" class="wp-caption-text">Extrait du rapport d&rsquo;observation des réseaux sociaux de l&rsquo;association Mourakiboun.</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais se concentrer sur les pages qu&rsquo;elles soient officielles ou non, et les publicités et contenus sponsorisés, serait une approche trop restreinte et qui ne collerait pas à la réalité de l&rsquo;usage et des possibilités des réseaux sociaux. En effet, il suffisait d’être présent sur facebook pour être invité à rejoindre des groupes de soutien à tel ou tel candidat ou voir défiler des contenus fabriqués de toute pièce comme des photomontages prêtant au candidat Kaïs Saïed des affinités qu’il ne s’est jamais déclarées.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;organisation Mourakiboun a elle aussi planché sur l&rsquo;observation des réseaux sociaux. C&rsquo;est</span> <span style="font-weight: 400;">l’analyste média-électoral Mansour Ayouni, qui travaille sur le projet RASD depuis les élections de 2014 qui s&rsquo;est à nouveau plié à la tâche. Il observe ce qu&rsquo;il appelle</span><span style="font-weight: 400;"> le domaine de «l&rsquo;influence média-électorale» : l’influence média mais dans la convergence entre médias classiques et nouveaux médias.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Loin de l&rsquo;approche big data et des outils d&rsquo;analyse web-marketing, il a mis en place ses propres critères pour comprendre ce phénomène socio-politique. Il a ainsi construit un échantillon de 1001 personnes actives sur les réseaux sociaux et représentatives des citoyens tunisiens en fonction de catégories. Un échantillon dont il suit avec précision les réactions, afin de comprendre la dynamique du corps électoral tunisien.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">«Je suis l&rsquo;activité de l’échantillon d&rsquo;abord vis à vis de toute l’offre politique : les pages officielles des candidats, les pages qui les soutiennent, le discours politique et marketing. Ensuite, je suis ma cible face aux parutions des médias traditionnels à propos des candidats. Je suis l’interaction de ces personnes de façon convergente. Enfin, il y a aussi la dimension des événements réels sur le terrain: ce que les candidats font, où ils vont, les visites… et là-dessus, encore une fois, je l’étudie et regarde la réaction des personnes, qui sont réparties sur tout le territoire.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mansour Ayouni a</span><span style="font-weight: 400;"> ainsi cumulé un corpus de 2 millions de réactions et de messages autour de la période électorale 2019, mais pas uniquement, puisqu&rsquo;il travaille sur le sujet depuis les élections de 2014. Il a ainsi pu analyser les changements de trajectoire politique, les nuances, les revirements des citoyens sur un temps long.</span></p>
<h4><b>Opportunisme du soutien</b></h4>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="en">
<p dir="ltr" lang="fr">Comment expliquer aux gens que Kais Said n’a pas de compte sur Twitter? Maintenant ils le savent. <a href="https://t.co/DITUH7M8rb">pic.twitter.com/DITUH7M8rb</a></p>
<p>— A.A (@Scoulino) <a href="https://twitter.com/Scoulino/status/1184084120005152768?ref_src=twsrc%5Etfw">October 15, 2019</a></p></blockquote>
<p><script async="" src="https://platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8"></script></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les changements de trajectoires de certains internautes peuvent découler d&rsquo;une influence subie via la communication sur les réseaux sociaux. En effet, au delà du sponsoring, ATIDE a observé des comportements d’opportunisme de la part de certaines pages et quelques groupes Facebook: «L’impact est fort car nous sommes face à des pages anciennes , avec une grande communauté, qui avaient des intérêts généralistes : football ou actualité&#8230; mais qui se sont mises à avoir un contenu politique qui dépassait parfois 80% de leurs publications et avec un nombre de publications quotidiennes important, passant d’une moyenne mondiale de 2,8 posts par jour à 6,2», explique M. Mâater.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il rapporte également avoir suivi plusieurs pages qui ont changé de cap politique d’un scrutin à l’autre. «Finalement, les pages font le travail en fonction de celui qui paie&#8230;» déplore-t-il.</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Un opportunisme qui le laisse dubitatif : «Comment une page non-officielle peut-elle faire du sponsoring aussi important? Cette démarche a un coût financier. Malheureusement, l’ISIE n’observe que les pages officielles des candidats et un seul compte par candidat, alors que le sponsoring se fait autrement: via les pages non-officielles ou via les pages de personnes qui sont proches de ces candidats.»</span></p></blockquote>
<h4><b>Les types d&rsquo;électeurs en ligne</b></h4>
<figure id="attachment_4376" aria-describedby="caption-attachment-4376" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4376 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-900x436.jpg" alt="" width="770" height="373" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-900x436.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-450x218.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-768x372.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-370x179.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-270x131.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-740x358.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie.jpg 3651w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4376" class="wp-caption-text">Des électeurs cherchent leur bureau de vote, le jour du premier tour de la présidentielle, dans une école de La Marsa. Crédit : Sana Sbouaï</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">M. Ayouni de Mourakiboun est lui beaucoup moins inquiet quant à l&rsquo;influence subie par les internautes. Sa méthode lui a permis de dégager différentes tendances.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D&rsquo;abord, du côté des électeurs. Trois types émergent, explique-t-il.</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’électeur </span><span style="font-weight: 400;">stable : un électeur affilié politiquement et idéologiquement à une offre, qui est constant et ne subit pas l’influence média-social. </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’</span><span style="font-weight: 400;">électeur stratégique : il est sans affiliation politique claire et n’a pas fait son choix. cet électeur-internaute essaie de forger une opinion, avec des critères personnels et communique ses questionnements, sa réflexion et sa décision sur les réseaux sociaux, pouvant ainsi peut-être influencer le 3e type d&rsquo;électeur.</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’électeur indécis: il représenterait 40% du corpus électoral tunisien d&rsquo;après le travail d’observation de M. Ayouni et serait la partie la plus importante et la plus dynamique sur les réseaux sociaux. Ces électeurs y expriment leur mécontentement et ils sont influençables. Les influences viendraient des électeurs stables et aussi par des électeurs stratégiques.</span><span style="font-weight: 400;"><br />
</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">Autre tendance qui ressort du travail d&rsquo;observation effectué : du côté de l’offre électorale globale : «Il y a un échec, de la part des candidats, à développer un discours qui permet d’influencer les électeurs indécis. En effet, il n’y a pas de travail de fond pour permettre aux gens de choisir», explique-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Finalement ce constat peut-être vu de manière positive selon lui : «C’est un indicateur positif de la santé démocratique de ce pays. Face à une offre électorale globale, qui n’est pas conçue pour la clarification, et qui fait appel à des techniques immoral parfois – diffamation, sponsoring&#8230;- le citoyen tunisien se comporte comme à son habitude : il aime poser des questions, il prend son temps, il réfléchit&#8230; et il cache ce qu’il va faire.»</span></p>
<h4><b>Un phénomène difficile à appréhender</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour observer l&rsquo;activité autour des élections trois indicateurs spécifiques ont été mis en place par Mansour Ayouni.</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;"> Un </span><span style="font-weight: 400;">indicateur de présence média-social qui mesure la présence de l’acteur sur les réseaux sociaux. Ceci est corrélé par le nombre de “like” sur les publications et non pas la largeur de la communauté. </span><span style="font-weight: 400;"> </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">Un </span><span style="font-weight: 400;">indicateur d’influence média-social: la capacité d’un acteur présent sur les réseaux sociaux à faire “bouger la toile” et ramener les internautes avec lui. C’est l’indicateur le plus important. </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">Un indicateur de performance: qui mesure la capacité d’un acteur à publier du contenu qui va devenir viral et faire bouger la toile.</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais pour l&rsquo;enseignant-chercheur sociologue des médias Enrique Klaus, le phénomène de la communication et de l’influence sur les réseaux sociaux est difficile à appréhender. Aujourd&rsquo;hui installé en Turquie, il a passé 5 ans en Tunisie à l’IRMC, après la révolution et il a suivi de près la question de la régulation des médias traditionnels. Il explique que l&rsquo;analyse des phénomènes sur les réseaux sociaux reste compliquée pour le moment : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«On peut appréhender des pages, mais si l&rsquo;on a à faire à des groupes fermés par exemple on ne sait pas ce qu&rsquo;il s&rsquo;y dit.» </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">On ne pourrait donc qu&rsquo;appliquer une méthode quantitative pour le moment. De même, il souligne la difficulté de se pencher sur Twitter, où à l&rsquo;échelle humaine, tenter de récupérer les données sur un hashtag par exemple serait un travail titanesque. Les retweets et les commentaires qui s&rsquo;y rajoutent rendent la tâche encore plus difficile.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si ATIDE a expliqué s&rsquo;être concentrée sur des pages et des groupes actifs, la mission d&rsquo;observation de l&rsquo;UE n&rsquo;a pas souhaité expliquer sa méthodologie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, il semble que l&rsquo;observation des réseaux sociaux lors des campagnes électorales se fait de manière aléatoire, dans un moment où des efforts coordonnés, avec une méthodologie partagée, pourrait peut-être permettre plus d&rsquo;efficacité pour comprendre le phénomène.</span></p>
<h4><b>Un phénomène à encadrer ?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Un phénomène que les différents observateurs souhaitent voir encadré. L&rsquo;ATIDE a ainsi <a href="https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/10/16/tunisie-atide-appelle-a-la-mise-en-place-dun-cadre-juridique-relatif-a-la-propagande-politique-sur-les-reseaux-sociaux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">appelé l&rsquo;ISIE et l&rsquo;ARP</a> à la mise en place d&rsquo;</span><span style="font-weight: 400;">un cadre juridique décisif et global concernant la propagande et la publicité sur les réseaux sociaux.</span><span style="font-weight: 400;">  </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«Je pense qu’il est temps de mettre tous les outils pour voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux et pouvoir contrer les manipulations : il faut faire de l’analyse et de la prévention» explique M. Mâater.</span></p></blockquote>
<figure id="attachment_4373" aria-describedby="caption-attachment-4373" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4373 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-900x449.jpg" alt="" width="770" height="384" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-900x449.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-450x225.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-768x383.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-370x185.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-270x135.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-740x370.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman.jpg 3835w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4373" class="wp-caption-text">Le chef de la MOE UE, Fabio Massimo Castaldo, le jour des élections législatives, dans le bureau de vote de la rue de Marseille à Tunis. Crédit : Sana Sbouaï</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Un avis partagé par Fabio Massimo Castaldo de la MOE UE qui souligne tout de même l&rsquo;aspect global de ce phénomène «C&rsquo;est un phénomène mondial, il n&rsquo;y a pas de pays qui a une réglementation spécifique. Mais cela devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;une réflexion entre les rives de la méditerranée. Car il y a un impact de plus en plus fort. Il faut réfléchir à ce point, sans tomber dans la contre-propagande. C&rsquo;est un équilibre délicat. Je pense qu&rsquo;il faut partager les expériences, pour réussir à mettre en place une réglementation, mais sans mettre en place une censure à la liberté d&rsquo;expression des individus, qui est le sel de la démocratie.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De son côté, Mansour Ayouni ne partage pas cette position et considère qu&rsquo;il est impossible de contrôler le sponsoring sur les réseaux sociaux et que c&rsquo;est le comportement de l&rsquo;électeur qui doit être accompagné pour qu&rsquo;il puisse se prémunir contre la manipulation. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«C</span><span style="font-weight: 400;">ette sphère médiatico-sociale va s’auto-réguler : la loi serait inefficace, car inapplicable, sur un phénoméne incontrôlable. Les fake news existeront en ligne car elles existent dans la société. C’est la vulgarisation des usages qui va permettre la régulation. Ce n’est pas le contrôle. Il faut continuer à vulgariser l&rsquo;usage des réseaux sociaux.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Finalement, c</span><span style="font-weight: 400;">&lsquo;est l&rsquo;offre politique qui ne serait pas à la hauteur «face à ça la micro-société présente sur les réseaux sociaux et qui fait preuve d’une dynamique extrêmement intéressante», souligne-t-il. Par conséquent, il faudrait faire confiance aux électeurs qui sont sur les réseaux sociaux: malgré ce que l&rsquo;on peut croire ils ne s&rsquo;en laisseraient pas compter.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Reste qu&rsquo;ils ont beau faire partie du quotidien, les réseaux sociaux sont avant tout des entreprises qui offrent une liberté d&rsquo;échange aux internautes, mais cette offre est indéniablement intéressée. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on a pu voir lors de différentes élections dans la monde, aux USA pour l&rsquo;élection de Trump, comme au Royaume-Uni pour le Brexit. Leur capacité d&rsquo;influence n&rsquo;est donc pas à minimiser et il semble primordial de mieux comprendre les possibilités qu&rsquo;ils offrent pour mieux pouvoir l&rsquo;expliquer aux internautes.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/">Les réseaux sociaux: lieux de bataille politique</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Présidentielle: le poids du choix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Oct 2019 17:16:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement Ennahdha]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dimanche 13 octobre, les Tunisiens ont élu un nouveau président de la République, après des semaines à devoir&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dimanche 13 octobre, les Tunisiens ont élu un nouveau président de la République, après des semaines à devoir choisir, au rythme d’une campagne improbable. Un choix compliqué à arrêter.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les jeux sont faits. Kaïs Saïed a été élu président, une nouvelle assemblée va prendre place, il ne reste plus qu’à former un gouvernement. La Tunisie est arrivée au bout de son marathon électoral, non sans difficulté pour les électeurs. Il aura d’abord fallu s’y retrouver dans la foule des 26 candidats qui se sont présentés au premier tour de la présidentielle le 15 septembre dernier, puis faire un choix entre deux profils étonnants ce dimanche 13 octobre.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De ce vote indécis au premier tour, les Tunisiens sont passés à un vote massif en faveur de Kaïs Saïed pour le second tour. Il a récolté 72% des voix selon les résultats préliminaires officiels, ce dimanche face à Nabil Karoui. Mais si les jeunes lui ont fourni un vote d’adhésion (90% des jeunes inscrits auraient voté pour lui selon Sigma Conseil), d’autres électeurs ont eu du mal à faire un choix, jusqu’à la dernière minute. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur les réseaux sociaux, les débats n’en finissaient plus. Il fallait voter pour l’un ou pour l’autre, contre l’un ou l’autre, il fallait voter blanc ou s’abstenir, alors que sur le terrain la question semblait plus apaisée. Comme le débat dans lequel se sont lancés Marwan et Abir, deux jeunes fiancés de 28 ans, projettant chacun de voter pour un candidat différent. Lui pour Saïed et elle pour Karoui. Le couple s&rsquo;est rendu ensemble vendredi soir sur l&rsquo;avenue pour assister aux rassemblements organisés pour chacun des candidats et chemin faisant ils exposent chacun leurs arguments, tout en continuant à se tenir par la main.</span></p>
<figure id="attachment_4336" aria-describedby="caption-attachment-4336" style="width: 503px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4336 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-450x213.jpg" alt="" width="503" height="238" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 503px) 100vw, 503px" /><figcaption id="caption-attachment-4336" class="wp-caption-text">Rassemblement en faveur de Kais Saied au dernier jour de campagne. Avenue Habib Bourguiba le 11 Octobre 2019 (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<h4><b>Fin de campagne</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour comprendre le vote de dimanche, il faut remonter à cette fin de campagne éclair, qui aura duré 48 heures, après la libération du candidat Nabil Karoui mercredi 9 octobre. Le candidat à la présidentielle avait été emprisonné le 23 août pour suspicion de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Son absence de la campagne présidentielle avait été source de tensions et de fatigue pour les électeurs qui ont dû, en plus, voter trois fois en moins d’un mois. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est la mini campagne des deux candidats et les conséquences de cette campagne ponctuée d’un scrutin pour les législatives, qui auront permis à de nombreux électeurs de faire un choix. En effet tous n&rsquo;étaient pas forcément convaincus par la victoire de Kais Saied lors du premier tour. Le candidat avait obtenu 18,4% des voix contre 15,6% pour Nabil Karoui. Au second tour, l’écart s&rsquo;est creusé en faveur de Kais Saied, qui a remporté 72,71% des voix,  contre 27,29% pour Nabil Karoui, selon l&rsquo;instance supérieure et indépendante pour les élections (ISIE).</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Vendredi soir sur l&rsquo;avenue Bourguiba, pour clore la campagne, il y avait deux camps bien distincts : les pro-Saïed et les pro-Karoui. Chacun à un bout de l&rsquo;avenue, le tout dans l’ambiance bon enfant d’une soirée de fin de semaine. Dès 17h, les partisans de l’enseignant de droit se sont retrouvés devant le théâtre municipal, entonnant l&rsquo;hymne national, chants et discours d’ouverture, appelant les Tunisiens de tous bords “de droite, de gauche, croyants, athés…” à se joindre au mouvement .</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">A l&rsquo;extérieur des barrières qui délimitent un périmètre autour de l’estrade, Sameh, 23 ans, presse le pas. Cette étudiante en licence est venue au rassemblement car elle a vu l&rsquo;annonce de dernière minute sur Facebook. “Moi je suis pour Kaïs Saïed depuis le début. Son programme me plait.” La jeune femme fait partie de la masse de jeunes électeurs qui a voté pour le constitutionnaliste dès le premier tour.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ahmed, 29 ans, informaticien de Siliana, travaille à Tunis et fait les voyages tous les jours. Avant d’aller prendre un louage pour rentrer chez lui, il a voulu faire un passage rapide par le rassemblement. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Au premier tour, j&rsquo;étais pour Safi Saïd. Puis, j&rsquo;ai encore voté pour lui aux législatives. Mais là, je vais voter pour Kaïs Saïed dimanche. Je suis contre Nabil Karoui. Il n&rsquo;est pas clair. Tous les jours, il a des affaires qui sortent sur les réseaux sociaux. Kaïs Saïed n&rsquo;a pas ce genre de problèmes.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">N&rsquo;a-t-il pas peur d&rsquo;être déçu si son candidat ne tient pas ses promesses ? “Non ! Les législatives ont tout décidé, c&rsquo;est Ennahda qui a remporté le plus de sièges. Moi, je pense qu&rsquo;il faut revenir à un régime présidentiel, avec un homme fort qui gouverne.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Est-il nostalgique ? “Bon, c&rsquo;est vrai qu&rsquo;au temps de Ben Ali, il y avait des gens qui allaient en prison. Mais au moins, il n&rsquo;y avait pas Ennahda. Et on vivait…”</span></p>
<figure id="attachment_4335" aria-describedby="caption-attachment-4335" style="width: 505px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4335 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-450x213.jpg" alt="" width="505" height="239" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 505px) 100vw, 505px" /><figcaption id="caption-attachment-4335" class="wp-caption-text">Drapeau avec slogan « Nabil Karoui président! », tenu par une citoyenne venue écouter le candidat sur l&rsquo;avenue Bourguiba le 11 Octobre 2019. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">A l&rsquo;autre bout de l&rsquo;avenue, Tawfik, tout juste retraité de l&rsquo;univers juridique, n&rsquo;est pas du tout d&rsquo;accord. Il est installé sur un banc avec sa femme, dans le périmètre réservé au rassemblement pour Nabil Karoui. “Kaïs Saïed n&rsquo;a pas l&rsquo;étoffe d&rsquo;un leader. Moi, mon choix c&rsquo;est Karoui depuis le départ. Lui, il sait diriger une entreprise, il a de l&rsquo;expérience, il sait comment mener des hommes. Et puis, Kaïs Saied ne sait même pas communiquer ! Bon Karoui aussi, il doit s&rsquo;améliorer un peu. Mais Kaïs Saïed ne parle même pas en tunisien !” dit-il en faisant référence à la marque de fabrique du candidat juriste qui s’exprime toujours en arabe littéraire, aussi bien dans les amphithéâtres universitaires que lors de ses interventions télévisées. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plus loin, Nouha, la vingtaine, une jeune femme vivant dans un quartier populaire, insiste:</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;"> “Karoui va résoudre nos problèmes de pauvreté. C’est pour lui qu’il faut voter!” </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Avec une amie, elle attend avec impatience de voir son candidat apparaître. Nabil Karoui finira par arriver vers 19h. La foule bigarrée applaudit, crie. Le candidat s’adresse à elle, en reprenant les mêmes idées : “nourrir nos enfants, avoir un toit sur la tête…”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quelques heures plus tard, les deux hommes se sont retrouvés dans un face à face télévisé pour un débat organisé par l’association Munathara, en direct sur plusieurs chaînes. Un moment de télévision historique qui a drainé 6,4 millions de téléspectateurs toutes chaines tunisiennes confondues. Il a été le sujet de toutes les discussions du samedi précédent l’élection. En ce jour de silence électoral pour les candidats et les médias, le “Facebook tunisien” était rythmé par les statuts et commentaires autour du second tour. </span></p>
<h4><b>Le débat : un tournant dans la campagne</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce débat a permis à certains citoyens d’y voir plus clair, notamment ceux qui n’étaient pas forcément dans les meetings des deux candidats vendredi soir ou qui avaient suivi la campagne de loin, via ses rebondissements et tractations politiques autour de l’affaire d Nabil Karoui. </span></p>
<figure id="attachment_4334" aria-describedby="caption-attachment-4334" style="width: 496px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-4334" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-450x213.jpg" alt="" width="496" height="235" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-4334" class="wp-caption-text">Hédi Hedfi, jeune étudiant en sciences juridiques de 21 ans et membre du bureau de vote de la rue de Marseille. Tunis, 13 Octobre 2019. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est ce qu’assure Hédi Hedfi, jeune étudiant en sciences juridiques de 21 ans et membre du bureau de vote de la rue de Marseille, dimanche 13 octobre. “J’ai regardé le débat vendredi soir au café, rue du Ghana dans mon quartier. Les jeunes faisaient des blagues sur les candidats, applaudissaient, réagissent à ce qui était dit. Il y en avait qui ne voulaient pas voter et qui après le débat m’ont dit qu’ils y voyaient plus clair et qu’ils allaient finalement aller voter.”</span><span style="font-weight: 400;">Hédi est donc convaincu de l’apport positif du débat. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Zied Zahar, directeur commercial dans une clinique privée de la capitale, est un peu moins enthousiaste. Ce père de famille est venu voter dans son quartier de l’Ariana mais alors qu’il rentre dans le centre de vote, il n’est encore sûr de rien : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Peut-être que je vais changer d’avis, peut-être même que je vais voter blanc une fois dans l’isoloir. J’aurais aimé que ce soit un vrai débat, que les candidats présentent d’abord leurs programmes, et que par la suite, les journalistes les questionnent.” </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Le candidat pour lequel il a voté au premier tour a été éliminé, il a donc dû se résoudre à un choix difficile, “à un vote utile”, le débat lui ayant permis de mieux cerner les candidats et de l’éclairer à “30%” environ.</span></p>
<h4><b>Vote blanc et abstention</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L’abstention aura fortement marqué les scrutins, même si pour le troisième et dernier rendez-vous électoral, les Tunisiens se sont un peu plus mobilisés avec un taux de participation qui frôle les 58%. Lors de l&rsquo;élection présidentielle de 2014, il avait dépassé les 60%. Cette année, l’abstention et le vote blanc ont été l’objet de nombreuses discussions.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Talel Ksiksi, informaticien freelance à Médenine, vote blanc comme toute sa famille. Aucun des deux candidats ne lui convient: </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Je vais me déplacer pour mettre faire un bulletin blanc dans l’urne. Et j’espère que nous serons nombreux pour que cela soit réellement pris en considération dans le résultat électoral.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Le débat de vendredi soir a-t-il éclairé l’opinion selon lui? “J’avais encore un peu d’espoir avant que le débat ne débute, mais au final, c’était encore pire. L’un des candidats me semble être presque stupide, l’autre dit ne pas avoir d’idée et vouloir s’en remettre aux jeunes&#8230;” Alors pour marquer son désaccord, il boycottera les deux profils.</span></p>
<figure id="attachment_4332" aria-describedby="caption-attachment-4332" style="width: 499px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4332 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-450x213.jpg" alt="" width="499" height="236" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 499px) 100vw, 499px" /><figcaption id="caption-attachment-4332" class="wp-caption-text">Ecole primaire et centre de vote Rue de Marseille. 13 Octobre 2013. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans une démarche de rejet encore plus prononcée, Mehdi Bel Hadj Aïssa, lui, ne vote pas. Il a publié un statut Facebook pour expliquer sa démarche :</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"> “J&rsquo;ai longtemps hésité entre les deux, vote blanc ou abstention, ça sera abstention pour moi. Je ne suis pas serein à l&rsquo;idée de laisser un bulletin vierge au pays des magouilleurs. </span><span style="font-weight: 400;">Et puis, je pense que finalement l&rsquo;abstention aura plus de visibilité au niveau des chiffres. C&rsquo;est triste quelque part de se dire que je suis descendu dans la rue un jour pour revendiquer un droit dont je vais pas profiter aujourd&rsquo;hui. Mais la classe politique est aussi à l&rsquo;image d&rsquo;une grande partie du pays, sale, tricheuse et corrompue&#8230; On récolte ce qu&rsquo;on sème après tout.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce consultant de 36 ans n’était pas convaincu par les deux candidats et en plus, ne fait pas confiance aux institutions, et craint que quelque coche une case sur son bulletin vierge . Il a voté au 1er tour et aux législatives, mais les candidats du second tour ne portent pas les valeurs auxquelles il croit. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Si le vote blanc avait un sens et était comptabilisé alors je me serais peut-être déplacé.” Dans son entourage l’abstention prend le dessus également.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Plusieurs pages Facebook ont appelé d’ailleurs pendant le scrutin à comptabiliser le vote blanc lors de ce scrutin pour qu’il soit considéré comme un “geste politique”. D’après l’ISIE, plus de 26 000 votes blancs ont été dénombrés pour le scrutin des législatives. L&rsquo;instance en a dénombré plus de 15 000 pour le second tour de la présidentielle.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est pourtant, portés par cette envie de lutter contre les “magouilles” que de nombreux Tunisiens ont donné leur voix à Kaïs Saïed. Un choix évident pour certains, compliqué pour d’autres, de résignation parfois. Mais un choix, tout de même, fait en toute liberté.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur l&rsquo;avenue Bourguiba dimanche soir, l&rsquo;ambiance était à la fête. Les citoyens sont sortis pour célébrer la victoire de Kaïs Saïed pour certains, le simple fait que cette élection ait été menée jusqu&rsquo;au bout sans bévue. Chants, klaxons, drapeaux, accolades. Kaïs Saïed l&rsquo;a promis : il sera le président de tous. </span></p>
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		<title>La société civile amère face aux élections</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2019 17:46:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Société civile]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Egalité entre les citoyens, accès à la justice… les associations tunisiennes auraient aimé que ces questions de fond&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-left: 40px;"><em>Egalité entre les citoyens, accès à la justice… les associations tunisiennes auraient aimé que ces questions de fond émergent lors des élections. Cela n’aura pas été le cas. Une déception qui s’ajoute au fait que leur travail a été récupéré par les politiques, qui ont imposés des débats superficiels.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;">“Le résultat du premier tour des présidentielles n’a rien de surprenant. En réalité, c’est une réponse de la population face à l’inaction des responsables au pouvoir depuis 2011.” Abderrahmane Hedhili, président du FTDES pourrait avoir l’air résigné, pour autant ce militant de longue date sait parfaitement que les batailles pour changer une société se mènent  sur le temps long. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dimanche 15 septembre, les Tunisiens ont voté lors du premier tour des présidentielles pour l’enseignant de droit Kaïs Saïed et pour l’homme d’affaires emprisonné Nabil Karoui. Deux hommes aux profils opposés aux habitués du sérail. Lors des élections législatives du 6 octobre, c’est un parlement morcelé qui est apparu. Avec encore une fois, un fort taux d’abstention pour ce scrutin et une sanction contre les partis installés.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les candidats ayant une carrière politique ont été écartés lors de la présidentielle, et pour Alaa Talbi, du FTDES, ce vote sanction, doublé d’une forte abstention, s’explique facilement : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Nous avons aujourd’hui une population épuisée, après toutes les promesses fictives entendues pendant les précédentes élections, après les visites occasionnelles et opportunistes des candidats. Il y a une déception totale de la population et l’émergence d’une nostalgie de l’avant 2011.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais ce qui inquiète surtout les militants associatifs c’est de voir que les questions sur les droits et libertés n’étaient pas à l’ordre du jour. Pourtant, depuis 2011 de nombreux acteurs de la société civile travaillent à mettre en place une société plus juste en Tunisie. Les élections de cet automne représentent un moment de cristallisation de ce combat. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Alors que le débat identitaire a cette fois été écarté, c’est la question de la situation économique et sociale qui a pris le dessus, mettant de côté des sujets comme l&rsquo;accès à la justice, l’égalité entre les citoyens, la lutte pour l’intégrité des responsables politiques, la lutte contre les abus et les mauvaises pratiques de la dictature. En lieu et place de quoi les candidats se sont concentrés sur des questions importantes pour les citoyens, mais moins décisives quant au modèle de société à mettre en place.</span></p>
<h4><b>Le travail de fond des associations récupéré par les candidats </b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Au début du mois d’octobre a eu lieu une conférence de presse pour lancer la campagne “</span><a href="http://laroujou3.com/"><span style="font-weight: 400;">La roujou3</span></a><span style="font-weight: 400;">” (</span><i><span style="font-weight: 400;">Plus jamais</span></i><span style="font-weight: 400;">) et présenter une</span> <span style="font-weight: 400;">analyse de l’offre des partis politiques et des candidats aux élections législatives à propos de la  justice transitionnelle, ainsi que les résultats d&rsquo;une </span><a href="http://laroujou3.com/sondage/"><span style="font-weight: 400;">enquête de perception</span></a><span style="font-weight: 400;"> nationale sur la Justice Transitionnelle. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Seif Ben Tili, de Bawsala, association membre de cette campagne au côté du FTDES et de ASF, explique la non prise en compte de questions clés :</span><span style="font-weight: 400;"> “La fracture se joue du fait de la prévalence de questions sociales sur les questions sociétales. Si on fait un tour des programmes on voit que la majorité des partis évoquent de problèmes socio-économiques, si bien que les candidats qui jouent là dessus sont les premiers dans les sondages. Il est difficile de dire à une personne qui a faim de venir exercer son droit à l&rsquo;accès à la justice par exemple. Je pense que cet aspect économique et important, mais il faut aussi pousser pour que les droits fondamentaux aient une prévalence sur d’autres questions en politique.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">La société civile, entendue comme force de pression non-gouvernementale qui agit pour influencer les politiques gouvernementales, a permis en Tunisie de dresser un état des lieux de la situation vécue par la population dans toute sa diversité et faire émerger des batailles pour les droits et les libertés individuelles qui n’avaient que peu de place avant la révolution.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cet état des lieux aurait été absorbé par les candidats pour construire un discours populiste, sans que les questions de droits et de liberté n’émergent. Une tactique politicienne pour Seïf Ben Tili : “La période électorale est le moment de cristallisation des questions décisives : les politiciens commencent à attirer les gens via des questions économiques et cela permet d’échapper à d’autres questions qui gênent ou qu’ils ne veulent pas traiter.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Alaa Talbi, du FTDES, va plus loin : </span><span style="font-weight: 400;">“A la fin on a l’impression que le travail de terrain de la société civile donne, comme résultat, un second tour entre Kais Saied et Nabil Karoui. Sont-ils les meilleurs profils pour récupérer cette masse (NDLR : de votants), je me pose la question. Mais en attendant il faut constater qu’ils étaient les seuls à s’adresser aux différentes catégories de la population. Et cette situation est en partie la faute des grands partis politiques.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">M. Talbi ne s’étonne pas que les candidats n’adressent pas les questions d’équité et d’égalité, alors même que la population se dit intéressée par ces sujets. Ainsi dans le sondage dévoilé dans le cadre de “La roujou3” 50% des Tunisiens interrogés disaient vouloir un Président de la République intègre. “Mais nous avons pour l’instant un des candidats au second tour qui est emprisonné dans une enquête pour suspicion de blanchiment et d’évasion fiscale. Je pense que cela marque le gouffre qui existe entre les besoins et attentes des citoyens et ce que la classe politique propose”, continue M. Talbi.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si les principes défendus par la société civile semblent ne pas encore avoir été intégrés par les candidats pour l’instant, celà ne signifie pas qu’il faut se résigner. </span><span style="font-weight: 400;">Gabriele Reiter, directrice du bureau de l&rsquo;Organisation Mondiale Contre la Torture à Tunis, qui se bat pour que les pratiques du passé disparaissent, tempère le sentiment général : « 2011-2019 c&rsquo;est beaucoup trop court. En Europe de l&rsquo;Est, en Amérique Latine pour changer les choses il a fallu des générations.</span><span style="font-weight: 400;"> Cela</span><span style="font-weight: 400;"> prend du temps. » Selon elle pour la question de la torture il y aurait une volonté politique de changer les choses, mais la mise en pratique prend du temps.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est justement pour que la situation change que l’organisation Amnesty International vient de publier une </span><a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2019/10/tunisia-new-parliament-must-prioritize-human-rights/"><span style="font-weight: 400;">lettre ouverte adressée aux futurs députés</span></a><span style="font-weight: 400;">. Un texte qui met en avant dix sujets en matière de droits humains, sur lesquels les parlementaires sont invités à travailler : liberté d’expression, liberté d’association, justice transitionnelle, égalité des genres ou encore dépénalisation de l’homosexualité… Pour Amnesty, le parlement doit accorder la priorité aux droits humains. Des sujets peu abordés lors des campagnes électorales. </span></p>
<h4><b>Un éclatement de l’offre</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Autre point saillant des élections : une offre pléthorique de candidats. Vingt-six candidats pour les présidentielles et 1506 listes pour les législatives. De nombreuses listes ne sont pas affiliées à des partis politiques et sont formées d’indépendants, dont des membres de la société civiles affirment que certains sont des personnes corrompues et que des financements proviendraient de contrebandiers. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Reste que dans la grande majorités les indépendants sont des citoyens ordinaires ou venant du monde associatif. Alaa Talbi explique ce phénomène : “Il y a une forte présence de listes alternatives pour ces législatives : il y a des listes qui ont vu le jour suite à des dissensions entre partis et il y a aussi des listes créées par des gens qui sont persuadés de l’échec de la notion de parti politique, et qu’il faut donc que les idées viennent d’ailleurs. Il y a aussi cette fois-ci des listes avec des gens qui viennent directement du monde associatif et qui veulent défendre leur propre projet et non servir les projets d’un parti, comme cela a pu être le cas en 2014.”</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">C’est que selon lui, ce n’est pas seulement les citoyens qui sont épuisés : “Nous sommes devant une réalité amère. La société civile propose des alternatives depuis des années mais personne ne nous répond.”</span></p></blockquote>
<h4><b>Quand le monde associatif franchit la frontière avec la politique</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L’exemple du parti Aïch Tounsi parle de lui-même : ce mouvement socio-politique créé en 2018, s’est mué en parti politique et s’est lancé dans la campagne des législatives, sans grand succès. “Nous voulons faire de la politique en dehors de la manière dont les partis se définissent en Tunisie. Nous sommes issus de la société civile car nous sommes proches des citoyens, nous sommes allés les voir, nous allons discuter avec eux sur le terrain, pour savoir de quoi les gens ont besoin. Mais aussi parce que notre conception des choses c’est de dire que tous les citoyens peuvent se mêler de la politique et ont un mot à dire.” C’est ce qu’explique Yosra Sassi, en deuxième position sur la liste Aïch Tounsi, dans la circonscription Tunis 1. Cette avocate a été approchée pour intégrer la liste. Elle raconte avoir faire partie d’une association il y a quelques années. Tout comme un de ses colistiers Yousri Garnit, personnel administratif au sein de la Cité des Sciences. Il explique lui aussi que les Tunisiens en ont marre des partis, que la confiance est perdue et qu’il faut agir autrement. Finalement ce mouvement n’obtiendra qu&rsquo;un siège au parlement.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais la société civile peut-elle prendre le pouvoir ? Alaa Talbi n’y croit pas et interroge le futur :  “Le fait que des listes soient issues d’associations, qui travaillent pour leur propre compte, doit faire l’objet, de mon point de vue, d’un débat national : quel rôle pour la société civile? Est-ce que l’on continue à proposer des alternatives ? De faire de l’observation ? Ou est-ce que l’on veut prendre le pouvoir ?”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est que le rôle de la société civile est particulier en Tunisie. La maîtresse de conférences Hèla Yousfi écrivait dans un article publié sur le site </span><a href="https://orientxxi.info/magazine/faut-il-encenser-la-societe-civile-en-tunisie,1673"><span style="font-weight: 400;">OrientXXI</span></a><span style="font-weight: 400;"> en 2017 que le prix Nobel attribué à la société civile tunisienne était “en quelque sorte la consécration de son pouvoir grandissant.” Pour l’auteure cette composante de la société  est devenue un acteur clé du champ politique, notamment après qu’un ministre chargé des relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile ait été nommé. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">La société civile “ne se contente plus d’un contre-pouvoir, elle devient une actrice incontournable dans la fabrique de la décision politique”, écrivait Mme Yousfi. Elle soulignait aussi les clivages autour des missions de cette force.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Alaa Talbi lui est catégorique : “ Je ne crois pas à la thèse de la société civile qui va prendre le pouvoir. Donc je pose la question du point de vue éthique. Mais ça n&#8217;empêche pas qu’il faille avoir un débat sur l’avenir des partis politiques en Tunisie, sur la question de la confiance des citoyens qui s’érode, et sur la crise de confiance qui semble s’exporter vers la société civile.”</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/la-societe-civile-amere-face-aux-elections-fr/">La société civile amère face aux élections</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Le conseil national de sécurité est « un think tank stratégique et non un gouvernement parallèle » (Kamel Akrout)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2019 07:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil National de Sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Tunis]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Kamel Akrout, conseiller du président de la République en charge du conseil national de sécurité. Architecte de cette institution, l’Amiral retraité de la marine tunisienne, parle peu aux médias. Il est l’ancien directeur de la sécurité militaire où il supervisait entre autres le renseignement militaire. En pleine campagne électorale pour le premier tour des présidentielles, les candidats utilisent une lecture élastique de la notion de sécurité nationale. Certains y voient même l’instrument d’un pouvoir qui pourrait faire de l’ombre au chef du gouvernement.<br />
Mise au point avec Kamel Akrout.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><iframe src="https://castbox.fm/app/castbox/player/id2404592/id192735648?v=8.10.6&amp;amp" width="100%" height="500" frameborder="0"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></p>
<h4><b>MH: Quelle est votre définition de la sécurité nationale?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est la capacité d’un Etat à protéger ses citoyens, son territoire, sa souveraineté dans la prise de décision en utilisant tous les moyens en sa possession.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant on pensait toujours que les voisins étaient “les ennemis potentiels” ; mais cette notion a perdu de son sens aujourd’hui car le danger terroriste est partout. Ton voisin est celui qui peut notamment te protéger de ce fléau, à l’image du voisin algérien qui garde notre frontière commune sur le front ouest. Toutefois, côté libyen, on souffre considérablement de l’absence d’un vis-à-vis stable, car il n’y a pas d’Etat.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La sécurité intérieure et extérieure sont entremêlées. On ne peut pas assurer la protection des menaces extérieures, s’il y a une anarchie à l’intérieur des frontières. Il ne faut donc pas privilégier la gestion d&rsquo;une menace intérieure aux dépens de l’extérieure et </span><i><span style="font-weight: 400;">vis-versa</span></i><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<h4><b>MH: Quel a été votre parcours ? Comment êtes-vous arrivé à Carthage en 2015?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">J’ai passé 20 ans en tant que Commandant à bord d’un navire militaire. J’ai réussi le concours pour suivre un Master en sécurité nationale axé sur le contre terrorisme aux Etats-Unis.  A l’issue de cette formation, j’ai été appelé à reprendre du service au cabinet du ministre de la Défense, fin 2010 en plein printemps arabe.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je préparais les dossiers, c’est à dire que je lui fournissais avant les réunions des synopsis de la situation. Le ministre recevait également une mise au point des renseignements. Appréciant le travail que je faisais, il m’a nommé à la tête de cette direction du renseignement militaire avec l’accord de feu Béji Caïd Essebsi qui était alors premier ministre. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Après 2012 et l’arrivée de M. Moncef Marzouki à Carthage, nous avons eu des différends dont je ne souhaite pas parler et qui touchent aux intérêts de la Tunisie et de l&rsquo;armée. Résultat: je n’ai pas été maintenu à mon poste. Il m’a proposé d’être attaché militaire à notre ambassade à Tripoli (Libye) j’ai refusé. J’ai été envoyé aux Emirats Arabes Unis, j’y ai passé un an et deux mois. Peu avant son départ fin 2014, il m’a mis à la retraite.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En 2015, alors que j’étais encore aux Emirats, j’ai été contacté par Mohsen Marzouk (directeur de cabinet au palais présidentiel) et il m’a dit que le président Essebsi récemment élu aimerait me confier une mission en relation avec la sécurité. J’ai proposé de prendre en charge l’architecture du conseil national de sécurité.</span></p>
<h4>MH: La Constitution a précisé en grande partie la composition de ce conseil. Quelle a été votre marge de manœuvre?</h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Selon la constitution, le conseil national de sécurité (CNS) est présidé par le président de la République qui convoque le conseil, ce dernier ne peut se réunir qu’en présence du chef du gouvernement et du président du parlement. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le conseil national de sécurité tunisien a cette particularité: la présence du président de l’assemblée des représentants du peuple. Pourtant, les conseils de ce type ont en général une vocation opérationnelle et leur composition est souvent limitée à des représentants de l’Exécutif. Nous avons également prévu d’inclure le chef de l’agence nationale du renseignement ainsi que le conseiller chargé du CNS.</span></p>
<h4><b>MH: Quelle était l’architecture du conseil précédent? </b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant la publication du décret du CNS en 2017, nous avons travaillé sur la base du conseil mis en place par Ben Ali en 1990 qui s’appelait alors “le Conseil national pour la sécurité”. Il y avait le chef de l’Etat mais aussi les ministres de la défense, de l’intérieur, des affaires étrangères, le chef des armées, le secrétaire d’Etat en charge de la sécurité et le directeur de la sécurité militaire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pourquoi cette composition posait problème? D’abord, le chef des trois armées en Tunisie n’exerçait qu’un rôle logistique et non opérationnel, cela émane d’une décision politique datant de 1979 à l’occasion de la réorganisation de l’armée en Tunisie.  L’objectif était d’éviter de concentrer tous les pouvoirs aux mains d’un seul homme. Concernant la présence du chef de la sécurité militaire, c’était pour flatter l’ego de Ben Ali qui a occupé ce poste. En effet, il ne fallait pas qu’il ait l’impression d’être dans un poste bidon.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je me souviens avoir parlé avec le Général Kateb, chef des trois armées en 1987, il m’a expliqué que le conseil se réunissait chaque semaine. Ben Ali a considéré que les militaires étaient trop impliqués, alors il a décidé de les écarter progressivement.</span></p>
<h4><b>MH: Quelles étaient vos réserves par rapport à cette institution dans sa version de 1990?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Selon moi, le CNS a une vocation “politico-stratégique”. Cependant, la composition de 1990 est plus d’ordre “opérationnel stratégique” considérant la présence des techniciens. Ainsi, certaines personnes présentes aux réunions du “ Conseil national pour la sécurité” de 1990 se retrouvaient en présence de leurs supérieurs, ils ne prenaient pas la parole. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Par conséquent, je pense que l’opérationnel a besoin d’une vision émanant du politique. Le point de liaison entre l’un et l’autre ce sont les ministres, le chargé du CNS et le directeur de l’agence de renseignement. Après la mise en place du CNS conformément à la nouvelle constitution, il y a désormais plus de liberté de parole grâce à une harmonie hiérarchique des parties prenants.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Notre manière de travailler est celle des groupes de travail. Les commissions fonctionnent  comme des think-tanks. C’est un think tank stratégique et non un gouvernement parallèle. Contrairement aux critiques émises au moment de la publication du décret en 2017. Je formule une proposition au président de la République qui la soumet au conseil. S’il y a une égalité de voix, c’est le groupe où se trouve le président qui a le dernier mot.</span></p>
<h4><b>MH: Pourquoi l’agence nationale du renseignement n’a-t-elle pas encore vu le jour?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">J’y travaille depuis 2011. Il y avait beaucoup de résistances au sein des ministères de l’intérieur et de la défense pour ce projet d’agence commune. Chaque partie aimerait avoir le lead. Le politique aimerait disposer de cette machine, le chef de l’Etat aimerait en disposer le chef du gouvernement aussi.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous avons constaté que nos services au sein des ministères de l&rsquo;intérieur et de la défense ne se coordonnaient pas. Il faut un espace d’échange. C’est le rôle de cette agence. Un agent est désormais obligé de partager une information qu’il détient avec les autres services, sinon il est puni. Des bases de données communes sont aussi prévues. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le président de l’agence nationale du renseignement préside un conseil avec les différents chefs des services. Il n’a cependant aucun pouvoir de décision, tout est transmis au conseil national de sécurité. Il propose mais ne décide pas.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il me semble pertinent que le président de cette agence soit nommé au rang de ministre, à l’image de la Serbie. Le président de l’agence y est nommé par le président, il obtient la confiance du parlement, il exerce sous la tutelle du chef du gouvernement. Il peut donc s’adresser aux ministres de la défense ou de l’intérieur et avoir la légitimité de demander les informations à ces ministres. Le chef de l’Etat Essebsi n’a pas voulu, il a temporisé en proposant de rouvrir ce dossier par la suite.</span></p>
<h4><b>MH: Deux cadres du renseignements au sein du ministère de l’Intérieur ont été arrêtés durant cette législature pour avoir rencontrer des personnes peu fréquentables, c’est pourtant le propre des agents de renseignement? </b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Effectivement, il n’y a pas de loi qui encadre le renseignement. La loi organique du renseignement est un chaînon essentiel de la sécurité nationale, elle a été préparée par la présidence de la République à Carthage avec la contribution des ministères de la défense, de l’intérieur, des affaires étrangères. Mais elle piétine à la Kasbah (siège de la primature). Il y a des aller-retours mais ça traîne et ce ne sont pas les tensions politiques entre les deux têtes de l&rsquo;exécutif qui en sont la cause.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Concernant l’état d’urgence, nous avons malheureusement un décret inconstitutionnel qui régit cet état d’exception qui n’a pas été adopté par l’Assemblée à temps.</span></p>
<h4>MH: Le Ministre de l’Intérieur a récemment déclaré que des dispositifs d’auto-détection ont été mis en place via caméra de surveillance. Que peuvent-elles reconnaître au juste? Les plaques d’immatriculation ou bien les visages?</h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Mais, je sais qu’en Chine par exemple il y a un système performant de caméras qui permet d’avoir l’identité d’un citoyen dès qu’il est aperçu par une caméra. La caméra est là pour protéger les citoyens et non le voleur, je ne vois pas où est le problème.</span></p>
<h4><b>MH: Nous avons le même système qu’en Chine?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Je ne peux pas vous répondre.</span></p>
<h4><b>MH: Le fait qu’il y ait des acteurs nouveaux comme la justice soumis aux nouveaux rapports de force politique. Qu’est-ce que ça change pour vous?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Notre justice est indépendante, c’est le principe de base, cependant, il arrive qu’il y ait des juges qui ne sont pas indépendants. Cependant,</span> <span style="font-weight: 400;">que ce soit pour les médias ou pour la justice, tout va se réguler avec le temps. Même en tant que spécialiste du renseignement, je préfère qu’il y ait une liberté d’expression et une parole libre qu’au silence qu’on connaît en dictature.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">&#8212;-</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/kamel-akrout-conseil-national-securite-election-fr/">Le conseil national de sécurité est « un think tank stratégique et non un gouvernement parallèle » (Kamel Akrout)</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Tunisie: la soif de justice et la méfiance vis-à-vis des institutions (sondage)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Oct 2019 06:34:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Ben Ali]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Instance Vérité Dignité]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se réconcilier avec son passé? Cette question est au coeur de la transition en Tunisie, pourtant elle est totalement absente de la campagne électorale pour les législatives et présidentielles. Le décès du dictateur Zine El Abidine Ben Ali n’a pas non plus suscité de questionnements sur la prise en charge de son lourd héritage.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Durant les cinq dernières années, la coalition au pouvoir en Tunisie, conçue par feu Béji Caïd Essebsi, a tout fait pour enterrer la justice transitionnelle. Le sujet est pourtant parmi les préoccupations des Tunisiens selon un sondage réalisé par des organisations de la société civile et présenté ce mardi 1er octobre à Tunis.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">“La roujou3 &#8211; لا رجوع”, lancée à quelques jours des législatives du 6 octobre, vise à ce que les abus du passé ne se reproduisent plus et que la justice transitionnelle revienne au coeur du débat politique. Khayem Chemli, chargé de la justice transitionnelle au sein de l’organisation Avocats sans frontières, a exprimé son étonnement face aux préoccupations des citoyens tunisiens interrogés.</span></p>
<blockquote><p><strong>(AUDIO &#8211; Arabe &#8211; 25&Prime;) Khayem Chemli &#8211; chargé de la justice transitionnelle au sein d&rsquo;Avocats sans frontières</strong>:</p></blockquote>
<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');</script><![endif]-->
<audio class="wp-audio-shortcode" id="audio-4208-1" preload="none" style="width: 100%;" controls="controls"><source type="audio/mpeg" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/70pc_Tun_réconciliation_khayam_chemli_son1.mp3?_=1" /><a href="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/70pc_Tun_réconciliation_khayam_chemli_son1.mp3">https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/70pc_Tun_réconciliation_khayam_chemli_son1.mp3</a></audio>
<blockquote><p><em>La plupart des Tunisiens, plus de 70%, considèrent que la réconciliation ne doit pas juste se limiter à une décision unilatérale et politique mais, elle doit justement respecter les étapes de la réconciliation et respecter les conditions de celles-ci, c’est un des objectifs de la justice transitionnelle.</em></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Autre révélation du sondage: la confiance des Tunisiens dans les institutions: 3/4 des sondés déclarent ne pas avoir confiance dans le parlement et 2/3 ne pas avoir confiance dans la Présidence de la République.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même la situation des libertés est perçue de manière négative alors qu’elle s’est pourtant améliorée&#8230;</span></p>
<blockquote><p><strong>(AUDIO &#8211; Arabe &#8211; 34&Prime;)  Khayem Chemli:</strong></p></blockquote>
<audio class="wp-audio-shortcode" id="audio-4208-2" preload="metadata" style="width: 100%;" controls="controls"><source type="audio/mpeg" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/libertés_perception_khayem_chemli_son2.mp3?_=2" /><a href="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/libertés_perception_khayem_chemli_son2.mp3">https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/libertés_perception_khayem_chemli_son2.mp3</a></audio>
<blockquote><p><em>La plupart des Tunisiens que nous avons sondés trouvent que la situation des droits de l’Homme ne s’est pas améliorée ou qu’elle s’est détériorée par rapport à avant la révolution, c’est un chiffre bouleversant car, nous avons toujours cru en tant qu’Etat que nous avons avancé en matière de liberté d’expression ou de lutte contre la torture qui n’est plus si répandue mais dans l’imaginaire des Tunisiens, la situation générale s’est détériorée.</em></p></blockquote>
<h4><b>Le déni de justice, une frustration expliquant le vote du premier tour</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">“<em>Les catégories sociales les plus défavorisées étaient sures de leur vote,</em>” affirme Abderrahmane El Hedhili, président du Forum Tunisien des Droits Économiques et Sociaux (FTDES). “<em>Après avoir visité tous les gouvernorats du pays dans le cadre de notre suivi des mobilisations sociales et échangé avec les licenciés du secteur textile, les sans-emplois, les ouvrières agricoles, nous n’étions pas étonnés du tout du résultat des élections</em>” explique-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">“<em>Ces personnes soutenant Karoui nous disaient que même s’il est la pire des crapules, ils voteraient pour lui. Il sera donc toujours soutenu.</em>” </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Raoudha Garrafi, présidente d’honneur de l’Association des magistrats tunisiens, se souvient que “<em>Ben Ali ne laissait personne s’approcher des classes populaires. Personne ne pouvait faire du caritatif envers eux, c’est une base électorale essentielle et déterminante. Ce sont ceux-là que Nabil Karoui est allé voir.</em>” </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les résultats du scrutin du premier tour pourraient être attribuées à l’échec de la justice transitionnelle… à condition que l’on revoie la définition de cette expression.</span></p>
<blockquote><p><strong>(AUDIO &#8211; Arabe &#8211; 29&Prime;)  Khayem Chemli :</strong></p></blockquote>
<audio class="wp-audio-shortcode" id="audio-4208-3" preload="none" style="width: 100%;" controls="controls"><source type="audio/mpeg" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Quest-ce-que-la-justice-transitionnelle-Khayem-Chemli-son3.mp3?_=3" /><a href="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Quest-ce-que-la-justice-transitionnelle-Khayem-Chemli-son3.mp3">https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Quest-ce-que-la-justice-transitionnelle-Khayem-Chemli-son3.mp3</a></audio>
<blockquote><p><em><span style="font-weight: 400;">“<strong>La justice transitionnelle, ce n’est pas uniquement l’Instance Vérité Dignité, estime Khayem Chemli d’ASF, ce n’est pas juste la réparation financière au profit des victimes, c’est un tout. A chaque fois que nous parlons de la réforme des institutions, c’est au coeur de la justice transitionnelle, à chaque fois que nous parlons de la réforme des services de sécurité et de leur harmonisation avec les droits de l’Homme, c’est ça la justice transitionnelle, à chaque fois que nous combattons la marginalisation et l’inégalité entre les régions, là encore, nous sommes au coeur de la justice transitionnelle.</strong>”</span></em></p></blockquote>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Le site de la campagne: <a href="http://laroujou3.com">http://laroujou3.com</a></p>
<p>Les résultats du sondage<span class="s1"> sur la perception de la justice transitionnelle:</span></p>
<div class="ead-preview"><div class="ead-document" style="position: relative;padding-top: 90%;"><div class="ead-iframe-wrapper"><iframe src="//docs.google.com/viewer?url=http%3A%2F%2Flaroujou3.com%2Fwp-content%2Fthemes%2Fjt%2Fassets%2Ffiles%2FRapport_%2520JT_2019.pdf&amp;embedded=true&amp;hl=en" title="Document embarqué" class="ead-iframe" style="width: 100%;height: 100%;border: none;position: absolute;left: 0;top: 0;visibility: hidden;"></iframe></div>			<div class="ead-document-loading" style="width:100%;height:100%;position:absolute;left:0;top:0;z-index:10;">
				<div class="ead-loading-wrap">
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							<span>En cours de chargement&hellip;</span>
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		<title>“Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir.” Interview de Mohamed Sahbi Khalfaoui, politologue</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/interview-khalfaoui-politologue-premier-tour-presidentielle-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 18:58:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que l’ISIE vient d’annoncer les résultats préliminaires du premier tour de l'élection présidentielle, pour lequel les candidats Kaïs Saïed et Nabil Karoui sont arrivés en tête, le chercheur et enseignant en science politique Mohamed Sahbi Khalfaoui livre son analyse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1"><b>Quelle est votre analyse de la mobilisation électorale lors de ce premier tour ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">C’est un vote sanction. Les deux candidats qui se trouvent en tête du scrutin avaient une posture d’outsider, loin devant les candidats des partis classiques. Un chiffre retient l’attention si l’on regarde les 6 premiers candidats. Les trois candidats issus du système gouvernant ont récolté 30% des voix alors que mis bout à bout Safi Saïd, Nabil Karoui et Kais Saïed récoltent 40% des voix. Ce chiffre exprime la fracture qui existe entre une grande partie des électeurs et la classe gouvernante. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">C’est une sanction contre le système en place et contre les méthodes classiques de campagnes. Il y a d’un côté Kaïs Saïed qui fait une campagne sans coût financier et Nabil Karoui qui était présent sur le terrain pendant 3 ans, face aux autres candidats qui ont fait des campagnes habituelles, avec affichage urbain un contact restreint sur le terrain avec les électeurs. Les méthodes utilisées par les Saïed et Karoui sont plus crédibles pour les électeurs. Quelque part Kaïs Saïed réinvente la politique en son sens premier, c’est à dire dans le lien que l’on doit trouver entre un élu et l&rsquo;électeur. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Est-ce que ce résultat questionne la notion de populisme ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pour moi, le populisme est une maladie de vieillesse de la démocratie quand elle perd son sens initial de gouvernement du peuple. Aujourd’hui, la démocratie est pervertie par le fait qu’elle devient une démocratie par l’oligarchie. Et là-dedans, il y a une coupure par rapport aux attentes populaires. En Tunisie, il y a une forte crise économique, comme dans le monde entier. Or la montée de ces crises économiques donnent la montée de courants populistes et la Tunisie ne déroge pas à la règle : il y a une crise économique, il faut trouver un coupable, et la classe politique est désignée comme tel. Le fait d’avoir plus de 50% d’abstention est un rejet clair de la classe politique par les citoyens.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Toutefois, il y a pour moi quatre critères pour définir le populisme :</span></p>
<ul class="ul1">
<li class="li3"><span class="s1">le rejet des élites<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">l&rsquo;absence de l&rsquo;aspect programmatique<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">le lien entre le candidat et le peuple sans passer par les corps intermédiaires.<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">la vénération d&rsquo;une construction imaginaire qui est le « Peuple, le vrai ».<br />
</span></li>
</ul>
<p class="p1"><span class="s1">Ces critères peuvent s’appliquer à Kaïs Saied, à Nabil Karoui, et comme à d&rsquo;autres candidats de cette élection. Dans ce sens, le populisme était présent dans ce scrutin. </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Les chiffres de la participation électorale varient d’une région à une autre avec Kebili et Tunis en tête de la mobilisation et Béja en queue de peloton. Que peut-on lire dans ces tendances ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Je considère ces clivages qui définissent les alignements des électeurs, comme un héritage de l’époque de Bourguiba. Il existe selon moi réellement un clivage entre le vote urbain et le vote rural, tout comme il existe un clivage entre le centre du pouvoir et ses périphéries.  </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">J’avais pronostiqué avant les élections une possible victoire de Zbidi, Chahed ou Mourou du fait de leur appartenance sociale : l’un est originaire du Sahel et deux des grandes familles tunisoises. Pourtant aujourd’hui, pour la première fois, si on fait exception de Moncef Marzouki qui n’a pas été élu directement, le pays va être dirigé par un président qui ne vient ni du Sahel, ni de la capitale, ces deux régions qui sont le centre du pouvoir depuis 1705. Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir. Pour moi, c’est un message important dans la mesure où les électeurs ont choisi un changement radical. Un changement au niveau des politiques, mais également du fait de l’appartenance sociale du candidat, en plus que d’être un rejet de la classe dirigeante de 2014. C&rsquo;est l’une des conclusions de ce scrutin qu’il faut indiquer.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Quid de la théorie écologique de la mobilisation des électeurs lors de ce scrutin ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En 2014, on a eu un vote Nord versus Sud. Je ne suis pas certain que cette image sera la même pour ce scrutin et je pense que nous allons avoir une mosaïque différente. Mais je maintiens que l’on vote avec son identité sociale, la façon dont on se perçoit. Je crois que les deux candidats expriment bien ça : les ménagères qui votent pour Karoui doivent en partie le faire, car il fait du caritatif et que pendant 3 ans, il est allé dans des régions dont l’État semble jusqu’à ignorer l&rsquo;existence. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">D’un autre côté, selon un sondage, 37% de l&rsquo;électorat jeune a voté pour Kaïs Saied: c&rsquo;est l’image du professeur sérieux, qui parle arabe littéraire parfaitement, avec l’image de rigueur qui lui incombe et cette idée que c’est une personne incorruptible. C’est un peu le souvenir de ce professeur qui influence notre parcours que l’on a tous rencontré. Ce n’est pas anodin qu’il y ait des jeunes qui votent pour la première fois de leur vie, qui doivent sans doute à peine sortir du lycée ou de la fac, qui votent pour un universitaire, malgré l’aspect dangereux de son discours et de ses idées. Tout cela s’explique par le lien avec l’image que l’on se donne de nous-mêmes. On vote pour soi-même et pour un idéal.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Il n’y a donc pas tant de dépolitisation que ça des jeunes?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">J’ai l’impression que les jeunes tunisiens vivent avant tout un sentiment d’aliénation. Il y a de nombreux jeunes qui ne sont ni à l’école, ni à la fac, ni employés. Ils peuvent alors avoir l’impression d’être un poids pour leur famille et d’être en rupture avec le système social. Je pense que ce sont ces jeunes qui ne se sont pas déplacés. Mais je crois aussi qu’on ne peut généraliser le vote des jeunes. En fonction de la situation de chacun, il y a des postures sociales qui ne sont pas les mêmes et donc des votes ou une mobilisation qui divergent. Les données empiriques permettent de comprendre le vote pour un candidat, mais pas forcément la mobilisation d’une partie de la population.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/interview-khalfaoui-politologue-premier-tour-presidentielle-fr/">“Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir.” Interview de Mohamed Sahbi Khalfaoui, politologue</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>« Voici pourquoi les contentieux électoraux traînent! » Interview avec Fadhila Gargouri de la Cour des comptes</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/itv-fadhila-gargouri-cour-des-comptes-contentieux-electoral-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 07:05:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Cour des comptes]]></category>
		<category><![CDATA[élections municipales]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Tribunal administratif]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A l’annonce des résultats de ce premier tour des élections présidentielles, Barr Al Aman revient sur le financement des campagnes électorales. <br />
Quel est le rôle et l’efficience de la Cour des comptes dans cette partie importante du processus électoral? Les dons en nature et le bénévolat sont-ils comptabilisés dans le calcul des coûts des campagnes? L’achat des voix peut-il être motif d’inculpation? <br />
Qu’en est-il des infractions datant de 2014?<br />
Interview avec Fadhila Gargouri, magistrate à la Cour des comptes, présidente de la chambre des collectivités locales, des partis politiques et des associations.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><b>Barr al aman : Comment intervient la Cour des comptes dans le contrôle des financements des campagnes électorales?</b></p>
<p><b><i>Fadhila Gargouri :</i></b><span style="font-weight: 400;"> La Cour intervient sur deux volets. Le premier, c’est le contrôle des financements, le deuxième est juridictionnel. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le cadre du contrôle, notre mission est de s’assurer du respect des principes régissant le financement de la campagne électorale: </span></p>
<ol>
<li><span style="font-weight: 400;"> La transparence en matière de collecte des recettes et de dépenses, </span></li>
<li><span style="font-weight: 400;"> l’équité entre tous les candidats, </span></li>
<li><span style="font-weight: 400;"> La neutralité de l’administration.</span></li>
</ol>
<p><span style="font-weight: 400;">La Cour constate tout d’abord que tous les candidats ou listes candidates ont déposé leurs comptes de campagne dans les délais réglementaires fixés à 45 jours à partir de la déclaration des résultats définitifs. Pour ceux qui ne l’ont pas fait, on passe à la procédure juridictionnelle. Puis, on s’assure de la crédibilité de l’information telle que produite dans les comptes. Ce qui veut dire que l&rsquo;on vérifie que l’information enregistrée sur les recettes et dépenses est non seulement exhaustive, c’est à dire reflète toutes les recettes collectées et toutes les dépenses effectuées, mais aussi fiables, évaluées de manière exacte et qui correspond à la réalité. Le contrôle est sanctionné par l’élaboration d’un rapport général sur le financement des campagnes électorales qui doit être publié 6 mois  à partir de la déclaration des résultats définitifs des élections.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ensuite, on passe au deuxième volet. De manière générale, la Cour constate des infractions et sanctionne les listes ou les candidats qui n’ont pas respecté les formalités substantielles telles que décrites par la loi électorale. Pour certaines infractions, la Cour est habilitée à sanctionner les candidats ou les listes qui n’ont pas respecté le principe de la transparence ou de respect du seuil des dépenses ou les engagements vis-à-vis de la Cour des comptes, qui n’ont pas facilité sa tâche.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour ce qui concerne les recettes, il faut s’assurer de leur légalité. </span><b>Chaque candidat ou liste a le droit de collecter des fonds provenant de l’autofinancement ou de financement privé</b><span style="font-weight: 400;">. La somme totale des deux ne doit pas dépasser un seuil fixé par décret. Le seuil pour les présidentielles est aux alentours de 1,7 million de dinars (534.000€). La formule pour la subvention publique qui a été décrite par le décret tient compte du nombre d’électeurs et du coût de la vie. C’est une formule que l’ISIE doit appliquer, il s’agit de 10 fois le seuil de la subvention publique pour les présidentielles et 6 fois pour les législatives. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">La loi électorale interdit le financement étranger, le financement déguisé, le financement dont la source n’est pas déterminée et généralement le financement illicite. </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">La Cour est habilitée pour sanctionner certaines infractions, mais elle n’est pas habilitée à sanctionner les crimes, tels que la publicité politique, l’achat de voix, l’utilisation de moyens publics. Elle décèle ces infractions et transfère le dossier aux juridictions spécialisées.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il faut noter que seules les juridiction financière ou judiciaire sont habilitées à juger le caractère illégal d’un crime ou d’une infraction. Il doit y avoir des justificatifs, un jugement et des procédures qui respectent les critères d’un procès équitable, etc. </span></p>
<p><b>BAA : Pour les financements étrangers, vous êtes seulement habilités à constater? </b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : Pour les présidentielles, oui. La sanction prévue est une peine de prison (donc relevant de la justice pénale) et la perte du droit de se présenter dans les 5 ans qui suivent. Pour les législatives, il y a une sanction pécuniaire qui peut aller jusqu’à 50 fois le montant reçu et la liste est déchue.</span></p>
<p><b>BAA : Quel est le rôle de la banque centrale dans tout cela?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : La loi électorale est claire. La BCT et le ministère des Finances doivent prendre les mesures nécessaires pour protéger les élections des financements illicites. La charge d’éviter tout type de financement illicite étranger ou de source inconnue incombe au système bancaire. Il y a une circulaire de la BCT qui invite les différentes banques à déclarer les opérations de soupçons, c’est à dire toutes les opérations inhabituelles en termes de montant ou de périodicité. Toutes les opérations dépassant les 5000 dt devraient être déclarées auprès de la CTAF (Commission Tunisienne des Analyses Financières). Le problème a été relevé par la Cour des comptes et un rapport envoyé à la BCT (Banque Centrale de Tunisie) demandant une réponse. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Malheureusement, lors des élections municipales, nous avons relevé que ce système de veille manquait d’efficacité et on a formulé des observations</span><b>. C’est qu’il ne suffit pas de publier une circulaire, encore faut-il assurer le suivi de son application</b><span style="font-weight: 400;">, sans oublier les mesures de veille prévues par la loi contre le blanchiment d’argent. Ces mesures sont destinées à protéger non seulement notre vie politique, mais aussi sécuritaire.  </span></p>
<p><b>BAA : On a des candidats qui occupent des locaux de campagne sans payer de loyer ou qui font appel à des volontaires pour différentes tâches. Est-ce que ces dons en nature sont comptabilisés ?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : Les dons peuvent être en nature ou en numéraire, mais les deux doivent être justifiés par un reçu qui comporte le nom et prénom du donateur, son numéro de carte d’identité et sa signature. Pour les dons en nature, il doit y avoir une évaluation qui doit refléter la réalité du coût de l’utilisation, c’est-à-dire tenir compte du prix du marché, du taux d’amortissement et de la durée de l’utilisation. </span><b>On ne comptabilise pas le bénévolat s’il ne touche pas au métier de la personne.</b> <b>Si un ingénieur informaticien assure la maintenance d’un site web, c’est son travail et il devrait être payé. Toutefois, s’il distribue des tracts, ça rentre dans le cadre du bénévolat. </b><span style="font-weight: 400;">Seul le travail volontaire des candidats, quel qu’il soit, ne doit pas être facturé. </span></p>
<p><b>BAA : Au-delà de la légalité, les citoyens qui vont voter peuvent ne plus avoir confiance dans le système électoral, car malgré toutes les entorses aux règles, les personnes qui trichent continent à se représenter.</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : La Cour constate des infractions. Pour certaines d’entre elles la Cour est habilitée à sanctionner, et elle n’a pas hésité à le faire,</span><b> il y a eu des arrêts pour déchoir les candidats et des listes qui n’ont pas respecté le principe de la transparence</b><span style="font-weight: 400;">, c’est à dire les listes lors des municipales qui n’ont pas déposé leurs comptes de campagne dans les délais légaux et il s’agit bien de 136 listes dont 84 listes gagnantes. Toutes les structures de la Cour (14 structures juridictionnelles : 10 centrales et 4 régionales) ont communiqué les arrêts aux intéressés pour sanctionner les listes gagnantes et non gagnantes qui n’ont pas déposé leurs comptes.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour les listes non gagnantes, il s’agit d’appliquer les dispositions de l’article 98 de la loi électorale s’agit d’une sanction pécuniaire. C’est le ministère des Finances qui est chargé du recouvrement. Pour les listes gagnantes, tous les candidats de la liste devraient perdre leur siège. C’est l’ISIE qui applique la décision. Mais il faut respecter la procédure, jusque-là, il s’agit d’un arrêt provisoire, les listes candidates ont le droit d’opposer leur réponse dans un délai de deux mois, après il y a un arrêt définitif de première instance, il est possible de faire appel dans un délai de 3 mois, s’il n’y a pas d’appel, l’arrêt est définitif. Après, c’est au ministère des Finances ou à l’ISIE d’appliquer les dispositions de l’arrêt. </span></p>
<p><b>BAA : Certains délais n’ont-ils pas déjà été dépassés, pour les municipales notamment ?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : Effectivement, car nous rencontrons un certain nombre d’obstacles. La procédure est longue et compliquée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’abord, il y a un arrêt provisoire de première instance, il faut le communiquer à tous les membres de la liste, car l’amende est solidaire. Mais cela pose problème. Certaines listes, comme à la municipalité de Tunis, peuvent être composées de 60 candidats et à plusieurs reprises, il y a un retour par les services postaux signalant que l’adresse n’est pas valable. Cela bloque la procédure. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Une fois informés de l’arrêt, ils ont deux mois pour faire appel avant que ça ne devienne un arrêt définitif de première instance. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puis, il faut trois mois pour que ça devienne un arrêt définitif. Avec la nouvelle loi de la Cour des comptes, l’arrêt provisoire de première instance n’existe plus, mais toute la procédure prend du temps. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">On travaille avec un décret qui date de 1972 qui a été réalisé pour réglementer les procédures de jugement des comptes des comptables publics. Il n’est pas adapté aux spécificités de la matière électorale. </span></p></blockquote>
<p><b>La Cour des comptes n’a pas cessé de demander au législateur la mise en place de procédures spécifiques, légères et adaptées.</b><span style="font-weight: 400;"> </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le même problème se pose pour les procédures en matière financière, mais aussi judiciaire. </span><b>Ça explique que des affaires qui datent de 2014 traînent encore.  </b></p>
<p><b>BAA :</b> <b>On comprend que le cadre légal est inadapté, mais en même temps ce sont les partis politiques qui vont subir le contrôle qui peuvent modifier la loi. N’y a-t-il pas un conflit d’intérêts?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : Il faut souligner que le législateur a pris en compte un nombre important de recommandations de la Cour à partir de 2011. Les recommandations que la Cour a formulées lors du rapport concernant les élections de l’ANC ont participé à l’amélioration de la loi électorale en 2014. En 2011, les sanctions pécuniaires ne dépassaient pas 5000 dt.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En 2014, on a mis en place un système de sanction plus dur avec une diversification des sanctions. Il prévoit des sanctions pécuniaires, électorales, privatives des subventions publiques et pour les crimes, des peines de prison. Par la suite, la modification de la loi en 2017, a pris en considération la recommandation de la Cour. Désormais, le financement public prend la forme d’un </span><b>remboursement</b><span style="font-weight: 400;"> des dépenses électorales et non pas comme </span><b>avance</b><span style="font-weight: 400;">. On évite ainsi la mauvaise utilisation des deniers publics comme cela a été constaté lors des élections de 2011 et 2014. Franchement, c’est une révolution. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Toutefois, d’autres recommandations n’ont pas été prises en compte. On avait demandé de revoir la définition des dépenses électorales. Dans la réalité, on a remarqué qu’il y avait une campagne avant la campagne. La définition des dépenses électorales se limite aux dépenses engagées pendant la période électorale à condition qu’ils soient consommés et payés durant la campagne électorale. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">La veille de la campagne, un parti politique peut organiser un grand meeting où il présente son programme électoral, il peut même donner des cadeaux, etc. et les frais de ce grand événement ne peuvent pas être intégrés dans le seuil des dépenses électorales. Idem en 2014. </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">On a relevé ce problème dans nos rapports de 2018 et 2014 et on a invité le législateur à réviser la définition de la dépense électorale. De même pour tout ce qui est publicité politique, la limite entre la propagande légale ( دعاية انتخابية ) et la publicité politique ( إشهار سياسي ) illicite n’est pas très claire. Lors des élections de 2014 et 2018, il était difficile de déterminer où s’arrête la responsabilité du candidat ou de la liste et où commence celle du média. En 2014, une chaîne télé a ouvert son antenne pour couvrir la manifestation d’un parti politique pendant 2 heures, c’est de la publicité. Et la réponse de cette chaîne a été de dire : « Ca rentre dans le programme de couverture des manifestations ». Cependant, ça entache le principe d’équité entre les listes candidates. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La loi électorale n’est pas claire, en 2014 comme par hasard quand on envoyé nos remarques sur les abus, les médias ont tous répondu la même chose « ça fait partie de la couverture » et les candidats  répondent « je n’ai rien demandé au média en question ». Les deux ont profité du vide juridique qui ne précise pas les responsabilités entre le média et le candidat. Dans le domaine électoral, fournir une preuve irréfutable est souvent difficile.</span></p>
<p><b>BAA : Qu’en est-il de l’achat des voix?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : On ne peut sanctionner qu’en cas de flagrant délit. C’est un non-sens. Il faut que la personne qui paie un électeur soit prise la main dans le sac et ce n’est pas évident. Par exemple, un militant de la société civile a essayé de prendre en photo quelqu’un qui faisait monter dans un camion des gens en leur donnant de l’argent et les emmenait au bureau de vote. Ils lui ont cassé son appareil et l’ont menacé. Or, tant qu’il n’y a pas les justificatifs nécessaires, on ne peut pas établir qu’il s’agit d’un crime. C’est pour cela qu’on parle dans nos rapports de risque de financement illicite ou déguisé à travers les associations et les médias. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même en France, l’affaire des financements libyens de la campagne de Sarkozy est toujours devant la justice. Ce n’est pas évident de traiter ce type d’affaires. La loi est conforme à 90% aux normes internationales et aux bonnes pratiques. Il faut toutefois instaurer des procédures et règles juridictionnelles qui tiennent compte de la spécificité de la matière électorale.</span></p>
<p><b>BAA : Pour les financements déguisés, les amendements de la loi électorale en 2019 avaient pour objectif selon l’exécutif de séparer le travail partisan du travail médiatique. Qu’en pensez-vous?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">FG : Nous avons été les premiers à appeler à la séparation de la vie associative et de la vie politique. Mais on ne change pas la règle du jeu à quelques semaines du scrutin. Ceci étant dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire, encore faut-il que ce soit dans les règles de l’art. </span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/itv-fadhila-gargouri-cour-des-comptes-contentieux-electoral-fr/">« Voici pourquoi les contentieux électoraux traînent! » Interview avec Fadhila Gargouri de la Cour des comptes</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Kais Saïed, quelles positions sur les libertés, l&#8217;atteinte au sacré, l&#8217;amendement de la constitution?</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/kais-saied-2012-droits-libertes-anc-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[فريق بر الامان La rédaction de Barr al Aman]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Sep 2019 10:36:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Cour constitutionnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.researchmedia.org/?p=4128</guid>

					<description><![CDATA[<p>Kais Saied a été auditionné par la commission des droits et libertés de l&#8217;assemblée nationale constituante le 6&#8230;</p>
The post <a href="https://www.researchmedia.org/kais-saied-2012-droits-libertes-anc-fr/">Kais Saïed, quelles positions sur les libertés, l’atteinte au sacré, l’amendement de la constitution?</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Kais Saied a été auditionné par la commission des droits et libertés de l&rsquo;assemblée nationale constituante le 6 mars 2012. Nous avons pu identifier quelle vision il avait de ce qui était alors le projet de la nouvelle constitution tunisienne et quelles sont ses positions sur les droits et les libertés.</p>
<ol>
<li>&#8211; Seules les principes généraux et les principaux droits devraient être mentionnés dans la constitution. Le problème selon lui est qu&rsquo;il ne faut pas citer toutes les libertés mais de mettre en place les mécanismes qui les garantissent. L&rsquo;échec de la constitution de 1959 réside dans la rupture entre le texte constitutionnel et la pratique.</li>
<li>Il a proposé de se contenter des principes généraux en mentionnant un certain nombre de droits individuels et collectifs. Ce sont les fondements des libertés qui devraient être garantis. Il ne faut pas entrer dans le détail des libertés car, cela relève des lois et nous serions amenés à amender la constitution si elle entre trop dans le détails et amender la constitution nuit à sa valeur symbolique d&rsquo;un texte immuable et l&rsquo;exposerait à être révisée à l&rsquo;issue de chaque élection.</li>
<li>Inclure dans la constitution le principe de l&rsquo;égalité et qu&rsquo;il soit non-amendable, tout en garantissant la liberté de conscience et la criminalisation de toute attaque contre cette liberté.</li>
<li>Les mécanismes de garantie des libertés sont la Cour constitutionnelle et l&rsquo;indépendance de la justice.</li>
<li>Eviter de mentionner la charia comme source de la législation permet de mettre de côté les aspects négatifs/rétrogrades dans la charia. En effet, il préfère le maintien de l&rsquo;article premier de la constitution (1959). Et pour cause, plusieurs pays qui appliquent la charia diffèrent, et leur application peut être positive ou négative.</li>
<li>Il a rappelé que plusieurs sociétés rejettent l&rsquo;atteinte au sacré. Nous sommes avec la liberté de création / artistique mais avec le respect des valeurs de la société. Il faut trouver un seuil minimum d&rsquo;équilibre entre la liberté de création et les valeurs portées par la société.</li>
</ol>
<p>Voici le PV de l&rsquo;organisation Al Bawsala où ces éléments ont été mentionnés:</p>
<div class="ead-preview"><div class="ead-document" style="position: relative;padding-top: 90%;"><div class="ead-iframe-wrapper"><iframe src="//docs.google.com/viewer?url=https%3A%2F%2Fwww.researchmedia.org%2Fwp-content%2Fuploads%2F2019%2F09%2Frapport_com_droits_et_libertes_al_bawsala.pdf&amp;embedded=true&amp;hl=en" title="Document embarqué" class="ead-iframe" style="width: 100%;height: 100%;border: none;position: absolute;left: 0;top: 0;visibility: hidden;"></iframe></div>			<div class="ead-document-loading" style="width:100%;height:100%;position:absolute;left:0;top:0;z-index:10;">
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