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	<title>Tunisie | Research Media</title>
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	<description>Barr al Aman</description>
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	<title>Tunisie | Research Media</title>
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		<title>Présentation du projet: AI &#038; Data for health</title>
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		<dc:creator><![CDATA[فريق بر الامان La rédaction de Barr al Aman]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 May 2023 08:20:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[La santé]]></category>
		<category><![CDATA[santé]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Research Media - Barr al Aman est le partenaire tunisien chargé de mettre en œuvre le programme régional intitulé "Gouvernance de l'IA et des données responsables pour la santé dans la région MENA". Ce programme est conjointement dirigé par deux institutions académiques prestigieuses, l'Université de Birzeit (BZU) et l'Université américaine du Caire (AUC).</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-5928" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2023/07/logos-projet-sante-450x253.png" alt="Logos projet santé" width="450" height="253" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2023/07/logos-projet-sante-450x253.png 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2023/07/logos-projet-sante-900x507.png 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2023/07/logos-projet-sante-768x432.png 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2023/07/logos-projet-sante.png 1080w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /><br />
Research Media &#8211; Barr al Aman est le partenaire tunisien chargé de mettre en œuvre le programme régional intitulé « <strong>Gouvernance de l&rsquo;IA et des données responsables pour la santé dans la région MENA »</strong>. Ce programme est conjointement dirigé par deux institutions académiques prestigieuses, l&rsquo;Université de Birzeit (BZU) et l&rsquo;Université américaine du Caire (AUC).</p>
<blockquote><p>L&rsquo;objectif principal de ce programme est de renforcer le développement, le déploiement et la gouvernance de l&rsquo;intelligence artificielle et des données responsables dans la région du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord. Afin d&rsquo;atteindre cet objectif, le programme met l&rsquo;accent sur la création de connaissances, la promotion de la collaboration interdisciplinaire et le renforcement des capacités.</p></blockquote>
<p>Cette collaboration englobera la mise en place de cycles de formation, l&rsquo;organisation de webinaires et la publication d&rsquo;articles portant sur la thématique de la « l’utilisation responsable de l&rsquo;IA et des données santé ».</p>
<p>Le premier cycle de formation s&rsquo;intitule <strong>« The learning journey in AI and Data for health »</strong> (parcours d&rsquo;apprentissage en IA et données pour la santé). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un programme de formation en ligne axé sur l&rsquo;application pratique, d&rsquo;une durée totale de 88 heures de formation, complétées par 50 heures de travail sur un projet répondant à une problématique ou un besoin spécifique dans le secteur de la santé.</p>
<p>Ce cycle de formation est spécialement conçu pour les participants travaillant dans le domaine de la santé et ayant des connaissances en informatique. Il offre une opportunité unique d&rsquo;approfondir leurs compétences en matière d&rsquo;IA et de données dans le contexte de la santé.</p>
<p>Les principaux objectifs de ce cycle de formation sont les suivants :</p>
<ol>
<li aria-level="1">Acquérir une compréhension approfondie de l&rsquo;IA et de son application dans le domaine de la santé.</li>
<li aria-level="1">Maîtriser les compétences nécessaires pour travailler avec des données de santé, les analyser et en tirer des insights pertinents.</li>
<li aria-level="1">Développer des capacités pratiques en utilisant des outils et des techniques d&rsquo;IA pour résoudre des problèmes réels dans le domaine de la santé.</li>
<li aria-level="1">Collaborer avec d&rsquo;autres professionnels de la santé et de l&rsquo;informatique pour mener à bien un projet concret et innovant</li>
</ol>
<p>Le deuxième cycle de formation, intitulé <strong>« Literacy program »</strong>, est conçu pour offrir 30 heures de cours à distance. Il s&rsquo;adresse à différents profils professionnels qui sont concernés par l&rsquo;utilisation des données de santé, qu&rsquo;ils proviennent des secteurs public et privé ou du secteur associatif.</p>
<p>Ce cycle de formation vise à fournir aux participants les connaissances nécessaires pour comprendre et naviguer dans le domaine de l&rsquo;intelligence artificielle et des données de santé, en mettant l&rsquo;accent sur les aspects éthiques et les questions clés qui y sont associées.</p>
<p>Les objectifs de ce cycle de formation sont les suivants :</p>
<ol>
<li aria-level="1"><strong>DÉCOUVRIR</strong> : Comprendre l&rsquo;application de l&rsquo;intelligence artificielle et sa relation avec votre vie quotidienne et votre lieu de travail.</li>
<li aria-level="1"><strong>IDENTIFIER</strong> : Reconnaître les domaines de l&rsquo;intelligence artificielle et comprendre leur fonctionnement.</li>
<li aria-level="1"><strong>EXPLORER</strong> : Explorer l&rsquo;application de l&rsquo;IA dans différents domaines et secteurs d&rsquo;activité.</li>
<li aria-level="1"><strong>DÉBATTRE</strong> : Discuter des préoccupations éthiques liées à l&rsquo;IA, y compris l&rsquo;inclusion, la protection de la vie privée et les biais potentiels.</li>
</ol>
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		<title>La conquête arabe dans le récit national en Algérie, au Maroc et en Tunisie depuis les indépendances</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Arwa Labidi]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jul 2021 08:51:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[amabaad]]></category>
		<category><![CDATA[Conquête arabe]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Maroc]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une comparaison transnationale Cette thèse soutenue en décembre 2019 à Paris a pour objectif de décrypter la manière&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Une comparaison transnationale</strong></h4>
<p>Cette thèse soutenue en décembre 2019 à Paris a pour objectif de décrypter la manière dont les manuels et les programmes scolaires d’histoire algériens, marocains et tunisiens forgent leur vision de la nation à partir des indépendances (1956 au Maroc et en Tunisie ; 1962 en Algérie) jusqu’à nos jours. Plus précisément, elle s’intéresse au rôle accordé à la « conquête arabe<a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>[1]</sup></a> » du Maghreb dans la fabrique du récit national de chaque pays.</p>
<p>L’enseignement de la conquête arabe du Maghreb est une entreprise complexe où se superposent l’histoire nationale et l’histoire de la péninsule arabique ; l’histoire politique et l’histoire religieuse ; l’arabité et l’islam ; les sources historiques et les grilles de lecture contemporaines. Cette thèse tente de comprendre comment le manuel scolaire navigue entre ces paradigmes afin de délivrer un savoir à l’élève et de construire en filigrane son imaginaire national. Observer l’évolution des manuels d’histoire algériens, marocains et tunisiens depuis les indépendances revient ainsi à explorer les différentes conceptions nationales qu’ils véhiculent ; d’autant que ces conceptions sont diffusées de manière plus ou moins unifiée dans toutes les écoles publiques, l’édition des manuels maghrébins étant largement prise en charge par les différents ministères de l’éducation.</p>
<p>Afin d’avoir une vision la plus large possible, la thèse étudie des manuels édités entre 1958 et 2015 et correspondant à différents niveaux scolaires (primaire, moyen et secondaire). L’objectif de ce travail centré sur des analyses de contenu est d’avoir une vue d’ensemble sur les discours pédagogiques dans les contextes postérieurs à l’indépendance. En offrant un spectre plus large que le prisme national à propos de l’enseignement de l’histoire dans ces trois pays nord-africains, cette thèse entend combler un manque dans les travaux existants.</p>
<p><strong><img decoding="async" class="size-medium wp-image-5598 alignleft" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-275x400.jpg" alt="Livre d'histoire 2e année secondaire enseignement public Algérie." width="275" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-275x400.jpg 275w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-481x700.jpg 481w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-768x1118.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-1055x1536.jpg 1055w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-1407x2048.jpg 1407w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-370x539.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-270x393.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-206x300.jpg 206w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16-740x1077.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/16.jpg 1728w" sizes="(max-width: 275px) 100vw, 275px" />Entre analyse de discours et étude quantitative</strong></p>
<p>La thèse est composée de trois parties. La première est dédiée à l’analyse monographique des programmes officiels de l’enseignement et des discours politiques relatifs à chaque pays. L’analyse combinée des discours officiels et des programmes montre le lien entre le politique et le scolaire, les cohérences et parfois les décalages qui existent entre les deux.  Cette lecture qui porte sur une soixantaine d’années démontre également comment les discours de chaque État se recyclent d’une période à l’autre entre traductions, reformulations, effacements et synthèse.</p>
<p style="text-align: left;">La deuxième partie s’intéresse directement aux manuels d’histoire et étudie la place et l’évolution des leçons sur la conquête arabe. Cette démarche diachronique montre que les manuels d’histoire algériens, marocains et tunisiens convergent et se distinguent à la fois quant à la place accordée à l’événement de la conquête.</p>
<p>La troisième et dernière partie est consacrée au contenu des leçons et adopte une démarche thématique permettant de comparer les trois pays selon des thèmes spécifiques : le traitement du passé antéislamique, les campagnes menées par les conquérants et les conséquences de la conquête arabe.</p>
<h3></h3>
<table width="649">
<tbody>
<tr>
<td width="73"><strong>Période</strong></td>
<td width="219"><strong>Algérie</strong></td>
<td width="178"><strong>Maroc</strong></td>
<td width="178"><strong>Tunisie</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="73">1960 – 1970</td>
<td width="219">« L’expansion de l’islam au Maghreb arabe » / « conquête du Maghreb par les Arabes » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">« La conquête arabe du Maghreb » (manuel francophone)</td>
<td width="178">« Conquête du Maghreb et de l’Espagne » / « conquête de l’Ifrikya [sic] » (manuel francophone)</td>
</tr>
<tr>
<td width="73">1970 – 1980</td>
<td width="219">« L’expansion de l’islam au Maghreb et en Andalousie »  / « conquête arabe » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">« L’expansion du royaume musulman » /</p>
<p>« Les conquêtes au Maghreb et en Espagne » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">« Expansion de l’islam » / « conquêtes musulmanes », « conquêtes du Maghreb » (manuel arabophone)</td>
</tr>
<tr>
<td width="73">1980 – 2000</td>
<td width="219">« La conquête musulmane du Maghreb » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">« Les conquêtes musulmanes dirigées vers l’Occident » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">« Expansion de l’islam en Ifriqya, au Maroc et en Andalousie, expansion islamique » (manuel arabophone)</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: left;" width="73">2000 &#8211; 2010</td>
<td style="text-align: left;" width="219">« La conquête musulmane du Maghreb » (manuel arabophone)</td>
<td style="text-align: left;" width="178">« Conquêtes musulmanes » / « Conquête omeyyade » (manuel arabophone)</td>
<td width="178">
<p style="text-align: left;">« Expansion arabo-musulmane » (manuel arabophone)</p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><strong>Tableau 1: La désignation de la conquête dans les manuels du cycle moyen et secondaire des trois pays depuis les indépendances </strong></p>
<h3>La place de la conquête dans chaque récit national</h3>
<p>La question centrale posée par la thèse est de savoir si l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, trois États partageant des liens historiques et géographiques, partagent également la façon d’appréhender leurs récits nationaux respectifs. La comparaison des trois pays, ne sert donc pas ici à confirmer une « ressemblance » mais à chercher les éventuelles différences. Le choix de la conquête arabe, événement correspondant à un passé commun sur le plan chronologique et spatial, a dans ce sens accentué la comparaison.</p>
<p>Globalement, le récit de l’expansion de l’islam suit la même trame dans les trois pays et accorde de l’importance aux différentes figures « héroïques » de la conquête, du côté arabe (Uqba Ibn Nâfi, Hassan Ibn Numân) comme du côté amazigh (La Kahena, Koceila). Dans tous les manuels, on note la consécration de la ville de Kairouan et de sa mosquée, unanimement présentées comme premier élément de civilisation musulmane en Afrique et foyer symbolique de la présence musulmane à l’Occident du monde arabe et musulman.</p>
<p>Dans les différents manuels, se dégage la tentative de montrer que les deux peuples amazigh et arabe sont liés par « un destin commun » et voués à cohabiter et à fusionner.  La mise en avant de cette fraternité permet de ne pas dénigrer l’autochtonie du nord de l’Afrique mais  également de créer une continuité entre un avant et un après. La conquête arabe joue ainsi un rôle complexe, celui du point de bascule mais en même temps celui du parachèvement de la destinée maghrébine de manière logique et naturelle.</p>
<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-5596 alignright" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-282x400.jpg" alt="Couverture du livre d'histoire de quatrième année primaire - Algérie" width="282" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-282x400.jpg 282w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-493x700.jpg 493w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-768x1089.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-1083x1536.jpg 1083w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-1444x2048.jpg 1444w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-370x525.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-270x383.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-211x300.jpg 211w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-740x1050.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/3-scaled.jpg 1805w" sizes="(max-width: 282px) 100vw, 282px" />Par ailleurs, la fusion des deux populations pour la création d’un seul peuple est valorisée dans la plupart des manuels comme l’élément qui permettra à la région de rayonner grâce au rôle joué par les Amazighs dans la diffusion de l’islam. La symbiose arabo-amazighe semble ainsi être le point crucial à retenir dans le récit des <em>futûḥât.</em> « Maghreb arabe », « personnalité islamique maghrébine », « entité maghrébine », « cachet arabo-musulman » sont autant d’expressions qui montrent cette esquisse d’un Maghreb homogène post-conquête. Mais chaque État donnera un sens particulier à cette fusion.</p>
<p>Ces différents éléments montrent que le traitement de la conquête arabe va au-delà du traitement du simple fait historique. Les leçons portent en elles des significations où se mêlent présent et passé. Telle qu’elle est investie, la conquête est un événement aux répercussions actuelles puisqu’elle définit le devenir de la nation car chaque État lui accorde un statut distinct dans la trame narrative du passé. Elle sert en effet chaque discours national en fonction de la place qu’on lui accorde.</p>
<p><strong>L’Algérie, un peuple</strong></p>
<p>Très associées aux leçons sur l’établissement de l’empire califal et des différentes dynasties musulmanes, les <em>futûhât </em>semblent être l’occasion pour les concepteur·ices des manuels algériens de valoriser l’appartenance de l’Algérie à une communauté arabe et musulmane qui déborde le cadre purement national. Cette appartenance se fait, selon les manuels, grâce à la naissance du peuple algérien suite à l’arrivée de l’islam. Dans les discours scolaires algériens, l’essence résistante des Amazighs devient plus forte encore avec l’islam et forme désormais une entité très puissante. Cette rencontre arabo-amazighe cristallise la nature de la nation future, le passé de la conquête est présenté comme un moment où le destin de la nation et du peuple algériens se jouerait. Le peuple, élément fondamental dans les discours officiels et les programmes<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a>, fusionne avec la nation<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>[3]</sup></a>.</p>
<p><strong>Le Maroc, un État</strong></p>
<p>L’idée marocaine de la nation n’est pas aussi explicite à travers le thème de la conquête arabe, cependant l’idée d’indépendance du Maroc est plus importante que son attachement à la nation arabe. C’est surtout l’idée de la continuité historique qui est mise en avant. Par ailleurs, la disparition progressive du thème de la conquête arabe des manuels du secondaire pour laisser place à l’histoire dynastique, peut laisser penser que ce qui importe dans le récit national marocain est le prisme de l’État et celui de la continuité de la dynastie.</p>
<p>Le discours porté sur l’enseignement de l’histoire et les discours officiels marocains se font écho en raison de leurs références à l’identité nationale marocaine corrélée à la fois à l’histoire locale et à la dimension religieuse. Dans les références historiques royales, le motif de la conquête arabe est un leitmotiv. Elle sert à définir une borne chronologique : l’avènement de l’islam comme borne fondatrice pour le Maroc. Marquant le début de l’histoire et l’entrée dans une ère vertueuse, elle marque ce faisant, l’avènement de la nation marocaine. Le pendant de ces références au passé est le rappel de la filiation ancestrale et sacrée de la monarchie. Le fait que l’histoire de l’islam soit associée à la légitimité de la dynastie alaouite elle-même donne son sens au triptyque « Dieu, la Patrie, le Roi<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><strong><sup>[4]</sup></strong></a> », amalgamant ainsi la religion, le territoire et la monarchie dans la définition de la nation.</p>
<p><strong>La Tunisie, une terre exceptionnelle</strong></p>
<p>En Tunisie, le discours se focalise de plus en plus sur le rôle joué par le Maghreb, en particulier la Tunisie (et en particulier Kairouan) dans le développement et l’essor de la civilisation. Cette terre, ce « carrefour » comme se plaisent à l’appeler les discours officiels, est valorisée par le rôle qu’il joue en tant que pôle. Le récit des <em>futuhât </em>fait valoir l’importance du local, de la terre et s’inscrit dans une épopée historique millénaire. Le territoire national est en effet consacré à travers la puissance des villes (Carthage, Kairouan, Tunis), leur signification sur le plan méditerranéen et leur apport positif (« rayonnement », « modernisation », « essor », « pôle », « centre », « base », « rôle », « apport », « génie » sont des termes omniprésents). Les manuels axent le discours sur la valorisation « d’Ifriqiya », qui « rayonne » sur toute la région et qui acquiert une centralité. La conquête arabe sert ainsi dans ce schéma à valoriser l’histoire nationale.</p>
<p>&nbsp;</p>
<table width="650">
<tbody>
<tr>
<td width="280"><strong>Manuel</strong></td>
<td width="142"><strong>Nbr. de pages sur la conquête </strong></td>
<td width="309"><strong>La leçon sur la conquête</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="280">Chabaane Mahmoud, <em>Kitab at-tarikh (Le livre d’histoire), </em>6<sup>e</sup> primaire, STD, Tunis, 1964</p>
<p>26 leçons</td>
<td width="142">4 sur 110 pages</td>
<td width="309">Leçon 5 : L’expansion de l’islam</td>
</tr>
<tr>
<td width="280">Hachmi Zine el Abidine Mohamed, Mrabet Mohamed <em>et al., Kitab at-tarikh</em>, <em>Le livre d’histoire, </em>5<sup>e</sup> année de l’enseignement primaire<em>, </em>Tunis, Centre national pédagogique, 1989</p>
<p>22 leçons</td>
<td width="142">4 sur 100 pages</td>
<td width="309">Leçon 12 : La conquête de l’Afrique du Nord</p>
<p>1-Les Arabes explorent le nord de l’Afrique</p>
<p>2-Les étapes de la conquête musulmane en Afrique du Nord</p>
<p>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td width="280">Abdelkader Ali, Ben Abdallah Hassine (et <em>al.), Kitab at-tarikh</em>(<em>Le livre d’histoire</em>), 5e primaire, enseignement de base, Centre national pédagogique, Tunis, 1992</p>
<p>23 leçons</td>
<td width="142">7 sur 170 pages</td>
<td width="309">Leçon 15 : Le califat omeyyade et l’expansion de l’islam au Maghreb et en Andalousie</p>
<p>1-La création de l’État omeyyade</p>
<p>2-L’expansion de l’islam au Maghreb et en Andalousie</td>
</tr>
<tr>
<td width="280">Labouzi Salem, Hanfi Mohamed Habib <em>et al</em>., <em>Al mawad alijtima’ia (Les matières sociales), </em>5<sup>e</sup> année, Centre national pédagogique, Tunis, 2014</p>
<p>4 unités</td>
<td width="142">5 sur 80 pages</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</td>
<td width="309">Leçon 12 : L’expansion de l’islam au Maghreb et en Andalousie</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><strong>Tableau 2: La conquête du Maghreb dans les manuels tunisiens du cycle primaire  (1964 – 2014)</strong></p>
<h4><strong>Ce que le traitement de la conquête arabe dit du récit national</strong></h4>
<p>Dans le cas tunisien, l’élève est invité à s’extasier devant les accomplissements de son pays tout au long de l’histoire. La conquête arabe du Maghreb a ainsi une place dans le récit national tunisien car le territoire national bénéficie à travers elle du statut de « pionnier », Kairouan et sa mosquée faisant partie des premières fondations réalisées par les conquérants arabes en <em>Ifriqiya</em>. Le manuel scolaire tunisien s’approprie donc l’événement exceptionnel, l’adopte et le nationalise.</p>
<p>Un phénomène inverse s’opère au Maroc dans la mesure où c’est l’absence du thème de la conquête qui est porteuse de sens. Plutôt que d’investir le thème de la conquête arabe comme dans le cas tunisien, les manuels marocains le délaissent. Cependant cela s’accompagne d’une insistance sur la dimension islamique de l’histoire du pays. Cette façon de mettre en valeur l’implantation de l’islam insiste sur l’essence religieuse profonde de l’État marocain. Cela donne l’impression que le caractère religieux de la conquête et ses conséquences politiques et culturelles prévalent sur les péripéties militaires et territoriales. Tout se passe comme si le récit national marocain dénationalisait l’épisode de la conquête arabe.</p>
<p>En Algérie, la conquête arabe n’est ni nationalisée ni dénationalisée, elle semble être un épisode permettant à l’Algérie, entité préexistante, de se greffer à la sphère arabo-musulmane. Elle permet en effet de mettre en avant l’unité et l’appartenance à la communauté arabe et musulmane. Plutôt que de mettre l’accent sur le <em>génie </em>national, comme dans le cas tunisien, elle permet de valoriser le territoire national du fait de son intégration à une unité plus vaste, une nation culturelle plutôt que territoriale.</p>
<p>On observe ainsi comment un même événement historique, l’épisode de la conquête du Maghreb par les armées arabes, joue des rôles différents en fonction des pays et prend des significations distinctes. En Algérie, il noue la nation à un groupe transnational ; au Maroc, il est progressivement éludé du récit national ; en Tunisie, il sert à célébrer le territoire national.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-5597 alignleft" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-278x400.jpg" alt="" width="278" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-278x400.jpg 278w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-486x700.jpg 486w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-768x1107.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-1066x1536.jpg 1066w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-1421x2048.jpg 1421w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-370x533.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-270x389.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-208x300.jpg 208w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8-740x1066.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2021/07/8.jpg 1606w" sizes="(max-width: 278px) 100vw, 278px" />Si l’on prend en compte le motif de la ville de Kairouan comme référence, on peut appréhender de manière concrète ce constat. On a remarqué la rareté des documents renvoyant à la géographie locale dans les manuels algériens et marocains. En revanche, les illustrations de la mosquée de Kairouan abondent et cela représente une commodité pour les manuels des deux pays. Dans les manuels marocains, cela permet d’évacuer la question du lien problématique entre conquête et histoire marocaine et de la projeter sur un territoire certes proche mais non national. Dans les manuels algériens, la référence à Kairouan épouse le cadre transnational de l’expansion des Arabes. Dans le cas tunisien, il est évident que l’aspect pionnier du territoire national, conquis en premier, accueillant la première mosquée d’Afrique, est investi dans la trame « rayonnante » de la Tunisie, preuve matérielle à l’appui.</p>
<p>Lorsqu’on rapproche ces observations macroscopiques des différents manuels d’histoire avec le contenu des discours politiques et des programmes officiels analysés, on est en mesure d’émettre quelques hypothèses destinées à expliquer les nuances d’intégration différenciée de la conquête du Maghreb aux récits nationaux, en rapport avec le contexte de chaque pays.</p>
<p>En Algérie, le caractère impersonnel du pouvoir au lendemain de l’indépendance et la valorisation du parti FLN légitimé par le combat pour l’indépendance se distingue de l’aspect personnifié des régimes politiques tunisien et marocain. En effet, « le pouvoir charismatique » de Habib Bourguiba et « le pouvoir traditionnel<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>[5]</sup></a> » de la monarchie marocaine, tranchent, après les indépendances, avec le caractère collectif, du moins dans la symbolique, du pouvoir algérien. Le fait de recourir à des chartes nationales afin de définir les fondements de la nation et que ces chartes, votées par référendum, sacralisent les efforts du peuple, confère à l’Algérie cet aspect <em>socialisant</em> et communautaire que l’on retrouve dans les récits scolaires.</p>
<p>Cette appartenance est valorisée dans le cas tunisien mais elle est secondaire devant l’insistance sur l’unicité, la constance à affirmer la singularité et l’exceptionnalisme de la <em>personnalité</em> tunisienne. L’une des explications réside peut-être dans « la grâce personnelle » dont jouissait le premier président tunisien et dans son statut de <em>zaïm</em> unique lié à l’aura providentielle qu’il n’a cessé de construire.</p>
<p>Dans le cas du Royaume chérifien, l’imbrication est telle entre les sphères religieuse, royale et nationale qu’elles semblent fusionner. Dans cet alliage quasi organique, dans lequel la boucle islam-nation-monarchie semble se jouer à l’infini, l’éviction de l’épisode de la conquête arabe étonne de prime abord. L’élision de cette séquence historique donne l’impression que la conquête gêne, comme un passé qui viendrait entacher « l’éternel hier<a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>[6]</sup></a> », naturellement musulman et déjà royal du Maroc.</p>
<p>En Algérie, elle est associée à la constitution du peuple. Au Maroc, les conséquences de la conquête arabe sont plus importantes que le fait lui-même : un lien symbolique avec la monarchie de droit divin. Dans le cas tunisien, cet événement se place dans la trame des grands faits historiques qui constitueraient la <em>personnalité </em>tunisienne. Une histoire panarabe, une histoire pas assez nationale et une histoire très nationale définissent ainsi les manières différenciées dont la conquête arabe du Maghreb s’intègre dans chacun des récits nationaux algérien, marocain et tunisien.</p>
<h4>Références</h4>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a>La période est celle de la conquête du Maghreb (ou <em>Ifriqiya</em>) par les armées arabes. Elle est comprise entre 642 et 710, dates correspondant respectivement à la défaite des Byzantins à <em>Sufetula</em> (l’actuelle Sbeïtla) puis au moment où la conquête se dirige vers l’Espagne. L’expression « conquête arabe » est ici mise entre guillemets afin de souligner le fait que malgré les remises en question qui l’entourent et le choix de certain<sup>.</sup>es chercheur<sup>.</sup>ses de parler d’expansion ou d’invasion, le syntagme « conquête arabe » semble être celui qui correspond le mieux au contenu des leçons traitées. De ce fait, et pour des raisons de commodité, l’expression ne figurera dorénavant plus entre guillemets.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> La devise de l’État algérien est « Par le peuple et pour le peuple ».</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Plus qu’un élément de discours, la notion de « peuple » se mue en véritable croyance mobilisatrice. Le <em>hirak</em> algérien qui a débuté en février 2019 en atteste comme le montrent les slogans brandis par les manifestant<sup>.</sup>es : « Le peuple ne veut pas de réformes, le peuple veut que tu dégages » (en français), « 1962 : indépendance de la terre, 2019 : indépendance du peuple » (en arabe), « vous n’avez pas affaire à une opposition mais à un peuple et le peuple ne s’oppose pas, il s’impose » (en français), « vous nous avez rendus fous pendant vingt ans avec ‘‘son excellence le Président’’, on va vous rendre fous avec ‘‘son excellence le Peuple’’ » (en arabe). Ces slogans figurent sur des photographies de manifestations publiées sur la page Facebook « DzWikileaks » entre avril et juin 2019. La reprise du slogan de la guerre d’indépendance « Un seul héros le peuple » est également largement reprise au cours de ce mouvement social.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> « Dieu, la patrie, le Roi » est la devise du royaume marocain, elle est inscrite dans la constitution marocaine en 1962.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Max Weber, <em>Le savant et le politique</em>, traduit de l’allemand par Catherine Colliot-Thélène, Paris, La Découverte, 2003, p. 120-121.</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> Max Weber, <em>Le savant et le politique</em>, <em>op. cit</em>., p. 121.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/conquete-arabe-algerie-maroc-tunisie-these-arwa-labidi-fr/">La conquête arabe dans le récit national en Algérie, au Maroc et en Tunisie depuis les indépendances</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>(Policy brief) Tunisie : le temps, une alternative et une solution à la dette ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 May 2021 14:58:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[déficit budgétaire]]></category>
		<category><![CDATA[Dette]]></category>
		<category><![CDATA[Diplomatie]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Fonds Monétaire International]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté monétaire]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Union Européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 3 mai 2021, une délégation tunisienne est attendue à Washington pour demander 4M$ au FMI. Le quatrième crédit en dix ans! Prêt après prêt, la situation ne s’est pas du tout améliorée. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Abstract</strong></h4>
<p><em>Le 3 mai 2021, une délégation tunisienne est attendue à Washington pour présenter le plan gouvernemental de « relance économique » et demander un prêt du FMI pour sa mise en œuvre. Le montant record de « quatre milliards $ »[i] a été avancé par le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Le quatrième en dix ans. Cela montre que prêt après prêt, la situation ne s’est pas du tout améliorée. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?</em></p>
<p><em>La Tunisie est au bord du défaut et le gouvernement de Hichem Mechichi s’entête à appliquer la même politique qui a empêtré le pays dans le piège de la dette cherchant des devises à tout prix pour assurer le service de sa dette extérieure et maintenir les flux commerciaux qui ne profitent qu’à une élite dominante. Bien que la Tunisie a récemment été dégradée à B3 avec une perspective négative par l’agence de notation Moody’s, le gouvernement espère naïvement vendre des obligations tunisiennes sur les marchés financiers internationaux, sans se soucier du coût social de cet endettement frénétique.</em></p>
<p><em>L’impasse économique n’est pas uniquement aux mains des dirigeants tunisiens. En soutenant une dette insoutenable, les créanciers, principalement les pays européens, ont non seulement aggravé la situation, mais aussi présenté les prêts multilatéraux et bilatéraux comme « aide à la transition démocratique ». Or, les universitaires tunisiens ont annoncé dès le début de la décennie passée l’enclenchement d’un cercle vicieux dont on frôle actuellement le paroxysme.</em></p>
<p><em>Dans cet article, nous nous penchons sur les mécanismes structurels qui ont contribué au doublement du ratio dette/PIB ainsi que leurs impacts sociaux, politiques et surtout économiques. Nous appelons à ce que la frénésie de l’endettement cesse. En lieu et place, nous défendons l’idée que le pays a besoin de temps : du temps sans nouvelles dettes et du temps sans remboursement des anciennes.</em></p>
<h4>Le policy brief en PDF:</h4>
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<p>&#8212;</p>
<p>La dette publique de la Tunisie pourrait devenir « insoutenable »<a href="#_edn2" name="_ednref2">[ii]</a>. C’est ce qu’a estimé le Fonds Monétaire international (FMI) dans son évaluation annuelle après la dégradation de la note souveraine du pays de B2 à B3 avec une perspective négative par Moody’s<a href="#_edn3" name="_ednref3">[iii]</a>. Pourtant, le 3 mai, le gouvernement tunisien sera à Washington pour négocier un nouveau prêt auprès du FMI.</p>
<p>Depuis 2011, la Tunisie a perdu huit points au total dans le classement de l’agence new-yorkaise, mais la particularité de cette dégradation est qu’elle place le pays au seuil de la catégorie C, synonyme de risque important et d’investissements spéculatifs. Officiellement, le budget prévoit un ratio dette/PIB de 92 %. Probablement sous-estimé, ce chiffre devrait être revu à la hausse dans la loi de finances complémentaire en cours de préparation par le gouvernement Mechichi et dont le dépôt au Parlement a été annoncé pour le deuxième trimestre 2021.</p>
<p>Cette dégradation est loin d’être une surprise. Dès avril 2020, un autre rapport du FMI notait que le choc Covid-19 avait considérablement « <strong>augmenté le poids de l’encours de la dette publique tunisienne.</strong> »<a href="#_edn4" name="_ednref4">[iv]</a> En effet, l’impact de la pandémie a été plus lourd que prévu, conduisant à un taux de croissance historiquement bas en 2020 : -8,8 %. Partant, le pays déjà fragilisé pourrait se retrouver bientôt au bord du défaut.</p>
<p>Pourtant, la Tunisie n’a pas toujours été dans une telle tourmente. Il n’y a pas si longtemps, dans les années 2000, le pays d’Afrique du Nord était « <em>l’enfant modèle</em> » des institutions financières internationales (IFI). À la fin du règne autoritaire de Zine el Abidine Ben Ali en 2010, la dette tunisienne par rapport au PIB atteignait à peine 40 % — un niveau historiquement bas.</p>
<p>Comment la dette a-t-elle pu grimper si vite et si loin, doublant son ratio au PIB en moins d’une décennie ? Est-ce la corruption, la mauvaise gestion, l’affaiblissement des institutions ? Cette option est-elle la meilleure sortie de crise pour la Tunisie ? À qui profite la dette ? Un défaut ne devrait-il pas être envisagé ?</p>
<h4><strong>Les luttes pour le pouvoir aggravent la situation sanitaire et économique </strong></h4>
<p>Tout d’abord, la trajectoire politique entreprise par la Tunisie depuis 2011 est tout sauf une sinécure… Une décennie durant, dix chefs de gouvernement et onze ministres des finances se sont relayés à la tête du pays. Ce <em>turn-over</em> a fortement contribué à fragmenter et à déliter la gestion politique et administrative.</p>
<p>Les élections générales de l’automne 2019 n’ont fait émerger aucun gouvernement stable ou fort. Contre toute attente, Kais Saïed a fait son entrée au le palais présidentiel de Carthage, déstabilisant la fragile « politique de consensus » entre les islamistes et les forces de l’ancien régime. Tout en perdant du terrain, le parti islamiste Ennahda s’est classé premier aux législatives. Il a renié ses promesses électorales en concluant une alliance avec Qalb Tounes, le parti récemment créé par Nabil Karoui, un magnat des médias poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment d’argent.</p>
<p>Les choses ont cependant été différentes pendant la campagne électorale, puisque Nabil Karoui et Ennahdha ont tous deux rejeté tout scénario de coalition en essayant de construire leurs campagnes respectives l’un contre l’autre : les islamistes ont dénoncé « la corruption » du fondateur de la chaîne populaire Nessma, tandis que Karoui s’est présenté comme le candidat du progressisme, de la modération et de la lutte contre la pauvreté. Tout compte fait, Ennahdha et Qalb Tounes n’ont pas réussi à former un gouvernement en décembre 2019. Ainsi, le pouvoir de proposer un candidat au poste de chef de gouvernement est passé au président de la République qui a nommé le social-démocrate Elyes Fakhfakh, autre candidat à la présidentielle de 2019 et ancien ministre des Finances. Le gouvernement de Fakhfakh a remporté le premier vote de confiance à l’issue de ces élections, mais a été par la suite mis à la porte suite à des manœuvres d’Ennahdha et de Qalb Tounes et à des soupçons de conflits d’intérêts. Ce duo ne s’est pas arrêté là. Il a même réussi à retourner le second choix du Saïed, Hichem Mechichi, contre son parrain qui l’avait pourtant propulsé conseiller à la présidence, puis ministre de l’Intérieur et enfin candidat à primature.</p>
<p>La gestion du Covid-19 a souffert de ces bisbilles politiques. Le gouvernement Fakhfakh semblait avoir réussi à gérer la première vague, n’enregistrant qu’une cinquantaine de décès et un millier de cas tout au long des mois de mars à juin 2020. Cependant, la situation est rapidement devenue incontrôlable depuis l’arrivée au pouvoir de Hichem Mechichi en août 2020, avec près de 310 000 cas et 11 000 décès au début du mois de mai 2021. De plus, les Tunisiens sont parmi les derniers dans le monde à se faire vacciner<a href="#_edn5" name="_ednref5">[v]</a>.</p>
<p>Cette recrudescence a coïncidé avec un climat politique et social délétère. Sur le terrain, depuis l’été 2020, manifestations, grèves dans les secteurs public et privé et vagues d’immigration ont explosé. Le gouvernement a choisi de faire face au mécontentement populaire par la répression policière et judiciaire ; durant la semaine du 14 janvier 2021 seulement, dixième anniversaire de la Révolution, les organisations tunisiennes des droits humains ont enregistré plus de 1600 arrestations, dont 30 % de mineurs<a href="#_edn6" name="_ednref6">[vi]</a>.</p>
<p>Au ministère des Finances, la situation est encore plus critique. Le ministre des Finances Ali Kooli n’a pas réussi à convaincre le Qatar de reporter le remboursement de 250 millions de dollars du principal d’un prêt contracté en 2012. À la veille de sorties sur les marchés financiers annoncées, les hauts fonctionnaires ont le sentiment d’être sur la sellette. En mars 2021, M. Kooli a décidé de renvoyer au moins trois hauts fonctionnaires, provoquant un tollé chez les directeurs généraux, qui menaçaient de démissionner collectivement. À la fin du mois, une vague plus importante de licenciements a été divulguée dans les médias puis démentie par le ministre. L’incertitude règne dans les hautes sphères du ministère.<a href="#_edn7" name="_ednref7">[vii]</a></p>
<p>Par ailleurs, lors d’une récente apparition dans les médias, le même ministre des Finances a annoncé son intention de lever 3 milliards de dollars, dont un milliard garanti par les États-Unis, avant même la conclusion de l’accord. Cette initiative a été considérée comme une tentative de manipulation des marchés par les spécialistes. Interrogé sur la capacité du gouvernement à payer les salaires du secteur public de mai et juin 2021, il a répondu qu’il ne disposait pas des fonds à l’heure où il parlait (début avril 2021)<a href="#_edn8" name="_ednref8">[viii]</a>.</p>
<p>Dans son budget 2021, la Tunisie prévoit le remboursement du principal de dette extérieure à hauteur de 6,506 milliards TND (2,367 9 milliards $) tout en empruntant 13,015 milliards TND (4,737 milliards $)<a href="#_edn9" name="_ednref9">[ix]</a>. Jour après jour, la loi de finances ressemble de plus en plus à une chimère plutôt qu’à une véritable feuille de route.</p>
<h4><strong>Une dépréciation qui creuse l’endettement</strong></h4>
<p>Dans un contexte de crise sanitaire, économique et sociale, les récentes querelles politiques ont miné la crédibilité de l’État et accentué sa fragilité. Mais celles-ci ne suffisent pas à expliquer l’effondrement économique. Il faut noter que la variation du TND est la première cause d’aggravation — ou d’amélioration — de son ratio d’endettement.</p>
<p>En 2019, la dette par rapport au PIB a baissé à 72 % « <strong>en raison de l’appréciation du dinar et de la réduction des déficits budgétaire et extérieur</strong> », a écrit le FMI en avril 2020<a href="#_edn10" name="_ednref10">[x]</a>. C’est la première fois que le ratio dette/PIB diminuait depuis la révolution de 2011. Toutefois, la baisse du dinar tunisien a grevé les comptes nationaux comme le note le service des marchés émergents de JP Morgan dans un rapport publié en juillet 2020<a href="#_edn11" name="_ednref11">[xi]</a>. On y lit : « <strong>La dette extérieure a augmenté de 2/3 entre 2014 et 2019 suite à la dépréciation de la monnaie nationale.</strong> » Elle « <strong>devait atteindre un pic en 2021 et 2024 et s’élevait à 18,6 milliards de dollars entre 2020 et 2025.</strong> »</p>
<p>Le flottement de la monnaie résulte d’une conditionnalité du FMI, mentionnée dans le mécanisme élargi de crédit de 2016. Cela était censé renforcer les exportations et freiner les importations. Par conséquent, l’activité économique devait théoriquement tirer la croissance vers le haut. Potentiellement, cela pouvait s’accompagner d’un effet secondaire dommageable : l’inflation. Malheureusement, seule cette prévision s’est concrétisée avec une baisse inévitable du pouvoir d’achat des Tunisiens.</p>
<h4><strong>Le piège de la dette : s’endetter pour rembourser</strong></h4>
<p>Depuis 2011, la Tunisie est confrontée à un besoin constant de nouveaux flux de devises pour compenser la chute des investissements directs étrangers et des exportations. La voie — a priori la plus facile, mais la plus contraignante — était l’endettement en masse. Ainsi, la Tunisie a souvent fait appel aux créditeurs officiels et privés pour répondre à ses besoins en devises. Le pays été quasiment en permanence « sous programme » du FMI : 2013 Stand-by Arrangement, 2016 Extended Fund Facility et en 2019 le Rapid Financing Instrument. Le quatrième programme est en cours de négociation. Le chef du gouvernement Hichem Mechichi espère obtenir 4 milliards $ de crédit, un record. Pourquoi le Fonds est-il incontournable aux yeux des gouvernements tunisiens ? Le fait d’être sous un programme du FMI était une garantie supplémentaire pour ses autres créanciers qu’elle se conformerait à la politique de l’institution de Washington et donnerait la priorité au service de la dette, au flottement de la monnaie nationale et à l’ouverture des frontières aux capitaux et aux marchandises.</p>
<p>Le FMI joue ici un rôle crucial en tant que « prêteur de dernier recours », car il fournit des liquidités lorsqu’aucun autre créancier n’est disposé à prêter. Ces liquidités pourraient simplement transiter par la Tunisie, pour finir chez ses créanciers, obligeant le pays à s’endetter davantage. A titre d&rsquo;exemple, alors que le gouvernement négocie en mai 2021 un nouveau prêt avec FMI, une partie de ce prêt reviendra très probablement au Fonds puisque la Tunisie doit lui rembourser 185 millions DTS (l’équivalent de 268 millions $) en 2021, tandis que le reste ira à d’autres créanciers.</p>
<p>Les prêts antécédents contractés du temps de Zine el Abidine ben Ali arrivant à échéance après 2011, la Tunisie avait besoin de nouveaux flux de devises. Elle était donc prête à signer n’importe quelle convention de prêt pour obtenir des devises quitte à s’engager sur des projets mal étudiés et sans impact. En effet, le rapport de la Cour des comptes sur la dette publique extérieure publié en 2018 a relevé que les prêts orientés vers des projets ont été mis en attente ou négligés et qu’ils souffraient un suivi faible ou inexistant. En outre, ceux-ci n’étaient pas nécessairement adaptés aux besoins de la population et ne répondaient pas non plus à ses attentes. Finalement, l’objectif principal de ces projets a été d’obtenir des devises fortes et non de répondre aux attentes des Tunisien.nes, comme l’ont déclaré divers hauts fonctionnaires dans différents entretiens.</p>
<h4><strong>Emprunter pour importer</strong></h4>
<p>Le besoin de maintenir les réserves en devises à flot ne répond pas uniquement à la nécessité de servir sa dette. C’est un impératif découlant du système économique tunisien basé en grande partie sur l’export de produits à faible valeur ajoutée et l’import de marchandises pour les revendre sur le marché local avec une grande marge. Souvent, les plus grands importateurs détiennent une position dominante ou un privilège injustifié. Ils bénéficient de privilèges douaniers ou fiscaux, les plus petits subissent les taux rédhibitoires. Sauf que pour importer, il faut que la banque centrale ait assez de réserves en devises pour concéder les lettres de créance aux importateurs qui souhaitent troquer leurs dinars pour des euros ou dollars.</p>
<p>C’est là aussi où intervient le rôle pernicieux des élites vis-à-vis de la dette : il faut que le flux de la dette et des devises se maintienne afin qu’il y ait toujours une sorte de fonds de roulement de réserve permettant aux acteurs dominants de continuer leur business. L’échec de l’émergence d’une industrie à forte valeur ajoutée — qui impliqueraient l’enrichissement des classes moyennes et la concurrence des élites établies — découle en partie de ce schéma économique.</p>
<h4><strong>Une dette qui plombe la croissance</strong></h4>
<p>Alors que les pays occidentaux ont présenté ces flots de prêts comme une « aide », ces prêts sont loin d’être de la charité. Annonçant le début d’un cercle vicieux de l’austérité, de nombreuses sonnettes d’alarme ont été tirées au moins depuis 2013 : l’endettement frénétique freinerait la création de richesse. Selon une étude publiée par l’Institut public tunisien de la compétitivité et des études quantitatives<a href="#_edn12" name="_ednref12">[xii]</a>, « <strong>le seuil optimal du taux d’endettement public au-delà duquel la dette étouffe la croissance, estimé alors à 48,5 % du PIB, est dépassé depuis 2014</strong>. » Ce taux pourrait franchir la ligne des 100 % du PIB dans certaines prévisions pour 2021.</p>
<p>Et pourtant, la frénésie de l’endettement ne semble pas connaitre de limites : il n’y a jamais eu autant de nouveaux emprunts signés que cette dernière décennie. La politique d’endettement, s’il y en a une, a été problématique tant sur la forme que sur le fond.</p>
<p>Dans « <em>Does the external debt composition matter for economic growth in Tunisia</em> »<a href="#_edn13" name="_ednref13">[xiii]</a> ? Samir Abdelhafidh s’interroge sur « <strong>l’efficacité en termes de croissance économique de tous les programmes et projets financés par les institutions multilatérales en Tunisie.</strong> » L’économiste tunisien qui a travaillé sur la période 1970-2018 remarque qu’« <strong>ils [les programmes et projets financés par les institutions multilatérales] mettent en évidence la nécessité de repenser les modes de négociation de la dette multilatérale non concessionnelle et d’auditer les réformes et les projets qu’elle a soutenus.</strong> » Il a constaté que les prêts bilatéraux ont un meilleur impact sur la croissance que les multilatéraux dont l’impact est négatif. Cependant, aujourd’hui, la moitié du stock de la dette extérieure de la Tunisie émane d’institutions multilatérales.</p>
<h4><strong>Soutenir l’insoutenable</strong></h4>
<p>Comment se fait-il que la dette publique tunisienne ait été jugée « soutenable » pendant toutes ces années par les créanciers de la Tunisie ? Aucun gouvernement n’était prêt à prendre la responsabilité d’admettre et d’affronter le piège de la dette dans lequel le pays était pris. Ce qui a compté pour toutes les tendances politiques : c’est de maintenir à flot un navire qui coule inexorablement. Chaque gouvernement a évité de déclarer le défaut et d’hériter de l’étiquette « équipe défaillante ».</p>
<p>Ironiquement, pendant des années, la signature de nouveaux contrats de prêt a été célébrée dans les médias comme une preuve de la confiance et du soutien de la communauté internationale. Ils ont vanté chaque signature de prêt comme une preuve autoconvaincante que l’image de la Tunisie est bien perçue à l’étranger et qu’elle passait avec succès les tests de « la transition démocratique. » Ensuite, les IFI et les prêteurs officiels considérant que le maintien du robinet de crédit ouvert est un moyen de soutenir cette soi-disant « transition démocratique ».</p>
<p>Paradoxalement, la dette de la Tunisie a été jugée viable par les institutions financières internationales si et seulement si, elle était capable de rembourser ses créanciers… peu importe si elle s’endette, pour rembourser.</p>
<p>Pour l’aider « à créer des richesses » — qui finiront par servir en partie la dette extérieure — les privatisations, les libéralisations et donc la réduction de l’État-providence étaient des recettes prêtes à l’emploi. Peu importe les moyens, c’est la fin (le remboursement) qui compte.</p>
<p>La dette de la Tunisie semble être davantage un outil de soumission par l’austérité qu’un quelconque soutien à la transition démocratique.</p>
<p>Lorsque l’ancien président de la Citibank, Walter Wriston, déclarait que « les pays ne font pas faillite (<em>Countries don’t go bust!</em>)<a href="#_edn14" name="_ednref14">[xiv]</a> », à la veille de la crise de la dette latino-américaine des années 1980, il définissait véritablement la soutenabilité d’un point de vue néolibéral et dominant : est durable le pays qui a encore quelque chose à vendre pour générer de la richesse et rembourser la dette. Il en va de même pour la Tunisie : lorsque les prêteurs considéraient la dette tunisienne comme viable, ils entendaient plutôt « solvable ». Cela sous-entend qu’un pays aura toujours quelque chose à vendre ou à mettre sous bail emphytéotique (pluridécennal) : une autoroute, un aéroport, des terres ou la force de travail bradée de ses citoyens, etc. Une fois que tout est vendu, ce pays n’existerait plus et on serait dans le scénario désastreux d’un État failli…</p>
<p>Ainsi, prêter à un pays alors même que sa dette est insoutenable le met dans une injonction de payer alors qu’il n’en n’a pas les moyens. Ceci renforce la position des créanciers au détriment des intérêts des citoyens.</p>
<h4><strong>Le rôle des IFI en temps de pandémie</strong></h4>
<p>L’acquisition des vaccins Covid-19 par la Tunisie reflète la dépendance excessive du pays vis-à-vis du crédit. À la mi-mars 2021, le vice-président de la Banque mondiale, Ferid Belhadj, a vanté ses efforts pour trouver un nouveau prêt de 400 millions $, dont 100 millions permettront au pays « <strong>d’acheter les vaccins Covid-19</strong> ». Quelques jours plus tard, 100 millions $ supplémentaires ont été alloués. Tout en vantant sa diligence, le responsable tunisien de la BM a révélé que les autorités de sa mère patrie n’ont pas été en mesure de provisionner ce montant dans le budget 2021 pour répondre à un besoin aussi urgent. Un deuxième prêt de 85 millions € a été annoncé deux mois plus tard… pour le même poste de dépenses.</p>
<p>Si la pénurie des ressources est si forte et si le gouvernement et l’État ne parviennent pas à répondre à un besoin aussi fondamental que prévisible, cela veut dire que la Tunisie est maintenue artificiellement sous perfusion, en sursis d’un défaut. Pourquoi le pays ne devrait-il pas tout simplement franchir le Rubicon ? C’est-à-dire ne pas privilégier le service de la dette au détriment de la gestion de la pandémie et autres dépenses prioritaires destinées à créer durablement des richesses ?</p>
<h4><strong>Des défauts pluriels VS une quête illusoire de stabilité</strong></h4>
<p>Les expériences de défaut — actuelles et passées — sont effrayantes, surtout lorsqu’elles ne sont pas préparées. Sans entrer dans un passage en revue des différents défauts souverains depuis deux siècles<a href="#_edn15" name="_ednref15">[xv]</a>, il n’y a pas de « parcours type ». La répudiation unilatérale de la dette n’est que le scénario le plus extrême. Il est possible de puiser dans une panoplie diverse comprenant le rééchelonnement, la restructuration ou encore le moratoire sur la dette. Bien évidemment, aucun choix n’est sans conséquence. Toutefois, ceux qui refusent d’envisager ces scénarios se réfugient derrière la peur du chaos et de l’anarchie. Nous sommes en droit de nous demander dans le cas tunisien, si la situation que vit le pays n’est pas en soi chaotique et ne risque-t-elle d’empirer si continue sur cette voie ?</p>
<p>De plus, il est certain que la préparation en amont est primordiale. Toutefois, dans les couloirs du ministère des Finances, cette éventualité est actuellement un tabou, aucun scénario de défaut n’y est discuté ou préparé. Ce sont les élites dominantes qui seront mises au défi d’un défaut. Les groupes sociaux structurés et établis (forces politiques, élites économiques, syndicats, etc.) seront les premiers et principaux ébranlés. Ce sont aussi les premiers à annoncer la fin du monde dès que cette idée est abordée dans le débat public sortant l’argument qui leur semble l’infaillible : « de l’image de la Tunisie à l’extérieur » occultant l’image de la Tunisie « à l’intérieur ».</p>
<p>C’est au sein de ces sphères que les voix « anti-défauts » se feront entendre et clameront également leur peur pour les groupes les plus fragiles et marginalisés. Vraiment ? Ceux qui ont peu ou rien n’auront rien à perdre. En effet, les périphéries appauvries et marginalisées ont particulièrement souffert de l’absence de redistribution et encore plus des conséquences économiques de la pandémie. Le gouvernement Mechichi a fait face à leur mécontentement par la répression. En s’obstinant à appliquer les mêmes politiques, l’agitation sociale ne peut que nécessairement augmenter. D’autant plus que même les classes moyennes, supposées être un élément socialement stabilisateur, sont entrain de connaitre une fragilisation et une paupérisation croissante.</p>
<p>La quête de stabilité ne vient pas seulement des élites locales, « les anti-défaut », mais aussi des créanciers : les Européens notamment principaux créanciers de la Tunisie. Leur plus grande crainte est de voir des hordes d’Africains traverser la mer méditerranée. Par conséquent, ils veulent éviter à tout prix la « déclaration de défaut », craignant les vagues d’immigration qu’une telle perspective pourrait entraîner, selon des sources européennes.</p>
<p>La politique des pays occidentaux en Tunisie s’est limitée à rechercher et à soutenir la moins mauvaise des alternatives politiques — comme ils l’ont fait avec Ben Ali pendant deux décennies — donnant la priorité à une fausse « stabilité » sous couvert d&rsquo;une démocratie chancelante.</p>
<p>Selon certains diplomates européens, l’actuel Premier ministre Hichem Mechichi est considéré comme l’homme qui pourrait conduire le pays vers les rives de la stabilité. Dans le même temps, ils minimisent son maintien de l’ordre autoritaire et sa gestion de l’agitation sociale en tant que ministre de l’Intérieur par intérim : emprisonnement de manifestants par centaines, intimidation de militants, d’artistes, etc. Mais soutenir des dirigeants politiquement faibles et impopulaires avec l’idée sous-jacente qu’ils apporteront la stabilité et contrôleront les frontières est un leurre.</p>
<p>En fait, l’octroi de crédits en devises étrangères à des institutions et des gouvernements défaillants renforcera et étendra artificiellement leur position et leur pouvoir. L’inévitable défaut de paiement pourrait survenir au pire moment possible, lorsque la situation politique et sécuritaire se seront détériorées.</p>
<p>C’est pourquoi il doit y avoir un changement dans la conception du défaut, non pas comme une fin dramatique de l’histoire, mais comme une opportunité de laisser des espaces ouverts aux classes sociales marginalisées, aux régions appauvries. À l’heure où les risques environnementaux sont jugés systémiques et élevés, repenser l’agriculture destinée à l’exportation, l’industrie à faible valeur ajoutée, le tourisme de masse, les entreprises familiales quasi monopolistiques, les réflexes bureaucratiques de l’administration… est plus urgent que jamais.</p>
<p>Les autorités tunisiennes ont toujours considéré le remboursement de la dette comme la priorité absolue au cours de la dernière décennie et ont payé le reste de la dette de l’ancien régime autoritaire. Alors que de nombreuses ONG et partis politiques ont non seulement appelé à un audit de la dette, mais aussi à une répudiation de la dette odieuse dans le sillage du 14 janvier 2011, ce fut une occasion ratée. La Tunisie a gagné quelques batailles démocratiques telles qu’une plus grande liberté d’expression et la diversité politique ; cependant, elle se bat toujours pour trouver la voie du salut économique.</p>
<p>La deuxième occasion manquée se situe au premier semestre 2020 avec le pic de Covid-19. La pandémie a initié un grand changement dans la gestion de la dette. L’initiative de suspension du service de la dette (DSSI) a permis aux pays les moins avancés de ne pas dilapider de précieuses ressources fiscales au profit de leurs créanciers au lieu d’investir dans la santé. Cette initiative ne concerne que la dette bilatérale, mais pourrait être un premier pas pour une bulle d’air frais aux dépenses prioritaires : santé, protection sociale, éducation. De tels mécanismes devraient être étendus à des pays comme la Tunisie. En effet, pour la croissance de demain, rien ne vaut la santé des citoyens<a href="#_edn16" name="_ednref16">[xvi]</a>.</p>
<p>Il serait regrettable que les pays démocratiques qui se trouvent être les principaux créanciers soient une entrave au redressement de la Tunisie. Dix ans après la révolution, c’est le temps des comptes et les pays occidentaux ont défini la mise en œuvre et l’évaluation de l’« <em>aide</em> » dont ils pensent que la Tunisie a besoin. Il est plus qu’urgent qu’ils changent d’approche et passent de l’octroi d’argent à l’octroi de temps. Du temps sans nouveaux prêts et du temps sans remboursement de prêts. Éviter une autre « décennie perdue » sur le plan économique est à la fois une responsabilité des créanciers et des dirigeants.</p>
<h4>&#8212;</h4>
<h4><strong>Présentation de l’auteur</strong></h4>
<p>Mohamed HADDAD est le rédacteur en chef et ancien président de Barr al Aman Research Media, une organisation qui travaille sur l’évaluation des politiques publiques depuis six ans. Parmi les thèmes abordés : commerce/économie, agriculture, santé, justice, pouvoir local, etc.</p>
<p>Diplômé de l’école de journalisme de Bordeaux, il a également été correspondant de médias étrangers depuis 2011 notamment pour Reuters, l’AFP et Le Monde. Il est étudiant à la Harvard Kennedy School dans le cadre du Mid-Career Master of Public Administration, (promotion 22′).</p>
<p>&#8212;</p>
<h4><strong>Références<br />
</strong></h4>
<p><a href="#_ednref1" name="_edn1">[i]</a> McDowall, Tarek Amara, Angus. “Tunisia to Seek $4 Billion IMF Loan, PM Says.” <em>Reuters</em>, May 1, 2021. <a href="https://www.reuters.com/article/ozabs-uk-tunisia-prime-minister-idAFKBN2CI32X-OZABS">https://www.reuters.com/article/ozabs-uk-tunisia-prime-minister-idAFKBN2CI32X-OZABS</a>.</p>
<p><a href="#_ednref2" name="_edn2">[ii]</a> “Tunisia : 2021 Article IV Consultation-Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for Tunisia.” Accessed April 17, 2021. <a href="https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2021/02/26/Tunisia-2020-Article-IV-Consultation-Press-Release-Staff-Report-and-Statement-by-the-50128">https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2021/02/26/Tunisia-2020-Article-IV-Consultation-Press-Release-Staff-Report-and-Statement-by-the-50128</a>.</p>
<p><a href="#_ednref3" name="_edn3">[iii]</a> Moodys.com. “Moody’s Downgrades Tunisia’s Ratings to B3, Maintains Negative Outlook,” February 23, 2021. <a href="http://www.moodys.com:18000/research/Moodys-downgrades-Tunisias-ratings-to-B3-maintains-negative-outlook--PR_440068">http://www.moodys.com:18000/research/Moodys-downgrades-Tunisias-ratings-to-B3-maintains-negative-outlook&#8211;PR_440068</a>.</p>
<p><a href="#_ednref4" name="_edn4">[iv]</a> “Tunisia : Request for Purchase Under the Rapid Financing Instrument-Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for Tunisia.” <em>IMF</em> Country Report No. 20/103 (April 14, 2020): 46. <a href="https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2020/04/14/Tunisia-Request-for-Purchase-Under-the-Rapid-Financing-Instrument-Press-Release-Staff-Report-49327">https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2020/04/14/Tunisia-Request-for-Purchase-Under-the-Rapid-Financing-Instrument-Press-Release-Staff-Report-49327</a>.</p>
<p><a href="#_ednref5" name="_edn5">[v]</a> Leaders. “Covid-19: 40 associations tunisiennes adressent une lettre ouverte au Président de la République et au Président du Gouvernement.” Accessed May 2, 2021. <a href="https://www.leaders.com.tn/article/31685-covid-19-40-associations-tunisiennes-adressent-une-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-et-au-president-du-gouvernement">https://www.leaders.com.tn/article/31685-covid-19-40-associations-tunisiennes-adressent-une-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-et-au-president-du-gouvernement</a>.</p>
<p><a href="#_ednref6" name="_edn6">[vi]</a> Réalités Online. “La LTDH condamne ‘l’agression’ et ‘la torture’ des manifestants arrêtés,” February 7, 2021. <a href="https://www.realites.com.tn/2021/02/la-ltdh-condamne-lagression-et-la-torture-des-manifestants-arretes/">https://www.realites.com.tn/2021/02/la-ltdh-condamne-lagression-et-la-torture-des-manifestants-arretes/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref7" name="_edn7">[vii]</a> Entretien avec l‘auteur (mars avril 2021)</p>
<p><a href="#_ednref8" name="_edn8">[viii]</a> Time code: 25’05”. Ali Kooli. حوار مع وزير الاقتصاد والمالية ودعم الاستثمار السيد علي الكعلي في برنامج “تونس هذا المساء” على القناة الوطنية 1. Facebook Watch, Avril 2021. <a href="https://www.facebook.com/watch/?v=2906059323046312">https://www.facebook.com/watch/?v=2906059323046312</a>.</p>
<p><a href="#_ednref9" name="_edn9">[ix]</a> taux du 30/04/2021 où 1 $ = 2,747 5 TND</p>
<p><a href="#_ednref10" name="_edn10">[x]</a> IMF. “Tunisia : Request for Purchase Under the Rapid Financing Instrument… op. cit.</p>
<p><a href="#_ednref11" name="_edn11">[xi]</a> Mikael Eskenazi, Trang Nguyen, Giyas M Gokkent, and Nicolaie Alexandru-Chidesciuc. “Tunisia: Sunset on Tatooine.” MENA Emerging Markets Research. J.P. Morgan, July 28, 2020. www.jpmorganmarkets.com.</p>
<p><a href="#_ednref12" name="_edn12">[xii]</a> MENSI, Walid. “Quel taux d’endettement public optimal pour la Tunisie ?” Notes et analyse de l’ITCEQ. ITCEQ, décembre 2013. <a href="http://www.itceq.tn/wp-content/uploads/files/notes2014/taux-endettement-public.pdf">http://www.itceq.tn/wp-content/uploads/files/notes2014/taux-endettement-public.pdf</a>.</p>
<p><a href="#_ednref13" name="_edn13">[xiii]</a> Abdelhafidh, Samir. “Does the External Debt Composition Matter for Economic Growth in Tunisia?” <em>Economics Bulletin</em> 40, no. 4 (2020): 2802–18. <a href="https://ideas.repec.org/a/ebl/ecbull/eb-19-00873.html">https://ideas.repec.org/a/ebl/ecbull/eb-19-00873.html</a>.</p>
<p><a href="#_ednref14" name="_edn14">[xiv]</a> Introduction (p4) Jerome Roos. <em>Why Not Default?</em>, 2019. <a href="https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default">https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default</a>.</p>
<p><a href="#_ednref15" name="_edn15">[xv]</a> Nous conseillons la lecture de <em>Jerome Roos. </em><em>Why Not Default?, 2019. </em><a href="https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default"><em>https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default</em></a><em>.</em></p>
<p>Que nous avons par ailleurs recensé ici : Mohamed HADDAD. “Et si on faisait défaut sur nos dettes souveraines ? | Barr al Aman,” February 1, 2021. <a href="https://www.researchmedia.org/why-not-default-jerome-roos-review-fr/">https://www.researchmedia.org/why-not-default-jerome-roos-review-fr/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref16" name="_edn16">[xvi]</a> Gadha, Maha Ben. “Tunisia Joins Forces to Save Global Capital | Barr al Aman,” May 28, 2020. <a href="https://news.barralaman.tn/tunisia-joins-forces-to-save-global-capital-maha-ben-gadha/">https://news.barralaman.tn/tunisia-joins-forces-to-save-global-capital-maha-ben-gadha/</a>.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/tunisie-temps-alternative-solution-dette-fr/">(Policy brief) Tunisie : le temps, une alternative et une solution à la dette ?</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Dette publique: de la devise à tout prix!</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Feb 2021 15:52:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’agence de notation Moody’s a abaissé la note de la Tunisie d’un cran passant de B2 à B3&#8230;</p>
The post <a href="https://www.researchmedia.org/dette-devise-a-tout-prix-fr/">Dette publique: de la devise à tout prix!</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">L’agence de notation Moody’s a abaissé la note de la Tunisie d’un cran passant de B2 à B3 en maintenant la perspective négative. Bien que le pays n’en soit pas à sa première dégradation depuis le 14 janvier 2011 (il avait alors un Baa2 soit huit crans au dessus), cet abaissement revêt une symbolique particulière. En effet, la Tunisie est sur le seuil de la catégorie C synonyme de très hauts risques, une catégorie qui indique &#8211; mais aussi augmente &#8211; la probabilité d’un défaut sur les dettes extérieures tunisiennes. Conséquence directe de cette nouvelle notation, le budget tunisien pour l’exercice 2021 devient caduc. En effet, environ un cinquième des ressources devaient être levé sur les marchés financiers internationaux. Avec un B3- et sans garantie d’une tierce partie, la Tunisie n’est pas assurée de lever les sommes prévues, sans compter une augmentation des taux d’intérêt pouvant atteindre environ 10% sur cinq ans.</span><span style="font-weight: 400;"> </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La perspective négative « <strong>se base également sur le retard dans la négociation et la mise en œuvre d&rsquo;un nouveau programme financé par le Fonds Monétaire International (FMI),</strong> » lit-on dans le rapport. « <strong>De tels retards augmenteraient l&rsquo;incertitude quant à la capacité du gouvernement à garantir un accès continu aux sources de financement extérieures officielles et à maintenir l&rsquo;accès au marché international des capitaux à des conditions abordables afin de répondre aux besoins de financement élevés au cours des prochaines années,</strong> » ajoute-t-il.</span></p>
<h4><span style="font-weight: 400;">Quels sont au juste « ces besoins de financement élevés » ?</span></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Le premier est le service de la dette : payer les intérêts sur les obligations et rembourser le principal le cas échéant. Le volume de remboursement prévu pour l’année 2021 sera l’un des plus grands de l’histoire du pays. Ainsi, l’urgence selon l’agence de notation basée à New York ne consiste pas à emprunter pour encourager la demande, ou investir dans les infrastructures, la santé, l’éducation ou autres projets. Il s’agit simplement de trouver un moyen de garantir aux créanciers de la Tunisie le remboursement du principal au moins et le paiement des intérêts au mieux. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Moody’s mentionne le rôle capital joué par le FMI. En effet, son côté attrayant par rapport à d’autres sources de financement est l&rsquo;aspect avantageux de ses taux : entendre, des taux d’intérêt bas. Cependant, en contrepartie le Fonds se réserve le droit de ne pas décaisser une ou plusieurs tranches du prêt si les réformes « <em>consenties</em> » ne sont pas mises en place. Ces réformes sont synonymes d’austérité. Comme en attestent les exemples de la Grèce, de l’Argentine ou du Mexique : licenciement de fonctionnaires, baisse des salaires, dépréciation de la monnaie locale. Sans compter les privatisations ou l&rsquo;ouverture du marché à l’extérieur au pas de charge, etc.  Le principe étant de baisser les dépenses de l’État pour libérer du capital afin de payer la dette extérieure. C’est pour cela que la présence du FMI ou l’existence d’un programme en cours du FMI sont autant de signaux que le pays est soumis et enclin à servir sa dette, entendre, c&rsquo;est une « <em>une bonne affaire</em> » pour les investisseurs et les bailleurs officiels.</span></p>
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		</div></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’une des rares notes positives du rapport de Moody’s porte sur les positions externes de la Tunisie qui « <strong>se sont mieux ajustées que prévu à l’impact de la pandémie mondiale.</strong> » Ainsi, les réserves en devise s&rsquo;élevaient à 8,7 milliards de dollars, équivalant à 5,3 mois d’importations, contre 7 milliards de dollars en décembre 2019 (3,6 mois). Faut-il se réjouir du stock relativement bien fourni à un instant t ? Non, car c’est sa capacité à se renouveler qui est déterminante.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ces réserves seront effectivement mises à dure épreuve durant les prochaines semaines et</span><span style="font-weight: 400;"> mois où des échéances de remboursement vont se succéder à commencer par « <strong>deux prêts eurobonds de 500 millions de dollars avec une garantie de 100 % de l&rsquo;USAID et un prêt de 250 millions de dollars du Qatar en 2021.</strong> » La composition de la dette publique tunisienne dont les deux tiers sont libellés en devise étrangère, la rend vulnérable à des facteurs sur lesquels elle n’a aucune emprise, telles que la variation du taux de change, les crises financières ou l’augmentation des taux directeurs sur les marchés financiers. Au moindre choc, le pays pourrait se retrouver dans l’incapacité de servir sa dette.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette course à la devise étrangère pour maintenir à flot les remboursements de dette donne lieu à des choix a priori absurdes afin de favoriser les exportations. À titre d’exemple, les Tunisiens sont restés stupéfaits devant l’annonce de subvention aux exportations de lait et de tomates en conserves faite par le ministère du commerce en février 2021. Cela a été considéré par des élus de différents partis politiques, par des ONG ou des acteurs publics comme une manipulation de deux chefs d’entreprises économiquement et politiquement influents. </span><span style="font-weight: 400;">D’abord Hamdi Meddeb à la tête de la centrale laitière Délice, mais aussi président emblématique de l’Espérance sportive de Tunis. Ensuite, Samir Majoul, président du patronat et qui est à la tête de Conserves Majoul. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">S’il fallait suivre la logique libérale de l&rsquo;offre et de la demande, une logique qui régit l’économie de marché dans laquelle la Tunisie s’est inscrite, avec une demande constante et une augmentation de l’offre, il faudrait que les prix baissent. </span><span style="font-weight: 400;">En d&rsquo;autres termes, si les producteurs de lait et de tomates concentrées ont un surplus de production, ils devraient baisser le prix sur le marché au profit du consommateur local. Or, au lieu de baisser les prix pour les Tunisiens, l&rsquo;Etat subventionne les exportations.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même si les subventions ne sont pas le propre de l&rsquo;économie de marché, s’il fallait subventionner l’agriculture, est-ce que les agriculteurs qui manifestent à travers tout le pays pour pouvoir acheter des engrais ou qui déversent leur production de lait faute d’espace de stockage, ne sont pas plus prioritaires ? </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La faveur faite aux agro-industriels n’est pas la seule motivation probable de cette décision. En effet, il serait plausible de lire ce choix à la lumière de « <em>la course à la devise étrangère </em>» du gouvernement tunisien. Ainsi, peu importe la subvention octroyée aux entreprises tunisiennes si elle est libellée en dinars et qu’en contrepartie, les devises « <em>rentrent</em> » dans les caisses. Et si le gouvernement manquait de liquidité en dinars, il lui suffirait d’amender les textes régissant la banque centrale de Tunisie afin de faire tourner la planche à billets.</span><span style="font-weight: 400;"> </span></p>
<h4><span style="font-weight: 400;">Qu’importe le projet, pourvu qu’il y ait de la devise !</span></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Le deuxième mécanisme pour avoir des devises est de courir les bailleurs de fonds institutionnels afin de signer des projets de coopération et le de développement à tour de bras. Concrètement, il s’agit soit de faire voter par le parlement des lois ou sans évaluer leur impact pour pouvoir toucher un prêt (ex: l’adoption d’une législation conforme au droit européen portant sur les normes sanitaires et phytosanitaires, la loi organique portant organisation de la Cour des comptes), soit d&#8217;emprunter pour des projets qui ne nécessitent pas forcément un capital en devises, ou dont l’impact est limité (ex: des stations de dessalement d&rsquo;eau de mer).</span></p>
<blockquote><p>LIRE AUSSI: <a title="Dessaler l’eau de mer : la solution du verre à moitié plein" href="https://www.researchmedia.org/djerba-dessalement-eau-mer-sana-sbouai-1-fr/" target="_blank" rel="noopener">Dessalement / Djerba: de l’eau de mer à boire pour étancher sa soif?</a></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Peu importe le projet ou son utilité, qu’importe sa bonne exécution, parfois l’important est de décrocher le prêt, selon des magistrats financiers. Résultat, les signatures par le gouvernement et adoption par le parlement se multiplient, idem pour les projets laissés à l’abandon ou à la traîne, comme l’a décrié la Cour des comptes dans son trentième rapport. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Comment se fait-il qu&rsquo;on puisse emprunter pour un projet sans l&rsquo;achever? Souvent, les institutions financières officielles ou multilatérales (ex: l’Agence Française de Développement, ou son équivalent allemand la KFW, ou encore les institutions du groupe de la Banque Mondiale, BAD, etc.) débloquent une première tranche des prêts dès la signature. C’est justement cette perspective qui motive les autorités ou les élus à accélérer une adoption, une ratification ou une promulgation. Les bailleurs se plaignent du retard de l’exécution des projets et des sommes engagées et non dépensées (La Banque Européenne d&rsquo;Investissement évoque le chiffre de 5 milliards d&rsquo;euros « <strong>engagés</strong>« ). Ce mésusage a été pointé du doigt par la Cour des comptes, mais c&rsquo;est loin d’être le fruit d’une simple « <em>incompétence</em> » de l&rsquo;administration. Dès que l&rsquo;obtention des devises devient l&rsquo;objectif du prêt sur projet, alors son exécution jusqu&rsquo;à son terme est mise de côté. Ce dysfonctionnement en devientstructurel et non anecdotique.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Faut-il encore alimenter le cercle vicieux ? Le pouvoir politique s’est fait prendre dans ce piège de la dette (<em>debt trap</em>) et tente d’emprunter de plus en plus cher, pour rembourser des dettes de plus en plus lourdes sans aucun impact sur l’économie nationale, si ce n&rsquo;est l&rsquo;assèchement des liquidités. Une fois que les bailleurs privés, puis officiels se seront rétractés par peur du risque devenu trop grand, le FMI sera l&rsquo;option de dernier recours et donc à nouveau sollicité avec des conditionnalités plus contraignantes … Le pourrissement politique, et partant économique, ne fait aucun doute, mais est-ce que l’architecture institutionnelle et le modèle social, économique ou fiscal ou politique auxquels aspirent les Tunisiens doit émaner des institutions de Washington ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Prolonger la durée de la chute ne ferait que rendre plus difficile le redressement.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/dette-devise-a-tout-prix-fr/">Dette publique: de la devise à tout prix!</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu&#8230; (Analyse)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Théo Blanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Sep 2020 21:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Difficiles », c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">«</span><span class="s2"> </span><span class="s1">Difficiles</span><span class="s2"> </span><span class="s1">», c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que vivra son parti. En phase de préparation d’un congrès qui accuse un retard de plus d’un an, le parti islamoconservateur vit une crise majeure dont la publicité est une preuve de la gravité. L’enjeu est la capacité de ce courant politique vieux d’un demi-siècle à vivre une alternative à Rached Ghannouchi de manière pacifique. Comment le parti dominant la scène politique tunisienne durant ces dix dernières années en est-il arrivé là</span><span class="s2"> </span><span class="s1">?</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b>La succession ou la prorogation</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ce ne sera pas un congrès comme les autres. Rached Ghannouchi ne peut plus rester à la tête du parti selon les statuts qui limitent la présidence à deux mandats depuis le congrès de mai 2007. Le fondateur a été omniprésent dès la fondation de l’ancêtre d’Ennahda, le  Mouvement de la tendance islamique (MTI), mais au lendemain de la révolution, c&rsquo;est à partir du premier congrès (2012) suivant la légalisation du parti (mars 2011) que le décompte a commencé.</span></p>
<blockquote><p>Selon des proches de ce dernier, il semble plus facile de faire avaler la pilule de la prorogation au motif de la stabilité et de l’absence d’alternative que d’ouvrir la boîte de Pandore de la succession et de mettre à nu les lignes de division du parti et les questions essentielles auxquelles il n’a pas répondu. Sans oublier que Rached Ghannouchi bénéficie d’un solide réseau à l’international qui garantit au parti un soutien important et que certains craignent de perdre.</p></blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Au milieu du mois de septembre, cent cadres du parti Ennahda ont signé une pétition pour appeler son président Rached Ghannouchi à ne pas être candidat au prochain congrès, et à respecter la limitation à deux mandats. Des députés, des membres du conseil de la Choura, des bureaux exécutif ou politique, sans compter des cadres en région ont paraphé ce texte qui a fuité dans les médias. Ils remettent ainsi à l’ordre du jour les dissensions profondes à l’intérieur du parti. Prévu initialement en mai 2020, le onzième congrès d’Ennahda a été repoussé à la fin de la même année, puis annoncé au début de 2021. Toutefois, rien ne semble acquis.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais comment se défaire d’un leader charismatique dont le nom fait partie de l’identité du parti</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? Aux yeux de certains militants, Rached Ghannouchi est un symbole avant d’être un dirigeant. Cette quasi-sacralisation qui ne dit pas son nom a été toutefois ébranlée quand le chef spirituel et politique a voulu jouer un rôle de premier plan dans les institutions de l’État. En convoitant la présidence de l&rsquo;assemblée et en l&rsquo;obtenant, il a singulièrement restreint sa marge de manœuvre. Ses prises de position sur la politique étrangère, systématiquement alignées sur l’axe turco-qatari, centre de gravité de l’islam politique, ne choquaient pas quand il n’avait que des fonctions partisanes, mais elles ont provoqué de nombreuses polémiques depuis qu’il est président de l’Assemblée.</span></p>
<h4><strong>Démystification du leader</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation à laquelle il fait face a été à son apogée lors de la dernière journée de la session parlementaire, le 30 juillet 2020. À l’ordre du jour : la motion de censure contre Rached Ghannouchi. Elle a été principalement initiée par le Courant démocrate (social-démocrate), le parti du Peuple (panarabiste) et médiatiquement récupérée par le Parti destourien libre (PDL) qui revendique l’héritage de Ben Ali. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du vote était incertaine. La tension s’est maintenue jusqu’au décompte des bulletins de vote. Il a suffi aux élus du parti Ennahdha de connaître le nombre de votes blancs et de votants pour être sûrs que la motion n’allait pas passer. Des scènes de liesse s’en sont suivies dans les couloirs de l’Assemblée. Mais c’est une victoire en demi-teinte. Cette motion qui a recueilli 97 voix est le symbole d’une remise en question de l’autorité de celui qui est, directement ou indirectement, au pouvoir depuis la révolution de 2011.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation de l’autorité politique et morale de Rached Ghannouchi ne s’arrête pas au seuil de la porte du parti islamiste. Le rejet de la figure de Ghannouchi s’est répandu à l’intérieur d’Ennahdha. Au lendemain du vote, des cadres du parti qui ont préféré s’exprimer anonymement affirmaient que des élus au sein de son groupe parlementaire aimeraient le voir démissionner.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Or, quitter la présidence de l’Assemblée ou celle du parti serait synonyme d’une mort politique. Une décision qu’il ne risque pas de prendre.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Jeudi 17 septembre, des médias lui attribuaient un texte censé être une réponse à l’appel des cent. Il a balayé d’un revers de main les demandes et se contente de répondre que «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">les leaders ont la peau dure</span><span class="s2"> </span><span class="s1">». Officiellement, le bureau exécutif finira par réagir une semaine plus tard en affirmant qu’il comprend la démarche et se félicite de l’atmosphère démocratique au sein du parti.</span></p>
<h4><strong>Tenir bon, tenir en place</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du congrès pourrait en grande partie se jouer en amont de celui-ci. En effet, la phase d’élections des congressistes est déterminante et elle devrait avoir lieu prochainement. Cela explique pourquoi «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">l’appel des cent</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» réclame une tenue du congrès dans les temps convenus pour éviter qu’il n’y ait de retournement dans le rapport de force.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Plus ou moins dissimulées dans le passé, les dissensions au sein du parti islamiste se manifestent désormais sur la scène médiatique. Certains y voient un signe de bonne santé démocratique, d’autres les prémisses d’une scission imminente. Pourtant, le parti islamiste s’est souvent vanté de sa vitalité démocratique par rapport aux autres partis tunisiens qui peinent à vivre sainement et pacifiquement les successions, les congrès et les tests électoraux.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le narratif du «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">parti démocratique</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» a connu plusieurs soubresauts. Ainsi en 2019, Ennahdha a beau avoir organisé des primaires pour les listes électorales des législatives, le bureau exécutif et son président, Rached Ghannouchi, les ont rabotées. Plusieurs justifications s’en sont suivies : tantôt, ceux qui ont été choisis aux primaires n’étaient pas considérés comme aptes à gagner les voix des électeurs en dehors du parti, tantôt ce sont les figures de l’appareil du parti qui ont été choisies, et lorsque des personnes ne paraissaient pas assez loyales à la direction, on a parfois préféré choisir des figures sans passé militant ou «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">indépendantes</span><span class="s2"> </span><span class="s1">».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Légalement, il n’y a rien à redire, c’est au bureau exécutif que revient le dernier mot dans la composition des listes. Un détail qui n’a pas été franchement annoncé avant les primaires. L’appareil du parti, bureaux locaux et régionaux ou encore les militants dans tous les coins du pays et même à l’étranger se sont mobilisés et avaient fondé de larges espoirs dans le fonctionnement démocratique des institutions notamment au moyen de primaires.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Toutefois, la remise en cause d’un processus démocratique a beaucoup déçu voire dégoûté d’autant qu’il y a eu un précédent.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, aux municipales de 2018, les primaires ont aussi été l’outil de composition des listes. Cette fois-là, le bureau exécutif s’est montré plus discret, laissant espérer les militants que la démocratie interne et les primaires seraient désormais un acquis. Tant s’en faut. C’est Rached Ghannouchi qui est considéré comme étant le père spirituel et par conséquent le responsable. Cet épisode est une des fractures entre le leader historique et l’appareil partisan.</span></p>
<h4><strong>Une perte de repères</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">Les «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">nouveaux</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» ne s’y retrouvent pas davantage. Ceux qui ont rejoint la sphère du parti après 2011, qu’ils soient encartés ou pas, ne se sentent pas concernés par la bataille qui a lieu actuellement. Et pour cause, ils estiment que c’est une bataille héritée de la période de la dictature. La preuve selon un cadre du parti: aucun des adhérents qui a rejoint le parti après 2011 n’est membre des commissions préparatoires du prochain congrès.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Loin d’être anecdotique, la marginalisation des nouveaux venus est le reflet d’un échec du parti à élargir sa base au-delà de ses soutiens historiques. Cette politique annoncée en grande pompe lors du dixième congrès en 2016 a été un tournant historique. En accueillant le chef de l’État Béji Caïd Essebsi lors de l’ouverture, la réconciliation était scellée entre islamistes et destouriens, parmi les principaux courants politiques de la Tunisie post-indépendance.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Or, le renouvellement et l’élargissement de la base d’Ennahda sont laborieux, voire inexistants. Ceux qui disent vouloir moderniser les institutions du parti et l’ouvrir à d’autres pans de la société tunisienne se retrouvent bloqués par un plafond de verre. Selon eux, ils pâtissent de ne pas avoir été cooptés ni par les réseaux familiaux ni par une allégeance aux anciens.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Le «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">CDU musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» annoncé en 2016 n’est pas advenu.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Partant, il y a beaucoup de frustration, de déception et de désengagement des institutions du parti. Autre point fort du précédent congrès mis en sourdine : la séparation de la prédication et du politique, une dualité qui marquait l’identité de parti islamiste. Quatre ans plus tard, de l’avis de plusieurs cadres du parti, rien n’a été fait pour appliquer cette décision mis à part la mise à l&rsquo;écart de certaines grandes figures de la da&rsquo;wa tels que Sadok Chourou ou Habib Ellouz. L’hypersensibilité au religieux dans le discours du parti en est la preuve, notamment durant la campagne électorale avec la promesse de création de la caisse de la Zakat (Un pilier de l&rsquo;islam consistant en un acte de charité). Autre signe, la ligne de la politique étrangère du parti ou le poids que prennent certains débats à l’image de l’égalité dans l’héritage qui a occupé les structures du parti plus que les problèmes économiques ou le chômage, selon des témoignages concordants.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Cette distinction entre l’activité politique et religieuse, même avortée, a brouillé les repères de certains militants historiques, de même pour l’abandon de l’idée d’inscrire la charia dans la constitution. Quelle place peut-on donner à l’idéologie dans un parti islamiste qui veut faire sa mue pour devenir un parti conservateur avec un référentiel musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? La question n’est pas encore tranchée. À cela s’ajoute, l’arrivée de nouveaux visages au lendemain de la révolution, sans passé militant, le retour au pays des exilés, moins exposés aux jougs de la dictature mais qui ont hérité des leviers du pouvoir dans l’État et au sein du parti, sans oublier l’alliance avec l’ancien régime, Nida Tounes hier et Qalb Tounes aujourd’hui, qui en a mécontenté plus d&rsquo;un.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Autant de chocs qui ont fini de déraciner le parti de son terreau révolutionnaire et ont resserré les rangs des frondeurs qui ne forment pourtant pas un bloc homogène. Car leur impuissance a approfondi le fossé entre la direction du parti et sa base historique.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Pour les nouveaux comme pour les anciens, l’impression dominante est que le parti — à plus forte raison sa direction et son président — navigue désormais à vue et n’a qu’une devise : la realpolitik et le maintien au pouvoir.</span></p>
</blockquote>
<h4><strong>«</strong><strong> </strong><strong>Machina ex deus</strong><strong> </strong><strong>»</strong><strong> </strong><strong>?</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’une des manifestations de l’improvisation et de l’absence de stratégie est l’épisode chaotique de la présidentielle. Le décès du président en exercice Béji Caïd Essebsi, le 25 juillet 2019, à quelques mois de l’élection présidentielle a perturbé les plans du parti, en bousculant le calendrier électoral. Jusqu’alors les législatives précédaient les présidentielles. Ennahdha devait patiemment attendre la clarification du rapport de forces issu des urnes, sceller des alliances, choisir un des candidats à la présidence en fonction, déterminer le niveau d’engagement à la campagne présidentielle et adapter le discours en conséquence. En 2019, rien de tout ça n’est possible. À la dernière minute, le parti décidera de participer à la présidentielle. </span>Le suspens avait duré jusqu’au bout.</p>
<blockquote>
<p class="p1">Alors que le Bureau exécutif dont les membres sont choisis par le président du parti avait opté pour ne pas présenter un candidat, une majorité des membres du conseil de la Choura ne suit pas et s’apprête à voter une motion opposée. Un désaveu pour le bureau exécutif. Aussi, ce dernier se réunit en parallèle, et décide de réviser sa position pour éviter de se décrédibiliser.</p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">C’est Abdelfattah Mourou, vice-président de l’assemblée entre 2014 et 2019 qui est nommé candidat. Selon certains témoignages, le choix du conseil de la Choura n’était pas motivé par la capacité du parti à remporter la présidentielle ou l’intérêt stratégique du parti à être à Carthage. C’est plutôt le différend et l’esprit de revanche entre les soutiens de Ghannouchi et ses opposants qui a motivé ce choix. La campagne électorale pour les présidentielles de 2019 a laissé un goût amer à certains cadres du parti, car ils voyaient que des bureaux régionaux soutenaient d’autres candidats dont Kais Saïed et Seiffedine Makhlouf. Certains émettent même l’hypothèse que Abdelfattah Mourou aurait été saboté de l’intérieur et constatent qu’il n’a pas été assez soutenu par l’appareil. </span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Ce n’est pas la première fois que Rached Ghannouchi est défié par le conseil de la Choura. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En 2016, lors du dixième congrès, sa position est contestée sur une question de gouvernance au sein du parti. En effet, les congressistes se sont divisés entre ceux qui estiment que les membres du bureau exécutif, l’instrument de gouvernement du parti, devaient être élus et ceux qui les veulent désignés par le président. Le bras de fer a abouti à une formule mixte : le président propose, la Choura vote sur les propositions de ce dernier. Ainsi, le président doit quand même respecter les grands équilibres au sein du parti et donner accès aux personnes qui ne lui sont pas nécessairement acquises. D’ailleurs, certains des signataires de l’appel des cent font partie du bureau exécutif. Cette fracture va perdurer et marquer par la suite toutes décisions du parti.</span></p>
<p class="p1"><strong>Agenda partisan insensible à l’agenda national</strong></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ces tensions partisanes semblent hermétiques aux rapports de forces sur la scène nationale. En votant la confiance à l’actuel gouvernement, Rached Ghannouchi a permis au parti Ennahda de reprendre en partie le pouvoir exécutif, fort de son alliance avec al Karama et surtout avec Qalb Tounes. Le leader historique du mouvement islamoconservateur a <span class="s2">réussi à renverser le rapport de forces sur la scène politique nationale en retournant le poulain du président en sa faveur</span>. En effet, il lui garantit une majorité que le chef de l’État ne pouvait pas lui offrir.</span></p>
<p><em>Lire également:</em></p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ro7ycX9rxP"><p><a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/">De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi » &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/embed/#?secret=3lefiOguX8#?secret=ro7ycX9rxP" data-secret="ro7ycX9rxP" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais cette alliance est en soi révélatrice des contradictions et elle est source de tensions au sein d’Ennahdha. En effet, le principal allié est Qalb Tounes. Un parti hétéroclite présidé par Nabil Karoui, un homme d’affaires controversé et poursuivi pour blanchiment d’argent, fraude fiscale en sus du soupçon de financement étranger de sa campagne présidentielle avec un contrat de lobbying d’un million de dollars. Ce repaire de loyaux rassemble entre autres : le frère de l’intéressé, qui bénéficie de l&rsquo;immunité parlementaire depuis son accession à la députation, alors qu&rsquo;il était poursuivi par la justice, quelques anciens du parti de Béji Caïd Essebsi, ou d’autres «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">touristes partisans</span><span class="s3"> </span><span class="s1">», une expression populaire en Tunisie en référence à ceux qui changent d’affiliation partisane en fonction de leurs intérêts personnels. Ce parti a perdu onze élus sur les trente-neuf qu&rsquo;il comptait au début de la législature 2019-2024.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La deuxième formation politique est la coalition Al Karama, des conservateurs populistes à la droite d’Ennahdha avec à leur tête l’avocat Seifeddine Makhlouf qui s’est illustré en défendant des personnes poursuivies dans des affaires de terrorisme. Il a fait campagne sur le thème du souverainisme, notamment la lutte contre la colonisation française qui se poursuivrait, selon lui, sous la forme de dépendance économique ou encore de téléguidage et d&rsquo;accaparement des richesses pétrolières tunisiennes. Comble de la contradiction, son groupe refusera de prendre la présidence de la commission de l’énergie préférant la laisser au Parti Destourien Libre.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Selon certains cadres du parti Ennahdha, le choix de s’allier avec ces formations a beaucoup plus isolé le parti qu’il ne l’a intégré dans la scène politique tunisienne. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, les deux formations politiques alliées sont récentes, elles n’ont ni idéologie ni histoire militante et jouent le rôle d’appoint pour maintenir Ennahda au pouvoir. Questionnés sur les affaires troubles de Nabil Karoui, les proches de Rached Ghannouchi répliquent systématiquement que ce dernier ne joue aucun rôle dans l’État et qu’il n’a pas été condamné par conséquent, la présomption d’innocence prévaut.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Deux poids, deux mesures, car les mêmes interlocuteurs n’ont pas souffert l’attente de la procédure judiciaire contre Elyes Fakhfakh, ex-chef du gouvernement, qui est tombé officiellement pour conflit d’intérêts. Or, selon des témoignages concordants, c&rsquo;est pour ne pas avoir ouvert un « canal de communication direct » avec Rached Ghannouchi. Le parti qui a fait campagne en 2019 sur l’adage d’Ibn Khaldoun : «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">La justice est le fondement de toute civilisation,</span><span class="s3"> </span><span class="s1">» a préféré attendre un an après les législatives et présidentielle pour rendre public et assumer pleinement une alliance qu’il n’assumait pas au lendemain des élections. Comment n&rsquo;aurait-il pas heurté ses partisans alors qu&rsquo;il a mené campagne contre la « corruption</span><span class="s3"> </span><span class="s1">et les corrompus » dont Nabil Karoui et Qalb Tounes auraient implicitement été l&rsquo;incarnation. Si certains des choix de Ghannouchi durant ces dix dernières années sont décriés, c’est en partie parce qu’ils servent son intérêt plus qu’il ne rend service au parti, selon ses détracteurs.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">La machine réussira-t-elle à survivre à son fondateur ou périra-t-elle de son fait</span><span class="s3"> </span><span class="s1">?</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Dans cette fuite en avant, le retour en arrière est périlleux et inextricable. La voie dans laquelle Rached Ghannouchi a engagé le parti le pousse à être moins conciliant. Ce n’est pas la première fois que le parti fait face à des dissensions mais elles sont souvent le fait d’individus, rarement d’actions groupées avec autant de personnalités de différents bords. À défaut de faire reconnaître son autorité, Rached Ghannouchi révèle un attachement forcené au pouvoir. L’absence de cap du principal parti de la décennie post-2011 peut signifier la formation de coalitions politiques sans autre programme que leur maintien au pouvoir, quitte à réduire le peu d’acquis que le processus révolutionnaire a pu apporter.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/guerre-ennahdha-aura-t-elle-lieu/">La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu… (Analyse)</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Sep 2020 10:28:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le gouvernement proposé par Hichem Mechichi a obtenu la confiance du parlement avec 134 voix favorables, 67 contre&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le gouvernement proposé par Hichem Mechichi a obtenu la confiance du parlement avec 134 voix favorables, 67 contre et sans abstention. Inconnu il y a quelque mois, Mechichi doit son ascension vertigineuse à Kais Saïed, le chef de l’État qui l’a nommé conseiller à la présidence, et choisi comme ministre de l’Intérieur et désormais chef du gouvernement. À première vue, c’est un succès pour le président de la République Kais Saïed qui a trouvé cet anonyme sans passé politique, afin de garantir sa loyauté. C’est bien tout le contraire qui a eu lieu.</p>
<p>En réalité, c’est un échec. Kais Saïed vient de perdre l’une de ses premières batailles politiques depuis son accession au pouvoir. Son filleul a changé d’allégeance pour aller chez ceux qu’il abhorre : les partis politiques. Parmi les 61 % de députés qui voté pour Hichem Mechichi, figurent le groupe du parti islamoconservateur Ennahda et de Qalb Tounes, le parti de l’homme d’affaires poursuivi pour blanchiment d’argent, Nabil Karoui. Ceux-là mêmes que le chef de l’État ignore ou combat.</p>
<blockquote><p>Comment le haut-fonctionnaire étiqueté « technocrate et compétent » que le chef de l’État a débauché de la direction générale de l’Agence Nationale du Contrôle sanitaire et environnemental des produits, se retrouve-t-il allié avec les adversaires politiques du président?</p></blockquote>
<p>Il faut remonter aux négociations tumultueuses pour la formation de ce gouvernement. Hichem Mechichi commence par recevoir tous les partis notamment le Parti Destourien Libre (PDL) qui se revendique comme héritier du régime de Ben Ali et un éradicateur des « frères musulmans » en Tunisie, entendre le parti Ennahda.</p>
<p>C’est la première fois que ce parti répond à une invitation pareille. Cela laissait entendre qu’une coalition sans le parti islamiste était envisageable. En effet, c’est la condition de Abir Moussi, la présidente du PDL, pour toute participation politique. Cependant, les tractations piétinent, Hichem Mechichi ne convainc pas. Les partis comprennent que Carthage limite considérablement sa marge de manœuvre. Ainsi, il aurait confié à Ennahda et Qalb Tounes que le président de la République lui a tracé des lignes rouges: les deux partis arrivés en tête des élections devaient être exclus.</p>
<p>Résultat, durant plusieurs semaines, Mechichi est taxé d’être une marionnette aux mains de Kais Saïed et de sa directrice de cabinet Nadia Akecha à qui l’on prête un pouvoir de persuasion conséquent. Tous les partis dénoncent une « présidentialisation » du régime et qualifient cette nouvelle équipe du « gouvernement du président ». Quand les sociodémocrates du Courant démocrate annoncent qu’ils ne voteront pas en faveur de ce gouvernement, ceci anéantit <i>de facto</i> l’éventualité d’une coalition parlementaire sans Ennahda et Qalb Tounes.</p>
<p>Hichem Mechichi s’est retrouvé dans une situation assez délicate. Sous pression du chef de l’État qui se faisait de plus en plus insistant pour parachuter de plus en plus de ministres. Bien au-delà des portefeuilles de la défense et des affaires étrangères où il a son mot à dire, Kais Saïed impose, contre l’avis de son poulain, le ministre de l’Intérieur, un avocat impliqué dans sa campagne présidentielle sans autres motifs de choix que la proximité avec le président.*</p>
<h4>Que devrait faire Hichem Mechichi ?</h4>
<p>Jeter l’éponge, remettre les clés du gouvernement à Carthage ?</p>
<p>Ou continuer…</p>
<p>C’est là, le moment charnière. Certains députés de différents partis évoquent des réunions secrètes que Mechichi aurait tenues avec les chefs du parti Ennahda et de Qalb Tounes. Un compromis aurait été arrangé à cette occasion.</p>
<blockquote><p>La réunion aurait été rapportée à Kais Saïed par les services de renseignements, selon un élu qui s’est exprimé anonymement.</p></blockquote>
<p>À partir de là, la confiance et l’allégeance entre le parrain et le filleul ont été enterrées. Ce qui est devenu « l’affaire du ministre de la Culture » est une tache indélébile rappelant cette rupture. Même si une partie du monde de la culture ne l’a pas apprécié, même si l’actuelle ministre faisait relativement consensus, c’est Walid Zidi, un novice sur la scène politique qui a hérité de ce ministère. C’est le premier aveugle à avoir soutenu une thèse de doctorat en civilisation arabe, enseignant, il n’a jamais dirigé d’organismes publics ou privés. Quelques heures après la révélation des noms des ministres, Walid Zidi annonce sur Facebook qu’il renonce à son poste sans en référer au chef du gouvernement. Le lendemain matin, l’équipe de Mechichi publie un communiqué indiquant qu’il ne fait plus dans son équipe. En fin de matinée, réaction invraisemblable de Kais Saïed: il reçoit le ministre de la Culture et lui renouvelle sa confiance… Une humiliation publique que Mechichi peine à digérer.</p>
<p>La dernière tentative de Kais Saïed d’avorter le processus du vote de confiance advient la veille de celui-ci. Il convoque quelques partis politiques, sans Qalb Tounes ni le PDL… et s’engage à ne pas dissoudre l’assemblée si le gouvernement n’obtient pas la confiance. Il laisse subtilement entendre qu’il serait encore possible de renoncer au gouvernement de Mechichi. En face de lui, il n’y avait que les partis initialement représentés dans l’actuel gouvernement démissionnaire d’Elyes Fakhfakh, éventuellement chargés de rester aux affaires, si Hichem Mechichi échouait à obtenir la confiance de l&rsquo;assemblée. Partant, il transforme une disposition constitutionnelle censée débloquer une impasse politique par un instrument de négociations dans un bras de fer qui l’oppose à Ennahda et Qalb Tounes.</p>
<p>De plus, si ce gouvernement passe, il exprime son opposition contre le changement de certains ministres par le parlement peu après le vote de confiance. Une mesure pour laquelle il n’a aucun levier de pression.</p>
<p>Cette prise d’initiative politique, hors des sentiers tracés par la constitution, lui a coûté cher. En effet, elle l’a d’abord exhibé dans une position de faiblesse. Celui qui refusait de recevoir les partis durant la phase de la formation du gouvernement, les convoque quelques heures avant le vote pour se racheter. Avec ce coup de poker perdu, Kais Saïed a ébranlé la légitimité de son image et de sa parole d’homme droit parlant le droit et « d’unique interprète de la constitution » en l’absence de Cour constitutionnelle. Nabil Karoui et Rached Ghannouchi se sont saisis de cet échec en rappelant le jour du vote l’importance du respect des procédures constitutionnelles.</p>
<p>Mais le président de la République a perdu beaucoup plus. Au-delà de ses prérogatives constitutionnelles, il disposait de la force de proposition du chef du gouvernement. En effet, il y a deux mois, le chef de l’État était dans un élan ascendant, il recevait la démission d’Elyes Fakhfakh qui évitait <i>in extremis </i>une motion de censure. La balle revenait à Carthage pour nommer son successeur. Il n’aurait jamais eu cette carte sans la démission, ou si la motion de censure parlementaire avait abouti. Encore moins, si Ennahda avait réussi à former un gouvernement du premier coup après les élections législatives d’octobre 2019. Désormais, la démission du chef du gouvernement à la demande du chef de l’État n’est plus une garantie.</p>
<h4>Comment l’alliance Ennahda-Qalb Tounes va-t-elle s’accommoder d’un gouvernement qu’elle n’a pas conçu ?</h4>
<p>La solution fait partie de l’accord préalable au vote de confiance : sept ministres devraient être remplacés sans passer par Carthage, un chiffre avancé par Nabil Karoui. L’alliance ne compte pas s’arrêter là… prochaine étape : la mise en place de la cour constitutionnelle.</p>
<blockquote><p>Loin d’eux le souci de compléter l’architecture institutionnelle prévue dans la constitution de 2014, l’objectif, toujours selon Nabil Karoui, le chef de Qalb Tounes, est de disposer d’un outil pouvant déchoir le président de son mandat pour faute grave. Seule la Cour peut le faire.</p></blockquote>
<p>Toutefois, avec sa composition actuelle, il est impossible de rassembler les 145 députés pour élire les trois membres restants de la cour constitutionnelle et relancer la mise en place de la clé de voûte du régime politique tunisien. C’est pour cela que l’amendement de la loi organique de la Cour a été un leitmotiv des débats politiques depuis 2015. Feu Béji Caïd Essebsi avait déjà déposé un projet de loi pour permettre l’élection des juges constitutionnels par une majorité absolue (50%+1) et non qualifiée (2/3). Qalb Tounes et Ennahda pourraient s’engager à nouveau dans cette voie. Même s’ils réussissent à adopter les amendements, le président pourrait alors s’abstenir de les promulguer. En effet, l’été dernier lors d’une interview télévisée, le chef de l’État a déjà évoqué la possibilité de ne pas promulguer des lois adoptées par le parlement s’il n’en est pas satisfait. S’il le fait, cette loi est renvoyée au parlement et doit être adoptée avec une majorité plus importante. C’est là où les 134 voix favorables au gouvernement prennent un autre sens.</p>
<blockquote><p>Ces trois cinquièmes de l’assemblée indiquent que l’alliance Ennahda-Qalb Tounes avec le soutien d’indépendants et de la coalition El Karama, un groupe populiste à la droite d’Ennahda, peuvent outrepasser le droit de réponse du chef de l’État, voire son refus de promulgation des lois organiques, comme celle de la Cour constitutionnelle ou la loi électorale.</p></blockquote>
<p>Pour Hichem Mechichi, l’ex-ministre de l’Intérieur au sein du gouvernement démissionnaire d’Elyes Fakhfakh, le plus dur ne fait que commencer. Désormais, pour peser dans la discussion contre ces nouveaux parrains, la seule carte dont il dispose dans le rapport de forces est la menace de la démission, ce qui redonnerait la force de proposition à Kais Saïed au grand dam de l’alliance Ennahda-Qalb Tounes. Malgré ce vote de confiance, la stabilité gouvernementale n’est pas encore à l’ordre du jour. La tendance qui se dégage de cette première année du quinquennat, c’est une course aux bâtons dans les roues des uns et des autres qui ne risque pas de se tarir, malgré une détérioration accélérée de la situation économique et sociale.</p>
<p><em>* Une version précédente de l&rsquo;article mentionnait que « &#8230; pour le ministre de l’Équipement: plaidant une coquille suite à une homonymie dans la liste officielle des ministres, la présidence envoie un rectificatif au parlement pour mettre son homme. » En réalité, c&rsquo;est Hichem Mechichi qui a formulé <a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/whatsapp-image-2020-09-04-at-8-10-00-am/">la demande par écrit comme indiqué par Carthage.</a></em></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/">De Kais Saïed à Ghannouchi & Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>« La terre amère » : Les paysans racontent leurs combats</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Hafawa Rebhi]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Jul 2020 07:55:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[ALECA]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[Décentralisation]]></category>
		<category><![CDATA[Eau]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’humus halète. L’eau frémit en sortant des vieux tuyaux en caoutchouc, puis elle chantonne en coulant dans les&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1" style="text-align: left;">L’humus halète. L’eau frémit en sortant des vieux tuyaux en caoutchouc, puis elle chantonne en coulant dans les seghias. Les feuilles des plantes potagères tremblent au contact de la douce brise matinale. Des cigales stridulent. Les roues de la charrette grincent en écrasant les cailloux de la piste poussiéreuse. Las, le moteur d’un tracteur vrombit continuellement pour vider les entrailles d’un puits tari. Un oud fredonne doucement. Des coups de percussion légers cadencent son chant.</p>
<p class="p1">Le documentaire du Groupe de Travail pour la Souveraineté alimentaire (GTSA) et de l’association Al-Warcha, réalisé par Mohamed Boukoum, est un film qui s’écoute. Mais, se contenter des scènes sonores priverait les yeux de tant de beauté : les champs verdoyants de la Manouba, l’immensité de la steppe de Sidi Bouzid, les palmiers de Kébili à perte de vue, ou encore les soirées estivales joyeuses dans l’oasis de Chenini sur la côte de Gabès.</p>
<p class="p1">Attention tout de même. Tout n’est pas vert. Tout n’est pas si onirique qu’on le croit. Aussi belle soit-elle, la terre que raconte ce documentaire financé (sans condition ni diktats) par l’ONG War on Want, est une « terre amère ». Et c’est d’ailleurs le titre du film.</p>
<p class="p1">« La terre amère » raconte en effet la paysannerie tunisienne et les combats qu’elle mène depuis des décennies.</p>
<p class="p1">La pertinence du film tient dans la force des témoignages qu’il expose. Ce sont les paysannes et les paysans qui parlent. Et là, on est très loin de l’image constamment véhiculée par les feuilletons et les one-man-shows insipides, celle du paysan vulgaire et ignare, moqué souvent pour ses habits et son accent rural.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="y0EYGdDW8I"><p><a href="https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/">Les graines de la souveraineté</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="&#8220;Les graines de la souveraineté&#8221; &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/les-graines-de-la-souverainete-thierry-bresillon/embed/#?secret=0LxLr7ZuCC#?secret=y0EYGdDW8I" data-secret="y0EYGdDW8I" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1">Les paysannes et les paysans de « La terre amère » sont les détentrices et les détenteurs d’un savoir qu’ignorent certaines élites urbaines autoproclamées frileuses à tout contact avec la ruralité. Leur force de caractère, ils l’ont forgée en se confrontant aux aléas du climat et des politiques publiques. Leur décision de rester, de tenir bon, ils l’assument pleinement. Les chants de sirène de la vague libérale des années 1970 et 1980 ne les ont pas trompés. Ils n’ont pas échoué comme les autres dans les quartiers délabrés dont se sont ceintes les grandes villes industrielles ou touristiques du pays.</p>
<p class="p1">Les paysannes et les paysans de « La terre amère » sont surtout conscients de la mécanique du pouvoir et de l’assujettissement. Dans leurs esprits, coule la sève brute de la terre et leur vie est accordée au rythme de la nature.</p>
<p class="p1">Avant même sa prière de l’aube, Monjia Ferjani commence sa journée par un moment de recueillement dans son petit potager. Ce rite incontournable embué de rosée et de vapeurs matinales et cette communion quotidienne avec la terre, la paysanne mère de famille les raconte avec une sincérité émue et un sourire qui ne parvient pas à cacher sa tristesse. Vivant à la Manouba, l’un des gouvernorats les plus fertiles et les mieux irrigués du pays, elle et ses voisins sont des paysans dans l’âme. Mais, les 500 hectares de leur village de Dekhila (délégation de Tébourba), l’État préfère les céder à un seul investisseur privé que de les distribuer à Monjia et à des centaines de jeunes ne demandant qu’à accéder, dans la dignité, à un tout petit bout de terre.</p>
<p class="p1">Le biais de l’État en faveur du secteur privé est tout autant criant à Sidi Bouzid. Là-bas, à Menzel Bouzaiène, un investisseur détient à lui seul 1200 hectares. Barricadé dans son immense terrain fortifié, l’investisseur jouit sereinement des incitations généreuses de l’État : un sondage bien équipé et de l’eau abondante et gratuite pour irriguer 600 oliviers.</p>
<p class="p1">Qu’en est-il des oliviers au-delà des fortifications de ce domaine privé ? Ils crèvent, tout simplement, depuis que la nappe s’est asséchée. Quelque 50 paysans voisins de l’investisseur (comparé à un colonisateur) ont vu leurs puits tarir et dû creuser davantage, en deçà de 55 mètres, pour atteindre l’eau fuyante. L’un d’entre eux a désespérément entrepris le forage manuel d’un nouveau puits. Il y a mis tellement de temps que la poulie s’est rouillée et les cordages se sont usés.</p>
<p class="p1">Dans ce décor ocre et poussiéreux, Mourad Ben Hassine et Riadh Baccari ont relaté, au nom de leurs pairs, leur combat. Pour dénoncer l’injustice qu’ils subissent et mieux revendiquer leur droit à l’eau, aux intrants et à la vie, ces paysans se sont organisés au sein d’une association qu’ils ont baptisée « Vers une agriculture souveraine ». <span class="s1"><i>Nafas</i> </span>en est l’acronyme arabe et cela signifie le souffle.</p>
<p class="p1">Massoud Seghaier, lui, s’est reconverti à l’agriculture à la suite d’un long parcours professionnel. Après un séjour en Libye, un passage par l’enseignement et plus de 25 ans de travail dans les compagnies pétrolières du Sud tunisien, un retour aux sources s’imposait. Se reposer dans l’ombrage de la palmeraie après quelques heures de labeur était un rêve qui valait le coup.</p>
<p class="p1">Les problèmes guettaient toutefois Massoaud. Prouver sa propriété sur une parcelle de terrain est une entreprise ardue et compliquée dans les gouvernorats du sud où les terres sont encore collectives. Une autre menace couve au fin fond des sables rampants. Hydro-phages, les compagnies pétrolières finiront par gober toute l’eau qui irrigue en profondeur l’oasis.</p>
<p class="p1">Plusieurs autres paysans ont pris la parole dans le documentaire, notamment à l’occasion de la fête des semences paysannes organisée en septembre dernier dans l’oasis de Chénini.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lUCVy5GZ9f"><p><a href="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/">Tunisie/Jemna: l&#8217;Etat, jaloux d&#8217;une ONG qui le dépasse</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="&#8220;Tunisie/Jemna: l&#8217;Etat, jaloux d&#8217;une ONG qui le dépasse&#8221; &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/tunisiejemna-letat-jaloux-dune-ong-depasse/embed/#?secret=fXzlPM44MI#?secret=lUCVy5GZ9f" data-secret="lUCVy5GZ9f" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1">Répondant à l’appel de l’Association tunisienne de permaculture, des dizaines de paysannes et de paysans se sont ruées vers cette oasis maritime, lui apportant chacun un présent de valeur inestimable, comme pour lui insuffler la force face à la pollution et à la soif.</p>
<p class="p1">Pendant le jour, les invités de l’oasis exposaient leurs trésors : des semences de blé, d’orge et de légumes, des variétés tunisiennes qui n’ont pas été ni altérées ni hybridées. Devant les stands, sous les tentes, on échangeait dans la bonne humeur ces graines paysannes, tout en en relatant les histoires de transmission de génération en génération. Le soir, c’était l’heure des grands débats : le combat pour préserver ces semences et le savoir-faire qui leur est inhérent, la résistance nationale et internationale face aux multinationales semencières et agrochimiques, l’accès équitable à l’eau, le droit à la propriété de la terre, les modes d’organisation de la paysannerie, les ravages des monocultures intensives et les réformes nécessaires pour réaliser la souveraineté alimentaire.</p>
<p class="p1">À ces discussions, les militants des associations GTSA et Al-Warcha, comme Layla Riahi et Wassim Laabidi ont participé, non sans zèle. Les concepteurs du documentaire ne sont pas des observateurs extérieurs qui couvrent un sujet avant de passer à autre chose. C’en sont des personnages clés et influents, tout comme les autres paysans et militants rencontrés au fil des séquences. C’est là l’autre grande particularité de « La terre amère ».</p>
<p><iframe title="“The Bitter Land” - Al Warcha and Working Group on Food Sovereignty - TUNISIA" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/g_EazvGgs4s?start=17&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/la-terre-amere-les-paysans-racontent-leurs-combats-compte-rendu/">« La terre amère » : Les paysans racontent leurs combats</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Travail: Démocratiser. Démarchandiser. Dépolluer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[فريق بر الامان La rédaction de Barr al Aman]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2020 09:01:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques de la santé]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que nous apprend cette crise ? En premier lieu que les humains au travail ne peuvent être réduits à&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Que nous apprend cette crise ? En premier lieu que les humains au travail ne peuvent être réduits à des « ressources ». Les caissièr.e.s, les livreur.e.s, les infirmièr.e.s, les docteur.e.s, les pharmacien.nes, et toutes celles et ceux qui nous ont permis de continuer à vivre dans cette période de confinement, en sont la démonstration vivante. Cette pandémie nous montre aussi que le travail lui-même ne peut être réduit à une « marchandise ». Les soins de santé, la prise en charge et l’accompagnement des plus vulnérables sont autant d’activités qui doivent être protégées des seules lois du marché, sans quoi nous risquons d’accroître toujours plus les inégalités, jusqu’à sacrifier les plus faibles et les plus démunis. Pour éviter un tel scénario, que faut-il faire ? Permettre aux employés de participer aux décisions. C’est-à-dire démocratiser l’entreprise. Démarchandiser le travail. C’est-à-dire que la collectivité garantisse un emploi utile à toutes et tous. Au moment où nous faisons face à la fois au risque pandémique et à celui d’un effondrement climatique, ces deux changements stratégiques nous permettront non seulement d’assurer la dignité de chacun, mais aussi d’agir collectivement pour dépolluer la planète et la sauver.</p>
<p><em>Démocratiser</em>. Ceux–et singulièrement celles—qui font partie des personnels essentiels se lèvent chaque matin pour aller servir les autres, particulièrement les personnes racisées, migrantes et les travailleurs de l’économie informelle, pendant que tous ceux qui le peuvent restent confinés. Elles témoignent de la dignité du travail et de l’absence de banalité de leur fonction. Et elles démontrent le fait-clé que le capitalisme a toujours cherché à rendre invisible, cherchant à transformer les humains en « ressource » : il n’y a ni production ni service sans investisseurs en travail.</p>
<p>De leur côté, les confinés – et singulièrement les confinées &#8211; mobilisent tout ce qu’ils peuvent pour assurer la poursuite des missions de leur organisation depuis leur domicile. Ils et elles démontrent massivement que ceux qui supposent que le grand enjeu de l’employeur est de garder sous ses yeux le travailleur indigne de confiance, pour mieux le contrôler, se fourvoient grandement. Les travailleurs démontrent chaque jour qu’ils ne sont pas une simple « partie prenante » de l’entreprise parmi d’autres. Ils sont LA partie constituante, pourtant toujours trop souvent exclue du droit de participer au gouvernement de l’entreprise, monopolisé par les apporteurs en capital.</p>
<p>Si l’on se demande sérieusement comment exprimer la reconnaissance des entreprises et de la société dans son ensemble envers les travailleurs, il faudra bien sûr aplatir la courbe des rémunérations et démarrer moins bas, mais ces seuls changements ne suffiront pas. De même qu’après la seconde guerre mondiale, on accorda le droit de vote aux femmes en reconnaissance de leur incontournable contribution, il est aujourd’hui devenu injustifiable de ne pas émanciper les investisseurs en travail en leur accordant la citoyenneté dans l’entreprise. C’est là un changement nécessaire.</p>
<p>En Europe, la représentation des investisseurs en travail dans l’entreprise a débuté au sortir de la seconde guerre mondiale, au travers des Comités d’entreprise. Mais, ces Chambres de représentation des travailleurs sont restées des organes souvent faibles, soumises à la bonne volonté de l’équipe de direction choisie par les actionnaires. Elles ont été incapables de bloquer la dynamique du capital qui accumule pour lui-même en détruisant la planète. Ces Chambres de représentation des travailleurs doivent désormais être dotées de droits similaires à ceux des Conseils d’administration, afin de soumettre le gouvernement de l’entreprise (le <em>top management</em>) à une double majorité. En Allemagne, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves, des formes de codétermination (<em>mitbestimmung</em>) mises en place progressivement après la seconde guerre mondiale ont représenté une étape cruciale mais encore insuffisante. Même aux Etats-Unis, où le droit à la syndicalisation a été combattu, des voix s’élèvent aujourd’hui pour accorder aux investisseurs en travail le droit de se choisir des représentants bénéficiant d’une majorité spéciale au sein des Conseils. Le choix du CEO – ou encore mieux de la CEO &#8211; comme celui de la stratégie de l’entreprise ou de la répartition des profits sont des enjeux trop importants pour les laisser aux seuls représentants des actionnaires. Ceux qui investissent leur travail dans l’entreprise, leur santé, en bref leur vie, doivent aussi pouvoir collectivement valider ces décisions.</p>
<p><em>Démarchandiser</em>. Cette crise illustre aussi combien le travail ne devrait pas être traité comme une marchandise. Elle démontre que le mécanisme du marché ne peut être laissé seul en charge des choix collectifs fondamentaux. La création de postes dans le secteur des soins aux personnes, l’approvisionnement en matériel de survie, ont été soumis depuis des années à une logique de rentabilité. La crise révèle cet aveuglement. Il existe des besoins collectifs stratégiques qui doivent être immunisés de la marchandisation. Douloureusement, nos dizaines de milliers de morts nous le rappellent aujourd’hui. Ceux qui affirment encore le contraire sont des idéologues qui nous mettent tous et toutes en danger. La logique de rentabilité ne peut pas décider de tout.</p>
<p>De même qu’il faut protéger certains secteurs des seules lois d’un marché non régulé, il faut aussi assurer à chacun l’accès à un travail qui lui permette d’assurer sa dignité. Une façon d’y parvenir est de créer une garantie d’emploi pour tous (<em>job guarantee</em>), offrant la possibilité à chaque citoyen de bénéficier d’un emploi. L’Article 23 de la Déclaration universelle des droits humains, consacre le droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions de travail équitables et satisfaisantes et à la protection contre le chômage. Dès lors, cette garantie d’emploi permettra non seulement à chacun de vivre dignement, mais aussi collectivement de décupler nos forces pour mieux répondre aux nombreux besoins sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face. A la main des collectivités locales, la Garantie Emploi pour tous permettra notamment de contribuer à éviter l’effondrement climatique tout en assurant un avenir digne pour chacun.</p>
<p><em>Dépolluer</em>. Ne répétons pas le choix naïf de 2008 : la crise fut l’occasion de sauver les banques en approfondissant l’endettement public, sans qu’aucune condition ne soit mise à ces sauvetages. Si nos Etats interviennent pour sauver des entreprises aujourd’hui, il importe que celles-ci soient mises en conformité avec le cadre général de la démocratie. L’Etat, au nom de la société démocratique qu’il sert et qui la constitue, au nom aussi de sa responsabilité de veiller à notre survie environnementale, doit conditionner son intervention à des changements de cap dans la ligne stratégique des entreprises aidées. Il doit imposer – outre le respect de normes environnementales strictes &#8211; des conditions de démocratisation quant au gouvernement interne des entreprises. Car ce sont les entreprises gouvernées démocratiquement qui seront prêtes pour mener la transition écologique, celle dans lesquelles aussi bien les apporteurs de capital que les investisseurs en travail pourront faire entendre leurs voix et décider de concert des stratégies à mettre en œuvre. Cela n’étonnera personne : dans le régime actuel, l’arbitrage capital/travail/planète est toujours défavorable… au travail et à la planète. Les ingénieurs de l’Université de Cambridge, Cullen, Allwood et Borgstein (Envir. Sc. &amp; Tech. 2011 45, 1711–1718) l’ont montré : 73% de la consommation mondiale d&rsquo;énergie pourraient être économisés grâce à des « modifications réalisables des processus productifs » (<em>achievable design changes</em>). Mais ces changements impliquent une plus grande intensité de main-d&rsquo;œuvre, et des choix souvent plus coûteux à court terme. Tant que les entreprises sont dirigées au seul profit des apporteurs de capitaux, dans quel sens penchera la décision à l’heure des coûts d&rsquo;énergie dérisoires ? Malgré les défis de tels changements, certaines entreprises sociales ou coopératives &#8211; en poursuivant des objectifs hybrides à la fois financiers, sociaux, et environnementaux et en développant un gouvernement interne démocratique &#8211; ont d’ores et déjà démontré la crédibilité d’une telle voie.</p>
<p>Ne nous faisons aucune illusion. Abandonnés à eux-mêmes, la plupart des apporteurs de capitaux ne veilleront ni à la dignité des investisseurs en travail, ni à la lutte contre l’effondrement climatique. Un autre scenario est à portée de main : démocratiser l’entreprise et démarchandiser le travail. Et cela nous permettra de dépolluer la planète.</p>
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<p>16/05/2020</p>
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<p>Isabelle Ferreras (University of Louvain/FNRS-Harvard LWP), Julie Battilana (Harvard University), Dominique Méda (University of Paris Dauphine PLS),  Julia Cagé (Sciences Po-Paris), Lisa Herzog (University of Groningen), Sara Lafuente Hernandez (University of Brussels-ETUI), Hélène Landemore (Yale University), Pavlina Tcherneva (Bard College-Levy Institute), Frederic Vandenberghe (Universidade Federal do Rio de Janeiro), Scott Viallet-Thévenin (Université Mohammed VI Polytechnique), Sophie Weerts (Université de Lausanne), Alberto Alemanno (HEC Paris-NYU Law), Elizabeth Anderson (University of Michigan), Philippe Askénazy (CNRS-Paris School of Economics), Aurélien Barrau (CNRS et Université Grenoble-Alpes), Adelle Blackett (McGill University), Neil Brenner (Harvard University), Craig Calhoun (Arizona State University), Ha-Joon Chang (University of Cambridge), Erica Chenoweth (Harvard University), Joshua Cohen (Apple University, Berkeley, Boston Review), Christophe Dejours (CNAM), Olivier De Schutter (UCLouvain, UN Special Rapporteur on extreme poverty and human rights), Nancy Fraser (The New School for Social Research, NYC), Archon Fung (Harvard University), Javati Ghosh (Jawaharlal Nehru University), Stephen Gliessman (UC Santa Cruz), Hans R. Herren (Millennium Institute), Axel Honneth (Columbia University), Eva Illouz (EHESS, Paris), Sanford Jacoby (UCLA), Pierre-Benoit Joly (INRA &#8211; National Institute of Agronomical Research, France), Michele Lamont (Harvard university), Lawrence Lessig (Harvard University), David Marsden (London School of Economics), Chantal Mouffe (University of Westminster), Jan-Werner Müller (Princeton University), Gregor Murray (University of Montréal), Susan Neiman (Einstein Forum), Thomas Piketty (EHESS-Paris School of Economics), Michel Pimbert (Coventry University, Executive Director of Centre for Agroecology, Water and Resilience), Raj Patel (University of Texas), Katharina Pistor (Columbia University), Ingrid Robeyns (Utrecht University), Dani Rodrik (Harvard University), Saskia Sassen (Columbia University), Debra Satz (Stanford University), Pablo Servigne PhD (in-Terre-dependent researcher), William Sewell (University of Chicago), Susan Silbey (MIT), Margaret Somers (University of Michigan), George Steinmetz (University of Michigan), Laurent Thévenot (EHESS), Nadia Urbinati (Columbia University), Jean-Pascal van Ypersele de Strihou (UCLouvain), Judy Wajcman (London School of Economics), Léa Ypi (London School of Economics), Lisa Wedeen (The University of Chicago), Gabriel Zucman (UC Berkeley), and 3000 more scholars from more than 600 universities across the globe.</p>
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		<title>Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2020 15:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance médias]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Sondage]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Tunisien.ne.s et la politique Et le vote dans tout ça ? Participation à la vie politique Les&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#_Toc40191370">Les Tunisien.ne.s et la politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191371">Et le vote dans tout ça ?</a></p>
<p><a href="#_Toc40191372">Participation à la vie politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191374">Les élections législatives de 2019</a></p>
<p><a href="#_Toc40191375">Le crédit des médias en période électorale</a></p>
<p><a href="#_Toc40191376">Elections et diversité médiatique</a></p>
<ol>
<li><a href="#_Toc40191377"> Les bonnes performances des médias traditionnels </a></li>
<li><a href="#_Toc40191378">Les médias traditionnels et la convergence médiatique</a></li>
<li><a href="#_Toc40191379">Des disparités générationnelles consacrées par Facebook </a></li>
</ol>
<p>Quel crédit les Tunisien.ne.s accordent-ils/elles à leurs médias ? Voilà une question à laquelle les résultats d’audimétrie ne donnent aucune réponse. Regarder telle chaîne TV, écouter telle station radio, « aimer » telle page Facebook, cela revient-il à endosser leur ligne éditoriale ? Pour autant, si la présence de médias professionnels de qualité est essentielle à la démocratie, la confiance que les citoyen.ne.s leur accordent est non moins importante.</p>
<p>Suite à un premier sondage, Barr al Aman en partenariat avec CFI en a réalisé un second en 2020, peu avant la crise sanitaire que nous traversons. Au milieu du flot d’informations toutes plus déprimantes les unes que les autres, on en a une bonne pour vous : ça va mieux ! Les relations que nos concitoyens entretiennent avec leurs médias s’améliorent (légèrement).</p>
<p>Non qu’entre eux ce soit le grand amour… loin s’en faut. Mais en matière de médias comme de sentiments, le « Grand Amour » existe-t-il seulement ? En 2018, ils étaient 35 % à ne pas du tout leur faire confiance, et 38 % à leur faire un peu confiance. En 2020, ils ne sont plus que 24,7 % à leur être totalement défiants, et 38,6 % à leur accorder un minimum de confiance. En deux ans, on constate donc un recul de la défiance vis-à-vis des médias (Pas du tout : -10,3 %), pour une confiance relative (un peu : +6,6 %).</p>
<p>En période électorale (présidentielle et électorale), la chaîne publique dispose d’un fort capital confiance parmi les Tunisien.ne.s : 57,4 % la recommandent pour s’informer, loin devant Elhiwar Eltounsi (18,5 %) et Nessma (16,6 % pour la présidentielle et 17,7 % pour les législatives). En matière d’information radiophonique en période électorale, en revanche, le pôle public (15,5 %) est devancé par Mosaïque FM (47,4 %), mais se positionne devant Jawahara FM (6,6 %) et IFM (6,5 % ; IFM dont on constate le bon en avant par rapport à 2018 où seuls 3 % des répondant.e.s la recommandaient). Ces chiffres doivent cependant être ramenés à leur juste proportion tant il est vrai que les habitudes médiatiques des enquêté.e.s n’associent pas le média radiophonique à l’information : 43,1 % d’entre eux et elles ne s’informent pas par la radio, et 62,6 % l’écoutent moins d’une heure par jour.</p>
<p>La TV se taille la part du lion dans la jungle médiatique et reste le « média-roi » : 35,4 % du panel interrogé regardent la TV entre 2 et 3 heures par jour et 79 % l’utilisent pour s’informer. Même hors élections, la chaîne publique dispose d’un plus grand crédit que les autres opérateurs du paysage audiovisuel tunisien : al-Watanya arrive en tête des réponses pour l’information générale (39,4 %, soit 8,4 % de plus qu’en 2018) et ce crédit est équitablement réparti entre les catégories socioprofessionnelles. Le score de la première chaîne publique est 3 fois supérieur à celui de son dauphin, Elhiwar Eltounsi (10,8 % ; +2,8 % par rapport à 2018), et au score de Nessma (10,1 %) accusant une dégringolade de -11,9 % que l’on peine à ne pas attribuer aux appétits politiques de son propriétaire et à ses accents populistes.</p>
<p>Au (subtil) regain de confiance des Tunisien.ne.s dans leurs médias, on opposera la perte de crédit dont les médias étrangers font les frais. 52 % des répondant.e.s déclarent ne faire aucunement confiance à ceux-ci, soit 14 % de plus qu’en 2018. Le leader France 24 perd lui-même 6,9 % en deux ans, tout en maintenant sa position de leader étranger parmi les individus aux meilleurs revenus (27,2 % &#8211; AB) que ceux avec les revenus les plus faibles (18,3 % &#8211; DE). Avec 5,6 %, la chaîne saoudienne al-Arabiyya perd 3,4 % ? Effet MBS ? Dommage collatéral de la scabreuse affaire Khachoggi ? Sûrement un peu des deux.</p>
<h2><a name="_Toc40191370"></a>Les Tunisien.ne.s et la politique</h2>
<p>Le sondage aborde également le rapport que des citoyennes et citoyens tunisien.ne.s entretiennent avec la politique. Commençons par les bonnes nouvelles et conservons notre esprit optimiste : si l’on compare les derniers résultats obtenus avec ceux de 2018, on observe un léger (quoique fragile) regain d’intérêt pour la politique. Si en 2018, 44% des sondé.e.s se déclaraient complètement désintéressé.e.s de la politique, ils ne sont plus que 31,2% en 2020.</p>
<p>Cet écart de 12,7% peut s’expliquer par un effet du contexte de l’administration du questionnaire de ce sondage; soit en mars 2020, quelques mois après une séquence de grande confusion politique dont la forclusion semble aujourd’hui hâtée par la pandémie du COVID-19 et la crise protéiforme (sanitaire, sociale, économique, politique, humaine) qu’elle traîne dans son sillage. Cette séquence a été inaugurée par le décès du Président Béji Caïd-Essebsi le jour de la fête de la République, le 25 juillet 2019. Le soudain unanimisme autour de feu le Président « Bajbouj » a tiré les Tunisien.ne.s de la torpeur estivale. En l’absence de Conseil constitutionnel, et en présence de deux candidats sous le coup de la justice, les estivant.e.s étaient promis.es à une période préélectorale rocambolesque tranchant radicalement avec l’actualité habituellement peuplée de “marronniers” de la fin d’été.</p>
<p>La rentrée a coïncidé avec le lancement officiel d’une campagne pour la présidentielle largement entamée en amont, notamment sur les plateaux des <em>talk-shows</em> politiques des TV privées (Meriem Belkadi, Sami Fehri, etc.) dont les producteurs étaient eux aussi en (pré)campagne. À la lumière du sondage, on découvre ou on quantifie ce que l’intuition nous conduisait à penser pendant cette rentrée électorale : les Tunisien.ne.s ont largement suivi la campagne. Seulement 8,8% d’entre eux (7,9%) et elles (9.9%) déclarent ne pas l’avoir suivie et, conséquemment, 91,8% d’entre eux (92,1%) et elles (90,1%) l’ont effectivement suivie.</p>
<p>Le sondage laisse toutefois un angle mort : celui de savoir comment a été suivie la campagne. On ne pense pas trop s’avancer en émettant l’hypothèse selon laquelle ils/elles l’ont suivie sur le mode du feuilleton, voire du burlesque – deux genres dont les deux campagnes avaient tous les ingrédients. Burlesque, comme l’illustre pléthore d’échanges sur les réseaux socionumériques, à la fois champ de bataille politique<a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>, mais aussi lieux privilégiés de la dérision « en mode LOL »<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a> ou en mode <em>tanbîr</em>. Sur le ton du feuilleton, dans la mesure où chaque jour apportait son lot de petites phrases, de coups de théâtre, de retournements ou de traitrises, entre acteurs nouveaux et d’autres que l’on a vus évoluer au fil des saisons/législations précédentes. Et en guise de récompense pour les sériphiles de la cuvée présidentielle 2019 : la tenue d’un débat pluraliste en direct sur un grand nombre de chaînes tunisiennes et internationales.</p>
<p>Au total, les deux scrutins et les interminables tractations qui s’en sont suivies y sont certainement pour beaucoup pour le timide intérêt retrouvé des Tunisien.ne.s interrogé.e.s pour la politique.</p>
<p>Mais de quelle « politique » parle-t-on exactement ? De la politique « politicienne » (la vie partisane et ses protagonistes), ou de la politique institutionnelle ? Que ce soit à un moment charnière censé renouveler le personnel politique aux commandes, ou après, difficile de démêler l’écheveau de cette question à travers un simple sondage.</p>
<p>On note toutefois un décalage entre, d’une part, le relatif (dés)intérêt des personnes sondées pour la politique et, de l’autre, leur rejet massif du personnel politique ou des options politiques présentes dans l’offre partisane nationale. Si on exclut les 31,3% se déclarant « pas du tout » intéressé.e.s par la politique, on peut affirmer que, à l’inverse, quasiment les 3/4 d’entre eux/elles ont un intérêt quelconque (plus ou moins grand) pour la politique (69,7% ; soit 71.6% chez les hommes ; 65,6% chez les femmes). Or, c’est dans ce même ordre de grandeur que les personnes sondées marquent leur rejet des structures partisanes nationales. À la question « De quel parti politique vous sentez-vous le plus proche ou le moins éloigné ? », ils/elles sont 69,4% à répondre « aucun parti » (67,2% chez les hommes et 71,9% parmi les femmes) . Peut-être cette proportion peut-elle être nuancée par le biais d’enquête qui consiste pour un.e répondant.e à falsifier ses préférences, qu’il ou elle peut juger plus ou moins avouables ? Toujours est-il que la tendance à l’apolitisme est suffisamment massive pour ne pas compromettre notre lecture de ce résultat.</p>
<p>On observe également que cette tendance est proportionnelle aux revenus : les individus les moins favorisés se déclarent en plus grand nombre sans affiliation partisane ou sans sensibilité de parti (74,5% dans la catégorie DE), suivis des revenus intermédiaires (67,5% &#8211; catégorie C), puis des revenus les plus élevés (66,9% &#8211; catégorie AB). L’âge impacte également ce rejet des structures partisanes et l’on pourra légitimement s’inquiéter des chiffres constatés chez les plus jeunes : les pics de rejet des partis politiques s’observent parmi les moins de 20 ans (75.5%) et dans la cohorte des 20-29 ans (77,7%). On passe tout juste la barre des 70% parmi les 30-39 ans (69,7%) et les 40-49 ans (67,5%), pour s’établir à 64,2% chez les 50-59 ans.</p>
<p>Sans grande surprise pour les observateurs de la scène politique tunisienne, les partis politiques ne trouvent donc pas grâce auprès des répondant.e.s. Ou, pour le dire autrement, les individus sondés ne parviennent pas à identifier de formation politique en phase avec leurs convictions ou aspirations dans l’offre partisane existante. Pourquoi en est-il ainsi ? Serait-ce en raison de l’explosion du nombre de structures partisanes depuis 2011 ? À cause des multiples recompositions partisanes au cours des deux dernières législatures ? Du fait du nomadisme partisan des parlementaires qui passent d’une écurie à l’autre et les citoyen.ne.s d’une incurie à l’autre ? À moins qu’il ne faille invoquer les récentes tractations politiciennes en vue de former un gouvernement, lesquelles laissent les traces d’un sentiment difficilement quantifiable : celui du goût amer d’avoir été dépossédé de son vote ?</p>
<h2><a name="_Toc40191371"></a>Et le vote dans tout ça ?</h2>
<p>Quelle que soit la réponse, le sondage traduit une méfiance patente des Tunisien.ne.s vis-à-vis de leurs partis politiques. Nul doute que l’on voit ici comment les performances passées du personnel politique a fait son œuvre chez les électeurs et les électrices et qui trouvent dans ce sondage l’occasion d’exprimer leur condamnation. Et si l’on suit ce fil explicatif, il semble bien que les femmes sont moins « dupes » que les hommes. Elles sont en effet plus promptes à marquer leur désintérêt pour la politique (34,4%), et sont moins nombreuses que les hommes à s’y investir : 3% des femmes se disent « très intéressées » par la politique, contre 7,7% des hommes.</p>
<p>Observe-t-on une différence avec 2018 ? Si l’année des dernières élections municipales, 46% des femmes interrogées n’étaient « pas du tout » intéressées par la politique, elles ne sont plus que 34,4% en 2020. Par voie de correspondance – et en ayant en tête les éléments de contexte soulignés plus haut – elles sont plus nombreuses à se déclarer « un peu intéressées »  en 2020 (51,2%) qu’en 2018 (37%).</p>
<p>Pour les répondant.e.s de 2020 s’estimant plus ou moins proches d’une structure partisane (30,6%), les résultats se répartissent de façon congruente avec les résultats des législatives de 2019. Ainsi, le mouvement Ennahdha arrive-t-il en tête avec 7,10% des réponses, avec un plus grand succès parmi les hommes (8,70%) que chez les femmes (5,30%). Contrairement à une idée reçue, les individus aux revenus supérieurs sont plus nombreux dans les rangs des sympathisants déclarés d’Ennahdha (parmi les répondant.e.s), soit 11% des CSP+ (AB), 7,9% parmi les revenus intermédiaires (C), et seulement 4,3% parmi les salaires inférieurs (DE). On peut y lire une sensibilité au volet libéral (économiquement) de cette formation ou bien y voir le fonctionnement d’un balancier dont le pivot serait le conservatisme oscillant entre une acception laïque ou religieuse du contenu de ce conservatisme.</p>
<p>Il est intéressant de souligner que le différentiel basé sur le genre relevé à propos d’Ennahdha s’inverse dans le cas de Qalb Tounès, deuxième formation dans les réponses, avec 5,10% de réponses favorables, dont 6,10% parmi les femmes et 4,10% chez les hommes. De la même manière, à l’inverse de ce qui a été mentionné au sujet d’Ennahdha, les classes les moins favorisées sont les plus nombreuses à se déclarer sensibles au parti de Nabil Karoui dont on connaît le populisme assumé (8,3% pour les DE ; 3,9% pour les C ; et 2,4% chez les AB).</p>
<p>Le Parti destourien libre de l’avocate et actuelle députée anti-islamiste Abir Moussi arrive 3<sup>ème</sup> avec 4,70%. Il est plus populaire parmi les classes aisées et intermédiaires (5,4% AB ; 5,7% C) que chez les moins bien lotis (2,3%). Enfin, on relèvera la faible performance du sortant Nidaa Tounès qui n’aura pas survécu à son instigateur, ni aux turpitudes qui ont marqué les derniers mois de ce « mouvement » qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même… à peine un geste. On notera enfin que le faible score obtenu par Kaïs Saïd s’explique par la formulation de la question (“de quel parti êtes-vous le plus proche ?”) ou, plus exactement, par son originalité dans le champ politique dès lors que celui-ci n’est à la tête d’aucune formation partisane.</p>
<h2><a name="_Toc40191372"></a>Participation à la vie politique</h2>
<p>Si l’on excepte le vote (78,1%), l’inaction est – si l’on peut dire – la principale forme de participation politique : 18,4% des répondant.e.s (17,6% des hommes et 19,3% des femmes) affirment n’avoir eu d’action qu’ils/elles qualifient ou s’autoriseraient à qualifier de politique. Ceci s’inscrit dans une relative congruence avec la défiance relevée plus haut des Tunisien.ne.s pour les formes les plus institutionnalisées du politique.</p>
<p>Il faut toutefois prendre en compte la polysémie du mot « politique » dans l’interprétation de ces résultats (cf. <em>supra</em>), ainsi que la question de la « légitimité politique », entendue ici comme la légitimité à parler de politique, à agir politiquement, ou à « faire de la politique ». Tout le monde ne partage pas la même définition. À titre d’exemple, l’adhésion à un groupe d’Ultras du club de football du Taraji (L’Espérance de Tunis) ne semble pas d’emblée relever du politique, ni même être vécue comme telle par ses membres, mais plus sous ses aspects sportifs ou proprement « footballistiques ». De ce point de vue, un.e répondant.e qui serait par ailleurs membre de l’un de ces groupes n’inclurait pas nécessairement cet aspect de sa vie sociale dans ses réponses à la question de ses actions « politiques ». Pourtant, au moins depuis les révoltes de 2011, nombre de travaux de recherche sur ces groupes de sociabilité au Maghreb et au Machrek (et au-delà) s’accorde sur le sens très politique de ces groupes de sociabilité au sein d’un de ces rares espaces institutionnalisés de la politique contestataire sous régime autoritaire.</p>
<p>Cette précision faite, il est frappant de constater à l’appui de données chiffrées que l’écart entre les revenus semble conditionner l’initiative politique. On observe ainsi qu’un quart (25,7%) des foyers les plus pauvres dans notre sondage (catégorie DE) déclare n’avoir rien entrepris de politique ou qu’ils s’autoriseraient à qualifier de tel. Ils sont en revanche moitié moins (12,7%) dans la catégorie des meilleurs revenus (AB). Ceci semble corroborer la question de la « légitimité politique » telle que définie plus haut.</p>
<p>Peut-être convient-il de lire sous ce jour  la distribution des résultats en fonction de l’âge des répondant.e.s ? Comme pour le rejet des partis politiques (cf. <em>supra</em>), ce sont en effet dans les cohortes les plus jeunes que l’on retrouve ceux qui s’investissent le moins en politique, ou qui s’autorisent le moins à qualifier certaines de leurs actions de “politique” : 36% des moins de 20 ans, 23,9% des 20-29 ans et 22% des 30-39 ans ; contre 16,4% des 40-49 ans, 10,8% des 50-59 ans et 10,2% des plus de 60 ans.</p>
<p>En résumé, le vote (78,1%), la participation à une manifestation (15,5%) et à une grève (13,3%) sont les formes de participation politique les plus répandues parmi nos répondant.e.s.</p>
<p>Mais, à nouveau, on retrouve des disparités de genre, de classe et d’âge. On relève ainsi un écart de 10 à 11% entre les classes défavorisées déclarant voter (70,7% &#8211; DE) et celles des classes moyennes (80,9% &#8211; C) et supérieures (81,2% &#8211; AB). Les moins de 20 ans sont les moins nombreux à déclarer voter (45,5%), ce qui peut s’expliquer autant par la désaffection des partis politiques que par des problèmes liés à l’inscription sur les listes électorales. Au-delà, plus on est vieux, plus on vote : 70,7% des 20-29 ans et 74,7% des 30-39 ans déclarent l’avoir fait. Ceux qui « balancent entre deux âges » – les quadragénaires – se démarquent de leurs benjamins par un écart de contingent de 8 à 12% : 82,2% des 40-49 ans déclarent ainsi voter. Mais ils sont encore moins nombreux que leurs aînés : 87,3% des 50-59 ans et 88,7% des plus de 60 ans déclarent pour leur part voter.</p>
<p>Si les hommes (78,3%) et les femmes (77,8%) affirment prendre part au vote dans des proportions comparables, les femmes sont en revanche moins nombreuses à déclarer avoir déjà pris part à une manifestation (11,2%) que les hommes (19,4%). Ceci peut s’expliquer par la domination qu’exercent les hommes dans un espace public. Les femmes sont également moins nombreuses à s’être jointes à une grève (9,7%) que les hommes (16,6%), vraisemblablement en raison de la précarité du travail féminin.</p>
<p>La manifestation comme la grève semblent être des privilèges de classe à imputer à la précarité de l’emploi chez les revenus les moins élevés. Seulement 10,9% des moins bien lotis (DE) déclarent avoir participé à une manifestation, 17,2% pour les revenus intermédiaires (C), et 18,7% des plus hauts revenus (AB). À l’identique, ils ne sont que 9% des revenus inférieurs (DE) a déclaré avoir participé à une grève, 14,6% des revenus intermédiaires (C) et 18,9% des revenus supérieurs (AB).</p>
<p>On observe moins de disparités générationnelles parmi les déclarés manifestants. 15,50% des répondants déclarent ainsi avoir manifesté ; les 50-59 ans (qui avaient 9 ans de moins en 2011) sont les plus nombreux (18,4%), cependant que les plus de 60 ans (11,1%) et les 20-29 ans (11,3%) sont les moins nombreux.</p>
<p>S’agissant de « l’histoire électorale » de notre échantillon, il convient de prendre les résultats obtenus avec beaucoup de précaution et de ne pas s’entêter à chercher de relation homothétique entre ces données chiffrées et la réalité. Si l’on compare ceux-ci avec les taux officiels de participation selon l’ISIE pour les scrutins de 2019, 2018, 2014 et 2011, on obtient des résultats très contrastés : ils sont maximisés pour les scrutins les plus récents, et minimisés pour les plus anciens. Les répondants semblent ainsi minorer ou au contraire valoriser leur participation en fonction de leur (dés)approbation individuelle des élites sortantes (ou entrantes) auxquelles on chercherait à (ne pas) associer sa voix.</p>
<p>Ainsi observe-t-on une plus grande participation de notre échantillon à la présidentielle de 2019 (87,9%) par rapport au taux officiel de participation du 1<sup>er</sup> (48,9%) et du 2<sup>ème</sup> tours (56,8%). Doit-on y voir une manifestation de ce que l’on appelle un « effet Kaïs Saïd » apparu au lendemain de sa victoire ? S’agit-il de cette éphémère, mais remarquable, forme électorale de la <em>baraka</em> se traduisant dans les faits par des mobilisations citoyennes en vue d’améliorer le quotidien ? Peut-être, bien qu’on observe une même maximisation de la participation (quoiqu’en des proportions inférieures) pour les législatives de 2019 auxquelles nos répondants semblent avoir plus participé (67,7%) que la moyenne nationale selon les résultats officiels de l’ISIE (41,7%).</p>
<p>En revanche, ils ne sont que 48,1% à déclarer avoir participé aux législatives de 2014, soit bien en-deçà du taux officiel de participation (68,36%). Idem pour la présidentielle de 2014 où 53% des répondants auraient participé, soit sensiblement moins que le taux officiel de participation des 1<sup>er</sup> (62,9%) et 2<sup>ème</sup> tours (60%). Il en va de même pour la Constituante de 2011 (51,97% officiels contre 40,30% pour notre échantillon). Seules les réponses fournies pour les municipales de 2018 s’établissent selon des proportions comparables avec le taux officiel de participation qui est de 35,65% selon l’ISIE, et de 36,8% pour notre échantillon.</p>
<p>Plusieurs autres éléments corroborent un effet « sanction » dans les déclarations ou à défaut, une grande prudence de notre part dans l’interprétation des résultats obtenus s’agissant de la participation. Au titre de l’effet « sanction », seul un quart des répondants (24,7%) déclare avoir pris part aux élections de l’ancien régime (avant 2011). Dans ce chiffre, il faut certainement retrancher la proportion des moins de 20 ans déclarant avoir voter avant 2011 (8,6%), alors qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge légal pour le faire, ainsi qu’une partie substantielle des 12,2% des 20-29 ans qui leur emboîtent le pas (sauf à considérer que seules les personnes de cette cohorte ayant 29 ans en 2020 – 18 ans en 2009 – ont participé dès leur majorité aux dernières présidentielle et législatives de l’ancien régime).</p>
<p>À noter pour la cohorte des moins de 20 ans que 100% d’entre eux/elles déclarent avoir voté pour la présidentielle de 2019. À nouveau, « effet Kaïs Saïd » ? Ou faut-il y voir chez les électeurs.trices un attachement nostalgique au présidentialisme peu compatible avec le parlementarisme introduit dès 2011 et consacré par la Constitution de 2014 ? Difficile de trancher pour expliquer le seul résultat fiable pour cette question : la plus grande participation déclarée à la présidentielle comparativement à n’importe quel autre type de rendez-vous électoraux.</p>
<h2><a name="_Toc40191374"></a>Les élections législatives de 2019</h2>
<p>La lecture des résultats obtenus par sondage quant au vote lors des législatives de 2019 doit intégrer une donnée massive : celle du refus de répondre de 31,1% des répondant.e.s. On retrouve ici la question du caractère avouable ou non de certaines options partisanes en situation de sondage. Si cela fausse quelque peu les proportions des réponses effectivement données (et leur interprétation), on peut y voir positivement l’affermissement parmi les électeurs d’une culture civique du vote faisant grand cas du secret du scrutin. Et si l’on suit cette interprétation, il semblerait que les femmes (35,1%) sont plus attachées au secret du vote que les hommes (27,7%). Les proportions entre les revenus sont à peu près comparables : 34,3% de la catégorie AB, 30,2% de la catégorie C, et 32,4% de la catégorie DE mettent un point d’honneur à ne rien divulguer  de leur vote. Cette « culture » du secret du vote est plus prégnante parmi les plus jeunes : 42,1% des moins de 20 ans et 43,7 des 20-29 ans y sont attaché.e.s, contre 22,5% des plus de 60 ans et 24,9% des 40-49 ans.</p>
<p>Au-delà, si l’on compare les chiffres non-ventilés obtenus par notre sondage avec les résultats officiels, on constate que certaines formations politiques obtiennent des résultats presque similaires, cependant que d’autres voient leurs performances amoindries. Au nombre des premiers, le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounès serait gratifié de 14,4% par nos répondant.e.s (14,49% selon l’ISIE), le Parti destourien libre de Abir Moussi obtiendrait un score de 7,4% (6,6% officiellement), et le parti nationaliste arabe Haraket al-Chaab s’attirerait 4,2% des déclarations des répondant.e.s (contre 4,52% des suffrages officiels).</p>
<p>Les sous-représentés semblent être les sortants et/ou les formations d’inspiration islamiste, comme Ennahdha (16,4%) qui perd 3 points par rapport à sa performance réelle (19,55%), ou Al-Karama qui n’obtient que 3,5% des « voix » de nos répondant.e.s, alors que son score officiel est de 5,91%. Peut-être trouvons-nous trace d’une culture du secret de ces électeurs ou de la difficulté à assumer ce type de vote ? Ou s’agirait-il d’une double sanction des élites sortantes à l’instar de Youssef Chahed et de son nouveau parti Tehya Tounès gratifié de 2,4% des réponses des personnes sondées quand son score officiel est presque deux fois supérieur (4,6%) ?</p>
<p>À noter toutefois la meilleure performance du Courant démocratique de Mohammed Abbou, avec 8,2% des réponses contre 6,39% officiellement. Sans oublier les votes blancs qui sont deux fois supérieurs dans le sondage (2,1%) que dans les faits (0,90%).</p>
<h2><a name="_Toc40191375"></a>Le crédit des médias en période électorale</h2>
<p>On a relevé plus haut le large suivi dont ont bénéficié les campagnes électorales de 2019 : 93,3% des personnes interrogées ont suivi, avec plus ou moins de passion, les campagnes des deux scrutins.</p>
<p>Cette attention accrue s’est-elle accompagnée d’effets ? Cela a-t-il impacté la décision de vote des répondant.e.s au sondage lors de ces deux scrutins ? Que ce soit lors de la présidentielle (40,2%) ou des législatives (41,7%), les répondant.e.s au sondage estiment en majorité s’être forgé une opinion sans le concours des médias. Les femmes sont moins catégoriques (P=35% ; L=34,6%) sur ce point que les hommes (P=44,8% ; L=47,5%). C’est la raison pour laquelle elles concèdent plus volontiers que les médias les ont « un peu » (P=43,3% ; L=45,2%), « assez » (P=16,7% ; L=12,4%) ou « absolument » (P=6,5% ; L=6,9%) aidé à déterminer leur choix de liste que les hommes<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>[3]</sup></a>.</p>
<p>Doit-on en conclure que les femmes seraient plus influençables face aux contenus médiatiques ? Ce serait à la fois faux et inélégant. En effet, il peut être difficile pour certains individus de concéder une exposition aux médias et, surtout, une forme de « crédulité » face aux discours véhiculés par les médias qui, en Tunisie, comme ailleurs sont la proie de critiques à la fois vives et variées. Admettre ou non l’impact des médias dans la formation de sa propre opinion peut dès lors devenir un enjeu face au sondeur. De ce point de vue, l’une des explications possibles à l’écart de résultats par genre quant à l’influence des médias dans le choix de vote pourrait être une plus grande promptitude masculine à vouloir montrer que l’on n’est pas influençable. Inversement, cela serait la marque d’une plus grande inclinaison chez les femmes à désamorcer un tel enjeu<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup>[4]</sup></a>.</p>
<p>Si l’on garde cette idée en tête et que l’on s’intéresse à présent aux disparités des réponses en fonction des revenus, on constate que plus de la moitié (58,5%) des revenus supérieurs (AB) ne sont pas prêts à concéder la moindre influence des médias sur leurs choix électoraux. Et il s’agit-là d’une authentique caractéristique de classe dès lors que l’on constate un écart de 18% avec les autres catégories de revenus qui présentent des taux (certes substantiels mais inférieurs à la moitié) quasi-identiques chez les revenus intermédiaires (C – 40,3%) et faibles (DE – 40,2%).</p>
<p>Les classes favorisées seraient-elles plus critiques que les autres face aux discours médiatiques ? Pas nécessairement. Dans une interprétation bourdieusienne de ces chiffres, on peut voir dans cet écart de réponses la manifestation d’un « ethos de classe »<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>[5]</sup></a> et de la revendication d’un « capital culturel »<a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>[6]</sup></a> supérieur (notamment à celui du sondeur) incompatible avec l’influence que pourrait exercer sur leur orientation politique un quelconque média populaire par essence (cf. <em>infra</em>). Ceci se vérifie également dans les  écarts de réponses ventilées par CSP obtenues à la question relative à l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. À nouveau, les CSP+ (AB) se démarquent des autres : ils sont 46,9% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidés par ces débats dans la détermination de leur choix pour les législatives (contre C=36,5% ; DE=36,6%) et 44,2% pour la présidentielle (contre C=32,9% ; DE=37%).</p>
<p>Ces nuances interprétatives semblent être corroborées par le constat suivant : à la différence de l’appartenance de genre et de classe, l’âge ne semble pas être un facteur déterminant dans l’influence exercée par les médias dans la formation d’une opinion en vue de l’élection. Selon le sondage, les contingents de réponses (pas du tout, un peu, assez, absolument, nsp) sont assez homogènes d’une cohorte à l’autre, et l’on n’observe que de faibles écarts entre elles.</p>
<p>À ce propos, et pour compléter la lecture des résultats au sujet des débats électoraux, on souhaiterait souligner que l’on trouve une légère trace des 5 débats électoraux entre candidats dans les écarts de réponses sur leur influence entre la présidentielle et les législatives. Les répondant.e.s sont en effet légèrement plus nombreux.ses (+2,6%) à estimer n’avoir « pas du tout » été aidé.e.s par ces débats lors des législatives (37,4%) que lors de la présidentielle (34,8%) ; plus nombreux (+2,2%) à estimer l’avoir été « un peu » (législatives : 31,7% / présidentielle : 29,5%). À l’inverse, ils/elles sont plus nombreux.ses (+2%) à concéder avoir été « assez » aidé.e.s par les débats lors de la présidentielle (20,5%) que lors des légilsatives (18,5%) ; et plus nombreux.ses (+2,8%) à déclarer avoir été « absolument » aidés par ces débats lors de la présidentielle (10,3%) que lors des législatives (7,5%).</p>
<h2><a name="_Toc40191376"></a>Elections et diversité médiatique</h2>
<p>Si l’on s’intéresse aux réponses portant sur les habitudes médiatiques de notre panel lors des élections présidentielle et législatives, trois constats s’imposent :</p>
<p>1- Le maintien des médias de masse « traditionnels », notamment la télévision ;</p>
<p>2- Les effets positifs pour les médias traditionnels de la convergence médiatique ;</p>
<p>3- Les relatives disparités générationnelles que consacrent les réseaux socionumériques, et notamment Facebook.</p>
<h3><a name="_Toc40191377"></a>1. Les bonnes  performances des médias traditionnels</h3>
<p>Que ce soit pour la présidentielle ou les législatives, la télévision est le média le plus consommé : 39,9% des répondant.e.s avaient le petit écran pour principale source d’information pour la présidentielle et 36,8% pour les législatives. Dans les deux cas, les femmes la consomment plus (43,7% pour la présidentielle et 40,2% pour les législatives) que les hommes (36,5% pour la présidentielle et 33,7% pour les législatives).</p>
<p>Populaire, la TV ? Effectivement, elle apparaît très clairement comme le principal média des revenus les plus faibles tant pour la présidentielle (DE=47%) que les législatives (DE=45,9%), avec un écart de plus de 10 points par rapport aux deux autres catégories de revenus plus élevés (présidentielle : AB=33,6% et C=37,5% ; législatives : AB=30,7% et C=33,5%).</p>
<p>La TV, un média de « vieux » ? Nonobstant l’inélégance de la formule, les résultats tendent à prouver que la TV est effectivement plus consommée parmi les cohortes les plus âgées de notre sondage. Tant pour la présidentielle que pour les législatives, les plus de 60 ans sont ceux pour lesquels le petit écran constitue encore la principale source d’information (Présidentielle : 63,8% ; Législatives : 61,4%), suivis de près par les 50-59 ans (Présidentielle : 53,7% ; Législatives : 52,7%), et les quadragénaires (Présidentielle : 45,7% ; Législatives : 43,3%). Chez les trentenaires, ils sont autour de 30% à s’informer principalement par la TV (Présidentielle : 32,8% ; Législatives : 28,1%). Quant aux plus jeunes, ils ont beaucoup plus suivi la présidentielle à la TV (31,8%) que les législatives (21,5%), vraisemblablement en raison du moment télévisuel qu’ont constitué les 5 débats électoraux entre candidats.</p>
<p>La radio est en revanche largement moins suivie par les répondants lors de la présidentielle (3,5%) et les législatives (3,4%). Elle est plus écoutée par les quadragénaires (Présidentielle : 4,7% ; Législatives : 4,9%), les cinquantenaires (Présidentielle : 4,1% ; Législatives : 3,7%) et les plus de 60 ans (Présidentielle : 3,3% ; Législatives : 4,4%). Le genre ne semble pas intervenir dans la consommation des programmes radiophoniques, mais la radio est un peu plus écoutée dans les milieux populaires (surtout pour la présidentielle : 5,4% de la catégorie DE contre 2,6% de la catégorie C et 3,9% de la catégorie AB).</p>
<p>Peut-être que les biens médiatiques produits par les radios sur les réseaux socionumériques relèveraient un peu la performance de ce média de masse ? On sait en effet que les radios privées témoignent d’une bonne présence en ligne (malgré le retard à se convertir au podcast/balladodiffusion).</p>
<h3><a name="_Toc40191378"></a>2- Les médias traditionnels et la convergence médiatique</h3>
<p>Si l’on additionne les résultats des 3 entrées où Facebook est mentionné comme principale source d’information (pages médias, pages populaires et groupes), on s’aperçoit que ce réseau socionumérique talonne de près la TV et représente le principal média d’un quart des répondants ; soit 25,7% pour la présidentielle et 25,8% pour les législatives. Au vu du succès de Facebook en Tunisie depuis 2011, rien d’étonnant à cela.</p>
<p>La surprise vient en revanche du constat de la bonne performance des médias professionnels sur ce réseau (pages médias sur Facebook), témoignant ainsi d’une efficacité de leur présence numérique et d’une « bonne » convergence médiatique. C’est notamment le cas des répondant.e.s aux revenus supérieurs (présidentielle : AB=21,9% ; législatives : AB=19,4%) et intermédiaires (présidentielle : C=19,3% ; législatives : C=19,3%), qui sont deux fois plus nombreux que les revenus les plus faibles (présidentielle : DE=9,7% ; législatives : DE=10,3%).</p>
<p>Peut-être doit-on y voir une fracture numérique dans la fracture numérique ? Deux arguments à l’appui de cette ébauche d’hypothèse :</p>
<p>1- Les écarts ne sont pas aussi criants pour les autres types d’entrées Facebook (pages populaires et groupes) et les revenus semblent avoir moins d’incidence. Pour la présidentielle, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 7% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 5,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 3,9% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 3,9% pour la catégorie DE. Pour les législatives, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 5% de la catégorie AB, 5,5% pour la catégorie C, 4,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 4% de la catégorie AB, 4,5% pour la catégorie C, 3,5% pour la catégorie DE.</p>
<p>2- Dans une moindre mesure par rapport à Facebook, les sites Internet de médias réels sont plus souvent cités en source principale d’information par les individus relevant de la catégorie AB (Présidentielle : 2,2% ; Législatives : 1,5%) que par les autres (Présidentielle : C=0,8% et DE=0,4% ; Législatives : C=0,9% et DE=0,2% ). La consommation en ligne de biens médiatiques produits par les médias professionnels semble donc liée à la CSP. En creux, on constate aussi la centralité de Facebook dans les habitudes médiatiques des Tunisien.ne.s, véritable « média-roi numérique ». Les autres réseaux socionumériques ne sont une source principale d’information des répondant.e.s qu’à hauteur de 0,4% des répondants pour la présidentielle et de 0.3% pour les législatives.</p>
<h3><a name="_Toc40191379"></a>3- Des disparités générationnelles consacrées par Facebook</h3>
<p>Sans trop de surprise, Facebook et les pages des médias professionnels sont plus fréquemment cités comme source principale d’information parmi les populations les plus jeunes que chez les plus âgés. Ainsi, pour la présidentielle, 33,3% des 20-29 ans et 18,6% des 30-39 ans se sont principalement informés <em>via</em> ces pages Facebook. Suivent les moins de 20 ans (17,3%), plus ouverts à d’autres réseaux socionumériques (notamment Instagram). Les quadragénaires (11,2%) et les quinquagénaires (8,1%) et les plus de 60 ans (4,1%) sont quant à eux largement derrière.</p>
<p>À noter que les pages Facebook d’opérateurs professionnels peuvent atteindre de très larges audiences et peuvent ponctuellement concurrencer les agences de presse en terme de dissémination et de rapidité. À titre d’exemple, au 7 avril 2020, la page Facebook de Mosaïque FM recense 5 227 052 « j’aime » et 5 305 051 « suivre » (soit le total de la démographie tunisienne) ; la page Facebook de Nessma TV la plus suivie comptabilise 6 609 699 « j’aime » et 6 620 711 « suivre ». À l’inverse, la page du pôle public audiovisuel ne rassemble que 901 609 « j’aime » et 1 115 115 « suivre ».</p>
<p>Dans des proportions moindres, on retrouve des écarts significatifs sur les deux autres entrées Facebook du sondage. S’agissant des pages populaires, 8,9% des moins de 20 ans, 6,9% des 20-29 ans, 6,5% des 30-39 ans les considèrent comme principale source d’information, cependant que 3,3% des 40-49 ans, 3,6% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans le font. Pour les législatives, les pages populaires de Facebook sont citées en principale source d’information par 9% des moins de 20 ans, 7,8% des 20-29 ans, 6,1% des 30-39 ans, mais seulement 4,2% des 40-49 ans, 3,4% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans.</p>
<p>Les groupes Facebook, dont on a pu observer la multiplication pendant la présidentielle, semblent également une option largement ignorée des plus âgés : 1,1% chez les plus de 60 ans, 0,7% chez les 50-59 ans, et 3,3% chez les 40-49 ans ; contre 6,5% chez les moins de 20 ans, 6,8% chez les 20-29 ans, et 5,9% chez les trentenaires. Lors des législatives, les chiffres sont légèrement plus importants que pour la présidentielle, notamment chez les moins de 20 ans (7,7%), les 20-29 ans (5,9%) et les 30-39 ans (7,1%). Ils sont légèrement inférieurs chez les quadragénaires (2,7%), les quinquagénaires (0.9%) et les plus de 60 ans (0,7%)</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>[1]</sup></a> https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>[2]</sup></a> cf. Monique Dagneau, <em>Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion</em>, Paris, Sciences-Po Les Presses, « Nouveaux Débats », 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup>[3]</sup></a> Soit : « Pas du tout » (P=44,8% ; L=36%), « Assez » (P=14,2% ; L=10,3%), « Absolument » (P=4,9% ; L=5,7%).</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup>[4]</sup></a> Il est intéressant de noter qu’on observe le même différentiel de genre au sujet de l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. Pour les législatives, les femmes sont moins promptes à dire qu’elles n’ont pas du tout été aidées par les débats électoraux (34,1%) que les hommes (40%). Pour la présidentielle, l’écart se réduit, peut-être en raison de l’événement politique et télévisuel que constituaient les 5 débats électoraux entre candidats (cf. <em>infra</em>). Les femmes sont 32,4% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidées par les débats, contre 37% des hommes.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup>[5]</sup></a> Défini en tant que « système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l&rsquo;enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents » (Bourdieu Pierre (1984), <em>Questions de sociologie</em>, Paris, Minuit, 228).</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>[6]</sup></a> Aux côtés du « capital social » et du « capital économique », le « capital culturel » désigne l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu par transmission familiale.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/sondage2020_analyse/">Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Soigner le COVID-19, l&#8217;urgence d&#8217;une licence obligatoire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[فريق بر الامان La rédaction de Barr al Aman]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2020 23:01:46 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[L'Organisation mondiale de la Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Organisation internationale de la propriété intellectuelle]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques de la santé]]></category>
		<category><![CDATA[propriété intellectuelle]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’image du reste de la planète, la Tunisie fait face au COVID-19 de la famille du coronavirus.&#8230;</p>
The post <a href="https://www.researchmedia.org/covid19-licence-obligatoire-fr/">Soigner le COVID-19, l’urgence d’une licence obligatoire</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’image du reste de la planète, la Tunisie fait face au COVID-19 de la famille du coronavirus. Même si aucun remède n’a été identifié pour le moment, les laboratoires de recherche annoncent des avancées significatives dans ce sens, certains ayant déjà entamé des essais cliniques.</p>
<p>Le coût du médicament est une épineuse question sur laquelle devront rapidement se pencher les États dès à présent. En effet, l’existence d’un médicament ne signifie pas qu’il soit abordable, accessible ou duplicable. Les restrictions posées par les brevets et autres mesures monopolistiques constituent l’un des principaux obstacles pour soigner les malades.</p>
<p>Toutefois, l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), et que la Tunisie a signé en 1994 à Marrakech, prévoit dans son article 31 de passer outre les entraves des brevets en situation « d’urgence nationale ou d’autres circonstances d’extrême urgence », par la mise en place d’une licence obligatoire. Ainsi, la Tunisie pourrait « casser » le brevet et produire le médicament localement selon une série de dispositions précisées par l’accord.</p>
<p>La loi tunisienne n° 2000-84 du 24 août 2000, relative aux brevets, précise cette possibilité de recourir aux “Licences d’office” comme exception aux droits de propriété intellectuelle notamment par son Chapitre XI (Articles 78 à 81) intitulé “Des licences d’Office ». Cette flexibilité vise à protéger la santé publique en cas d’urgence nationale sanitaire à l’instar de la pandémie du Covid-19 déclarée par l’OMS le 13/03/2020<a href="#_edn1" name="_ednref1"><sup>[i]</sup></a>.</p>
<p>La Tunisie dispose donc des outils nécessaires lui permettant de recourir aux licences d’office si les prix des produits de santé sont excessivement chers et/ou si les quantités mises à la disposition de la Tunisie ne sont pas suffisantes pour couvrir le besoin national urgent.</p>
<p>Plusieurs pays ont décidé de recourir à de telles mesures : l’Équateur<a href="#_edn2" name="_ednref2"><sup>[ii]</sup></a> et le Chili<a href="#_edn3" name="_ednref3"><sup>[iii]</sup></a> ont déjà adopté des textes de lois en la matière. Le Canada<a href="#_edn4" name="_ednref4"><sup>[iv]</sup></a> ou l’Allemagne<a href="#_edn5" name="_ednref5"><sup>[v]</sup></a>, deux pays développés et fervents défenseurs de la propriété intellectuelle, sont en train d’étudier cette question. L’adoption d’une telle mesure ferait gagner du temps aux patient.es Tunisien.nes, permettant ainsi de sauver des vies et de réduire le coût pour la Caisse nationale d’assurance maladie.</p>
<p>Cette crise mondiale attire la convoitise de certains groupes de l’industrie pharmaceutique. Début mars 2020, alors que peu de personnes étaient infectées aux États-Unis, le laboratoire américain Gilead a demandé d’inscrire le Remdésivir, une molécule prometteuse contre ce virus, sur la liste des médicaments pour maladies rares auprès de l’autorité de régulation du médicament, la Food and Drug administration (FDA). Cette inscription octroie une exclusivité d’exploitation plus longue avec des soutiens sur fonds publics. La FDA l’a acceptée, mais Gilead l’a retirée à la suite des pressions d’organisations non gouvernementales œuvrant pour l’accès aux soins<a href="#_edn6" name="_ednref6"><sup>[vi]</sup></a>.</p>
<p>Nous pouvons également citer le laboratoire suisse Roche qui garde secrète la technologie de son dépistage du COVID-19, alors qu’une généralisation des tests l’un des moyens les plus efficaces pour juguler la maladie selon l’Organisation mondiale de la Santé<a href="#_edn7" name="_ednref7"><sup>[vii]</sup></a>.</p>
<p>La propriété intellectuelle a souvent été utilisée dans les traités de libre-échange comme un instrument de domination des pays développés contre les pays en voie de développement. Ces derniers sont en effet obligés de payer au prix fort le coût d’accès au savoir et à la connaissance qui aurait pu sauver des vies. Bien que le droit international autorise les États à passer outre les brevets, d’autres limitations comme « le secret des affaires », les « périodes de protection complémentaires » ou encore les « extensions/validations » de brevets sont souvent imposées par les États-Unis, l’Union européenne, la Grande-Bretagne ou le Canada<strong>.</strong></p>
<p>Barr al Aman Research Media s’est penché sur les obstacles d’accès aux soins dans son dossier sur l’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) négocié entre la Tunisie et l’Union européenne, mais aussi plus récemment avec la couverture de l’assemblée mondiale de la santé en mai 2019 à Genève.</p>
<p><strong>Pour plus de détails, contactez : Mohamed Haddad +216 22 517 354</strong></p>
<hr />
<h6><a href="#_ednref1" name="_edn1"><sup>[i]</sup></a> « OMS/Europe | L’OMS déclare que la flambée de COVID-19 constitue une pandémie ». <a href="http://www.euro.who.int/fr/health-topics/health-emergencies/coronavirus-covid-19/news/news/2020/3/who-announces-covid-19-outbreak-a-pandemic">http://www.euro.who.int/fr/health-topics/health-emergencies/coronavirus-covid-19/news/news/2020/3/who-announces-covid-19-outbreak-a-pandemic</a> (consulté le mars 27, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref2" name="_edn2"><sup>[ii]</sup></a> « Resolution to require the National Government to establish compulsory licenses and other measures to guarantee free and affordable access to pharmaceutical products and medical technologies in the Declaration of Sanitary Emergency due to the Coronavirus pandemic (COVID-19) and other variations, as well as biosafety protocols and instruments for health personnel, postgraduates and students of the Public Health System. », <em>Knowledge Ecology International</em>. <a href="https://www.keionline.org/ecuador-CL-coronavirus-resolution">https://www.keionline.org/ecuador-CL-coronavirus-resolution</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref3" name="_edn3"><sup>[iii]</sup></a> « English translation of Chile “RESOLUTION FOR THE GRANTING OF NON-VOLUNTARY LICENSES REFERRED TO IN ARTICLE 51<sup>o</sup> N<sup>o</sup> 2 OF INDUSTRIAL PROPERTY LAW N<sup>o</sup> 19.030 TO FACILITATE ACCESS AND AVAILABILITY OF MEDICINES AND TECHNOLOGIES FOR THE PREVENTION, TREATMENT AND CURE OF CORONAVIRUS COVID-19” », <em>Knowledge Ecology International</em>. <a href="https://www.keionline.org/chilean-covid-resolution">Https://www.keionline.org/chilean-covid-resolution</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref4" name="_edn4"><sup>[iv]</sup></a> « Government Bill (House of Commons) C-13 (43-1) &#8211; Third Reading &#8211; COVID-19 Emergency Response Act &#8211; Parliament of Canada ». <a href="https://www.parl.ca/DocumentViewer/en/43-1/bill/C-13/third-reading?fbclid=IwAR3_49dTfglNBJCS5iObqqIdMO8PWqGywI1bWhRIUejuW-qPW6ugXcYHJhc#ID0ETAA">https://www.parl.ca/DocumentViewer/en/43-1/bill/C-13/third-reading?fbclid=IwAR3_49dTfglNBJCS5iObqqIdMO8PWqGywI1bWhRIUejuW-qPW6ugXcYHJhc#ID0ETAA</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref5" name="_edn5"><sup>[v]</sup></a> T. Musmann, « German Government Plans Possibilities to Limit Patents In View of Corona Pandemic », <em>Kluwer Patent Blog</em>, 24-mars-2020. <a href="http://patentblog.kluweriplaw.com/2020/03/24/german-government-plans-possibilities-to-limit-patents-in-view-of-corona-pandemic/">http://patentblog.kluweriplaw.com/2020/03/24/german-government-plans-possibilities-to-limit-patents-in-view-of-corona-pandemic/</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref6" name="_edn6"><sup>[vi]</sup></a> « COVID-19-RD-public-investments-March.pdf », 25-mars-2020.</h6>
<h6><a href="https://medicinesalliance.eu/wp-content/uploads/2020/03/COVID-19-RD-public-investments-March.pdf">https://medicinesalliance.eu/wp-content/uploads/2020/03/COVID-19-RD-public-investments-March.pdf</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>
<h6><a href="#_ednref7" name="_edn7"><sup>[vii]</sup></a> « WHO Director-General’s opening remarks at the media briefing on COVID-19 &#8211; 11 March 2020 ». <a href="https://www.who.int/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---11-march-2020">https://www.who.int/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19&#8212;11-march-2020</a> (consulté le mars 26, 2020).</h6>The post <a href="https://www.researchmedia.org/covid19-licence-obligatoire-fr/">Soigner le COVID-19, l’urgence d’une licence obligatoire</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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