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	<title>Kais Saied | Research Media</title>
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	<description>Barr al Aman</description>
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	<title>Kais Saied | Research Media</title>
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		<title>(Policy brief) Tunisie : le temps, une alternative et une solution à la dette ?</title>
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					<comments>https://www.researchmedia.org/tunisie-temps-alternative-solution-dette-fr/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 May 2021 14:58:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce International]]></category>
		<category><![CDATA[déficit budgétaire]]></category>
		<category><![CDATA[Dette]]></category>
		<category><![CDATA[Diplomatie]]></category>
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		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté monétaire]]></category>
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		<category><![CDATA[Union Européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 3 mai 2021, une délégation tunisienne est attendue à Washington pour demander 4M$ au FMI. Le quatrième crédit en dix ans! Prêt après prêt, la situation ne s’est pas du tout améliorée. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Abstract</strong></h4>
<p><em>Le 3 mai 2021, une délégation tunisienne est attendue à Washington pour présenter le plan gouvernemental de « relance économique » et demander un prêt du FMI pour sa mise en œuvre. Le montant record de « quatre milliards $ »[i] a été avancé par le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Le quatrième en dix ans. Cela montre que prêt après prêt, la situation ne s’est pas du tout améliorée. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?</em></p>
<p><em>La Tunisie est au bord du défaut et le gouvernement de Hichem Mechichi s’entête à appliquer la même politique qui a empêtré le pays dans le piège de la dette cherchant des devises à tout prix pour assurer le service de sa dette extérieure et maintenir les flux commerciaux qui ne profitent qu’à une élite dominante. Bien que la Tunisie a récemment été dégradée à B3 avec une perspective négative par l’agence de notation Moody’s, le gouvernement espère naïvement vendre des obligations tunisiennes sur les marchés financiers internationaux, sans se soucier du coût social de cet endettement frénétique.</em></p>
<p><em>L’impasse économique n’est pas uniquement aux mains des dirigeants tunisiens. En soutenant une dette insoutenable, les créanciers, principalement les pays européens, ont non seulement aggravé la situation, mais aussi présenté les prêts multilatéraux et bilatéraux comme « aide à la transition démocratique ». Or, les universitaires tunisiens ont annoncé dès le début de la décennie passée l’enclenchement d’un cercle vicieux dont on frôle actuellement le paroxysme.</em></p>
<p><em>Dans cet article, nous nous penchons sur les mécanismes structurels qui ont contribué au doublement du ratio dette/PIB ainsi que leurs impacts sociaux, politiques et surtout économiques. Nous appelons à ce que la frénésie de l’endettement cesse. En lieu et place, nous défendons l’idée que le pays a besoin de temps : du temps sans nouvelles dettes et du temps sans remboursement des anciennes.</em></p>
<h4>Le policy brief en PDF:</h4>
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<p>&#8212;</p>
<p>La dette publique de la Tunisie pourrait devenir « insoutenable »<a href="#_edn2" name="_ednref2">[ii]</a>. C’est ce qu’a estimé le Fonds Monétaire international (FMI) dans son évaluation annuelle après la dégradation de la note souveraine du pays de B2 à B3 avec une perspective négative par Moody’s<a href="#_edn3" name="_ednref3">[iii]</a>. Pourtant, le 3 mai, le gouvernement tunisien sera à Washington pour négocier un nouveau prêt auprès du FMI.</p>
<p>Depuis 2011, la Tunisie a perdu huit points au total dans le classement de l’agence new-yorkaise, mais la particularité de cette dégradation est qu’elle place le pays au seuil de la catégorie C, synonyme de risque important et d’investissements spéculatifs. Officiellement, le budget prévoit un ratio dette/PIB de 92 %. Probablement sous-estimé, ce chiffre devrait être revu à la hausse dans la loi de finances complémentaire en cours de préparation par le gouvernement Mechichi et dont le dépôt au Parlement a été annoncé pour le deuxième trimestre 2021.</p>
<p>Cette dégradation est loin d’être une surprise. Dès avril 2020, un autre rapport du FMI notait que le choc Covid-19 avait considérablement « <strong>augmenté le poids de l’encours de la dette publique tunisienne.</strong> »<a href="#_edn4" name="_ednref4">[iv]</a> En effet, l’impact de la pandémie a été plus lourd que prévu, conduisant à un taux de croissance historiquement bas en 2020 : -8,8 %. Partant, le pays déjà fragilisé pourrait se retrouver bientôt au bord du défaut.</p>
<p>Pourtant, la Tunisie n’a pas toujours été dans une telle tourmente. Il n’y a pas si longtemps, dans les années 2000, le pays d’Afrique du Nord était « <em>l’enfant modèle</em> » des institutions financières internationales (IFI). À la fin du règne autoritaire de Zine el Abidine Ben Ali en 2010, la dette tunisienne par rapport au PIB atteignait à peine 40 % — un niveau historiquement bas.</p>
<p>Comment la dette a-t-elle pu grimper si vite et si loin, doublant son ratio au PIB en moins d’une décennie ? Est-ce la corruption, la mauvaise gestion, l’affaiblissement des institutions ? Cette option est-elle la meilleure sortie de crise pour la Tunisie ? À qui profite la dette ? Un défaut ne devrait-il pas être envisagé ?</p>
<h4><strong>Les luttes pour le pouvoir aggravent la situation sanitaire et économique </strong></h4>
<p>Tout d’abord, la trajectoire politique entreprise par la Tunisie depuis 2011 est tout sauf une sinécure… Une décennie durant, dix chefs de gouvernement et onze ministres des finances se sont relayés à la tête du pays. Ce <em>turn-over</em> a fortement contribué à fragmenter et à déliter la gestion politique et administrative.</p>
<p>Les élections générales de l’automne 2019 n’ont fait émerger aucun gouvernement stable ou fort. Contre toute attente, Kais Saïed a fait son entrée au le palais présidentiel de Carthage, déstabilisant la fragile « politique de consensus » entre les islamistes et les forces de l’ancien régime. Tout en perdant du terrain, le parti islamiste Ennahda s’est classé premier aux législatives. Il a renié ses promesses électorales en concluant une alliance avec Qalb Tounes, le parti récemment créé par Nabil Karoui, un magnat des médias poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment d’argent.</p>
<p>Les choses ont cependant été différentes pendant la campagne électorale, puisque Nabil Karoui et Ennahdha ont tous deux rejeté tout scénario de coalition en essayant de construire leurs campagnes respectives l’un contre l’autre : les islamistes ont dénoncé « la corruption » du fondateur de la chaîne populaire Nessma, tandis que Karoui s’est présenté comme le candidat du progressisme, de la modération et de la lutte contre la pauvreté. Tout compte fait, Ennahdha et Qalb Tounes n’ont pas réussi à former un gouvernement en décembre 2019. Ainsi, le pouvoir de proposer un candidat au poste de chef de gouvernement est passé au président de la République qui a nommé le social-démocrate Elyes Fakhfakh, autre candidat à la présidentielle de 2019 et ancien ministre des Finances. Le gouvernement de Fakhfakh a remporté le premier vote de confiance à l’issue de ces élections, mais a été par la suite mis à la porte suite à des manœuvres d’Ennahdha et de Qalb Tounes et à des soupçons de conflits d’intérêts. Ce duo ne s’est pas arrêté là. Il a même réussi à retourner le second choix du Saïed, Hichem Mechichi, contre son parrain qui l’avait pourtant propulsé conseiller à la présidence, puis ministre de l’Intérieur et enfin candidat à primature.</p>
<p>La gestion du Covid-19 a souffert de ces bisbilles politiques. Le gouvernement Fakhfakh semblait avoir réussi à gérer la première vague, n’enregistrant qu’une cinquantaine de décès et un millier de cas tout au long des mois de mars à juin 2020. Cependant, la situation est rapidement devenue incontrôlable depuis l’arrivée au pouvoir de Hichem Mechichi en août 2020, avec près de 310 000 cas et 11 000 décès au début du mois de mai 2021. De plus, les Tunisiens sont parmi les derniers dans le monde à se faire vacciner<a href="#_edn5" name="_ednref5">[v]</a>.</p>
<p>Cette recrudescence a coïncidé avec un climat politique et social délétère. Sur le terrain, depuis l’été 2020, manifestations, grèves dans les secteurs public et privé et vagues d’immigration ont explosé. Le gouvernement a choisi de faire face au mécontentement populaire par la répression policière et judiciaire ; durant la semaine du 14 janvier 2021 seulement, dixième anniversaire de la Révolution, les organisations tunisiennes des droits humains ont enregistré plus de 1600 arrestations, dont 30 % de mineurs<a href="#_edn6" name="_ednref6">[vi]</a>.</p>
<p>Au ministère des Finances, la situation est encore plus critique. Le ministre des Finances Ali Kooli n’a pas réussi à convaincre le Qatar de reporter le remboursement de 250 millions de dollars du principal d’un prêt contracté en 2012. À la veille de sorties sur les marchés financiers annoncées, les hauts fonctionnaires ont le sentiment d’être sur la sellette. En mars 2021, M. Kooli a décidé de renvoyer au moins trois hauts fonctionnaires, provoquant un tollé chez les directeurs généraux, qui menaçaient de démissionner collectivement. À la fin du mois, une vague plus importante de licenciements a été divulguée dans les médias puis démentie par le ministre. L’incertitude règne dans les hautes sphères du ministère.<a href="#_edn7" name="_ednref7">[vii]</a></p>
<p>Par ailleurs, lors d’une récente apparition dans les médias, le même ministre des Finances a annoncé son intention de lever 3 milliards de dollars, dont un milliard garanti par les États-Unis, avant même la conclusion de l’accord. Cette initiative a été considérée comme une tentative de manipulation des marchés par les spécialistes. Interrogé sur la capacité du gouvernement à payer les salaires du secteur public de mai et juin 2021, il a répondu qu’il ne disposait pas des fonds à l’heure où il parlait (début avril 2021)<a href="#_edn8" name="_ednref8">[viii]</a>.</p>
<p>Dans son budget 2021, la Tunisie prévoit le remboursement du principal de dette extérieure à hauteur de 6,506 milliards TND (2,367 9 milliards $) tout en empruntant 13,015 milliards TND (4,737 milliards $)<a href="#_edn9" name="_ednref9">[ix]</a>. Jour après jour, la loi de finances ressemble de plus en plus à une chimère plutôt qu’à une véritable feuille de route.</p>
<h4><strong>Une dépréciation qui creuse l’endettement</strong></h4>
<p>Dans un contexte de crise sanitaire, économique et sociale, les récentes querelles politiques ont miné la crédibilité de l’État et accentué sa fragilité. Mais celles-ci ne suffisent pas à expliquer l’effondrement économique. Il faut noter que la variation du TND est la première cause d’aggravation — ou d’amélioration — de son ratio d’endettement.</p>
<p>En 2019, la dette par rapport au PIB a baissé à 72 % « <strong>en raison de l’appréciation du dinar et de la réduction des déficits budgétaire et extérieur</strong> », a écrit le FMI en avril 2020<a href="#_edn10" name="_ednref10">[x]</a>. C’est la première fois que le ratio dette/PIB diminuait depuis la révolution de 2011. Toutefois, la baisse du dinar tunisien a grevé les comptes nationaux comme le note le service des marchés émergents de JP Morgan dans un rapport publié en juillet 2020<a href="#_edn11" name="_ednref11">[xi]</a>. On y lit : « <strong>La dette extérieure a augmenté de 2/3 entre 2014 et 2019 suite à la dépréciation de la monnaie nationale.</strong> » Elle « <strong>devait atteindre un pic en 2021 et 2024 et s’élevait à 18,6 milliards de dollars entre 2020 et 2025.</strong> »</p>
<p>Le flottement de la monnaie résulte d’une conditionnalité du FMI, mentionnée dans le mécanisme élargi de crédit de 2016. Cela était censé renforcer les exportations et freiner les importations. Par conséquent, l’activité économique devait théoriquement tirer la croissance vers le haut. Potentiellement, cela pouvait s’accompagner d’un effet secondaire dommageable : l’inflation. Malheureusement, seule cette prévision s’est concrétisée avec une baisse inévitable du pouvoir d’achat des Tunisiens.</p>
<h4><strong>Le piège de la dette : s’endetter pour rembourser</strong></h4>
<p>Depuis 2011, la Tunisie est confrontée à un besoin constant de nouveaux flux de devises pour compenser la chute des investissements directs étrangers et des exportations. La voie — a priori la plus facile, mais la plus contraignante — était l’endettement en masse. Ainsi, la Tunisie a souvent fait appel aux créditeurs officiels et privés pour répondre à ses besoins en devises. Le pays été quasiment en permanence « sous programme » du FMI : 2013 Stand-by Arrangement, 2016 Extended Fund Facility et en 2019 le Rapid Financing Instrument. Le quatrième programme est en cours de négociation. Le chef du gouvernement Hichem Mechichi espère obtenir 4 milliards $ de crédit, un record. Pourquoi le Fonds est-il incontournable aux yeux des gouvernements tunisiens ? Le fait d’être sous un programme du FMI était une garantie supplémentaire pour ses autres créanciers qu’elle se conformerait à la politique de l’institution de Washington et donnerait la priorité au service de la dette, au flottement de la monnaie nationale et à l’ouverture des frontières aux capitaux et aux marchandises.</p>
<p>Le FMI joue ici un rôle crucial en tant que « prêteur de dernier recours », car il fournit des liquidités lorsqu’aucun autre créancier n’est disposé à prêter. Ces liquidités pourraient simplement transiter par la Tunisie, pour finir chez ses créanciers, obligeant le pays à s’endetter davantage. A titre d&rsquo;exemple, alors que le gouvernement négocie en mai 2021 un nouveau prêt avec FMI, une partie de ce prêt reviendra très probablement au Fonds puisque la Tunisie doit lui rembourser 185 millions DTS (l’équivalent de 268 millions $) en 2021, tandis que le reste ira à d’autres créanciers.</p>
<p>Les prêts antécédents contractés du temps de Zine el Abidine ben Ali arrivant à échéance après 2011, la Tunisie avait besoin de nouveaux flux de devises. Elle était donc prête à signer n’importe quelle convention de prêt pour obtenir des devises quitte à s’engager sur des projets mal étudiés et sans impact. En effet, le rapport de la Cour des comptes sur la dette publique extérieure publié en 2018 a relevé que les prêts orientés vers des projets ont été mis en attente ou négligés et qu’ils souffraient un suivi faible ou inexistant. En outre, ceux-ci n’étaient pas nécessairement adaptés aux besoins de la population et ne répondaient pas non plus à ses attentes. Finalement, l’objectif principal de ces projets a été d’obtenir des devises fortes et non de répondre aux attentes des Tunisien.nes, comme l’ont déclaré divers hauts fonctionnaires dans différents entretiens.</p>
<h4><strong>Emprunter pour importer</strong></h4>
<p>Le besoin de maintenir les réserves en devises à flot ne répond pas uniquement à la nécessité de servir sa dette. C’est un impératif découlant du système économique tunisien basé en grande partie sur l’export de produits à faible valeur ajoutée et l’import de marchandises pour les revendre sur le marché local avec une grande marge. Souvent, les plus grands importateurs détiennent une position dominante ou un privilège injustifié. Ils bénéficient de privilèges douaniers ou fiscaux, les plus petits subissent les taux rédhibitoires. Sauf que pour importer, il faut que la banque centrale ait assez de réserves en devises pour concéder les lettres de créance aux importateurs qui souhaitent troquer leurs dinars pour des euros ou dollars.</p>
<p>C’est là aussi où intervient le rôle pernicieux des élites vis-à-vis de la dette : il faut que le flux de la dette et des devises se maintienne afin qu’il y ait toujours une sorte de fonds de roulement de réserve permettant aux acteurs dominants de continuer leur business. L’échec de l’émergence d’une industrie à forte valeur ajoutée — qui impliqueraient l’enrichissement des classes moyennes et la concurrence des élites établies — découle en partie de ce schéma économique.</p>
<h4><strong>Une dette qui plombe la croissance</strong></h4>
<p>Alors que les pays occidentaux ont présenté ces flots de prêts comme une « aide », ces prêts sont loin d’être de la charité. Annonçant le début d’un cercle vicieux de l’austérité, de nombreuses sonnettes d’alarme ont été tirées au moins depuis 2013 : l’endettement frénétique freinerait la création de richesse. Selon une étude publiée par l’Institut public tunisien de la compétitivité et des études quantitatives<a href="#_edn12" name="_ednref12">[xii]</a>, « <strong>le seuil optimal du taux d’endettement public au-delà duquel la dette étouffe la croissance, estimé alors à 48,5 % du PIB, est dépassé depuis 2014</strong>. » Ce taux pourrait franchir la ligne des 100 % du PIB dans certaines prévisions pour 2021.</p>
<p>Et pourtant, la frénésie de l’endettement ne semble pas connaitre de limites : il n’y a jamais eu autant de nouveaux emprunts signés que cette dernière décennie. La politique d’endettement, s’il y en a une, a été problématique tant sur la forme que sur le fond.</p>
<p>Dans « <em>Does the external debt composition matter for economic growth in Tunisia</em> »<a href="#_edn13" name="_ednref13">[xiii]</a> ? Samir Abdelhafidh s’interroge sur « <strong>l’efficacité en termes de croissance économique de tous les programmes et projets financés par les institutions multilatérales en Tunisie.</strong> » L’économiste tunisien qui a travaillé sur la période 1970-2018 remarque qu’« <strong>ils [les programmes et projets financés par les institutions multilatérales] mettent en évidence la nécessité de repenser les modes de négociation de la dette multilatérale non concessionnelle et d’auditer les réformes et les projets qu’elle a soutenus.</strong> » Il a constaté que les prêts bilatéraux ont un meilleur impact sur la croissance que les multilatéraux dont l’impact est négatif. Cependant, aujourd’hui, la moitié du stock de la dette extérieure de la Tunisie émane d’institutions multilatérales.</p>
<h4><strong>Soutenir l’insoutenable</strong></h4>
<p>Comment se fait-il que la dette publique tunisienne ait été jugée « soutenable » pendant toutes ces années par les créanciers de la Tunisie ? Aucun gouvernement n’était prêt à prendre la responsabilité d’admettre et d’affronter le piège de la dette dans lequel le pays était pris. Ce qui a compté pour toutes les tendances politiques : c’est de maintenir à flot un navire qui coule inexorablement. Chaque gouvernement a évité de déclarer le défaut et d’hériter de l’étiquette « équipe défaillante ».</p>
<p>Ironiquement, pendant des années, la signature de nouveaux contrats de prêt a été célébrée dans les médias comme une preuve de la confiance et du soutien de la communauté internationale. Ils ont vanté chaque signature de prêt comme une preuve autoconvaincante que l’image de la Tunisie est bien perçue à l’étranger et qu’elle passait avec succès les tests de « la transition démocratique. » Ensuite, les IFI et les prêteurs officiels considérant que le maintien du robinet de crédit ouvert est un moyen de soutenir cette soi-disant « transition démocratique ».</p>
<p>Paradoxalement, la dette de la Tunisie a été jugée viable par les institutions financières internationales si et seulement si, elle était capable de rembourser ses créanciers… peu importe si elle s’endette, pour rembourser.</p>
<p>Pour l’aider « à créer des richesses » — qui finiront par servir en partie la dette extérieure — les privatisations, les libéralisations et donc la réduction de l’État-providence étaient des recettes prêtes à l’emploi. Peu importe les moyens, c’est la fin (le remboursement) qui compte.</p>
<p>La dette de la Tunisie semble être davantage un outil de soumission par l’austérité qu’un quelconque soutien à la transition démocratique.</p>
<p>Lorsque l’ancien président de la Citibank, Walter Wriston, déclarait que « les pays ne font pas faillite (<em>Countries don’t go bust!</em>)<a href="#_edn14" name="_ednref14">[xiv]</a> », à la veille de la crise de la dette latino-américaine des années 1980, il définissait véritablement la soutenabilité d’un point de vue néolibéral et dominant : est durable le pays qui a encore quelque chose à vendre pour générer de la richesse et rembourser la dette. Il en va de même pour la Tunisie : lorsque les prêteurs considéraient la dette tunisienne comme viable, ils entendaient plutôt « solvable ». Cela sous-entend qu’un pays aura toujours quelque chose à vendre ou à mettre sous bail emphytéotique (pluridécennal) : une autoroute, un aéroport, des terres ou la force de travail bradée de ses citoyens, etc. Une fois que tout est vendu, ce pays n’existerait plus et on serait dans le scénario désastreux d’un État failli…</p>
<p>Ainsi, prêter à un pays alors même que sa dette est insoutenable le met dans une injonction de payer alors qu’il n’en n’a pas les moyens. Ceci renforce la position des créanciers au détriment des intérêts des citoyens.</p>
<h4><strong>Le rôle des IFI en temps de pandémie</strong></h4>
<p>L’acquisition des vaccins Covid-19 par la Tunisie reflète la dépendance excessive du pays vis-à-vis du crédit. À la mi-mars 2021, le vice-président de la Banque mondiale, Ferid Belhadj, a vanté ses efforts pour trouver un nouveau prêt de 400 millions $, dont 100 millions permettront au pays « <strong>d’acheter les vaccins Covid-19</strong> ». Quelques jours plus tard, 100 millions $ supplémentaires ont été alloués. Tout en vantant sa diligence, le responsable tunisien de la BM a révélé que les autorités de sa mère patrie n’ont pas été en mesure de provisionner ce montant dans le budget 2021 pour répondre à un besoin aussi urgent. Un deuxième prêt de 85 millions € a été annoncé deux mois plus tard… pour le même poste de dépenses.</p>
<p>Si la pénurie des ressources est si forte et si le gouvernement et l’État ne parviennent pas à répondre à un besoin aussi fondamental que prévisible, cela veut dire que la Tunisie est maintenue artificiellement sous perfusion, en sursis d’un défaut. Pourquoi le pays ne devrait-il pas tout simplement franchir le Rubicon ? C’est-à-dire ne pas privilégier le service de la dette au détriment de la gestion de la pandémie et autres dépenses prioritaires destinées à créer durablement des richesses ?</p>
<h4><strong>Des défauts pluriels VS une quête illusoire de stabilité</strong></h4>
<p>Les expériences de défaut — actuelles et passées — sont effrayantes, surtout lorsqu’elles ne sont pas préparées. Sans entrer dans un passage en revue des différents défauts souverains depuis deux siècles<a href="#_edn15" name="_ednref15">[xv]</a>, il n’y a pas de « parcours type ». La répudiation unilatérale de la dette n’est que le scénario le plus extrême. Il est possible de puiser dans une panoplie diverse comprenant le rééchelonnement, la restructuration ou encore le moratoire sur la dette. Bien évidemment, aucun choix n’est sans conséquence. Toutefois, ceux qui refusent d’envisager ces scénarios se réfugient derrière la peur du chaos et de l’anarchie. Nous sommes en droit de nous demander dans le cas tunisien, si la situation que vit le pays n’est pas en soi chaotique et ne risque-t-elle d’empirer si continue sur cette voie ?</p>
<p>De plus, il est certain que la préparation en amont est primordiale. Toutefois, dans les couloirs du ministère des Finances, cette éventualité est actuellement un tabou, aucun scénario de défaut n’y est discuté ou préparé. Ce sont les élites dominantes qui seront mises au défi d’un défaut. Les groupes sociaux structurés et établis (forces politiques, élites économiques, syndicats, etc.) seront les premiers et principaux ébranlés. Ce sont aussi les premiers à annoncer la fin du monde dès que cette idée est abordée dans le débat public sortant l’argument qui leur semble l’infaillible : « de l’image de la Tunisie à l’extérieur » occultant l’image de la Tunisie « à l’intérieur ».</p>
<p>C’est au sein de ces sphères que les voix « anti-défauts » se feront entendre et clameront également leur peur pour les groupes les plus fragiles et marginalisés. Vraiment ? Ceux qui ont peu ou rien n’auront rien à perdre. En effet, les périphéries appauvries et marginalisées ont particulièrement souffert de l’absence de redistribution et encore plus des conséquences économiques de la pandémie. Le gouvernement Mechichi a fait face à leur mécontentement par la répression. En s’obstinant à appliquer les mêmes politiques, l’agitation sociale ne peut que nécessairement augmenter. D’autant plus que même les classes moyennes, supposées être un élément socialement stabilisateur, sont entrain de connaitre une fragilisation et une paupérisation croissante.</p>
<p>La quête de stabilité ne vient pas seulement des élites locales, « les anti-défaut », mais aussi des créanciers : les Européens notamment principaux créanciers de la Tunisie. Leur plus grande crainte est de voir des hordes d’Africains traverser la mer méditerranée. Par conséquent, ils veulent éviter à tout prix la « déclaration de défaut », craignant les vagues d’immigration qu’une telle perspective pourrait entraîner, selon des sources européennes.</p>
<p>La politique des pays occidentaux en Tunisie s’est limitée à rechercher et à soutenir la moins mauvaise des alternatives politiques — comme ils l’ont fait avec Ben Ali pendant deux décennies — donnant la priorité à une fausse « stabilité » sous couvert d&rsquo;une démocratie chancelante.</p>
<p>Selon certains diplomates européens, l’actuel Premier ministre Hichem Mechichi est considéré comme l’homme qui pourrait conduire le pays vers les rives de la stabilité. Dans le même temps, ils minimisent son maintien de l’ordre autoritaire et sa gestion de l’agitation sociale en tant que ministre de l’Intérieur par intérim : emprisonnement de manifestants par centaines, intimidation de militants, d’artistes, etc. Mais soutenir des dirigeants politiquement faibles et impopulaires avec l’idée sous-jacente qu’ils apporteront la stabilité et contrôleront les frontières est un leurre.</p>
<p>En fait, l’octroi de crédits en devises étrangères à des institutions et des gouvernements défaillants renforcera et étendra artificiellement leur position et leur pouvoir. L’inévitable défaut de paiement pourrait survenir au pire moment possible, lorsque la situation politique et sécuritaire se seront détériorées.</p>
<p>C’est pourquoi il doit y avoir un changement dans la conception du défaut, non pas comme une fin dramatique de l’histoire, mais comme une opportunité de laisser des espaces ouverts aux classes sociales marginalisées, aux régions appauvries. À l’heure où les risques environnementaux sont jugés systémiques et élevés, repenser l’agriculture destinée à l’exportation, l’industrie à faible valeur ajoutée, le tourisme de masse, les entreprises familiales quasi monopolistiques, les réflexes bureaucratiques de l’administration… est plus urgent que jamais.</p>
<p>Les autorités tunisiennes ont toujours considéré le remboursement de la dette comme la priorité absolue au cours de la dernière décennie et ont payé le reste de la dette de l’ancien régime autoritaire. Alors que de nombreuses ONG et partis politiques ont non seulement appelé à un audit de la dette, mais aussi à une répudiation de la dette odieuse dans le sillage du 14 janvier 2011, ce fut une occasion ratée. La Tunisie a gagné quelques batailles démocratiques telles qu’une plus grande liberté d’expression et la diversité politique ; cependant, elle se bat toujours pour trouver la voie du salut économique.</p>
<p>La deuxième occasion manquée se situe au premier semestre 2020 avec le pic de Covid-19. La pandémie a initié un grand changement dans la gestion de la dette. L’initiative de suspension du service de la dette (DSSI) a permis aux pays les moins avancés de ne pas dilapider de précieuses ressources fiscales au profit de leurs créanciers au lieu d’investir dans la santé. Cette initiative ne concerne que la dette bilatérale, mais pourrait être un premier pas pour une bulle d’air frais aux dépenses prioritaires : santé, protection sociale, éducation. De tels mécanismes devraient être étendus à des pays comme la Tunisie. En effet, pour la croissance de demain, rien ne vaut la santé des citoyens<a href="#_edn16" name="_ednref16">[xvi]</a>.</p>
<p>Il serait regrettable que les pays démocratiques qui se trouvent être les principaux créanciers soient une entrave au redressement de la Tunisie. Dix ans après la révolution, c’est le temps des comptes et les pays occidentaux ont défini la mise en œuvre et l’évaluation de l’« <em>aide</em> » dont ils pensent que la Tunisie a besoin. Il est plus qu’urgent qu’ils changent d’approche et passent de l’octroi d’argent à l’octroi de temps. Du temps sans nouveaux prêts et du temps sans remboursement de prêts. Éviter une autre « décennie perdue » sur le plan économique est à la fois une responsabilité des créanciers et des dirigeants.</p>
<h4>&#8212;</h4>
<h4><strong>Présentation de l’auteur</strong></h4>
<p>Mohamed HADDAD est le rédacteur en chef et ancien président de Barr al Aman Research Media, une organisation qui travaille sur l’évaluation des politiques publiques depuis six ans. Parmi les thèmes abordés : commerce/économie, agriculture, santé, justice, pouvoir local, etc.</p>
<p>Diplômé de l’école de journalisme de Bordeaux, il a également été correspondant de médias étrangers depuis 2011 notamment pour Reuters, l’AFP et Le Monde. Il est étudiant à la Harvard Kennedy School dans le cadre du Mid-Career Master of Public Administration, (promotion 22′).</p>
<p>&#8212;</p>
<h4><strong>Références<br />
</strong></h4>
<p><a href="#_ednref1" name="_edn1">[i]</a> McDowall, Tarek Amara, Angus. “Tunisia to Seek $4 Billion IMF Loan, PM Says.” <em>Reuters</em>, May 1, 2021. <a href="https://www.reuters.com/article/ozabs-uk-tunisia-prime-minister-idAFKBN2CI32X-OZABS">https://www.reuters.com/article/ozabs-uk-tunisia-prime-minister-idAFKBN2CI32X-OZABS</a>.</p>
<p><a href="#_ednref2" name="_edn2">[ii]</a> “Tunisia : 2021 Article IV Consultation-Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for Tunisia.” Accessed April 17, 2021. <a href="https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2021/02/26/Tunisia-2020-Article-IV-Consultation-Press-Release-Staff-Report-and-Statement-by-the-50128">https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2021/02/26/Tunisia-2020-Article-IV-Consultation-Press-Release-Staff-Report-and-Statement-by-the-50128</a>.</p>
<p><a href="#_ednref3" name="_edn3">[iii]</a> Moodys.com. “Moody’s Downgrades Tunisia’s Ratings to B3, Maintains Negative Outlook,” February 23, 2021. <a href="http://www.moodys.com:18000/research/Moodys-downgrades-Tunisias-ratings-to-B3-maintains-negative-outlook--PR_440068">http://www.moodys.com:18000/research/Moodys-downgrades-Tunisias-ratings-to-B3-maintains-negative-outlook&#8211;PR_440068</a>.</p>
<p><a href="#_ednref4" name="_edn4">[iv]</a> “Tunisia : Request for Purchase Under the Rapid Financing Instrument-Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for Tunisia.” <em>IMF</em> Country Report No. 20/103 (April 14, 2020): 46. <a href="https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2020/04/14/Tunisia-Request-for-Purchase-Under-the-Rapid-Financing-Instrument-Press-Release-Staff-Report-49327">https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2020/04/14/Tunisia-Request-for-Purchase-Under-the-Rapid-Financing-Instrument-Press-Release-Staff-Report-49327</a>.</p>
<p><a href="#_ednref5" name="_edn5">[v]</a> Leaders. “Covid-19: 40 associations tunisiennes adressent une lettre ouverte au Président de la République et au Président du Gouvernement.” Accessed May 2, 2021. <a href="https://www.leaders.com.tn/article/31685-covid-19-40-associations-tunisiennes-adressent-une-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-et-au-president-du-gouvernement">https://www.leaders.com.tn/article/31685-covid-19-40-associations-tunisiennes-adressent-une-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-et-au-president-du-gouvernement</a>.</p>
<p><a href="#_ednref6" name="_edn6">[vi]</a> Réalités Online. “La LTDH condamne ‘l’agression’ et ‘la torture’ des manifestants arrêtés,” February 7, 2021. <a href="https://www.realites.com.tn/2021/02/la-ltdh-condamne-lagression-et-la-torture-des-manifestants-arretes/">https://www.realites.com.tn/2021/02/la-ltdh-condamne-lagression-et-la-torture-des-manifestants-arretes/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref7" name="_edn7">[vii]</a> Entretien avec l‘auteur (mars avril 2021)</p>
<p><a href="#_ednref8" name="_edn8">[viii]</a> Time code: 25’05”. Ali Kooli. حوار مع وزير الاقتصاد والمالية ودعم الاستثمار السيد علي الكعلي في برنامج “تونس هذا المساء” على القناة الوطنية 1. Facebook Watch, Avril 2021. <a href="https://www.facebook.com/watch/?v=2906059323046312">https://www.facebook.com/watch/?v=2906059323046312</a>.</p>
<p><a href="#_ednref9" name="_edn9">[ix]</a> taux du 30/04/2021 où 1 $ = 2,747 5 TND</p>
<p><a href="#_ednref10" name="_edn10">[x]</a> IMF. “Tunisia : Request for Purchase Under the Rapid Financing Instrument… op. cit.</p>
<p><a href="#_ednref11" name="_edn11">[xi]</a> Mikael Eskenazi, Trang Nguyen, Giyas M Gokkent, and Nicolaie Alexandru-Chidesciuc. “Tunisia: Sunset on Tatooine.” MENA Emerging Markets Research. J.P. Morgan, July 28, 2020. www.jpmorganmarkets.com.</p>
<p><a href="#_ednref12" name="_edn12">[xii]</a> MENSI, Walid. “Quel taux d’endettement public optimal pour la Tunisie ?” Notes et analyse de l’ITCEQ. ITCEQ, décembre 2013. <a href="http://www.itceq.tn/wp-content/uploads/files/notes2014/taux-endettement-public.pdf">http://www.itceq.tn/wp-content/uploads/files/notes2014/taux-endettement-public.pdf</a>.</p>
<p><a href="#_ednref13" name="_edn13">[xiii]</a> Abdelhafidh, Samir. “Does the External Debt Composition Matter for Economic Growth in Tunisia?” <em>Economics Bulletin</em> 40, no. 4 (2020): 2802–18. <a href="https://ideas.repec.org/a/ebl/ecbull/eb-19-00873.html">https://ideas.repec.org/a/ebl/ecbull/eb-19-00873.html</a>.</p>
<p><a href="#_ednref14" name="_edn14">[xiv]</a> Introduction (p4) Jerome Roos. <em>Why Not Default?</em>, 2019. <a href="https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default">https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default</a>.</p>
<p><a href="#_ednref15" name="_edn15">[xv]</a> Nous conseillons la lecture de <em>Jerome Roos. </em><em>Why Not Default?, 2019. </em><a href="https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default"><em>https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691180106/why-not-default</em></a><em>.</em></p>
<p>Que nous avons par ailleurs recensé ici : Mohamed HADDAD. “Et si on faisait défaut sur nos dettes souveraines ? | Barr al Aman,” February 1, 2021. <a href="https://www.researchmedia.org/why-not-default-jerome-roos-review-fr/">https://www.researchmedia.org/why-not-default-jerome-roos-review-fr/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref16" name="_edn16">[xvi]</a> Gadha, Maha Ben. “Tunisia Joins Forces to Save Global Capital | Barr al Aman,” May 28, 2020. <a href="https://news.barralaman.tn/tunisia-joins-forces-to-save-global-capital-maha-ben-gadha/">https://news.barralaman.tn/tunisia-joins-forces-to-save-global-capital-maha-ben-gadha/</a>.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/tunisie-temps-alternative-solution-dette-fr/">(Policy brief) Tunisie : le temps, une alternative et une solution à la dette ?</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Tunisie: Ennahdha face à l’après-Ghannouchi</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Théo Blanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Mar 2021 18:17:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement Ennahdha]]></category>
		<category><![CDATA[sciences politiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le XIe congrès du parti islamiste tunisien Ennahdha, initialement prévu pour mai 2020 mais reporté sine die, marquera-t-il&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Le XI<sup>e</sup> congrès du parti islamiste tunisien Ennahdha, initialement prévu pour mai 2020 mais reporté sine die, marquera-t-il le remplacement de Rached Ghannouchi à la présidence du parti ? Après l’enjeu de l’intégration gouvernementale et celui de la ’’spécialisation’’, le parti fait désormais face à la question de l’après-Ghannouchi. Plusieurs scénarios sont envisageables. Au-delà du nom du successeur, c’est toutefois l’identité du parti, son modèle de direction et son projet politique qui sont en jeu. </em></p>
<p>Depuis la révolution tunisienne de 2010/2011, chaque congrès d’Ennahdha a dû imaginer un « après ». En juillet 2012, le IX<sup>e </sup>congrès avait pour enjeu majeur de réinventer le parti islamiste dans une Tunisie post-autoritaire et post-Ben Ali. Le X<sup>e</sup> congrès en mai 2016 avait, quant à lui, proclamé avec une grande habilité politique un virage « post-islamiste ».<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> Pour le XI<sup>e</sup> congrès du parti, initialement prévu pour mai 2020, c’est un nouveau tournant qui se profile : celui d’un parti post-Ghannouchi. Avec son élection en 2012 et en 2016 à la tête d’Ennahdha, Rached Ghannouchi a en effet atteint la limite des deux mandats présidentiels successifs stipulée par le règlement intérieur du parti depuis le congrès de 2007 (article 31).</p>
<p><strong>L’ère Ghannouchi</strong></p>
<p>Pour saisir l’enjeu représenté par l’éventuel départ de Rached Ghannouchi, il faut comprendre la centralité historique de ce dernier au sein du mouvement. Ghannouchi est d’abord un des fondateurs du Groupe Islamique (<em>al-jama’a al-islamiyya</em>), dans le cadre duquel il donne des sermons et leçons de religion dès les années 1970. Leader religieux, il deviendra ensuite leader politique en proposant la formation du parti Mouvance de la Tendance Islamique (MTI) qu’il co-fonde aux côtés d’Abdelfattah Mourou, Ben Aissa Demni, Zahir Mahjoub et Habib Mokni en mai 1981. Il est désigné à la tête du mouvement dès 1979 et sera reconduit plusieurs fois (1981, 1984, 1991), ce qui lui permettra d’établir un ’’magister moral’’ sur la présidence du parti islamiste.</p>
<p>Ghannouchi est également la figure intellectuelle centrale du parti ; son livre <em>Les libertés publiques dans l’Etat islamique </em>publié en 1993 est désigné comme « le document politique et intellectuel le plus important du patrimoine du mouvement » par le congrès de 2012.<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> Il joue également un rôle essentiel dans la narration du mouvement islamiste et de son évolution, qu’il expose notamment dans ses livres <em>Mouvement de la Tendance Islamique en Tunisie</em> (1989) et <em>De l’expérience du mouvement islamique en Tunisie</em> (2001). Ghannouchi a aussi longtemps constitué le principal visage du parti à l’étranger, où il joue le rôle d’ambassadeur en Occident (il s’exile au Royaume-Uni en 1991) mais également dans le monde musulman où son influence intellectuelle sur les milieux islamistes est grande. Après la révolution, il sera directement à la manœuvre derrière les grandes décisions du parti comme les négociations et l’alliance avec Nidaa Tounès en 2014 ainsi que la spécialisation en 2016. Enfin, Ghannouchi détient les ficelles de la bourse du parti.</p>
<p>Au vu du rôle intellectuel, politique, financier, religieux et symbolique joué par Ghannouchi, deux questions se posent. D’une part, le parti pourra-t-il survivre et maintenir sa cohésion interne sans son leader historique ? Par ailleurs, le départ potentiel de Ghannouchi marquera-t-il une simple alternance à la tête du parti ou bien l’invention d’un nouveau modèle de direction sous la pression de l’opposition interne ?</p>
<p><strong>L’opposition interne </strong></p>
<p>Active dès 2012, l’opposition à la direction de Ghannouchi se consolide à la faveur du congrès de 2016. En session, plusieurs cadres dont Abdelhamid Jelassi et Abdellatif Mekki proposent d’introduire une dose d’élections dans le mode de désignation du bureau exécutif, dont 50 % des membres seraient élus et 50 % nommés par Ghannouchi (jusqu’ici tous les membres étaient choisis par le président du parti).<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> Lorsque le congrès accepte de se prononcer sur cette proposition, Ghannouchi recourt au chantage à la démission. La proposition est finalement rejetée par une petite majorité (52 % des voix). La constitution du nouveau bureau exécutif, nommé par Ghannouchi, actera la rupture en privilégiant les soutiens du président lors du congrès. Par la suite, les opposants élus au <em>majlis al-shura</em> (conseil consultatif) tels qu’Abdelhamid Jelassi s’évertueront « de contrebalancer cette concentration excessive des pouvoirs » dans les mains de Ghannouchi.<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup>[4]</sup></a></p>
<p>Le deuxième grand acte du conflit entre Ghannouchi et l’opposition interne intervient dans le cadre des élections législatives de 2019.<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> En écartant unilatéralement 30 têtes de liste sur 33 circonscriptions, Ghannouchi outrepasse ses prérogatives et s’inscrit en violation du règlement intérieur du parti qui ne permet au président de modifier que 10 % des noms des listes électorales et ce à condition que cette modification soit validée par le <em>majlis al-shura</em>. Sont notamment exclus Abdelhamid Jelassi (Tunis 2), Abdellatif Mekki (Tunis 1), Samir Dilou (Bizerte) et Mohamed Ben Salem (Zaghouan), qui figurent parmi les principaux opposants à la direction de Ghannouchi. Après les élections, la confrontation porte sur la formation du gouvernement Habib Jemli, que le <em>majlis al-shura</em> choisit de soutenir au détriment du favori de Ghannouchi (Habib Kchaou).<a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a> Certains cadres tels que Zied Laadhari démissionnent en signe de protestation.<a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> Lorsque Ghannouchi lâche finalement Habib Jemli et s’accorde avec Nabil Karoui pour proposer Fadhel Abdelkefi (ancien ministre de Beji Qaid Essebsi), plusieurs membres du <em>majlis al-shura </em>réclament la démission de Ghannouchi. Enfin, l’opposition interne n’apprécie guère que Ghannouchi cumule la présidence du parti avec la présidence du parlement à laquelle il est élu en novembre 2019.</p>
<p>La contestation de Ghannouchi n’est pas nouvelle. En 1990, plusieurs cadres le tenaient personnellement responsable de la confrontation avec le régime de Ben Ali et réclamaient non seulement qu’il démissionne du leadership mais aussi qu’il ne soit plus autorisé à exercer de position de direction dans le mouvement.<a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a> Au cours des années 1990 et 2000, sa ligne d’opposition frontale au régime tunisien est également critiquée par une partie du mouvement qui prône la réconciliation nationale.<a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a> Aujourd’hui, la majeure partie des critiques ne prônent pas l’exclusion de Ghannouchi, dont ils reconnaissent l’héritage historique (les plus vocaux sont Ben Salem, Mekki et Chehoudi), mais s’active pour que ce dernier ne se représente pas au prochain congrès de 2020 et accompagne le changement de direction. C’est le sens de la pétition signée par 100 cadres nahdhawis en septembre dernier (dont Abdellatif Mekki, Samir Dilou, Mohamed Ben Salem), lesquels conjurent Rached Ghannouchi de démissionner et de laisser le congrès se tenir dans les délais.<a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a></p>
<p>La possibilité de voir émerger un candidat de l’opposition apparait toutefois lointaine. Les principales figures de l’opposition ont soit démissionné (Jelassi en mars), soit ne sont pas assez populaires au sein du parti pour remporter une élection présidentielle (Mekki, Dilou). L’éventuel départ de Ghannouchi ne sera sans doute pas non plus le moment du passage de la direction à la nouvelle génération, largement acquise au changement de direction du parti, mais dont les démissions se multiplient (Hichem Laarayedh, Zied Boumakhla). D’autres personnalités, moins clivantes, plus proches de Ghannouchi et issues de la seconde génération du mouvement (nées dans les années 1950-60) telles qu’Ali Larayedh, Noureddine Bhiri, Abdelkrim Harouni et Noureddine Arbaoui semblent en meilleure position. D’autres cadres relativement plus jeunes (Rafik Abdessalem, Naoufel Jammali) sont également envisageables (Lotfi Zitoun était trop controversé au sein du parti dont il a démissionné définitivement fin 2020), bien que toute prévision soit impossible.</p>
<p><strong>Les scénarios possibles pour le XI<sup>e</sup> congrès</strong></p>
<p>La dissolution du bureau exécutif du parti le 11 mai a suscité des spéculations quant à une éventuelle « stratégie Poutine-Medvedev » de la part de Ghannouchi pour se maintenir à la tête du parti. A l’image de ces deux dirigeants russes qui avaient échangé leurs fauteuils de président et de premier ministre, Ghannouchi échangerait sa place avec le président du <em>majlis al-shura</em> Abdelkrim Harouni le temps d’un mandat de manière à contourner l’interdiction de rempiler un troisième mandat présidentiel.<a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a> Ce scénario semble toutefois peu probable. Il impliquerait qu’Harouni et Ghannouchi obtiennent la confiance du congrès pour emporter, respectivement, la présidence du parti et celle du <em>majlis al-shura</em>. Avec la pression de l’opposition interne (en particulier au sein du <em>majlis</em>), l’âge avancé de Ghannouchi (78 ans) et le départ d’Abdelfattah Mourou qui ouvre la porte au retrait politique de la première génération du mouvement, l’éventuel retour de Ghannouchi à la tête du parti 4 ans plus tard est peu plausible. En se réservant la prérogative de former le comité de préparation du prochain congrès, le <em>majlis al-shura </em>constitue également un contre-pouvoir important à la présidence de Ghannouchi.</p>
<p>Dès lors, il semble plus probable que Ghannouchi ne se représente pas à la présidence du parti et désigne un héritier à sa ligne politique. La dissolution du bureau exécutif pourrait dans ce sens permettre à Ghannouchi de faire émerger un successeur en testant la popularité de plusieurs figures présidentiables auprès du <em>majlis al-shura</em> qui devra valider la nouvelle composition du bureau. Bien que la dissolution de l’exécutif soit présentée par le parti comme une décision purement technique (départ et remplacement de plusieurs membres ayant intégré le parlement ou le gouvernement) et prévue de longue date,<a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> certains cadres reconnaissent que le choix du nouveau bureau aura des conséquences directes sur les décisions prises par le congrès.<a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a></p>
<p>Par ailleurs, dans le contexte de l’épidémie de la covid-19, le congrès pourrait être repoussé à 2021 et Ghannouchi éventuellement désigné comme président intérimaire. C’était peut-être le scénario pressenti et redouté par l’opposition interne qui, dès le mois de mars, appelait à « la nécessité de tenir le onzième Congrès avant la fin de 2020 » et à « une alternance des dirigeants au sein du mouvement ».<a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a> Le 22 mai, voyant que le congrès ne se tiendrait pas à la date prévue, Abdellatif Mekki réaffirmait la « nécessité impérieuse » d’organiser le congrès rapidement.<a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a> Ce scénario (ajournement du congrès et présidence intérimaire de Ghannouchi) semblait d’autant plus probable que la grande précarité politique d’Ennahdha (absence d’allié naturel du parti, imposition d’Elyes Fakhfakh comme premier ministre par le président Kais Saied, attaques virulentes du Parti Destourien Libre d’Abir Moussi), pousse le parti à faire bloc derrière Ghannouchi. Le 28 juin, toutefois, le <em>majlis al-shura</em> a refusé la proposition faite par Ghannouchi de reporter le congrès en 2021 avec une petite majorité de 55 % des voix, illustrant ainsi la polarisation interne sur la question du renouvellement de la direction. Depuis, le parti a annoncé la tenue du congrès pour début 2021, bien que rien ne soit encore acquis.<a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a></p>
<p>Une fois la date fixée, le congrès aura la charge d’élire un nouveau président et un nouveau <em>majlis</em>. En tant qu’instance suprême du mouvement, le congrès a toutefois également la capacité de modifier le règlement intérieur du parti. Il est difficile à ce stade d’anticiper si une majorité pourrait être favorable à l’annulation – ou la suspension – de l’interdiction d’enchainer trois mandats présidentiels. Cette éventualité n’est toutefois pas à écarter, chaque congrès du parti ayant habituellement opéré des révisions des statuts du parti pour s’adapter à l’équilibre interne et la conjoncture politique du pays comme le rappelle Ali Larayedh.<a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a> Bien qu’une telle modification serait à priori coûteuse pour la cohérence interne du parti, déjà affaibli par les démissions et départs en chaine (Zitoun, Chehoudi, Jelassi, Mourou), l’éclatement du parti demeure quant à lui peu probable – ce scénario ayant été annoncé à plusieurs reprises lors du départ de Hamadi Jebali en 2013, après l’alliance avec Nidaa Tounès en 2014, et après le tournant de la spécialisation en 2016.</p>
<p><strong>Le futur d’Ennahdha</strong></p>
<p>Le XI<sup>e </sup>congrès d’Ennahdha et son potentiel changement de direction aura une incidence significative sur le futur du parti, l’équilibre du système partisan tunisien et la situation sociale du pays. Le premier point d’interrogation est la manière dont le parti gérera l’après-Ghannouchi, car l’alternance à la tête du mouvement offre l’opportunité de repenser le modèle de direction. Pour plusieurs cadres favorables à moins de verticalité du pouvoir (Samir Dilou, Zied Laadhari, Zoubeir Chehoudi), l’enjeu est de négocier la transition d’une direction charismatique – certains diraient autoritaire – à une direction plus inclusive et collégiale.</p>
<p>Au-delà du changement de direction, c’est toutefois le « rôle national » du parti – selon le jargon interne – qui est en jeu. Quelle identité la nouvelle direction imprimera-t-elle à un parti qui a théoriquement abandonné son projet religieux historique et a toujours fait passer le compromis au-dessus des objectifs politiques depuis 2011 ? Pourquoi le parti s’attache-t-il autant au consensus et quel prix cela implique-t-il pour son projet politique ? Plus largement, à quoi sert le parti au-delà de sa simple perpétuation ?</p>
<p>Enfin, le parti qui émergera du prochain congrès aura également la charge de prendre à bras le corps les questions socioéconomiques, jusqu’ici marginalisées par la priorité accordée à faire d’Ennahdha un parti incontournable dans le pays. Critiqué pour s’être focalisé sur les questions identitaires et politiciennes, Ennahdha voit en effet sa légitimité révolutionnaire remise en cause (son électorat a été divisé par trois depuis 2011) et sa capacité à satisfaire les revendications socioéconomiques contestée par des compétiteurs néo-révolutionnaires et souverainistes (Itilaf al-Karama<a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a>). Comme l’a déclaré avec optimisme Ghannouchi lui-même : « La Tunisie créera dans un futur proche son modèle de développement comme elle a créé son modèle démocratique ».<a href="#_ftn19" name="_ftnref19">[19]</a> Le rôle joué par Ennahdha dans l’élaboration de ce modèle de développement, ainsi que son avenir en tant que premier parti politique du pays, seront très largement déterminés par l’issue du XI<sup>e</sup> congrès.</p>
<p><em><span class="tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41">Théo Blanc est doctorant en science politique à l&rsquo;Institut Universitaire Européen (Florence). Il est diplômé du Master Méditerranée Moyen Orient de l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble en 2018. Ses recherches portent sur la politisation du salafisme après les révolutions arabes, avec une approche comparée de la Tunisie, du Maroc et de l’Algérie.<br />
</span></em></p>
<p><em>L’auteur tient à remercier Thierry Brésillon pour sa relecture et ses commentaires. </em></p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Frédéric Bobin, « En Tunisie, Ennahda « sort de l’islam politique » », <em>Le Monde</em>, 19/05/2016, <a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/19/rached-ghannouchi-il-n-y-a-plus-de-justification-a-l-islam-politique-en-tunisie_4921910_3212.html">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/19/rached-ghannouchi-il-n-y-a-plus-de-justification-a-l-islam-politique-en-tunisie_4921910_3212.html</a></p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Fayçal Amrani, « Ennahdha : démocratie et pluralisme », <em>Pouvoirs</em>, 2016/1 n°156, p. 95-106, cité p. 100.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Les motions et dispositifs proposés par Jelassi et Mekki étaient différents mais visaient le même objectif.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Entretien avec Abdelhamid Jelassi, Tunis, le 18 juin 2019.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Entre temps, d’autres conflits éclateront à propos de la destitution du premier ministre Habib Essid en juillet 2016 et la rupture de l’alliance avec Ennahdha annoncé par Beji Qaid Essebsi en septembre 2018.</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> Thierry Brésillon, « Ennahda, « l’homme malade » de la politique tunisienne », <em>Orient XXI</em>, 13/02/2020, <a href="https://orientxxi.info/magazine/ennahda-l-homme-malade-de-la-politique-tunisienne,3601">https://orientxxi.info/magazine/ennahda-l-homme-malade-de-la-politique-tunisienne,3601</a></p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Abou Sarra, « Faut-il regretter le départ de Zied Ladhari des structures d’Ennahdha? », <em>Web Manager Center</em>, 01/12/2019, <a href="https://www.webmanagercenter.com/2019/12/01/441928/faut-il-regretter-le-depart-zied-ladhari-des-structures-dennahdha/">https://www.webmanagercenter.com/2019/12/01/441928/faut-il-regretter-le-depart-zied-ladhari-des-structures-dennahdha/</a></p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> Mohammed El-Hachmi Hamdi (1998), <em>The Politicisation of Islam: A Case Study of Tunisia</em>. Boulder: Westview Press, p. 73</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> Pour cette période complexe, voir Vincent Geisser et Éric Gobe (2008), « Un si long règne&#8230; Le régime de Ben Ali vingt ans après », <em>L’Année du Maghreb</em>, IV | 2008, 347-381 ; Anne Wolf (2017), <em>Political Islam in Tunisia. The History of Ennahda</em>, Oxford University Press; Rory McCarthy (2018<em>), Inside Tunisia’s Al-Nahda: Between Politics and Preaching</em>, Cambridge: Cambridge University Press.</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> Seif Soudani, « Ennahdha : 100 personnalités demandent le départ de Ghannouchi », <em>Le Courrier de l’Atlas</em>, 18/09/2020,<a href="https://www.lecourrierdelatlas.com/ennahdha-100-personnalites-demandent-le-depart-de-ghannouchi/">https://www.lecourrierdelatlas.com/ennahdha-100-personnalites-demandent-le-depart-de-ghannouchi/</a></p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a>« Tunisie – Ghannouchi envisage la stratégie Poutine / Medvedev pour se maintenir aux commandes d’Ennahdha », <em>Tunisie Numérique</em>, 21/05/2020, <a href="https://www.tunisienumerique.com/tunisie-ghannouchi-envisage-la-strategie-poutine-medvedev-pour-se-maintenir-aux-commandes-dennahdha/">https://www.tunisienumerique.com/tunisie-ghannouchi-envisage-la-strategie-poutine-medvedev-pour-se-maintenir-aux-commandes-dennahdha/</a></p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> Entretien avec Ali Larayedh par téléphone, le 27 mai 2020.</p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> Entretien avec Said Ferjani par téléphone, le 27 mai 2020.</p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> « Tunisie: Des signataires d’un document interne appellent à une alternance de dirigeants au sein du Mouvement Ennahdha », Tunisie Numérique, 26/05/2020, <a href="https://www.tunisienumerique.com/tunisie-des-signataires-dun-document-interne-appellent-a-une-alternance-de-dirigeants-au-sein-du-mouvement-ennahdha/">https://www.tunisienumerique.com/tunisie-des-signataires-dun-document-interne-appellent-a-une-alternance-de-dirigeants-au-sein-du-mouvement-ennahdha/</a></p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> « A.Mekki : « Le congrès d’Ennahdha est devenu une nécessité impérieuse » », <em>African Manager</em>, 22/05/2020, <a href="https://africanmanager.com/a-mekki-le-congres-dennahdha-est-devenu-une-necessite-imperieuse/">https://africanmanager.com/a-mekki-le-congres-dennahdha-est-devenu-une-necessite-imperieuse/</a></p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> Mohamed Haddad, « La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu… (Analyse) », <em>Barr al-Aman</em>, 24/09/2020, <a href="https://news.barralaman.tn/guerre-ennahdha-aura-t-elle-lieu/">https://news.barralaman.tn/guerre-ennahdha-aura-t-elle-lieu/</a></p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> Entretien avec Ali Larayedh par téléphone, le 27 mai 2020.</p>
<p><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> Théo Blanc et Ester Sigillò (2019), « Beyond the &lsquo;Islamists vs. Secularists&rsquo; Cleavage : The Rise of New Challengers After The 2019 Tunisian Elections », <em>Policy Brief</em>, 2019/27, Middle East Directions (MED), <a href="https://cadmus.eui.eu/handle/1814/65592">https://cadmus.eui.eu/handle/1814/65592</a></p>
<p><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> « Rached Ghannouchi : Nous appelons au calme et au consensus », <em>Business News</em>, 24/05/2020, <a href="https://www.businessnews.com.tn/Rached-Ghannouchi--nous-appelons-au-calme-et-au-consensus,520,98842,3">https://www.businessnews.com.tn/Rached-Ghannouchi&#8211;nous-appelons-au-calme-et-au-consensus,520,98842,3</a></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/tunisie-ennahdha-face-a-lapres-ghannouchi/">Tunisie: Ennahdha face à l’après-Ghannouchi</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu&#8230; (Analyse)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Théo Blanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Sep 2020 21:30:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Difficiles », c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">«</span><span class="s2"> </span><span class="s1">Difficiles</span><span class="s2"> </span><span class="s1">», c’est cet euphémisme que le député d’Ennahdha, Samir Dilou, a choisi pour qualifier les prochains mois que vivra son parti. En phase de préparation d’un congrès qui accuse un retard de plus d’un an, le parti islamoconservateur vit une crise majeure dont la publicité est une preuve de la gravité. L’enjeu est la capacité de ce courant politique vieux d’un demi-siècle à vivre une alternative à Rached Ghannouchi de manière pacifique. Comment le parti dominant la scène politique tunisienne durant ces dix dernières années en est-il arrivé là</span><span class="s2"> </span><span class="s1">?</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b>La succession ou la prorogation</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ce ne sera pas un congrès comme les autres. Rached Ghannouchi ne peut plus rester à la tête du parti selon les statuts qui limitent la présidence à deux mandats depuis le congrès de mai 2007. Le fondateur a été omniprésent dès la fondation de l’ancêtre d’Ennahda, le  Mouvement de la tendance islamique (MTI), mais au lendemain de la révolution, c&rsquo;est à partir du premier congrès (2012) suivant la légalisation du parti (mars 2011) que le décompte a commencé.</span></p>
<blockquote><p>Selon des proches de ce dernier, il semble plus facile de faire avaler la pilule de la prorogation au motif de la stabilité et de l’absence d’alternative que d’ouvrir la boîte de Pandore de la succession et de mettre à nu les lignes de division du parti et les questions essentielles auxquelles il n’a pas répondu. Sans oublier que Rached Ghannouchi bénéficie d’un solide réseau à l’international qui garantit au parti un soutien important et que certains craignent de perdre.</p></blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Au milieu du mois de septembre, cent cadres du parti Ennahda ont signé une pétition pour appeler son président Rached Ghannouchi à ne pas être candidat au prochain congrès, et à respecter la limitation à deux mandats. Des députés, des membres du conseil de la Choura, des bureaux exécutif ou politique, sans compter des cadres en région ont paraphé ce texte qui a fuité dans les médias. Ils remettent ainsi à l’ordre du jour les dissensions profondes à l’intérieur du parti. Prévu initialement en mai 2020, le onzième congrès d’Ennahda a été repoussé à la fin de la même année, puis annoncé au début de 2021. Toutefois, rien ne semble acquis.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais comment se défaire d’un leader charismatique dont le nom fait partie de l’identité du parti</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? Aux yeux de certains militants, Rached Ghannouchi est un symbole avant d’être un dirigeant. Cette quasi-sacralisation qui ne dit pas son nom a été toutefois ébranlée quand le chef spirituel et politique a voulu jouer un rôle de premier plan dans les institutions de l’État. En convoitant la présidence de l&rsquo;assemblée et en l&rsquo;obtenant, il a singulièrement restreint sa marge de manœuvre. Ses prises de position sur la politique étrangère, systématiquement alignées sur l’axe turco-qatari, centre de gravité de l’islam politique, ne choquaient pas quand il n’avait que des fonctions partisanes, mais elles ont provoqué de nombreuses polémiques depuis qu’il est président de l’Assemblée.</span></p>
<h4><strong>Démystification du leader</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation à laquelle il fait face a été à son apogée lors de la dernière journée de la session parlementaire, le 30 juillet 2020. À l’ordre du jour : la motion de censure contre Rached Ghannouchi. Elle a été principalement initiée par le Courant démocrate (social-démocrate), le parti du Peuple (panarabiste) et médiatiquement récupérée par le Parti destourien libre (PDL) qui revendique l’héritage de Ben Ali. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du vote était incertaine. La tension s’est maintenue jusqu’au décompte des bulletins de vote. Il a suffi aux élus du parti Ennahdha de connaître le nombre de votes blancs et de votants pour être sûrs que la motion n’allait pas passer. Des scènes de liesse s’en sont suivies dans les couloirs de l’Assemblée. Mais c’est une victoire en demi-teinte. Cette motion qui a recueilli 97 voix est le symbole d’une remise en question de l’autorité de celui qui est, directement ou indirectement, au pouvoir depuis la révolution de 2011.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La contestation de l’autorité politique et morale de Rached Ghannouchi ne s’arrête pas au seuil de la porte du parti islamiste. Le rejet de la figure de Ghannouchi s’est répandu à l’intérieur d’Ennahdha. Au lendemain du vote, des cadres du parti qui ont préféré s’exprimer anonymement affirmaient que des élus au sein de son groupe parlementaire aimeraient le voir démissionner.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Or, quitter la présidence de l’Assemblée ou celle du parti serait synonyme d’une mort politique. Une décision qu’il ne risque pas de prendre.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Jeudi 17 septembre, des médias lui attribuaient un texte censé être une réponse à l’appel des cent. Il a balayé d’un revers de main les demandes et se contente de répondre que «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">les leaders ont la peau dure</span><span class="s2"> </span><span class="s1">». Officiellement, le bureau exécutif finira par réagir une semaine plus tard en affirmant qu’il comprend la démarche et se félicite de l’atmosphère démocratique au sein du parti.</span></p>
<h4><strong>Tenir bon, tenir en place</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’issue du congrès pourrait en grande partie se jouer en amont de celui-ci. En effet, la phase d’élections des congressistes est déterminante et elle devrait avoir lieu prochainement. Cela explique pourquoi «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">l’appel des cent</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» réclame une tenue du congrès dans les temps convenus pour éviter qu’il n’y ait de retournement dans le rapport de force.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Plus ou moins dissimulées dans le passé, les dissensions au sein du parti islamiste se manifestent désormais sur la scène médiatique. Certains y voient un signe de bonne santé démocratique, d’autres les prémisses d’une scission imminente. Pourtant, le parti islamiste s’est souvent vanté de sa vitalité démocratique par rapport aux autres partis tunisiens qui peinent à vivre sainement et pacifiquement les successions, les congrès et les tests électoraux.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le narratif du «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">parti démocratique</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» a connu plusieurs soubresauts. Ainsi en 2019, Ennahdha a beau avoir organisé des primaires pour les listes électorales des législatives, le bureau exécutif et son président, Rached Ghannouchi, les ont rabotées. Plusieurs justifications s’en sont suivies : tantôt, ceux qui ont été choisis aux primaires n’étaient pas considérés comme aptes à gagner les voix des électeurs en dehors du parti, tantôt ce sont les figures de l’appareil du parti qui ont été choisies, et lorsque des personnes ne paraissaient pas assez loyales à la direction, on a parfois préféré choisir des figures sans passé militant ou «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">indépendantes</span><span class="s2"> </span><span class="s1">».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Légalement, il n’y a rien à redire, c’est au bureau exécutif que revient le dernier mot dans la composition des listes. Un détail qui n’a pas été franchement annoncé avant les primaires. L’appareil du parti, bureaux locaux et régionaux ou encore les militants dans tous les coins du pays et même à l’étranger se sont mobilisés et avaient fondé de larges espoirs dans le fonctionnement démocratique des institutions notamment au moyen de primaires.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Toutefois, la remise en cause d’un processus démocratique a beaucoup déçu voire dégoûté d’autant qu’il y a eu un précédent.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, aux municipales de 2018, les primaires ont aussi été l’outil de composition des listes. Cette fois-là, le bureau exécutif s’est montré plus discret, laissant espérer les militants que la démocratie interne et les primaires seraient désormais un acquis. Tant s’en faut. C’est Rached Ghannouchi qui est considéré comme étant le père spirituel et par conséquent le responsable. Cet épisode est une des fractures entre le leader historique et l’appareil partisan.</span></p>
<h4><strong>Une perte de repères</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">Les «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">nouveaux</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» ne s’y retrouvent pas davantage. Ceux qui ont rejoint la sphère du parti après 2011, qu’ils soient encartés ou pas, ne se sentent pas concernés par la bataille qui a lieu actuellement. Et pour cause, ils estiment que c’est une bataille héritée de la période de la dictature. La preuve selon un cadre du parti: aucun des adhérents qui a rejoint le parti après 2011 n’est membre des commissions préparatoires du prochain congrès.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Loin d’être anecdotique, la marginalisation des nouveaux venus est le reflet d’un échec du parti à élargir sa base au-delà de ses soutiens historiques. Cette politique annoncée en grande pompe lors du dixième congrès en 2016 a été un tournant historique. En accueillant le chef de l’État Béji Caïd Essebsi lors de l’ouverture, la réconciliation était scellée entre islamistes et destouriens, parmi les principaux courants politiques de la Tunisie post-indépendance.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Or, le renouvellement et l’élargissement de la base d’Ennahda sont laborieux, voire inexistants. Ceux qui disent vouloir moderniser les institutions du parti et l’ouvrir à d’autres pans de la société tunisienne se retrouvent bloqués par un plafond de verre. Selon eux, ils pâtissent de ne pas avoir été cooptés ni par les réseaux familiaux ni par une allégeance aux anciens.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Le «</span><span class="s2"> </span><span class="s1">CDU musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">» annoncé en 2016 n’est pas advenu.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Partant, il y a beaucoup de frustration, de déception et de désengagement des institutions du parti. Autre point fort du précédent congrès mis en sourdine : la séparation de la prédication et du politique, une dualité qui marquait l’identité de parti islamiste. Quatre ans plus tard, de l’avis de plusieurs cadres du parti, rien n’a été fait pour appliquer cette décision mis à part la mise à l&rsquo;écart de certaines grandes figures de la da&rsquo;wa tels que Sadok Chourou ou Habib Ellouz. L’hypersensibilité au religieux dans le discours du parti en est la preuve, notamment durant la campagne électorale avec la promesse de création de la caisse de la Zakat (Un pilier de l&rsquo;islam consistant en un acte de charité). Autre signe, la ligne de la politique étrangère du parti ou le poids que prennent certains débats à l’image de l’égalité dans l’héritage qui a occupé les structures du parti plus que les problèmes économiques ou le chômage, selon des témoignages concordants.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Cette distinction entre l’activité politique et religieuse, même avortée, a brouillé les repères de certains militants historiques, de même pour l’abandon de l’idée d’inscrire la charia dans la constitution. Quelle place peut-on donner à l’idéologie dans un parti islamiste qui veut faire sa mue pour devenir un parti conservateur avec un référentiel musulman</span><span class="s2"> </span><span class="s1">? La question n’est pas encore tranchée. À cela s’ajoute, l’arrivée de nouveaux visages au lendemain de la révolution, sans passé militant, le retour au pays des exilés, moins exposés aux jougs de la dictature mais qui ont hérité des leviers du pouvoir dans l’État et au sein du parti, sans oublier l’alliance avec l’ancien régime, Nida Tounes hier et Qalb Tounes aujourd’hui, qui en a mécontenté plus d&rsquo;un.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Autant de chocs qui ont fini de déraciner le parti de son terreau révolutionnaire et ont resserré les rangs des frondeurs qui ne forment pourtant pas un bloc homogène. Car leur impuissance a approfondi le fossé entre la direction du parti et sa base historique.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Pour les nouveaux comme pour les anciens, l’impression dominante est que le parti — à plus forte raison sa direction et son président — navigue désormais à vue et n’a qu’une devise : la realpolitik et le maintien au pouvoir.</span></p>
</blockquote>
<h4><strong>«</strong><strong> </strong><strong>Machina ex deus</strong><strong> </strong><strong>»</strong><strong> </strong><strong>?</strong></h4>
<p class="p1"><span class="s1">L’une des manifestations de l’improvisation et de l’absence de stratégie est l’épisode chaotique de la présidentielle. Le décès du président en exercice Béji Caïd Essebsi, le 25 juillet 2019, à quelques mois de l’élection présidentielle a perturbé les plans du parti, en bousculant le calendrier électoral. Jusqu’alors les législatives précédaient les présidentielles. Ennahdha devait patiemment attendre la clarification du rapport de forces issu des urnes, sceller des alliances, choisir un des candidats à la présidence en fonction, déterminer le niveau d’engagement à la campagne présidentielle et adapter le discours en conséquence. En 2019, rien de tout ça n’est possible. À la dernière minute, le parti décidera de participer à la présidentielle. </span>Le suspens avait duré jusqu’au bout.</p>
<blockquote>
<p class="p1">Alors que le Bureau exécutif dont les membres sont choisis par le président du parti avait opté pour ne pas présenter un candidat, une majorité des membres du conseil de la Choura ne suit pas et s’apprête à voter une motion opposée. Un désaveu pour le bureau exécutif. Aussi, ce dernier se réunit en parallèle, et décide de réviser sa position pour éviter de se décrédibiliser.</p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">C’est Abdelfattah Mourou, vice-président de l’assemblée entre 2014 et 2019 qui est nommé candidat. Selon certains témoignages, le choix du conseil de la Choura n’était pas motivé par la capacité du parti à remporter la présidentielle ou l’intérêt stratégique du parti à être à Carthage. C’est plutôt le différend et l’esprit de revanche entre les soutiens de Ghannouchi et ses opposants qui a motivé ce choix. La campagne électorale pour les présidentielles de 2019 a laissé un goût amer à certains cadres du parti, car ils voyaient que des bureaux régionaux soutenaient d’autres candidats dont Kais Saïed et Seiffedine Makhlouf. Certains émettent même l’hypothèse que Abdelfattah Mourou aurait été saboté de l’intérieur et constatent qu’il n’a pas été assez soutenu par l’appareil. </span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Ce n’est pas la première fois que Rached Ghannouchi est défié par le conseil de la Choura. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En 2016, lors du dixième congrès, sa position est contestée sur une question de gouvernance au sein du parti. En effet, les congressistes se sont divisés entre ceux qui estiment que les membres du bureau exécutif, l’instrument de gouvernement du parti, devaient être élus et ceux qui les veulent désignés par le président. Le bras de fer a abouti à une formule mixte : le président propose, la Choura vote sur les propositions de ce dernier. Ainsi, le président doit quand même respecter les grands équilibres au sein du parti et donner accès aux personnes qui ne lui sont pas nécessairement acquises. D’ailleurs, certains des signataires de l’appel des cent font partie du bureau exécutif. Cette fracture va perdurer et marquer par la suite toutes décisions du parti.</span></p>
<p class="p1"><strong>Agenda partisan insensible à l’agenda national</strong></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ces tensions partisanes semblent hermétiques aux rapports de forces sur la scène nationale. En votant la confiance à l’actuel gouvernement, Rached Ghannouchi a permis au parti Ennahda de reprendre en partie le pouvoir exécutif, fort de son alliance avec al Karama et surtout avec Qalb Tounes. Le leader historique du mouvement islamoconservateur a <span class="s2">réussi à renverser le rapport de forces sur la scène politique nationale en retournant le poulain du président en sa faveur</span>. En effet, il lui garantit une majorité que le chef de l’État ne pouvait pas lui offrir.</span></p>
<p><em>Lire également:</em></p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ro7ycX9rxP"><p><a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/">De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</a></p></blockquote>
<p><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi » &#8212; Research Media" src="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/embed/#?secret=3lefiOguX8#?secret=ro7ycX9rxP" data-secret="ro7ycX9rxP" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais cette alliance est en soi révélatrice des contradictions et elle est source de tensions au sein d’Ennahdha. En effet, le principal allié est Qalb Tounes. Un parti hétéroclite présidé par Nabil Karoui, un homme d’affaires controversé et poursuivi pour blanchiment d’argent, fraude fiscale en sus du soupçon de financement étranger de sa campagne présidentielle avec un contrat de lobbying d’un million de dollars. Ce repaire de loyaux rassemble entre autres : le frère de l’intéressé, qui bénéficie de l&rsquo;immunité parlementaire depuis son accession à la députation, alors qu&rsquo;il était poursuivi par la justice, quelques anciens du parti de Béji Caïd Essebsi, ou d’autres «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">touristes partisans</span><span class="s3"> </span><span class="s1">», une expression populaire en Tunisie en référence à ceux qui changent d’affiliation partisane en fonction de leurs intérêts personnels. Ce parti a perdu onze élus sur les trente-neuf qu&rsquo;il comptait au début de la législature 2019-2024.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La deuxième formation politique est la coalition Al Karama, des conservateurs populistes à la droite d’Ennahdha avec à leur tête l’avocat Seifeddine Makhlouf qui s’est illustré en défendant des personnes poursuivies dans des affaires de terrorisme. Il a fait campagne sur le thème du souverainisme, notamment la lutte contre la colonisation française qui se poursuivrait, selon lui, sous la forme de dépendance économique ou encore de téléguidage et d&rsquo;accaparement des richesses pétrolières tunisiennes. Comble de la contradiction, son groupe refusera de prendre la présidence de la commission de l’énergie préférant la laisser au Parti Destourien Libre.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Selon certains cadres du parti Ennahdha, le choix de s’allier avec ces formations a beaucoup plus isolé le parti qu’il ne l’a intégré dans la scène politique tunisienne. </span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, les deux formations politiques alliées sont récentes, elles n’ont ni idéologie ni histoire militante et jouent le rôle d’appoint pour maintenir Ennahda au pouvoir. Questionnés sur les affaires troubles de Nabil Karoui, les proches de Rached Ghannouchi répliquent systématiquement que ce dernier ne joue aucun rôle dans l’État et qu’il n’a pas été condamné par conséquent, la présomption d’innocence prévaut.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Deux poids, deux mesures, car les mêmes interlocuteurs n’ont pas souffert l’attente de la procédure judiciaire contre Elyes Fakhfakh, ex-chef du gouvernement, qui est tombé officiellement pour conflit d’intérêts. Or, selon des témoignages concordants, c&rsquo;est pour ne pas avoir ouvert un « canal de communication direct » avec Rached Ghannouchi. Le parti qui a fait campagne en 2019 sur l’adage d’Ibn Khaldoun : «</span><span class="s3"> </span><span class="s1">La justice est le fondement de toute civilisation,</span><span class="s3"> </span><span class="s1">» a préféré attendre un an après les législatives et présidentielle pour rendre public et assumer pleinement une alliance qu’il n’assumait pas au lendemain des élections. Comment n&rsquo;aurait-il pas heurté ses partisans alors qu&rsquo;il a mené campagne contre la « corruption</span><span class="s3"> </span><span class="s1">et les corrompus » dont Nabil Karoui et Qalb Tounes auraient implicitement été l&rsquo;incarnation. Si certains des choix de Ghannouchi durant ces dix dernières années sont décriés, c’est en partie parce qu’ils servent son intérêt plus qu’il ne rend service au parti, selon ses détracteurs.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">La machine réussira-t-elle à survivre à son fondateur ou périra-t-elle de son fait</span><span class="s3"> </span><span class="s1">?</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Dans cette fuite en avant, le retour en arrière est périlleux et inextricable. La voie dans laquelle Rached Ghannouchi a engagé le parti le pousse à être moins conciliant. Ce n’est pas la première fois que le parti fait face à des dissensions mais elles sont souvent le fait d’individus, rarement d’actions groupées avec autant de personnalités de différents bords. À défaut de faire reconnaître son autorité, Rached Ghannouchi révèle un attachement forcené au pouvoir. L’absence de cap du principal parti de la décennie post-2011 peut signifier la formation de coalitions politiques sans autre programme que leur maintien au pouvoir, quitte à réduire le peu d’acquis que le processus révolutionnaire a pu apporter.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/guerre-ennahdha-aura-t-elle-lieu/">La guerre d’Ennahdha (n’) aura (pas) lieu… (Analyse)</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>De Kais Saïed à Ghannouchi &#038; Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Sep 2020 10:28:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le gouvernement proposé par Hichem Mechichi a obtenu la confiance du parlement avec 134 voix favorables, 67 contre&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le gouvernement proposé par Hichem Mechichi a obtenu la confiance du parlement avec 134 voix favorables, 67 contre et sans abstention. Inconnu il y a quelque mois, Mechichi doit son ascension vertigineuse à Kais Saïed, le chef de l’État qui l’a nommé conseiller à la présidence, et choisi comme ministre de l’Intérieur et désormais chef du gouvernement. À première vue, c’est un succès pour le président de la République Kais Saïed qui a trouvé cet anonyme sans passé politique, afin de garantir sa loyauté. C’est bien tout le contraire qui a eu lieu.</p>
<p>En réalité, c’est un échec. Kais Saïed vient de perdre l’une de ses premières batailles politiques depuis son accession au pouvoir. Son filleul a changé d’allégeance pour aller chez ceux qu’il abhorre : les partis politiques. Parmi les 61 % de députés qui voté pour Hichem Mechichi, figurent le groupe du parti islamoconservateur Ennahda et de Qalb Tounes, le parti de l’homme d’affaires poursuivi pour blanchiment d’argent, Nabil Karoui. Ceux-là mêmes que le chef de l’État ignore ou combat.</p>
<blockquote><p>Comment le haut-fonctionnaire étiqueté « technocrate et compétent » que le chef de l’État a débauché de la direction générale de l’Agence Nationale du Contrôle sanitaire et environnemental des produits, se retrouve-t-il allié avec les adversaires politiques du président?</p></blockquote>
<p>Il faut remonter aux négociations tumultueuses pour la formation de ce gouvernement. Hichem Mechichi commence par recevoir tous les partis notamment le Parti Destourien Libre (PDL) qui se revendique comme héritier du régime de Ben Ali et un éradicateur des « frères musulmans » en Tunisie, entendre le parti Ennahda.</p>
<p>C’est la première fois que ce parti répond à une invitation pareille. Cela laissait entendre qu’une coalition sans le parti islamiste était envisageable. En effet, c’est la condition de Abir Moussi, la présidente du PDL, pour toute participation politique. Cependant, les tractations piétinent, Hichem Mechichi ne convainc pas. Les partis comprennent que Carthage limite considérablement sa marge de manœuvre. Ainsi, il aurait confié à Ennahda et Qalb Tounes que le président de la République lui a tracé des lignes rouges: les deux partis arrivés en tête des élections devaient être exclus.</p>
<p>Résultat, durant plusieurs semaines, Mechichi est taxé d’être une marionnette aux mains de Kais Saïed et de sa directrice de cabinet Nadia Akecha à qui l’on prête un pouvoir de persuasion conséquent. Tous les partis dénoncent une « présidentialisation » du régime et qualifient cette nouvelle équipe du « gouvernement du président ». Quand les sociodémocrates du Courant démocrate annoncent qu’ils ne voteront pas en faveur de ce gouvernement, ceci anéantit <i>de facto</i> l’éventualité d’une coalition parlementaire sans Ennahda et Qalb Tounes.</p>
<p>Hichem Mechichi s’est retrouvé dans une situation assez délicate. Sous pression du chef de l’État qui se faisait de plus en plus insistant pour parachuter de plus en plus de ministres. Bien au-delà des portefeuilles de la défense et des affaires étrangères où il a son mot à dire, Kais Saïed impose, contre l’avis de son poulain, le ministre de l’Intérieur, un avocat impliqué dans sa campagne présidentielle sans autres motifs de choix que la proximité avec le président.*</p>
<h4>Que devrait faire Hichem Mechichi ?</h4>
<p>Jeter l’éponge, remettre les clés du gouvernement à Carthage ?</p>
<p>Ou continuer…</p>
<p>C’est là, le moment charnière. Certains députés de différents partis évoquent des réunions secrètes que Mechichi aurait tenues avec les chefs du parti Ennahda et de Qalb Tounes. Un compromis aurait été arrangé à cette occasion.</p>
<blockquote><p>La réunion aurait été rapportée à Kais Saïed par les services de renseignements, selon un élu qui s’est exprimé anonymement.</p></blockquote>
<p>À partir de là, la confiance et l’allégeance entre le parrain et le filleul ont été enterrées. Ce qui est devenu « l’affaire du ministre de la Culture » est une tache indélébile rappelant cette rupture. Même si une partie du monde de la culture ne l’a pas apprécié, même si l’actuelle ministre faisait relativement consensus, c’est Walid Zidi, un novice sur la scène politique qui a hérité de ce ministère. C’est le premier aveugle à avoir soutenu une thèse de doctorat en civilisation arabe, enseignant, il n’a jamais dirigé d’organismes publics ou privés. Quelques heures après la révélation des noms des ministres, Walid Zidi annonce sur Facebook qu’il renonce à son poste sans en référer au chef du gouvernement. Le lendemain matin, l’équipe de Mechichi publie un communiqué indiquant qu’il ne fait plus dans son équipe. En fin de matinée, réaction invraisemblable de Kais Saïed: il reçoit le ministre de la Culture et lui renouvelle sa confiance… Une humiliation publique que Mechichi peine à digérer.</p>
<p>La dernière tentative de Kais Saïed d’avorter le processus du vote de confiance advient la veille de celui-ci. Il convoque quelques partis politiques, sans Qalb Tounes ni le PDL… et s’engage à ne pas dissoudre l’assemblée si le gouvernement n’obtient pas la confiance. Il laisse subtilement entendre qu’il serait encore possible de renoncer au gouvernement de Mechichi. En face de lui, il n’y avait que les partis initialement représentés dans l’actuel gouvernement démissionnaire d’Elyes Fakhfakh, éventuellement chargés de rester aux affaires, si Hichem Mechichi échouait à obtenir la confiance de l&rsquo;assemblée. Partant, il transforme une disposition constitutionnelle censée débloquer une impasse politique par un instrument de négociations dans un bras de fer qui l’oppose à Ennahda et Qalb Tounes.</p>
<p>De plus, si ce gouvernement passe, il exprime son opposition contre le changement de certains ministres par le parlement peu après le vote de confiance. Une mesure pour laquelle il n’a aucun levier de pression.</p>
<p>Cette prise d’initiative politique, hors des sentiers tracés par la constitution, lui a coûté cher. En effet, elle l’a d’abord exhibé dans une position de faiblesse. Celui qui refusait de recevoir les partis durant la phase de la formation du gouvernement, les convoque quelques heures avant le vote pour se racheter. Avec ce coup de poker perdu, Kais Saïed a ébranlé la légitimité de son image et de sa parole d’homme droit parlant le droit et « d’unique interprète de la constitution » en l’absence de Cour constitutionnelle. Nabil Karoui et Rached Ghannouchi se sont saisis de cet échec en rappelant le jour du vote l’importance du respect des procédures constitutionnelles.</p>
<p>Mais le président de la République a perdu beaucoup plus. Au-delà de ses prérogatives constitutionnelles, il disposait de la force de proposition du chef du gouvernement. En effet, il y a deux mois, le chef de l’État était dans un élan ascendant, il recevait la démission d’Elyes Fakhfakh qui évitait <i>in extremis </i>une motion de censure. La balle revenait à Carthage pour nommer son successeur. Il n’aurait jamais eu cette carte sans la démission, ou si la motion de censure parlementaire avait abouti. Encore moins, si Ennahda avait réussi à former un gouvernement du premier coup après les élections législatives d’octobre 2019. Désormais, la démission du chef du gouvernement à la demande du chef de l’État n’est plus une garantie.</p>
<h4>Comment l’alliance Ennahda-Qalb Tounes va-t-elle s’accommoder d’un gouvernement qu’elle n’a pas conçu ?</h4>
<p>La solution fait partie de l’accord préalable au vote de confiance : sept ministres devraient être remplacés sans passer par Carthage, un chiffre avancé par Nabil Karoui. L’alliance ne compte pas s’arrêter là… prochaine étape : la mise en place de la cour constitutionnelle.</p>
<blockquote><p>Loin d’eux le souci de compléter l’architecture institutionnelle prévue dans la constitution de 2014, l’objectif, toujours selon Nabil Karoui, le chef de Qalb Tounes, est de disposer d’un outil pouvant déchoir le président de son mandat pour faute grave. Seule la Cour peut le faire.</p></blockquote>
<p>Toutefois, avec sa composition actuelle, il est impossible de rassembler les 145 députés pour élire les trois membres restants de la cour constitutionnelle et relancer la mise en place de la clé de voûte du régime politique tunisien. C’est pour cela que l’amendement de la loi organique de la Cour a été un leitmotiv des débats politiques depuis 2015. Feu Béji Caïd Essebsi avait déjà déposé un projet de loi pour permettre l’élection des juges constitutionnels par une majorité absolue (50%+1) et non qualifiée (2/3). Qalb Tounes et Ennahda pourraient s’engager à nouveau dans cette voie. Même s’ils réussissent à adopter les amendements, le président pourrait alors s’abstenir de les promulguer. En effet, l’été dernier lors d’une interview télévisée, le chef de l’État a déjà évoqué la possibilité de ne pas promulguer des lois adoptées par le parlement s’il n’en est pas satisfait. S’il le fait, cette loi est renvoyée au parlement et doit être adoptée avec une majorité plus importante. C’est là où les 134 voix favorables au gouvernement prennent un autre sens.</p>
<blockquote><p>Ces trois cinquièmes de l’assemblée indiquent que l’alliance Ennahda-Qalb Tounes avec le soutien d’indépendants et de la coalition El Karama, un groupe populiste à la droite d’Ennahda, peuvent outrepasser le droit de réponse du chef de l’État, voire son refus de promulgation des lois organiques, comme celle de la Cour constitutionnelle ou la loi électorale.</p></blockquote>
<p>Pour Hichem Mechichi, l’ex-ministre de l’Intérieur au sein du gouvernement démissionnaire d’Elyes Fakhfakh, le plus dur ne fait que commencer. Désormais, pour peser dans la discussion contre ces nouveaux parrains, la seule carte dont il dispose dans le rapport de forces est la menace de la démission, ce qui redonnerait la force de proposition à Kais Saïed au grand dam de l’alliance Ennahda-Qalb Tounes. Malgré ce vote de confiance, la stabilité gouvernementale n’est pas encore à l’ordre du jour. La tendance qui se dégage de cette première année du quinquennat, c’est une course aux bâtons dans les roues des uns et des autres qui ne risque pas de se tarir, malgré une détérioration accélérée de la situation économique et sociale.</p>
<p><em>* Une version précédente de l&rsquo;article mentionnait que « &#8230; pour le ministre de l’Équipement: plaidant une coquille suite à une homonymie dans la liste officielle des ministres, la présidence envoie un rectificatif au parlement pour mettre son homme. » En réalité, c&rsquo;est Hichem Mechichi qui a formulé <a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/whatsapp-image-2020-09-04-at-8-10-00-am/">la demande par écrit comme indiqué par Carthage.</a></em></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/de-kais-saied-a-ghannouchi-karoui-decryptage-du-retournement-de-hichem-mechichi/">De Kais Saïed à Ghannouchi & Karoui, décryptage du retournement de Hichem Mechichi</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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			</item>
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		<title>Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2020 15:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance médias]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Sondage]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Tunisien.ne.s et la politique Et le vote dans tout ça ? Participation à la vie politique Les&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#_Toc40191370">Les Tunisien.ne.s et la politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191371">Et le vote dans tout ça ?</a></p>
<p><a href="#_Toc40191372">Participation à la vie politique</a></p>
<p><a href="#_Toc40191374">Les élections législatives de 2019</a></p>
<p><a href="#_Toc40191375">Le crédit des médias en période électorale</a></p>
<p><a href="#_Toc40191376">Elections et diversité médiatique</a></p>
<ol>
<li><a href="#_Toc40191377"> Les bonnes performances des médias traditionnels </a></li>
<li><a href="#_Toc40191378">Les médias traditionnels et la convergence médiatique</a></li>
<li><a href="#_Toc40191379">Des disparités générationnelles consacrées par Facebook </a></li>
</ol>
<p>Quel crédit les Tunisien.ne.s accordent-ils/elles à leurs médias ? Voilà une question à laquelle les résultats d’audimétrie ne donnent aucune réponse. Regarder telle chaîne TV, écouter telle station radio, « aimer » telle page Facebook, cela revient-il à endosser leur ligne éditoriale ? Pour autant, si la présence de médias professionnels de qualité est essentielle à la démocratie, la confiance que les citoyen.ne.s leur accordent est non moins importante.</p>
<p>Suite à un premier sondage, Barr al Aman en partenariat avec CFI en a réalisé un second en 2020, peu avant la crise sanitaire que nous traversons. Au milieu du flot d’informations toutes plus déprimantes les unes que les autres, on en a une bonne pour vous : ça va mieux ! Les relations que nos concitoyens entretiennent avec leurs médias s’améliorent (légèrement).</p>
<p>Non qu’entre eux ce soit le grand amour… loin s’en faut. Mais en matière de médias comme de sentiments, le « Grand Amour » existe-t-il seulement ? En 2018, ils étaient 35 % à ne pas du tout leur faire confiance, et 38 % à leur faire un peu confiance. En 2020, ils ne sont plus que 24,7 % à leur être totalement défiants, et 38,6 % à leur accorder un minimum de confiance. En deux ans, on constate donc un recul de la défiance vis-à-vis des médias (Pas du tout : -10,3 %), pour une confiance relative (un peu : +6,6 %).</p>
<p>En période électorale (présidentielle et électorale), la chaîne publique dispose d’un fort capital confiance parmi les Tunisien.ne.s : 57,4 % la recommandent pour s’informer, loin devant Elhiwar Eltounsi (18,5 %) et Nessma (16,6 % pour la présidentielle et 17,7 % pour les législatives). En matière d’information radiophonique en période électorale, en revanche, le pôle public (15,5 %) est devancé par Mosaïque FM (47,4 %), mais se positionne devant Jawahara FM (6,6 %) et IFM (6,5 % ; IFM dont on constate le bon en avant par rapport à 2018 où seuls 3 % des répondant.e.s la recommandaient). Ces chiffres doivent cependant être ramenés à leur juste proportion tant il est vrai que les habitudes médiatiques des enquêté.e.s n’associent pas le média radiophonique à l’information : 43,1 % d’entre eux et elles ne s’informent pas par la radio, et 62,6 % l’écoutent moins d’une heure par jour.</p>
<p>La TV se taille la part du lion dans la jungle médiatique et reste le « média-roi » : 35,4 % du panel interrogé regardent la TV entre 2 et 3 heures par jour et 79 % l’utilisent pour s’informer. Même hors élections, la chaîne publique dispose d’un plus grand crédit que les autres opérateurs du paysage audiovisuel tunisien : al-Watanya arrive en tête des réponses pour l’information générale (39,4 %, soit 8,4 % de plus qu’en 2018) et ce crédit est équitablement réparti entre les catégories socioprofessionnelles. Le score de la première chaîne publique est 3 fois supérieur à celui de son dauphin, Elhiwar Eltounsi (10,8 % ; +2,8 % par rapport à 2018), et au score de Nessma (10,1 %) accusant une dégringolade de -11,9 % que l’on peine à ne pas attribuer aux appétits politiques de son propriétaire et à ses accents populistes.</p>
<p>Au (subtil) regain de confiance des Tunisien.ne.s dans leurs médias, on opposera la perte de crédit dont les médias étrangers font les frais. 52 % des répondant.e.s déclarent ne faire aucunement confiance à ceux-ci, soit 14 % de plus qu’en 2018. Le leader France 24 perd lui-même 6,9 % en deux ans, tout en maintenant sa position de leader étranger parmi les individus aux meilleurs revenus (27,2 % &#8211; AB) que ceux avec les revenus les plus faibles (18,3 % &#8211; DE). Avec 5,6 %, la chaîne saoudienne al-Arabiyya perd 3,4 % ? Effet MBS ? Dommage collatéral de la scabreuse affaire Khachoggi ? Sûrement un peu des deux.</p>
<h2><a name="_Toc40191370"></a>Les Tunisien.ne.s et la politique</h2>
<p>Le sondage aborde également le rapport que des citoyennes et citoyens tunisien.ne.s entretiennent avec la politique. Commençons par les bonnes nouvelles et conservons notre esprit optimiste : si l’on compare les derniers résultats obtenus avec ceux de 2018, on observe un léger (quoique fragile) regain d’intérêt pour la politique. Si en 2018, 44% des sondé.e.s se déclaraient complètement désintéressé.e.s de la politique, ils ne sont plus que 31,2% en 2020.</p>
<p>Cet écart de 12,7% peut s’expliquer par un effet du contexte de l’administration du questionnaire de ce sondage; soit en mars 2020, quelques mois après une séquence de grande confusion politique dont la forclusion semble aujourd’hui hâtée par la pandémie du COVID-19 et la crise protéiforme (sanitaire, sociale, économique, politique, humaine) qu’elle traîne dans son sillage. Cette séquence a été inaugurée par le décès du Président Béji Caïd-Essebsi le jour de la fête de la République, le 25 juillet 2019. Le soudain unanimisme autour de feu le Président « Bajbouj » a tiré les Tunisien.ne.s de la torpeur estivale. En l’absence de Conseil constitutionnel, et en présence de deux candidats sous le coup de la justice, les estivant.e.s étaient promis.es à une période préélectorale rocambolesque tranchant radicalement avec l’actualité habituellement peuplée de “marronniers” de la fin d’été.</p>
<p>La rentrée a coïncidé avec le lancement officiel d’une campagne pour la présidentielle largement entamée en amont, notamment sur les plateaux des <em>talk-shows</em> politiques des TV privées (Meriem Belkadi, Sami Fehri, etc.) dont les producteurs étaient eux aussi en (pré)campagne. À la lumière du sondage, on découvre ou on quantifie ce que l’intuition nous conduisait à penser pendant cette rentrée électorale : les Tunisien.ne.s ont largement suivi la campagne. Seulement 8,8% d’entre eux (7,9%) et elles (9.9%) déclarent ne pas l’avoir suivie et, conséquemment, 91,8% d’entre eux (92,1%) et elles (90,1%) l’ont effectivement suivie.</p>
<p>Le sondage laisse toutefois un angle mort : celui de savoir comment a été suivie la campagne. On ne pense pas trop s’avancer en émettant l’hypothèse selon laquelle ils/elles l’ont suivie sur le mode du feuilleton, voire du burlesque – deux genres dont les deux campagnes avaient tous les ingrédients. Burlesque, comme l’illustre pléthore d’échanges sur les réseaux socionumériques, à la fois champ de bataille politique<a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>, mais aussi lieux privilégiés de la dérision « en mode LOL »<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a> ou en mode <em>tanbîr</em>. Sur le ton du feuilleton, dans la mesure où chaque jour apportait son lot de petites phrases, de coups de théâtre, de retournements ou de traitrises, entre acteurs nouveaux et d’autres que l’on a vus évoluer au fil des saisons/législations précédentes. Et en guise de récompense pour les sériphiles de la cuvée présidentielle 2019 : la tenue d’un débat pluraliste en direct sur un grand nombre de chaînes tunisiennes et internationales.</p>
<p>Au total, les deux scrutins et les interminables tractations qui s’en sont suivies y sont certainement pour beaucoup pour le timide intérêt retrouvé des Tunisien.ne.s interrogé.e.s pour la politique.</p>
<p>Mais de quelle « politique » parle-t-on exactement ? De la politique « politicienne » (la vie partisane et ses protagonistes), ou de la politique institutionnelle ? Que ce soit à un moment charnière censé renouveler le personnel politique aux commandes, ou après, difficile de démêler l’écheveau de cette question à travers un simple sondage.</p>
<p>On note toutefois un décalage entre, d’une part, le relatif (dés)intérêt des personnes sondées pour la politique et, de l’autre, leur rejet massif du personnel politique ou des options politiques présentes dans l’offre partisane nationale. Si on exclut les 31,3% se déclarant « pas du tout » intéressé.e.s par la politique, on peut affirmer que, à l’inverse, quasiment les 3/4 d’entre eux/elles ont un intérêt quelconque (plus ou moins grand) pour la politique (69,7% ; soit 71.6% chez les hommes ; 65,6% chez les femmes). Or, c’est dans ce même ordre de grandeur que les personnes sondées marquent leur rejet des structures partisanes nationales. À la question « De quel parti politique vous sentez-vous le plus proche ou le moins éloigné ? », ils/elles sont 69,4% à répondre « aucun parti » (67,2% chez les hommes et 71,9% parmi les femmes) . Peut-être cette proportion peut-elle être nuancée par le biais d’enquête qui consiste pour un.e répondant.e à falsifier ses préférences, qu’il ou elle peut juger plus ou moins avouables ? Toujours est-il que la tendance à l’apolitisme est suffisamment massive pour ne pas compromettre notre lecture de ce résultat.</p>
<p>On observe également que cette tendance est proportionnelle aux revenus : les individus les moins favorisés se déclarent en plus grand nombre sans affiliation partisane ou sans sensibilité de parti (74,5% dans la catégorie DE), suivis des revenus intermédiaires (67,5% &#8211; catégorie C), puis des revenus les plus élevés (66,9% &#8211; catégorie AB). L’âge impacte également ce rejet des structures partisanes et l’on pourra légitimement s’inquiéter des chiffres constatés chez les plus jeunes : les pics de rejet des partis politiques s’observent parmi les moins de 20 ans (75.5%) et dans la cohorte des 20-29 ans (77,7%). On passe tout juste la barre des 70% parmi les 30-39 ans (69,7%) et les 40-49 ans (67,5%), pour s’établir à 64,2% chez les 50-59 ans.</p>
<p>Sans grande surprise pour les observateurs de la scène politique tunisienne, les partis politiques ne trouvent donc pas grâce auprès des répondant.e.s. Ou, pour le dire autrement, les individus sondés ne parviennent pas à identifier de formation politique en phase avec leurs convictions ou aspirations dans l’offre partisane existante. Pourquoi en est-il ainsi ? Serait-ce en raison de l’explosion du nombre de structures partisanes depuis 2011 ? À cause des multiples recompositions partisanes au cours des deux dernières législatures ? Du fait du nomadisme partisan des parlementaires qui passent d’une écurie à l’autre et les citoyen.ne.s d’une incurie à l’autre ? À moins qu’il ne faille invoquer les récentes tractations politiciennes en vue de former un gouvernement, lesquelles laissent les traces d’un sentiment difficilement quantifiable : celui du goût amer d’avoir été dépossédé de son vote ?</p>
<h2><a name="_Toc40191371"></a>Et le vote dans tout ça ?</h2>
<p>Quelle que soit la réponse, le sondage traduit une méfiance patente des Tunisien.ne.s vis-à-vis de leurs partis politiques. Nul doute que l’on voit ici comment les performances passées du personnel politique a fait son œuvre chez les électeurs et les électrices et qui trouvent dans ce sondage l’occasion d’exprimer leur condamnation. Et si l’on suit ce fil explicatif, il semble bien que les femmes sont moins « dupes » que les hommes. Elles sont en effet plus promptes à marquer leur désintérêt pour la politique (34,4%), et sont moins nombreuses que les hommes à s’y investir : 3% des femmes se disent « très intéressées » par la politique, contre 7,7% des hommes.</p>
<p>Observe-t-on une différence avec 2018 ? Si l’année des dernières élections municipales, 46% des femmes interrogées n’étaient « pas du tout » intéressées par la politique, elles ne sont plus que 34,4% en 2020. Par voie de correspondance – et en ayant en tête les éléments de contexte soulignés plus haut – elles sont plus nombreuses à se déclarer « un peu intéressées »  en 2020 (51,2%) qu’en 2018 (37%).</p>
<p>Pour les répondant.e.s de 2020 s’estimant plus ou moins proches d’une structure partisane (30,6%), les résultats se répartissent de façon congruente avec les résultats des législatives de 2019. Ainsi, le mouvement Ennahdha arrive-t-il en tête avec 7,10% des réponses, avec un plus grand succès parmi les hommes (8,70%) que chez les femmes (5,30%). Contrairement à une idée reçue, les individus aux revenus supérieurs sont plus nombreux dans les rangs des sympathisants déclarés d’Ennahdha (parmi les répondant.e.s), soit 11% des CSP+ (AB), 7,9% parmi les revenus intermédiaires (C), et seulement 4,3% parmi les salaires inférieurs (DE). On peut y lire une sensibilité au volet libéral (économiquement) de cette formation ou bien y voir le fonctionnement d’un balancier dont le pivot serait le conservatisme oscillant entre une acception laïque ou religieuse du contenu de ce conservatisme.</p>
<p>Il est intéressant de souligner que le différentiel basé sur le genre relevé à propos d’Ennahdha s’inverse dans le cas de Qalb Tounès, deuxième formation dans les réponses, avec 5,10% de réponses favorables, dont 6,10% parmi les femmes et 4,10% chez les hommes. De la même manière, à l’inverse de ce qui a été mentionné au sujet d’Ennahdha, les classes les moins favorisées sont les plus nombreuses à se déclarer sensibles au parti de Nabil Karoui dont on connaît le populisme assumé (8,3% pour les DE ; 3,9% pour les C ; et 2,4% chez les AB).</p>
<p>Le Parti destourien libre de l’avocate et actuelle députée anti-islamiste Abir Moussi arrive 3<sup>ème</sup> avec 4,70%. Il est plus populaire parmi les classes aisées et intermédiaires (5,4% AB ; 5,7% C) que chez les moins bien lotis (2,3%). Enfin, on relèvera la faible performance du sortant Nidaa Tounès qui n’aura pas survécu à son instigateur, ni aux turpitudes qui ont marqué les derniers mois de ce « mouvement » qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même… à peine un geste. On notera enfin que le faible score obtenu par Kaïs Saïd s’explique par la formulation de la question (“de quel parti êtes-vous le plus proche ?”) ou, plus exactement, par son originalité dans le champ politique dès lors que celui-ci n’est à la tête d’aucune formation partisane.</p>
<h2><a name="_Toc40191372"></a>Participation à la vie politique</h2>
<p>Si l’on excepte le vote (78,1%), l’inaction est – si l’on peut dire – la principale forme de participation politique : 18,4% des répondant.e.s (17,6% des hommes et 19,3% des femmes) affirment n’avoir eu d’action qu’ils/elles qualifient ou s’autoriseraient à qualifier de politique. Ceci s’inscrit dans une relative congruence avec la défiance relevée plus haut des Tunisien.ne.s pour les formes les plus institutionnalisées du politique.</p>
<p>Il faut toutefois prendre en compte la polysémie du mot « politique » dans l’interprétation de ces résultats (cf. <em>supra</em>), ainsi que la question de la « légitimité politique », entendue ici comme la légitimité à parler de politique, à agir politiquement, ou à « faire de la politique ». Tout le monde ne partage pas la même définition. À titre d’exemple, l’adhésion à un groupe d’Ultras du club de football du Taraji (L’Espérance de Tunis) ne semble pas d’emblée relever du politique, ni même être vécue comme telle par ses membres, mais plus sous ses aspects sportifs ou proprement « footballistiques ». De ce point de vue, un.e répondant.e qui serait par ailleurs membre de l’un de ces groupes n’inclurait pas nécessairement cet aspect de sa vie sociale dans ses réponses à la question de ses actions « politiques ». Pourtant, au moins depuis les révoltes de 2011, nombre de travaux de recherche sur ces groupes de sociabilité au Maghreb et au Machrek (et au-delà) s’accorde sur le sens très politique de ces groupes de sociabilité au sein d’un de ces rares espaces institutionnalisés de la politique contestataire sous régime autoritaire.</p>
<p>Cette précision faite, il est frappant de constater à l’appui de données chiffrées que l’écart entre les revenus semble conditionner l’initiative politique. On observe ainsi qu’un quart (25,7%) des foyers les plus pauvres dans notre sondage (catégorie DE) déclare n’avoir rien entrepris de politique ou qu’ils s’autoriseraient à qualifier de tel. Ils sont en revanche moitié moins (12,7%) dans la catégorie des meilleurs revenus (AB). Ceci semble corroborer la question de la « légitimité politique » telle que définie plus haut.</p>
<p>Peut-être convient-il de lire sous ce jour  la distribution des résultats en fonction de l’âge des répondant.e.s ? Comme pour le rejet des partis politiques (cf. <em>supra</em>), ce sont en effet dans les cohortes les plus jeunes que l’on retrouve ceux qui s’investissent le moins en politique, ou qui s’autorisent le moins à qualifier certaines de leurs actions de “politique” : 36% des moins de 20 ans, 23,9% des 20-29 ans et 22% des 30-39 ans ; contre 16,4% des 40-49 ans, 10,8% des 50-59 ans et 10,2% des plus de 60 ans.</p>
<p>En résumé, le vote (78,1%), la participation à une manifestation (15,5%) et à une grève (13,3%) sont les formes de participation politique les plus répandues parmi nos répondant.e.s.</p>
<p>Mais, à nouveau, on retrouve des disparités de genre, de classe et d’âge. On relève ainsi un écart de 10 à 11% entre les classes défavorisées déclarant voter (70,7% &#8211; DE) et celles des classes moyennes (80,9% &#8211; C) et supérieures (81,2% &#8211; AB). Les moins de 20 ans sont les moins nombreux à déclarer voter (45,5%), ce qui peut s’expliquer autant par la désaffection des partis politiques que par des problèmes liés à l’inscription sur les listes électorales. Au-delà, plus on est vieux, plus on vote : 70,7% des 20-29 ans et 74,7% des 30-39 ans déclarent l’avoir fait. Ceux qui « balancent entre deux âges » – les quadragénaires – se démarquent de leurs benjamins par un écart de contingent de 8 à 12% : 82,2% des 40-49 ans déclarent ainsi voter. Mais ils sont encore moins nombreux que leurs aînés : 87,3% des 50-59 ans et 88,7% des plus de 60 ans déclarent pour leur part voter.</p>
<p>Si les hommes (78,3%) et les femmes (77,8%) affirment prendre part au vote dans des proportions comparables, les femmes sont en revanche moins nombreuses à déclarer avoir déjà pris part à une manifestation (11,2%) que les hommes (19,4%). Ceci peut s’expliquer par la domination qu’exercent les hommes dans un espace public. Les femmes sont également moins nombreuses à s’être jointes à une grève (9,7%) que les hommes (16,6%), vraisemblablement en raison de la précarité du travail féminin.</p>
<p>La manifestation comme la grève semblent être des privilèges de classe à imputer à la précarité de l’emploi chez les revenus les moins élevés. Seulement 10,9% des moins bien lotis (DE) déclarent avoir participé à une manifestation, 17,2% pour les revenus intermédiaires (C), et 18,7% des plus hauts revenus (AB). À l’identique, ils ne sont que 9% des revenus inférieurs (DE) a déclaré avoir participé à une grève, 14,6% des revenus intermédiaires (C) et 18,9% des revenus supérieurs (AB).</p>
<p>On observe moins de disparités générationnelles parmi les déclarés manifestants. 15,50% des répondants déclarent ainsi avoir manifesté ; les 50-59 ans (qui avaient 9 ans de moins en 2011) sont les plus nombreux (18,4%), cependant que les plus de 60 ans (11,1%) et les 20-29 ans (11,3%) sont les moins nombreux.</p>
<p>S’agissant de « l’histoire électorale » de notre échantillon, il convient de prendre les résultats obtenus avec beaucoup de précaution et de ne pas s’entêter à chercher de relation homothétique entre ces données chiffrées et la réalité. Si l’on compare ceux-ci avec les taux officiels de participation selon l’ISIE pour les scrutins de 2019, 2018, 2014 et 2011, on obtient des résultats très contrastés : ils sont maximisés pour les scrutins les plus récents, et minimisés pour les plus anciens. Les répondants semblent ainsi minorer ou au contraire valoriser leur participation en fonction de leur (dés)approbation individuelle des élites sortantes (ou entrantes) auxquelles on chercherait à (ne pas) associer sa voix.</p>
<p>Ainsi observe-t-on une plus grande participation de notre échantillon à la présidentielle de 2019 (87,9%) par rapport au taux officiel de participation du 1<sup>er</sup> (48,9%) et du 2<sup>ème</sup> tours (56,8%). Doit-on y voir une manifestation de ce que l’on appelle un « effet Kaïs Saïd » apparu au lendemain de sa victoire ? S’agit-il de cette éphémère, mais remarquable, forme électorale de la <em>baraka</em> se traduisant dans les faits par des mobilisations citoyennes en vue d’améliorer le quotidien ? Peut-être, bien qu’on observe une même maximisation de la participation (quoiqu’en des proportions inférieures) pour les législatives de 2019 auxquelles nos répondants semblent avoir plus participé (67,7%) que la moyenne nationale selon les résultats officiels de l’ISIE (41,7%).</p>
<p>En revanche, ils ne sont que 48,1% à déclarer avoir participé aux législatives de 2014, soit bien en-deçà du taux officiel de participation (68,36%). Idem pour la présidentielle de 2014 où 53% des répondants auraient participé, soit sensiblement moins que le taux officiel de participation des 1<sup>er</sup> (62,9%) et 2<sup>ème</sup> tours (60%). Il en va de même pour la Constituante de 2011 (51,97% officiels contre 40,30% pour notre échantillon). Seules les réponses fournies pour les municipales de 2018 s’établissent selon des proportions comparables avec le taux officiel de participation qui est de 35,65% selon l’ISIE, et de 36,8% pour notre échantillon.</p>
<p>Plusieurs autres éléments corroborent un effet « sanction » dans les déclarations ou à défaut, une grande prudence de notre part dans l’interprétation des résultats obtenus s’agissant de la participation. Au titre de l’effet « sanction », seul un quart des répondants (24,7%) déclare avoir pris part aux élections de l’ancien régime (avant 2011). Dans ce chiffre, il faut certainement retrancher la proportion des moins de 20 ans déclarant avoir voter avant 2011 (8,6%), alors qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge légal pour le faire, ainsi qu’une partie substantielle des 12,2% des 20-29 ans qui leur emboîtent le pas (sauf à considérer que seules les personnes de cette cohorte ayant 29 ans en 2020 – 18 ans en 2009 – ont participé dès leur majorité aux dernières présidentielle et législatives de l’ancien régime).</p>
<p>À noter pour la cohorte des moins de 20 ans que 100% d’entre eux/elles déclarent avoir voté pour la présidentielle de 2019. À nouveau, « effet Kaïs Saïd » ? Ou faut-il y voir chez les électeurs.trices un attachement nostalgique au présidentialisme peu compatible avec le parlementarisme introduit dès 2011 et consacré par la Constitution de 2014 ? Difficile de trancher pour expliquer le seul résultat fiable pour cette question : la plus grande participation déclarée à la présidentielle comparativement à n’importe quel autre type de rendez-vous électoraux.</p>
<h2><a name="_Toc40191374"></a>Les élections législatives de 2019</h2>
<p>La lecture des résultats obtenus par sondage quant au vote lors des législatives de 2019 doit intégrer une donnée massive : celle du refus de répondre de 31,1% des répondant.e.s. On retrouve ici la question du caractère avouable ou non de certaines options partisanes en situation de sondage. Si cela fausse quelque peu les proportions des réponses effectivement données (et leur interprétation), on peut y voir positivement l’affermissement parmi les électeurs d’une culture civique du vote faisant grand cas du secret du scrutin. Et si l’on suit cette interprétation, il semblerait que les femmes (35,1%) sont plus attachées au secret du vote que les hommes (27,7%). Les proportions entre les revenus sont à peu près comparables : 34,3% de la catégorie AB, 30,2% de la catégorie C, et 32,4% de la catégorie DE mettent un point d’honneur à ne rien divulguer  de leur vote. Cette « culture » du secret du vote est plus prégnante parmi les plus jeunes : 42,1% des moins de 20 ans et 43,7 des 20-29 ans y sont attaché.e.s, contre 22,5% des plus de 60 ans et 24,9% des 40-49 ans.</p>
<p>Au-delà, si l’on compare les chiffres non-ventilés obtenus par notre sondage avec les résultats officiels, on constate que certaines formations politiques obtiennent des résultats presque similaires, cependant que d’autres voient leurs performances amoindries. Au nombre des premiers, le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounès serait gratifié de 14,4% par nos répondant.e.s (14,49% selon l’ISIE), le Parti destourien libre de Abir Moussi obtiendrait un score de 7,4% (6,6% officiellement), et le parti nationaliste arabe Haraket al-Chaab s’attirerait 4,2% des déclarations des répondant.e.s (contre 4,52% des suffrages officiels).</p>
<p>Les sous-représentés semblent être les sortants et/ou les formations d’inspiration islamiste, comme Ennahdha (16,4%) qui perd 3 points par rapport à sa performance réelle (19,55%), ou Al-Karama qui n’obtient que 3,5% des « voix » de nos répondant.e.s, alors que son score officiel est de 5,91%. Peut-être trouvons-nous trace d’une culture du secret de ces électeurs ou de la difficulté à assumer ce type de vote ? Ou s’agirait-il d’une double sanction des élites sortantes à l’instar de Youssef Chahed et de son nouveau parti Tehya Tounès gratifié de 2,4% des réponses des personnes sondées quand son score officiel est presque deux fois supérieur (4,6%) ?</p>
<p>À noter toutefois la meilleure performance du Courant démocratique de Mohammed Abbou, avec 8,2% des réponses contre 6,39% officiellement. Sans oublier les votes blancs qui sont deux fois supérieurs dans le sondage (2,1%) que dans les faits (0,90%).</p>
<h2><a name="_Toc40191375"></a>Le crédit des médias en période électorale</h2>
<p>On a relevé plus haut le large suivi dont ont bénéficié les campagnes électorales de 2019 : 93,3% des personnes interrogées ont suivi, avec plus ou moins de passion, les campagnes des deux scrutins.</p>
<p>Cette attention accrue s’est-elle accompagnée d’effets ? Cela a-t-il impacté la décision de vote des répondant.e.s au sondage lors de ces deux scrutins ? Que ce soit lors de la présidentielle (40,2%) ou des législatives (41,7%), les répondant.e.s au sondage estiment en majorité s’être forgé une opinion sans le concours des médias. Les femmes sont moins catégoriques (P=35% ; L=34,6%) sur ce point que les hommes (P=44,8% ; L=47,5%). C’est la raison pour laquelle elles concèdent plus volontiers que les médias les ont « un peu » (P=43,3% ; L=45,2%), « assez » (P=16,7% ; L=12,4%) ou « absolument » (P=6,5% ; L=6,9%) aidé à déterminer leur choix de liste que les hommes<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>[3]</sup></a>.</p>
<p>Doit-on en conclure que les femmes seraient plus influençables face aux contenus médiatiques ? Ce serait à la fois faux et inélégant. En effet, il peut être difficile pour certains individus de concéder une exposition aux médias et, surtout, une forme de « crédulité » face aux discours véhiculés par les médias qui, en Tunisie, comme ailleurs sont la proie de critiques à la fois vives et variées. Admettre ou non l’impact des médias dans la formation de sa propre opinion peut dès lors devenir un enjeu face au sondeur. De ce point de vue, l’une des explications possibles à l’écart de résultats par genre quant à l’influence des médias dans le choix de vote pourrait être une plus grande promptitude masculine à vouloir montrer que l’on n’est pas influençable. Inversement, cela serait la marque d’une plus grande inclinaison chez les femmes à désamorcer un tel enjeu<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup>[4]</sup></a>.</p>
<p>Si l’on garde cette idée en tête et que l’on s’intéresse à présent aux disparités des réponses en fonction des revenus, on constate que plus de la moitié (58,5%) des revenus supérieurs (AB) ne sont pas prêts à concéder la moindre influence des médias sur leurs choix électoraux. Et il s’agit-là d’une authentique caractéristique de classe dès lors que l’on constate un écart de 18% avec les autres catégories de revenus qui présentent des taux (certes substantiels mais inférieurs à la moitié) quasi-identiques chez les revenus intermédiaires (C – 40,3%) et faibles (DE – 40,2%).</p>
<p>Les classes favorisées seraient-elles plus critiques que les autres face aux discours médiatiques ? Pas nécessairement. Dans une interprétation bourdieusienne de ces chiffres, on peut voir dans cet écart de réponses la manifestation d’un « ethos de classe »<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>[5]</sup></a> et de la revendication d’un « capital culturel »<a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>[6]</sup></a> supérieur (notamment à celui du sondeur) incompatible avec l’influence que pourrait exercer sur leur orientation politique un quelconque média populaire par essence (cf. <em>infra</em>). Ceci se vérifie également dans les  écarts de réponses ventilées par CSP obtenues à la question relative à l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. À nouveau, les CSP+ (AB) se démarquent des autres : ils sont 46,9% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidés par ces débats dans la détermination de leur choix pour les législatives (contre C=36,5% ; DE=36,6%) et 44,2% pour la présidentielle (contre C=32,9% ; DE=37%).</p>
<p>Ces nuances interprétatives semblent être corroborées par le constat suivant : à la différence de l’appartenance de genre et de classe, l’âge ne semble pas être un facteur déterminant dans l’influence exercée par les médias dans la formation d’une opinion en vue de l’élection. Selon le sondage, les contingents de réponses (pas du tout, un peu, assez, absolument, nsp) sont assez homogènes d’une cohorte à l’autre, et l’on n’observe que de faibles écarts entre elles.</p>
<p>À ce propos, et pour compléter la lecture des résultats au sujet des débats électoraux, on souhaiterait souligner que l’on trouve une légère trace des 5 débats électoraux entre candidats dans les écarts de réponses sur leur influence entre la présidentielle et les législatives. Les répondant.e.s sont en effet légèrement plus nombreux.ses (+2,6%) à estimer n’avoir « pas du tout » été aidé.e.s par ces débats lors des législatives (37,4%) que lors de la présidentielle (34,8%) ; plus nombreux (+2,2%) à estimer l’avoir été « un peu » (législatives : 31,7% / présidentielle : 29,5%). À l’inverse, ils/elles sont plus nombreux.ses (+2%) à concéder avoir été « assez » aidé.e.s par les débats lors de la présidentielle (20,5%) que lors des légilsatives (18,5%) ; et plus nombreux.ses (+2,8%) à déclarer avoir été « absolument » aidés par ces débats lors de la présidentielle (10,3%) que lors des législatives (7,5%).</p>
<h2><a name="_Toc40191376"></a>Elections et diversité médiatique</h2>
<p>Si l’on s’intéresse aux réponses portant sur les habitudes médiatiques de notre panel lors des élections présidentielle et législatives, trois constats s’imposent :</p>
<p>1- Le maintien des médias de masse « traditionnels », notamment la télévision ;</p>
<p>2- Les effets positifs pour les médias traditionnels de la convergence médiatique ;</p>
<p>3- Les relatives disparités générationnelles que consacrent les réseaux socionumériques, et notamment Facebook.</p>
<h3><a name="_Toc40191377"></a>1. Les bonnes  performances des médias traditionnels</h3>
<p>Que ce soit pour la présidentielle ou les législatives, la télévision est le média le plus consommé : 39,9% des répondant.e.s avaient le petit écran pour principale source d’information pour la présidentielle et 36,8% pour les législatives. Dans les deux cas, les femmes la consomment plus (43,7% pour la présidentielle et 40,2% pour les législatives) que les hommes (36,5% pour la présidentielle et 33,7% pour les législatives).</p>
<p>Populaire, la TV ? Effectivement, elle apparaît très clairement comme le principal média des revenus les plus faibles tant pour la présidentielle (DE=47%) que les législatives (DE=45,9%), avec un écart de plus de 10 points par rapport aux deux autres catégories de revenus plus élevés (présidentielle : AB=33,6% et C=37,5% ; législatives : AB=30,7% et C=33,5%).</p>
<p>La TV, un média de « vieux » ? Nonobstant l’inélégance de la formule, les résultats tendent à prouver que la TV est effectivement plus consommée parmi les cohortes les plus âgées de notre sondage. Tant pour la présidentielle que pour les législatives, les plus de 60 ans sont ceux pour lesquels le petit écran constitue encore la principale source d’information (Présidentielle : 63,8% ; Législatives : 61,4%), suivis de près par les 50-59 ans (Présidentielle : 53,7% ; Législatives : 52,7%), et les quadragénaires (Présidentielle : 45,7% ; Législatives : 43,3%). Chez les trentenaires, ils sont autour de 30% à s’informer principalement par la TV (Présidentielle : 32,8% ; Législatives : 28,1%). Quant aux plus jeunes, ils ont beaucoup plus suivi la présidentielle à la TV (31,8%) que les législatives (21,5%), vraisemblablement en raison du moment télévisuel qu’ont constitué les 5 débats électoraux entre candidats.</p>
<p>La radio est en revanche largement moins suivie par les répondants lors de la présidentielle (3,5%) et les législatives (3,4%). Elle est plus écoutée par les quadragénaires (Présidentielle : 4,7% ; Législatives : 4,9%), les cinquantenaires (Présidentielle : 4,1% ; Législatives : 3,7%) et les plus de 60 ans (Présidentielle : 3,3% ; Législatives : 4,4%). Le genre ne semble pas intervenir dans la consommation des programmes radiophoniques, mais la radio est un peu plus écoutée dans les milieux populaires (surtout pour la présidentielle : 5,4% de la catégorie DE contre 2,6% de la catégorie C et 3,9% de la catégorie AB).</p>
<p>Peut-être que les biens médiatiques produits par les radios sur les réseaux socionumériques relèveraient un peu la performance de ce média de masse ? On sait en effet que les radios privées témoignent d’une bonne présence en ligne (malgré le retard à se convertir au podcast/balladodiffusion).</p>
<h3><a name="_Toc40191378"></a>2- Les médias traditionnels et la convergence médiatique</h3>
<p>Si l’on additionne les résultats des 3 entrées où Facebook est mentionné comme principale source d’information (pages médias, pages populaires et groupes), on s’aperçoit que ce réseau socionumérique talonne de près la TV et représente le principal média d’un quart des répondants ; soit 25,7% pour la présidentielle et 25,8% pour les législatives. Au vu du succès de Facebook en Tunisie depuis 2011, rien d’étonnant à cela.</p>
<p>La surprise vient en revanche du constat de la bonne performance des médias professionnels sur ce réseau (pages médias sur Facebook), témoignant ainsi d’une efficacité de leur présence numérique et d’une « bonne » convergence médiatique. C’est notamment le cas des répondant.e.s aux revenus supérieurs (présidentielle : AB=21,9% ; législatives : AB=19,4%) et intermédiaires (présidentielle : C=19,3% ; législatives : C=19,3%), qui sont deux fois plus nombreux que les revenus les plus faibles (présidentielle : DE=9,7% ; législatives : DE=10,3%).</p>
<p>Peut-être doit-on y voir une fracture numérique dans la fracture numérique ? Deux arguments à l’appui de cette ébauche d’hypothèse :</p>
<p>1- Les écarts ne sont pas aussi criants pour les autres types d’entrées Facebook (pages populaires et groupes) et les revenus semblent avoir moins d’incidence. Pour la présidentielle, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 7% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 5,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 3,9% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 3,9% pour la catégorie DE. Pour les législatives, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 5% de la catégorie AB, 5,5% pour la catégorie C, 4,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 4% de la catégorie AB, 4,5% pour la catégorie C, 3,5% pour la catégorie DE.</p>
<p>2- Dans une moindre mesure par rapport à Facebook, les sites Internet de médias réels sont plus souvent cités en source principale d’information par les individus relevant de la catégorie AB (Présidentielle : 2,2% ; Législatives : 1,5%) que par les autres (Présidentielle : C=0,8% et DE=0,4% ; Législatives : C=0,9% et DE=0,2% ). La consommation en ligne de biens médiatiques produits par les médias professionnels semble donc liée à la CSP. En creux, on constate aussi la centralité de Facebook dans les habitudes médiatiques des Tunisien.ne.s, véritable « média-roi numérique ». Les autres réseaux socionumériques ne sont une source principale d’information des répondant.e.s qu’à hauteur de 0,4% des répondants pour la présidentielle et de 0.3% pour les législatives.</p>
<h3><a name="_Toc40191379"></a>3- Des disparités générationnelles consacrées par Facebook</h3>
<p>Sans trop de surprise, Facebook et les pages des médias professionnels sont plus fréquemment cités comme source principale d’information parmi les populations les plus jeunes que chez les plus âgés. Ainsi, pour la présidentielle, 33,3% des 20-29 ans et 18,6% des 30-39 ans se sont principalement informés <em>via</em> ces pages Facebook. Suivent les moins de 20 ans (17,3%), plus ouverts à d’autres réseaux socionumériques (notamment Instagram). Les quadragénaires (11,2%) et les quinquagénaires (8,1%) et les plus de 60 ans (4,1%) sont quant à eux largement derrière.</p>
<p>À noter que les pages Facebook d’opérateurs professionnels peuvent atteindre de très larges audiences et peuvent ponctuellement concurrencer les agences de presse en terme de dissémination et de rapidité. À titre d’exemple, au 7 avril 2020, la page Facebook de Mosaïque FM recense 5 227 052 « j’aime » et 5 305 051 « suivre » (soit le total de la démographie tunisienne) ; la page Facebook de Nessma TV la plus suivie comptabilise 6 609 699 « j’aime » et 6 620 711 « suivre ». À l’inverse, la page du pôle public audiovisuel ne rassemble que 901 609 « j’aime » et 1 115 115 « suivre ».</p>
<p>Dans des proportions moindres, on retrouve des écarts significatifs sur les deux autres entrées Facebook du sondage. S’agissant des pages populaires, 8,9% des moins de 20 ans, 6,9% des 20-29 ans, 6,5% des 30-39 ans les considèrent comme principale source d’information, cependant que 3,3% des 40-49 ans, 3,6% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans le font. Pour les législatives, les pages populaires de Facebook sont citées en principale source d’information par 9% des moins de 20 ans, 7,8% des 20-29 ans, 6,1% des 30-39 ans, mais seulement 4,2% des 40-49 ans, 3,4% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans.</p>
<p>Les groupes Facebook, dont on a pu observer la multiplication pendant la présidentielle, semblent également une option largement ignorée des plus âgés : 1,1% chez les plus de 60 ans, 0,7% chez les 50-59 ans, et 3,3% chez les 40-49 ans ; contre 6,5% chez les moins de 20 ans, 6,8% chez les 20-29 ans, et 5,9% chez les trentenaires. Lors des législatives, les chiffres sont légèrement plus importants que pour la présidentielle, notamment chez les moins de 20 ans (7,7%), les 20-29 ans (5,9%) et les 30-39 ans (7,1%). Ils sont légèrement inférieurs chez les quadragénaires (2,7%), les quinquagénaires (0.9%) et les plus de 60 ans (0,7%)</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>[1]</sup></a> https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>[2]</sup></a> cf. Monique Dagneau, <em>Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion</em>, Paris, Sciences-Po Les Presses, « Nouveaux Débats », 2011.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup>[3]</sup></a> Soit : « Pas du tout » (P=44,8% ; L=36%), « Assez » (P=14,2% ; L=10,3%), « Absolument » (P=4,9% ; L=5,7%).</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup>[4]</sup></a> Il est intéressant de noter qu’on observe le même différentiel de genre au sujet de l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. Pour les législatives, les femmes sont moins promptes à dire qu’elles n’ont pas du tout été aidées par les débats électoraux (34,1%) que les hommes (40%). Pour la présidentielle, l’écart se réduit, peut-être en raison de l’événement politique et télévisuel que constituaient les 5 débats électoraux entre candidats (cf. <em>infra</em>). Les femmes sont 32,4% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidées par les débats, contre 37% des hommes.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup>[5]</sup></a> Défini en tant que « système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l&rsquo;enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents » (Bourdieu Pierre (1984), <em>Questions de sociologie</em>, Paris, Minuit, 228).</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>[6]</sup></a> Aux côtés du « capital social » et du « capital économique », le « capital culturel » désigne l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu par transmission familiale.</p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/sondage2020_analyse/">Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Tunisie: Incident diplomatique entre la Présidence et le Parlement sur la Libye</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/tunisie-incident-diplomatique-entre-la-presidence-et-le-parlement-sur-la-libye-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Mohamed HADDAD]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jan 2020 18:30:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Libye]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement Ennahdha]]></category>
		<category><![CDATA[sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cela devait être la première fois que la Présidence de la République répond aux questions des élus. Il&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cela devait être la première fois que la Présidence de la République répond aux questions des élus. Il n’en est rien. Tarak Betaïeb, le chef de cabinet de Kais Saïed, était attendu lundi matin devant la commission sécurité et défense du parlement pour présenter la position de la présidence sur le dossier libyen. Cependant, aucun représentant de Carthage n’était présent. À l’heure où devait se tenir la réunion, le chef de l’État recevait Luigi Di Maio, le ministre des affaires étrangères italien.</strong></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’affluence dans la salle était plus importante que d’habitude, et pour cause, c’était l’une des rares occasions où la présidence de la République devait clarifier les grands axes de sa politique étrangère et de sécurité nationale, ses deux principales prérogatives.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"> À 10 h 30, Imed Khemiri le président de la commission prend la parole et annonce la nouvelle avec une voix défaite. Il explique que la présidence a donné son accord lundi dernier, après plusieurs relances. Elle n’a annoncé sa décision de ne pas prendre part à l’audition que vendredi soir au téléphone (voir encadré). Une réponse téléphonique, sans trace écrite, en pleine séance plénière pour le vote de confiance du gouvernement. La colère et les condamnations des élus de tout bord ont suivi.</span></p>
<blockquote><p><strong>La Présidence n’a annoncé sa décision de ne pas prendre part à l’audition que vendredi soir par téléphone</strong></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Mohamed Karim Krifa, du parti destourien libre, a critiqué « l’irresponsabilité et le manque de respect de la Présidence ». Zouheir Makhlouf, député du parti Qalb Tounes, a considéré que la présidence de la République « a échoué sur le plan diplomatique », car elle est mise de côté dans les importants rendez-vous diplomatiques à l’image de la réunion de Berlin autour de la question libyenne.  » <em>Il (Kais Saïed) ne respecte pas l’institution la plus importante, le parlement</em>  » a estimé Hatem Karoui, du Tayyar (Courant Démocrate).</span></p>
<table style="height: 512px;" width="634">
<tbody>
<tr>
<td><b><i>La conseillère de la commission, une fonctionnaire de l’assemblée, a pris la parole et a détaillé la chronologie de l’affaire : </i></b></p>
<p><b><i>Lundi</i></b><i><span style="font-weight: 400;">: J’ai demandé audition au secrétariat du chef du cabinet présidentiel suite à la décision de cette commission de le convoquer.</span></i></p>
<p><b><i>Lundi à 22 h,</i></b><i><span style="font-weight: 400;"> le secrétariat du chef du cabinet m’a appelée et m’a donné son accord.</span></i></p>
<p><b><i>Mardi</i></b><i><span style="font-weight: 400;"> matin, la lettre a été signée par le président de l’assemblée Rached Ghannouchi et envoyée par voie normal, sous la référence 18/2020.</span></i></p>
<p><b><i>Mercredi</i></b><i><span style="font-weight: 400;"> matin: j’envoie également le même courrier par fax. La présidence me dit au téléphone que la réponse sera faite par écrit.</span></i></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">On n’envoie des correspondances que s’il y a eu des échanges préalables</span></i></p>
<p><b><i>Jeudi</i></b><i><span style="font-weight: 400;">, rien, si ce n’est une relance de notre part.</span></i></p>
<p><b><i>Vendredi</i></b><i><span style="font-weight: 400;">, je l’ai à nouveau rappelé, sans réponse</span></i></p>
<p><b><i>Vendredi à 20h</i></b><i><span style="font-weight: 400;">, appel téléphonique du secrétariat de la Présidence de la République: on m’a alors communiqué le refus de prendre part à l’audition. </span></i></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">(secrétariat du directeur de cabinet)</span></i></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<h4><b>Une crise diplomatique entre le Parlement et la Présidence</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Durant la séance qui a duré une heure, il n’était pas clair si l’absence de la présidence était le fruit  » <em>d’une mauvaise organisation des services</em> « , comme l’ont mentionné certains élus ou bien, un choix délibéré. Cet incident n’est que le reflet d’un malaise grandissant entre les deux institutions. </span></p>
<blockquote><p><strong>On ne sait pas si c&rsquo;est une mauvaise désorganisation des services ou un choix délibéré</strong></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Le président de la République, tout comme le Parlement, sont élus au suffrage universel direct. Cependant, les élus considèrent que Carthage doit répondre aux convocations du Parlement dans le cadre du contrôle du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Durant la législature passée, les conseillers du feu président de la République Béji Caïd Essebsi se sont souvent présentés, à l’instar de Kamel Akrout qui a été entendu en sa qualité de conseiller chargé de la sécurité nationale sur le projet de loi sur l’état d’urgence en janvier 2019. C’était une époque où le président du parlement, Mohamed Ennaceur, était un proche acquis à Béji Caïd Essebsi. Les élections de l’automne 2019 ont rebattu les cartes de la scène politique, mais aussi du rôle des institutions. La présence à Carthage d’un président fort des 72% de suffrage et la domination d’Ennahda au parlement, pourtant en perte de vitesse électorale, donne un nouvel élan à la fonction présidentielle. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce lundi en commission, Yosri Dali, de la coalition el Karama (dignité), ne s’y est pas trompé: “<em>nous sommes en train de façonner les rapports entre les institutions. Si on laisse passer sous silence cette affaire, demain le ministre de la Défense, de l’Intérieur ou du Transport refusera de venir</em>.” Même son de cloche pour Sahbi Atig, élu du parti Ennahda. Selon lui, depuis le début de la deuxième législature, l’Exécutif détourne le regard du parlement: “<em>lors de la présentation du budget, le chef du gouvernement a préféré se rendre à Médenine au lieu d’être présent en personne pour défendre le projet de la loi de finances qu’il a préparé</em>.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur le plan international, les présidents de la République et du Parlement ne sont pas sur la même longueur d&rsquo;onde. La récente accélération des événements dans la Libye voisine a été une injonction de prise de position. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, quand Kais Saied reçoit le président turc Erdogan, et nie tout accord militaire avec la Turquie au lendemain de la visite. Rached Ghannouchi, s’est hâté de faire le déplacement en Turquie pour le rencontrer, quelques heures après l’échec de Habib Jomli &#8211; nommé par Ennahda &#8211; à obtenir la confiance du parlement. Rien n’est ressorti de cette réunion, mais la pertinence et l’opportunité de cette rencontre ont attiré l’attention de la scène politique et les foudres des opposants au parti conservateur. Le parti Destourien Libre a appelé Rached Ghannouchi à clarifier le motif de sa visite et si c’était en sa qualité de président de l’assemblée ou du parti Ennahda qu’elle a été faite. Dans un cas comme dans l’autre, la proximité avec Erdogan suscite des interrogations. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Selon la constitution, c’est le président de la République qui détermine la politique étrangère du pays. Cet incident pose la question suivante: jusqu’à quel point les relations étrangères des autres institutions de l’Etat ou des partis politiques peuvent-elles s’en éloigner?</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/tunisie-incident-diplomatique-entre-la-presidence-et-le-parlement-sur-la-libye-fr/">Tunisie: Incident diplomatique entre la Présidence et le Parlement sur la Libye</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Les réseaux sociaux: lieux de bataille politique</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Oct 2019 14:36:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections législatives]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[ISIE]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Union Européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Posts et pages sponsorisés, fake news, attaques&#8230; les réseaux sociaux ont été un lieu d&#8217;affrontement politique en Tunisie,&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i><span style="font-weight: 400;">Posts et pages sponsorisés, fake news, attaques&#8230; les réseaux sociaux ont été un lieu d&rsquo;affrontement politique en Tunisie, lors des dernières élections. Un phénomène que les différents observateurs ont scruté avec attention, pour essayer d&rsquo;appréhender les tendances et réfléchir à une réponse pour les prochains rendez-vous électoraux.</span></i></p>
<p><span style="font-weight: 400;">«10h : Nabil Karoui 35%, Kaïs Saïed 65%. 12h: Nabil Karoui : 40%, Kaïes Saïed : 60%&#8230;</span><span style="font-weight: 400;">» </span><span style="font-weight: 400;"> Le jour du second tour, sur les réseaux sociaux, l’internaute pouvait trouver une fausse infographie, estampillée au nom de l’institut de sondage Sigma. Elle montrait une remontée du score de Nabil Karoui et une chute de Kaïs Saïed, tout au long de la journée. Ces chiffres qui se sont avérés complètement faux, une fois les résultats tombés. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Aujourd’hui les réseaux sociaux biaisent les débats, manipulent les gens. C’est un grand problème.» </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Bassem Mâater, vice-président de l&rsquo;<a href="https://www.facebook.com/atideTunisie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Association Tunisienne pour l&rsquo;Intégrité et la Démocratie des Elections</a> (ATIDE), est inquiet. Du mois de mai 2019 au mois d&rsquo;octobre, une équipe de quatre personnes de son association a scruté les réseaux sociaux et notamment Facebook, pour comprendre ce qui se jouait lors des campagnes présidentielles et législatives sur la Toile.</span></p>
<figure id="attachment_4366" aria-describedby="caption-attachment-4366" style="width: 400px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4366 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-400x400.jpg" alt="" width="400" height="400" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-400x400.jpg 400w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-768x768.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-700x700.jpg 700w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-370x370.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-270x270.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-300x300.jpg 300w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake-740x740.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/sigma-fake.jpg 960w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /><figcaption id="caption-attachment-4366" class="wp-caption-text">Photomontage diffusé sur Facebook le jour du second tour de la présidentielle tunisienne.</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">ATIDE n&rsquo;a pas été la seule organisation à tenter d&rsquo;absorber et analyser une partie de l&rsquo;activité en ligne des Tunisiens. L&rsquo;<a href="http://www.isie.tn/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Instance Supérieure Indépendante des Elections</a> (ISIE) a gardé un œil sur les pages officielles des candidats sur les réseaux sociaux. La <a href="https://eeas.europa.eu/election-observation-missions/eom-tunisia-2019_fr" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Mission d&rsquo;Observation des Elections de l&rsquo;Union Européenne</a> (MOE UE) a été la première mission d&rsquo;observation francophone à monitorer l&rsquo;activité des réseaux sociaux pendant des élections, en plus de le faire sur le terrain. Quant à l&rsquo;ONG Mourakiboun, elle a créé son propre modèle d&rsquo;observation.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Par ailleurs, l&rsquo;organisation internationale Access Now et 14 organisations tunisiennes ont adressé une <a href="https://www.accessnow.org/cms/assets/uploads/2019/09/OpenLetter_FB_Election2019_Tunisia_FR-.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">lettre ouverte</a> à Facebook, avant le début de la campagne, pour la mise en place de mesures efficaces de transparence et de responsabilité vis-à-vis des utilisateurs, dans le cadre des élections.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il y était demandé de permettre au public d&rsquo;accéder aux dépenses de publicités de campagne, à l&rsquo;identité des commanditaires, aux statistiques liées aux publicités ou encore l&rsquo;obligation de mise en place d&rsquo;un processus d&rsquo;autorisation pour les publicités, afin de pouvoir confirmer l’identité du commanditaire et l&rsquo;association des comptes publicitaires.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Un mouvement général s&rsquo;est donc mis en marche pour appréhender l&rsquo;activité et la communication autour des élections sur les réseaux sociaux, afin d&rsquo;éviter les dérives. Mais tout s’est fait sans qu&rsquo;une méthode particulière ne soit mise en place de manière coordonnée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais que trouvait-on sur les réseaux sociaux pour qu&rsquo;ils retiennent tant l&rsquo;attention ? Du contenu politique, sponsorisé, publié lors de la campagne, mais également les jours de silence et de scrutins, des messages considérés comme non équitables et dont le financement peut difficilement être sourcé. Mais aussi des messages pro ou anti-candidats, des rumeurs, des fake news, des attaques, l&rsquo;apparition de pages de soutien non officielles&#8230; Les réseaux sociaux ont été un terrain de bataille, en plus d&rsquo;être, comme à leur habitude depuis 2011, un lieu d’échanges et de discussions entre les internautes tunisiens.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si avant les élections, les médias avaient fait état de sponsoring de pages sur les réseaux sociaux et de tentative d&rsquo;influence de l’opinion publique, la campagne n&rsquo;a pas été un moment d&rsquo;apaisement.</span></p>
<h4><b>L&rsquo;ISIE : une observation trop restreinte</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;ISIE a très vite tenté de gérer le problème de la communication sur les réseaux sociaux. L&rsquo;instance a demandé aux candidats de communiquer leurs pages officielles et les sources de financement de ces dernières et c&rsquo;est seulement l&rsquo;activité sur celles-ci qui a été prise en compte par l&rsquo;instance.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En septembre dernier, alors que la campagne pour la présidentielle débutait, Nabil Baffoun expliquait qu&rsquo;un accord avait été passé entre l&rsquo;ISIE et Facebook pour connaître les sources de financement des pages officielles des candidats. En effet selon l&rsquo;article 57 de la <a href="http://(https://legislation-securite.tn/fr/node/44286" target="_blank" rel="noopener noreferrer">loi électorale</a> :</span></p>
<blockquote><p><b><i>Art. 57 –</i></b><span style="font-weight: 400;"> La publicité politique est interdite dans tous les cas, durant la période électorale.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">En vertu de cet article,</span><span style="font-weight: 400;"> les contenus sponsorisés sont illégaux en Tunisie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;instance <a href="https://www.tuniscope.com/article/183479/tech/reseaux-sociaux/isie-facebook-331215" target="_blank" rel="noopener noreferrer">a donc annoncé prendre des sanctions</a> en cas d&rsquo;infractions constatées. Des courriers auraient d&rsquo;ailleurs déjà été adressés aux candidats tête de listes pour les législatives, suite à la publication de contenu sponsorisé.</span></p>
<figure id="attachment_4367" aria-describedby="caption-attachment-4367" style="width: 450px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4367 size-medium" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-450x335.jpg" alt="" width="450" height="335" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-450x335.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-768x572.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-370x276.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-270x201.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-740x551.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb-80x60.jpg 80w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/coutien-karoui-fb.jpg 823w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /><figcaption id="caption-attachment-4367" class="wp-caption-text">Screenshot d&rsquo;une page Facebook de soutien au candidat Nabil Karoui.</figcaption></figure>
<h4><b>Contenus sponsorisés et publications lors du silence électoral et des jours de scrutin</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Car des contenus sponsorisés ont effectivement fleuri lors de la période électorale. L’équipe de quatre personnes mise en place par la Mission d&rsquo;observation des élections de l&rsquo;Union Européenne s&rsquo;est également penchée sur la question. C’est que le phénomène avait retenu l&rsquo;attention de Fabio Massimo Castaldo, le chef de la mission et vice-président du Parlement européen l’année dernière. « Les Tunisiens sont très actifs sur Facebook et l&rsquo;impact des réseaux sociaux m&rsquo;avait marqué en 2018 lorsque j&rsquo;étais chef des observateurs de la Mission d&rsquo;Observation Européenne en Tunisie pour les élections municipales. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai fait cette proposition de monitoring de ce phénomène », explique-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi du 28 août au 13 octobre, ce sont 700 pages facebook qui ont été observées, dont 10 pages officielles des candidats à la présidentielle et 100 pages d’influenceurs. M. Castaldo a ainsi fait état du travail réalisé par la MOE UE:</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;"> «Nous avons observé des dépassements pour les législatives. Il y a eu des publicités, qui sont interdites, qui ont même été diffusées pendant le jour du silence électoral et le jour du scrutin.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour les législatives, la campagne en ligne a été marquée par la diffusion de contenu sponsorisé, avec une campagne qui a continué pendant le jour du silence électoral et le jour du scrutin. « Du 16 septembre au 6 octobre, la mission a observé 840 différentes publicités payantes en faveur de 50 listes candidates, dont 241 diffusées pendant le silence électoral», a déploré M. Castaldo, lors d&rsquo;une conférence de presse le 8 octobre dernier. Il a également fait état de diffusion de fake news.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour le premier tour de la présidentielle, </span><span style="font-weight: 400;">361 publicités payantes en ligne en faveur des candidats ont été décomptées.</span><span style="font-weight: 400;"> Pour le second tour de la présidentielle, l&rsquo;équipe dédiée à cette observation a comptabilisé 230 publicités payantes en ligne en faveur des candidats, dont 113 lors du silence électoral précédent le scrutin.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Or, ces publicités en ligne et ces contenus sponsorisés déséquilibrent la campagne et profitent aux grands partis et aux candidats financièrement plus aisés.</span></p>
<p><b>Réseautage entre pages officielles et non-officielles</b></p>
<p><iframe style="border: none; overflow: hidden;" src="https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FKaloutcha.Hamadi%2Fposts%2F10220487675764527&amp;width=500" width="500" height="687" frameborder="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Chez ATIDE, le vice-président Bassem Mâater explique que suite à un appel de <a href="https://democracy-reporting.org/fr/monitor-networks-of-undeclared-political-actors-tunisia-elections/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Democracy Reporting International</a>, son organisation a observé les réseaux sociaux et principalement Facebook. «Nous avons commencé par une exploration générale. Ce qui nous a semblé important c&rsquo;était le réseautage. C&rsquo;est-à-dire ce qui se mettait en place entre les pages officielles et les non-officielles. Or, ce sont ces pages non-officielles qui ont un impact important sur la vie politique tunisienne et sur les élections.»</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Ainsi pour les législatives, l&rsquo;association a observé un phénomène particulier : «Nous avons pu voir qu’il y a des groupes de pages qui travaillent de manière coordonnée sur les même choses : attaquer des candidats, apporter leur soutien, voire même des pages qui attaquent le processus démocratique en Tunisie. C’est une tendance inquiétante pour nous.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour les présidentielles, l&rsquo;association a cherché toutes les pages de soutien des candidats. «Nous avons à nouveau vu la mise en route de réseaux d’une dizaine, voire parfois même de près d&rsquo;une quarantaine de pages, qui travaillent en même temps, pour un candidat ou contre un autre, à certains moments.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En plus des contenus sponsorisés, du soutien à des candidats ou des attaques, ce phénomène de communication politique sur les réseaux sociaux a donné lieu à la diffusion <a href="https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/10/13/presidentielle-2019-lisie-met-en-garde-contre-les-rumeurs-diffusees-sur-les-reseaux-sociaux-qui-ont-pour-but-de-perturber-loperation-electorale/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">de rumeurs et fake news</a>. Lors d&rsquo;une conférence de presse le 6 octobre, jour du scrutin du second tour de la présidentielle, Hasna Ben Slimane, membre de l&rsquo;ISIE avait mis en garde les citoyens face aux rumeurs qui impactent directement le processus démocratique, en tentant de décourager les citoyens à venir voter.</span></p>
<h4><b>Une approche différente et une observation sur le temps long </b></h4>
<figure id="attachment_4374" aria-describedby="caption-attachment-4374" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4374 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-900x505.png" alt="" width="770" height="432" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-900x505.png 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-450x253.png 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-768x431.png 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-370x208.png 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-270x152.png 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux-740x415.png 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/mourakiboun-tnelec-legislatives-barralaman-reseaux-sociaux.png 960w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4374" class="wp-caption-text">Extrait du rapport d&rsquo;observation des réseaux sociaux de l&rsquo;association Mourakiboun.</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais se concentrer sur les pages qu&rsquo;elles soient officielles ou non, et les publicités et contenus sponsorisés, serait une approche trop restreinte et qui ne collerait pas à la réalité de l&rsquo;usage et des possibilités des réseaux sociaux. En effet, il suffisait d’être présent sur facebook pour être invité à rejoindre des groupes de soutien à tel ou tel candidat ou voir défiler des contenus fabriqués de toute pièce comme des photomontages prêtant au candidat Kaïs Saïed des affinités qu’il ne s’est jamais déclarées.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L&rsquo;organisation Mourakiboun a elle aussi planché sur l&rsquo;observation des réseaux sociaux. C&rsquo;est</span> <span style="font-weight: 400;">l’analyste média-électoral Mansour Ayouni, qui travaille sur le projet RASD depuis les élections de 2014 qui s&rsquo;est à nouveau plié à la tâche. Il observe ce qu&rsquo;il appelle</span><span style="font-weight: 400;"> le domaine de «l&rsquo;influence média-électorale» : l’influence média mais dans la convergence entre médias classiques et nouveaux médias.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Loin de l&rsquo;approche big data et des outils d&rsquo;analyse web-marketing, il a mis en place ses propres critères pour comprendre ce phénomène socio-politique. Il a ainsi construit un échantillon de 1001 personnes actives sur les réseaux sociaux et représentatives des citoyens tunisiens en fonction de catégories. Un échantillon dont il suit avec précision les réactions, afin de comprendre la dynamique du corps électoral tunisien.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">«Je suis l&rsquo;activité de l’échantillon d&rsquo;abord vis à vis de toute l’offre politique : les pages officielles des candidats, les pages qui les soutiennent, le discours politique et marketing. Ensuite, je suis ma cible face aux parutions des médias traditionnels à propos des candidats. Je suis l’interaction de ces personnes de façon convergente. Enfin, il y a aussi la dimension des événements réels sur le terrain: ce que les candidats font, où ils vont, les visites… et là-dessus, encore une fois, je l’étudie et regarde la réaction des personnes, qui sont réparties sur tout le territoire.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mansour Ayouni a</span><span style="font-weight: 400;"> ainsi cumulé un corpus de 2 millions de réactions et de messages autour de la période électorale 2019, mais pas uniquement, puisqu&rsquo;il travaille sur le sujet depuis les élections de 2014. Il a ainsi pu analyser les changements de trajectoire politique, les nuances, les revirements des citoyens sur un temps long.</span></p>
<h4><b>Opportunisme du soutien</b></h4>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="en">
<p dir="ltr" lang="fr">Comment expliquer aux gens que Kais Said n’a pas de compte sur Twitter? Maintenant ils le savent. <a href="https://t.co/DITUH7M8rb">pic.twitter.com/DITUH7M8rb</a></p>
<p>— A.A (@Scoulino) <a href="https://twitter.com/Scoulino/status/1184084120005152768?ref_src=twsrc%5Etfw">October 15, 2019</a></p></blockquote>
<p><script async="" src="https://platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8"></script></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les changements de trajectoires de certains internautes peuvent découler d&rsquo;une influence subie via la communication sur les réseaux sociaux. En effet, au delà du sponsoring, ATIDE a observé des comportements d’opportunisme de la part de certaines pages et quelques groupes Facebook: «L’impact est fort car nous sommes face à des pages anciennes , avec une grande communauté, qui avaient des intérêts généralistes : football ou actualité&#8230; mais qui se sont mises à avoir un contenu politique qui dépassait parfois 80% de leurs publications et avec un nombre de publications quotidiennes important, passant d’une moyenne mondiale de 2,8 posts par jour à 6,2», explique M. Mâater.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il rapporte également avoir suivi plusieurs pages qui ont changé de cap politique d’un scrutin à l’autre. «Finalement, les pages font le travail en fonction de celui qui paie&#8230;» déplore-t-il.</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Un opportunisme qui le laisse dubitatif : «Comment une page non-officielle peut-elle faire du sponsoring aussi important? Cette démarche a un coût financier. Malheureusement, l’ISIE n’observe que les pages officielles des candidats et un seul compte par candidat, alors que le sponsoring se fait autrement: via les pages non-officielles ou via les pages de personnes qui sont proches de ces candidats.»</span></p></blockquote>
<h4><b>Les types d&rsquo;électeurs en ligne</b></h4>
<figure id="attachment_4376" aria-describedby="caption-attachment-4376" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4376 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-900x436.jpg" alt="" width="770" height="373" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-900x436.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-450x218.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-768x372.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-370x179.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-270x131.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie-740x358.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/electeur-tnelec-barralaman-tunisie.jpg 3651w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4376" class="wp-caption-text">Des électeurs cherchent leur bureau de vote, le jour du premier tour de la présidentielle, dans une école de La Marsa. Crédit : Sana Sbouaï</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">M. Ayouni de Mourakiboun est lui beaucoup moins inquiet quant à l&rsquo;influence subie par les internautes. Sa méthode lui a permis de dégager différentes tendances.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D&rsquo;abord, du côté des électeurs. Trois types émergent, explique-t-il.</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’électeur </span><span style="font-weight: 400;">stable : un électeur affilié politiquement et idéologiquement à une offre, qui est constant et ne subit pas l’influence média-social. </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’</span><span style="font-weight: 400;">électeur stratégique : il est sans affiliation politique claire et n’a pas fait son choix. cet électeur-internaute essaie de forger une opinion, avec des critères personnels et communique ses questionnements, sa réflexion et sa décision sur les réseaux sociaux, pouvant ainsi peut-être influencer le 3e type d&rsquo;électeur.</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">L’électeur indécis: il représenterait 40% du corpus électoral tunisien d&rsquo;après le travail d’observation de M. Ayouni et serait la partie la plus importante et la plus dynamique sur les réseaux sociaux. Ces électeurs y expriment leur mécontentement et ils sont influençables. Les influences viendraient des électeurs stables et aussi par des électeurs stratégiques.</span><span style="font-weight: 400;"><br />
</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">Autre tendance qui ressort du travail d&rsquo;observation effectué : du côté de l’offre électorale globale : «Il y a un échec, de la part des candidats, à développer un discours qui permet d’influencer les électeurs indécis. En effet, il n’y a pas de travail de fond pour permettre aux gens de choisir», explique-t-il.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Finalement ce constat peut-être vu de manière positive selon lui : «C’est un indicateur positif de la santé démocratique de ce pays. Face à une offre électorale globale, qui n’est pas conçue pour la clarification, et qui fait appel à des techniques immoral parfois – diffamation, sponsoring&#8230;- le citoyen tunisien se comporte comme à son habitude : il aime poser des questions, il prend son temps, il réfléchit&#8230; et il cache ce qu’il va faire.»</span></p>
<h4><b>Un phénomène difficile à appréhender</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour observer l&rsquo;activité autour des élections trois indicateurs spécifiques ont été mis en place par Mansour Ayouni.</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;"> Un </span><span style="font-weight: 400;">indicateur de présence média-social qui mesure la présence de l’acteur sur les réseaux sociaux. Ceci est corrélé par le nombre de “like” sur les publications et non pas la largeur de la communauté. </span><span style="font-weight: 400;"> </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">Un </span><span style="font-weight: 400;">indicateur d’influence média-social: la capacité d’un acteur présent sur les réseaux sociaux à faire “bouger la toile” et ramener les internautes avec lui. C’est l’indicateur le plus important. </span></li>
<li style="font-weight: 400;"><span style="font-weight: 400;">Un indicateur de performance: qui mesure la capacité d’un acteur à publier du contenu qui va devenir viral et faire bouger la toile.</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais pour l&rsquo;enseignant-chercheur sociologue des médias Enrique Klaus, le phénomène de la communication et de l’influence sur les réseaux sociaux est difficile à appréhender. Aujourd&rsquo;hui installé en Turquie, il a passé 5 ans en Tunisie à l’IRMC, après la révolution et il a suivi de près la question de la régulation des médias traditionnels. Il explique que l&rsquo;analyse des phénomènes sur les réseaux sociaux reste compliquée pour le moment : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«On peut appréhender des pages, mais si l&rsquo;on a à faire à des groupes fermés par exemple on ne sait pas ce qu&rsquo;il s&rsquo;y dit.» </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">On ne pourrait donc qu&rsquo;appliquer une méthode quantitative pour le moment. De même, il souligne la difficulté de se pencher sur Twitter, où à l&rsquo;échelle humaine, tenter de récupérer les données sur un hashtag par exemple serait un travail titanesque. Les retweets et les commentaires qui s&rsquo;y rajoutent rendent la tâche encore plus difficile.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si ATIDE a expliqué s&rsquo;être concentrée sur des pages et des groupes actifs, la mission d&rsquo;observation de l&rsquo;UE n&rsquo;a pas souhaité expliquer sa méthodologie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, il semble que l&rsquo;observation des réseaux sociaux lors des campagnes électorales se fait de manière aléatoire, dans un moment où des efforts coordonnés, avec une méthodologie partagée, pourrait peut-être permettre plus d&rsquo;efficacité pour comprendre le phénomène.</span></p>
<h4><b>Un phénomène à encadrer ?</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Un phénomène que les différents observateurs souhaitent voir encadré. L&rsquo;ATIDE a ainsi <a href="https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/10/16/tunisie-atide-appelle-a-la-mise-en-place-dun-cadre-juridique-relatif-a-la-propagande-politique-sur-les-reseaux-sociaux/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">appelé l&rsquo;ISIE et l&rsquo;ARP</a> à la mise en place d&rsquo;</span><span style="font-weight: 400;">un cadre juridique décisif et global concernant la propagande et la publicité sur les réseaux sociaux.</span><span style="font-weight: 400;">  </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«Je pense qu’il est temps de mettre tous les outils pour voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux et pouvoir contrer les manipulations : il faut faire de l’analyse et de la prévention» explique M. Mâater.</span></p></blockquote>
<figure id="attachment_4373" aria-describedby="caption-attachment-4373" style="width: 770px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4373 size-large" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-900x449.jpg" alt="" width="770" height="384" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-900x449.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-450x225.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-768x383.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-370x185.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-270x135.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman-740x370.jpg 740w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/MOE-UE-Castaldo-TNELEC-Barralaman.jpg 3835w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-4373" class="wp-caption-text">Le chef de la MOE UE, Fabio Massimo Castaldo, le jour des élections législatives, dans le bureau de vote de la rue de Marseille à Tunis. Crédit : Sana Sbouaï</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Un avis partagé par Fabio Massimo Castaldo de la MOE UE qui souligne tout de même l&rsquo;aspect global de ce phénomène «C&rsquo;est un phénomène mondial, il n&rsquo;y a pas de pays qui a une réglementation spécifique. Mais cela devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;une réflexion entre les rives de la méditerranée. Car il y a un impact de plus en plus fort. Il faut réfléchir à ce point, sans tomber dans la contre-propagande. C&rsquo;est un équilibre délicat. Je pense qu&rsquo;il faut partager les expériences, pour réussir à mettre en place une réglementation, mais sans mettre en place une censure à la liberté d&rsquo;expression des individus, qui est le sel de la démocratie.»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De son côté, Mansour Ayouni ne partage pas cette position et considère qu&rsquo;il est impossible de contrôler le sponsoring sur les réseaux sociaux et que c&rsquo;est le comportement de l&rsquo;électeur qui doit être accompagné pour qu&rsquo;il puisse se prémunir contre la manipulation. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">«C</span><span style="font-weight: 400;">ette sphère médiatico-sociale va s’auto-réguler : la loi serait inefficace, car inapplicable, sur un phénoméne incontrôlable. Les fake news existeront en ligne car elles existent dans la société. C’est la vulgarisation des usages qui va permettre la régulation. Ce n’est pas le contrôle. Il faut continuer à vulgariser l&rsquo;usage des réseaux sociaux.»</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Finalement, c</span><span style="font-weight: 400;">&lsquo;est l&rsquo;offre politique qui ne serait pas à la hauteur «face à ça la micro-société présente sur les réseaux sociaux et qui fait preuve d’une dynamique extrêmement intéressante», souligne-t-il. Par conséquent, il faudrait faire confiance aux électeurs qui sont sur les réseaux sociaux: malgré ce que l&rsquo;on peut croire ils ne s&rsquo;en laisseraient pas compter.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Reste qu&rsquo;ils ont beau faire partie du quotidien, les réseaux sociaux sont avant tout des entreprises qui offrent une liberté d&rsquo;échange aux internautes, mais cette offre est indéniablement intéressée. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on a pu voir lors de différentes élections dans la monde, aux USA pour l&rsquo;élection de Trump, comme au Royaume-Uni pour le Brexit. Leur capacité d&rsquo;influence n&rsquo;est donc pas à minimiser et il semble primordial de mieux comprendre les possibilités qu&rsquo;ils offrent pour mieux pouvoir l&rsquo;expliquer aux internautes.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/">Les réseaux sociaux: lieux de bataille politique</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>Présidentielle: le poids du choix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Oct 2019 17:16:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement Ennahdha]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dimanche 13 octobre, les Tunisiens ont élu un nouveau président de la République, après des semaines à devoir&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Dimanche 13 octobre, les Tunisiens ont élu un nouveau président de la République, après des semaines à devoir choisir, au rythme d’une campagne improbable. Un choix compliqué à arrêter.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les jeux sont faits. Kaïs Saïed a été élu président, une nouvelle assemblée va prendre place, il ne reste plus qu’à former un gouvernement. La Tunisie est arrivée au bout de son marathon électoral, non sans difficulté pour les électeurs. Il aura d’abord fallu s’y retrouver dans la foule des 26 candidats qui se sont présentés au premier tour de la présidentielle le 15 septembre dernier, puis faire un choix entre deux profils étonnants ce dimanche 13 octobre.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De ce vote indécis au premier tour, les Tunisiens sont passés à un vote massif en faveur de Kaïs Saïed pour le second tour. Il a récolté 72% des voix selon les résultats préliminaires officiels, ce dimanche face à Nabil Karoui. Mais si les jeunes lui ont fourni un vote d’adhésion (90% des jeunes inscrits auraient voté pour lui selon Sigma Conseil), d’autres électeurs ont eu du mal à faire un choix, jusqu’à la dernière minute. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur les réseaux sociaux, les débats n’en finissaient plus. Il fallait voter pour l’un ou pour l’autre, contre l’un ou l’autre, il fallait voter blanc ou s’abstenir, alors que sur le terrain la question semblait plus apaisée. Comme le débat dans lequel se sont lancés Marwan et Abir, deux jeunes fiancés de 28 ans, projettant chacun de voter pour un candidat différent. Lui pour Saïed et elle pour Karoui. Le couple s&rsquo;est rendu ensemble vendredi soir sur l&rsquo;avenue pour assister aux rassemblements organisés pour chacun des candidats et chemin faisant ils exposent chacun leurs arguments, tout en continuant à se tenir par la main.</span></p>
<figure id="attachment_4336" aria-describedby="caption-attachment-4336" style="width: 503px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4336 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-450x213.jpg" alt="" width="503" height="238" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Kais-president-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 503px) 100vw, 503px" /><figcaption id="caption-attachment-4336" class="wp-caption-text">Rassemblement en faveur de Kais Saied au dernier jour de campagne. Avenue Habib Bourguiba le 11 Octobre 2019 (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<h4><b>Fin de campagne</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour comprendre le vote de dimanche, il faut remonter à cette fin de campagne éclair, qui aura duré 48 heures, après la libération du candidat Nabil Karoui mercredi 9 octobre. Le candidat à la présidentielle avait été emprisonné le 23 août pour suspicion de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Son absence de la campagne présidentielle avait été source de tensions et de fatigue pour les électeurs qui ont dû, en plus, voter trois fois en moins d’un mois. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est la mini campagne des deux candidats et les conséquences de cette campagne ponctuée d’un scrutin pour les législatives, qui auront permis à de nombreux électeurs de faire un choix. En effet tous n&rsquo;étaient pas forcément convaincus par la victoire de Kais Saied lors du premier tour. Le candidat avait obtenu 18,4% des voix contre 15,6% pour Nabil Karoui. Au second tour, l’écart s&rsquo;est creusé en faveur de Kais Saied, qui a remporté 72,71% des voix,  contre 27,29% pour Nabil Karoui, selon l&rsquo;instance supérieure et indépendante pour les élections (ISIE).</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Vendredi soir sur l&rsquo;avenue Bourguiba, pour clore la campagne, il y avait deux camps bien distincts : les pro-Saïed et les pro-Karoui. Chacun à un bout de l&rsquo;avenue, le tout dans l’ambiance bon enfant d’une soirée de fin de semaine. Dès 17h, les partisans de l’enseignant de droit se sont retrouvés devant le théâtre municipal, entonnant l&rsquo;hymne national, chants et discours d’ouverture, appelant les Tunisiens de tous bords “de droite, de gauche, croyants, athés…” à se joindre au mouvement .</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">A l&rsquo;extérieur des barrières qui délimitent un périmètre autour de l’estrade, Sameh, 23 ans, presse le pas. Cette étudiante en licence est venue au rassemblement car elle a vu l&rsquo;annonce de dernière minute sur Facebook. “Moi je suis pour Kaïs Saïed depuis le début. Son programme me plait.” La jeune femme fait partie de la masse de jeunes électeurs qui a voté pour le constitutionnaliste dès le premier tour.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ahmed, 29 ans, informaticien de Siliana, travaille à Tunis et fait les voyages tous les jours. Avant d’aller prendre un louage pour rentrer chez lui, il a voulu faire un passage rapide par le rassemblement. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Au premier tour, j&rsquo;étais pour Safi Saïd. Puis, j&rsquo;ai encore voté pour lui aux législatives. Mais là, je vais voter pour Kaïs Saïed dimanche. Je suis contre Nabil Karoui. Il n&rsquo;est pas clair. Tous les jours, il a des affaires qui sortent sur les réseaux sociaux. Kaïs Saïed n&rsquo;a pas ce genre de problèmes.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">N&rsquo;a-t-il pas peur d&rsquo;être déçu si son candidat ne tient pas ses promesses ? “Non ! Les législatives ont tout décidé, c&rsquo;est Ennahda qui a remporté le plus de sièges. Moi, je pense qu&rsquo;il faut revenir à un régime présidentiel, avec un homme fort qui gouverne.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Est-il nostalgique ? “Bon, c&rsquo;est vrai qu&rsquo;au temps de Ben Ali, il y avait des gens qui allaient en prison. Mais au moins, il n&rsquo;y avait pas Ennahda. Et on vivait…”</span></p>
<figure id="attachment_4335" aria-describedby="caption-attachment-4335" style="width: 505px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4335 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-450x213.jpg" alt="" width="505" height="239" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/karoui-president-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 505px) 100vw, 505px" /><figcaption id="caption-attachment-4335" class="wp-caption-text">Drapeau avec slogan « Nabil Karoui président! », tenu par une citoyenne venue écouter le candidat sur l&rsquo;avenue Bourguiba le 11 Octobre 2019. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">A l&rsquo;autre bout de l&rsquo;avenue, Tawfik, tout juste retraité de l&rsquo;univers juridique, n&rsquo;est pas du tout d&rsquo;accord. Il est installé sur un banc avec sa femme, dans le périmètre réservé au rassemblement pour Nabil Karoui. “Kaïs Saïed n&rsquo;a pas l&rsquo;étoffe d&rsquo;un leader. Moi, mon choix c&rsquo;est Karoui depuis le départ. Lui, il sait diriger une entreprise, il a de l&rsquo;expérience, il sait comment mener des hommes. Et puis, Kaïs Saied ne sait même pas communiquer ! Bon Karoui aussi, il doit s&rsquo;améliorer un peu. Mais Kaïs Saïed ne parle même pas en tunisien !” dit-il en faisant référence à la marque de fabrique du candidat juriste qui s’exprime toujours en arabe littéraire, aussi bien dans les amphithéâtres universitaires que lors de ses interventions télévisées. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plus loin, Nouha, la vingtaine, une jeune femme vivant dans un quartier populaire, insiste:</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;"> “Karoui va résoudre nos problèmes de pauvreté. C’est pour lui qu’il faut voter!” </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Avec une amie, elle attend avec impatience de voir son candidat apparaître. Nabil Karoui finira par arriver vers 19h. La foule bigarrée applaudit, crie. Le candidat s’adresse à elle, en reprenant les mêmes idées : “nourrir nos enfants, avoir un toit sur la tête…”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quelques heures plus tard, les deux hommes se sont retrouvés dans un face à face télévisé pour un débat organisé par l’association Munathara, en direct sur plusieurs chaînes. Un moment de télévision historique qui a drainé 6,4 millions de téléspectateurs toutes chaines tunisiennes confondues. Il a été le sujet de toutes les discussions du samedi précédent l’élection. En ce jour de silence électoral pour les candidats et les médias, le “Facebook tunisien” était rythmé par les statuts et commentaires autour du second tour. </span></p>
<h4><b>Le débat : un tournant dans la campagne</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce débat a permis à certains citoyens d’y voir plus clair, notamment ceux qui n’étaient pas forcément dans les meetings des deux candidats vendredi soir ou qui avaient suivi la campagne de loin, via ses rebondissements et tractations politiques autour de l’affaire d Nabil Karoui. </span></p>
<figure id="attachment_4334" aria-describedby="caption-attachment-4334" style="width: 496px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-4334" src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-450x213.jpg" alt="" width="496" height="235" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/hedi-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-4334" class="wp-caption-text">Hédi Hedfi, jeune étudiant en sciences juridiques de 21 ans et membre du bureau de vote de la rue de Marseille. Tunis, 13 Octobre 2019. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est ce qu’assure Hédi Hedfi, jeune étudiant en sciences juridiques de 21 ans et membre du bureau de vote de la rue de Marseille, dimanche 13 octobre. “J’ai regardé le débat vendredi soir au café, rue du Ghana dans mon quartier. Les jeunes faisaient des blagues sur les candidats, applaudissaient, réagissent à ce qui était dit. Il y en avait qui ne voulaient pas voter et qui après le débat m’ont dit qu’ils y voyaient plus clair et qu’ils allaient finalement aller voter.”</span><span style="font-weight: 400;">Hédi est donc convaincu de l’apport positif du débat. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Zied Zahar, directeur commercial dans une clinique privée de la capitale, est un peu moins enthousiaste. Ce père de famille est venu voter dans son quartier de l’Ariana mais alors qu’il rentre dans le centre de vote, il n’est encore sûr de rien : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Peut-être que je vais changer d’avis, peut-être même que je vais voter blanc une fois dans l’isoloir. J’aurais aimé que ce soit un vrai débat, que les candidats présentent d’abord leurs programmes, et que par la suite, les journalistes les questionnent.” </span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Le candidat pour lequel il a voté au premier tour a été éliminé, il a donc dû se résoudre à un choix difficile, “à un vote utile”, le débat lui ayant permis de mieux cerner les candidats et de l’éclairer à “30%” environ.</span></p>
<h4><b>Vote blanc et abstention</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L’abstention aura fortement marqué les scrutins, même si pour le troisième et dernier rendez-vous électoral, les Tunisiens se sont un peu plus mobilisés avec un taux de participation qui frôle les 58%. Lors de l&rsquo;élection présidentielle de 2014, il avait dépassé les 60%. Cette année, l’abstention et le vote blanc ont été l’objet de nombreuses discussions.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Talel Ksiksi, informaticien freelance à Médenine, vote blanc comme toute sa famille. Aucun des deux candidats ne lui convient: </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Je vais me déplacer pour mettre faire un bulletin blanc dans l’urne. Et j’espère que nous serons nombreux pour que cela soit réellement pris en considération dans le résultat électoral.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Le débat de vendredi soir a-t-il éclairé l’opinion selon lui? “J’avais encore un peu d’espoir avant que le débat ne débute, mais au final, c’était encore pire. L’un des candidats me semble être presque stupide, l’autre dit ne pas avoir d’idée et vouloir s’en remettre aux jeunes&#8230;” Alors pour marquer son désaccord, il boycottera les deux profils.</span></p>
<figure id="attachment_4332" aria-describedby="caption-attachment-4332" style="width: 499px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-4332 " src="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-450x213.jpg" alt="" width="499" height="236" srcset="https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-450x213.jpg 450w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-768x364.jpg 768w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-900x426.jpg 900w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-370x175.jpg 370w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-270x128.jpg 270w, https://www.researchmedia.org/wp-content/uploads/2019/10/Court-Article-choix-de-vote-740x351.jpg 740w" sizes="(max-width: 499px) 100vw, 499px" /><figcaption id="caption-attachment-4332" class="wp-caption-text">Ecole primaire et centre de vote Rue de Marseille. 13 Octobre 2013. (Sana Sbouai)</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans une démarche de rejet encore plus prononcée, Mehdi Bel Hadj Aïssa, lui, ne vote pas. Il a publié un statut Facebook pour expliquer sa démarche :</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"> “J&rsquo;ai longtemps hésité entre les deux, vote blanc ou abstention, ça sera abstention pour moi. Je ne suis pas serein à l&rsquo;idée de laisser un bulletin vierge au pays des magouilleurs. </span><span style="font-weight: 400;">Et puis, je pense que finalement l&rsquo;abstention aura plus de visibilité au niveau des chiffres. C&rsquo;est triste quelque part de se dire que je suis descendu dans la rue un jour pour revendiquer un droit dont je vais pas profiter aujourd&rsquo;hui. Mais la classe politique est aussi à l&rsquo;image d&rsquo;une grande partie du pays, sale, tricheuse et corrompue&#8230; On récolte ce qu&rsquo;on sème après tout.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce consultant de 36 ans n’était pas convaincu par les deux candidats et en plus, ne fait pas confiance aux institutions, et craint que quelque coche une case sur son bulletin vierge . Il a voté au 1er tour et aux législatives, mais les candidats du second tour ne portent pas les valeurs auxquelles il croit. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Si le vote blanc avait un sens et était comptabilisé alors je me serais peut-être déplacé.” Dans son entourage l’abstention prend le dessus également.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Plusieurs pages Facebook ont appelé d’ailleurs pendant le scrutin à comptabiliser le vote blanc lors de ce scrutin pour qu’il soit considéré comme un “geste politique”. D’après l’ISIE, plus de 26 000 votes blancs ont été dénombrés pour le scrutin des législatives. L&rsquo;instance en a dénombré plus de 15 000 pour le second tour de la présidentielle.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est pourtant, portés par cette envie de lutter contre les “magouilles” que de nombreux Tunisiens ont donné leur voix à Kaïs Saïed. Un choix évident pour certains, compliqué pour d’autres, de résignation parfois. Mais un choix, tout de même, fait en toute liberté.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur l&rsquo;avenue Bourguiba dimanche soir, l&rsquo;ambiance était à la fête. Les citoyens sont sortis pour célébrer la victoire de Kaïs Saïed pour certains, le simple fait que cette élection ait été menée jusqu&rsquo;au bout sans bévue. Chants, klaxons, drapeaux, accolades. Kaïs Saïed l&rsquo;a promis : il sera le président de tous. </span></p>
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		<title>La société civile amère face aux élections</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2019 17:46:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Société civile]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Egalité entre les citoyens, accès à la justice… les associations tunisiennes auraient aimé que ces questions de fond&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-left: 40px;"><em>Egalité entre les citoyens, accès à la justice… les associations tunisiennes auraient aimé que ces questions de fond émergent lors des élections. Cela n’aura pas été le cas. Une déception qui s’ajoute au fait que leur travail a été récupéré par les politiques, qui ont imposés des débats superficiels.</em></p>
<p><span style="font-weight: 400;">“Le résultat du premier tour des présidentielles n’a rien de surprenant. En réalité, c’est une réponse de la population face à l’inaction des responsables au pouvoir depuis 2011.” Abderrahmane Hedhili, président du FTDES pourrait avoir l’air résigné, pour autant ce militant de longue date sait parfaitement que les batailles pour changer une société se mènent  sur le temps long. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dimanche 15 septembre, les Tunisiens ont voté lors du premier tour des présidentielles pour l’enseignant de droit Kaïs Saïed et pour l’homme d’affaires emprisonné Nabil Karoui. Deux hommes aux profils opposés aux habitués du sérail. Lors des élections législatives du 6 octobre, c’est un parlement morcelé qui est apparu. Avec encore une fois, un fort taux d’abstention pour ce scrutin et une sanction contre les partis installés.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les candidats ayant une carrière politique ont été écartés lors de la présidentielle, et pour Alaa Talbi, du FTDES, ce vote sanction, doublé d’une forte abstention, s’explique facilement : </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">“Nous avons aujourd’hui une population épuisée, après toutes les promesses fictives entendues pendant les précédentes élections, après les visites occasionnelles et opportunistes des candidats. Il y a une déception totale de la population et l’émergence d’une nostalgie de l’avant 2011.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais ce qui inquiète surtout les militants associatifs c’est de voir que les questions sur les droits et libertés n’étaient pas à l’ordre du jour. Pourtant, depuis 2011 de nombreux acteurs de la société civile travaillent à mettre en place une société plus juste en Tunisie. Les élections de cet automne représentent un moment de cristallisation de ce combat. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Alors que le débat identitaire a cette fois été écarté, c’est la question de la situation économique et sociale qui a pris le dessus, mettant de côté des sujets comme l&rsquo;accès à la justice, l’égalité entre les citoyens, la lutte pour l’intégrité des responsables politiques, la lutte contre les abus et les mauvaises pratiques de la dictature. En lieu et place de quoi les candidats se sont concentrés sur des questions importantes pour les citoyens, mais moins décisives quant au modèle de société à mettre en place.</span></p>
<h4><b>Le travail de fond des associations récupéré par les candidats </b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Au début du mois d’octobre a eu lieu une conférence de presse pour lancer la campagne “</span><a href="http://laroujou3.com/"><span style="font-weight: 400;">La roujou3</span></a><span style="font-weight: 400;">” (</span><i><span style="font-weight: 400;">Plus jamais</span></i><span style="font-weight: 400;">) et présenter une</span> <span style="font-weight: 400;">analyse de l’offre des partis politiques et des candidats aux élections législatives à propos de la  justice transitionnelle, ainsi que les résultats d&rsquo;une </span><a href="http://laroujou3.com/sondage/"><span style="font-weight: 400;">enquête de perception</span></a><span style="font-weight: 400;"> nationale sur la Justice Transitionnelle. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Seif Ben Tili, de Bawsala, association membre de cette campagne au côté du FTDES et de ASF, explique la non prise en compte de questions clés :</span><span style="font-weight: 400;"> “La fracture se joue du fait de la prévalence de questions sociales sur les questions sociétales. Si on fait un tour des programmes on voit que la majorité des partis évoquent de problèmes socio-économiques, si bien que les candidats qui jouent là dessus sont les premiers dans les sondages. Il est difficile de dire à une personne qui a faim de venir exercer son droit à l&rsquo;accès à la justice par exemple. Je pense que cet aspect économique et important, mais il faut aussi pousser pour que les droits fondamentaux aient une prévalence sur d’autres questions en politique.”</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">La société civile, entendue comme force de pression non-gouvernementale qui agit pour influencer les politiques gouvernementales, a permis en Tunisie de dresser un état des lieux de la situation vécue par la population dans toute sa diversité et faire émerger des batailles pour les droits et les libertés individuelles qui n’avaient que peu de place avant la révolution.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cet état des lieux aurait été absorbé par les candidats pour construire un discours populiste, sans que les questions de droits et de liberté n’émergent. Une tactique politicienne pour Seïf Ben Tili : “La période électorale est le moment de cristallisation des questions décisives : les politiciens commencent à attirer les gens via des questions économiques et cela permet d’échapper à d’autres questions qui gênent ou qu’ils ne veulent pas traiter.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Alaa Talbi, du FTDES, va plus loin : </span><span style="font-weight: 400;">“A la fin on a l’impression que le travail de terrain de la société civile donne, comme résultat, un second tour entre Kais Saied et Nabil Karoui. Sont-ils les meilleurs profils pour récupérer cette masse (NDLR : de votants), je me pose la question. Mais en attendant il faut constater qu’ils étaient les seuls à s’adresser aux différentes catégories de la population. Et cette situation est en partie la faute des grands partis politiques.”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">M. Talbi ne s’étonne pas que les candidats n’adressent pas les questions d’équité et d’égalité, alors même que la population se dit intéressée par ces sujets. Ainsi dans le sondage dévoilé dans le cadre de “La roujou3” 50% des Tunisiens interrogés disaient vouloir un Président de la République intègre. “Mais nous avons pour l’instant un des candidats au second tour qui est emprisonné dans une enquête pour suspicion de blanchiment et d’évasion fiscale. Je pense que cela marque le gouffre qui existe entre les besoins et attentes des citoyens et ce que la classe politique propose”, continue M. Talbi.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si les principes défendus par la société civile semblent ne pas encore avoir été intégrés par les candidats pour l’instant, celà ne signifie pas qu’il faut se résigner. </span><span style="font-weight: 400;">Gabriele Reiter, directrice du bureau de l&rsquo;Organisation Mondiale Contre la Torture à Tunis, qui se bat pour que les pratiques du passé disparaissent, tempère le sentiment général : « 2011-2019 c&rsquo;est beaucoup trop court. En Europe de l&rsquo;Est, en Amérique Latine pour changer les choses il a fallu des générations.</span><span style="font-weight: 400;"> Cela</span><span style="font-weight: 400;"> prend du temps. » Selon elle pour la question de la torture il y aurait une volonté politique de changer les choses, mais la mise en pratique prend du temps.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est justement pour que la situation change que l’organisation Amnesty International vient de publier une </span><a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2019/10/tunisia-new-parliament-must-prioritize-human-rights/"><span style="font-weight: 400;">lettre ouverte adressée aux futurs députés</span></a><span style="font-weight: 400;">. Un texte qui met en avant dix sujets en matière de droits humains, sur lesquels les parlementaires sont invités à travailler : liberté d’expression, liberté d’association, justice transitionnelle, égalité des genres ou encore dépénalisation de l’homosexualité… Pour Amnesty, le parlement doit accorder la priorité aux droits humains. Des sujets peu abordés lors des campagnes électorales. </span></p>
<h4><b>Un éclatement de l’offre</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">Autre point saillant des élections : une offre pléthorique de candidats. Vingt-six candidats pour les présidentielles et 1506 listes pour les législatives. De nombreuses listes ne sont pas affiliées à des partis politiques et sont formées d’indépendants, dont des membres de la société civiles affirment que certains sont des personnes corrompues et que des financements proviendraient de contrebandiers. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Reste que dans la grande majorités les indépendants sont des citoyens ordinaires ou venant du monde associatif. Alaa Talbi explique ce phénomène : “Il y a une forte présence de listes alternatives pour ces législatives : il y a des listes qui ont vu le jour suite à des dissensions entre partis et il y a aussi des listes créées par des gens qui sont persuadés de l’échec de la notion de parti politique, et qu’il faut donc que les idées viennent d’ailleurs. Il y a aussi cette fois-ci des listes avec des gens qui viennent directement du monde associatif et qui veulent défendre leur propre projet et non servir les projets d’un parti, comme cela a pu être le cas en 2014.”</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">C’est que selon lui, ce n’est pas seulement les citoyens qui sont épuisés : “Nous sommes devant une réalité amère. La société civile propose des alternatives depuis des années mais personne ne nous répond.”</span></p></blockquote>
<h4><b>Quand le monde associatif franchit la frontière avec la politique</b></h4>
<p><span style="font-weight: 400;">L’exemple du parti Aïch Tounsi parle de lui-même : ce mouvement socio-politique créé en 2018, s’est mué en parti politique et s’est lancé dans la campagne des législatives, sans grand succès. “Nous voulons faire de la politique en dehors de la manière dont les partis se définissent en Tunisie. Nous sommes issus de la société civile car nous sommes proches des citoyens, nous sommes allés les voir, nous allons discuter avec eux sur le terrain, pour savoir de quoi les gens ont besoin. Mais aussi parce que notre conception des choses c’est de dire que tous les citoyens peuvent se mêler de la politique et ont un mot à dire.” C’est ce qu’explique Yosra Sassi, en deuxième position sur la liste Aïch Tounsi, dans la circonscription Tunis 1. Cette avocate a été approchée pour intégrer la liste. Elle raconte avoir faire partie d’une association il y a quelques années. Tout comme un de ses colistiers Yousri Garnit, personnel administratif au sein de la Cité des Sciences. Il explique lui aussi que les Tunisiens en ont marre des partis, que la confiance est perdue et qu’il faut agir autrement. Finalement ce mouvement n’obtiendra qu&rsquo;un siège au parlement.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais la société civile peut-elle prendre le pouvoir ? Alaa Talbi n’y croit pas et interroge le futur :  “Le fait que des listes soient issues d’associations, qui travaillent pour leur propre compte, doit faire l’objet, de mon point de vue, d’un débat national : quel rôle pour la société civile? Est-ce que l’on continue à proposer des alternatives ? De faire de l’observation ? Ou est-ce que l’on veut prendre le pouvoir ?”</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est que le rôle de la société civile est particulier en Tunisie. La maîtresse de conférences Hèla Yousfi écrivait dans un article publié sur le site </span><a href="https://orientxxi.info/magazine/faut-il-encenser-la-societe-civile-en-tunisie,1673"><span style="font-weight: 400;">OrientXXI</span></a><span style="font-weight: 400;"> en 2017 que le prix Nobel attribué à la société civile tunisienne était “en quelque sorte la consécration de son pouvoir grandissant.” Pour l’auteure cette composante de la société  est devenue un acteur clé du champ politique, notamment après qu’un ministre chargé des relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile ait été nommé. </span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">La société civile “ne se contente plus d’un contre-pouvoir, elle devient une actrice incontournable dans la fabrique de la décision politique”, écrivait Mme Yousfi. Elle soulignait aussi les clivages autour des missions de cette force.</span></p></blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Alaa Talbi lui est catégorique : “ Je ne crois pas à la thèse de la société civile qui va prendre le pouvoir. Donc je pose la question du point de vue éthique. Mais ça n&#8217;empêche pas qu’il faille avoir un débat sur l’avenir des partis politiques en Tunisie, sur la question de la confiance des citoyens qui s’érode, et sur la crise de confiance qui semble s’exporter vers la société civile.”</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/la-societe-civile-amere-face-aux-elections-fr/">La société civile amère face aux élections</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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		<title>“Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir.” Interview de Mohamed Sahbi Khalfaoui, politologue</title>
		<link>https://www.researchmedia.org/interview-khalfaoui-politologue-premier-tour-presidentielle-fr/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sana Sbouaï]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 18:58:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article fr]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblé des Représentants du Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Carthage]]></category>
		<category><![CDATA[Elections Présidentielles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que l’ISIE vient d’annoncer les résultats préliminaires du premier tour de l'élection présidentielle, pour lequel les candidats Kaïs Saïed et Nabil Karoui sont arrivés en tête, le chercheur et enseignant en science politique Mohamed Sahbi Khalfaoui livre son analyse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1"><b>Quelle est votre analyse de la mobilisation électorale lors de ce premier tour ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">C’est un vote sanction. Les deux candidats qui se trouvent en tête du scrutin avaient une posture d’outsider, loin devant les candidats des partis classiques. Un chiffre retient l’attention si l’on regarde les 6 premiers candidats. Les trois candidats issus du système gouvernant ont récolté 30% des voix alors que mis bout à bout Safi Saïd, Nabil Karoui et Kais Saïed récoltent 40% des voix. Ce chiffre exprime la fracture qui existe entre une grande partie des électeurs et la classe gouvernante. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">C’est une sanction contre le système en place et contre les méthodes classiques de campagnes. Il y a d’un côté Kaïs Saïed qui fait une campagne sans coût financier et Nabil Karoui qui était présent sur le terrain pendant 3 ans, face aux autres candidats qui ont fait des campagnes habituelles, avec affichage urbain un contact restreint sur le terrain avec les électeurs. Les méthodes utilisées par les Saïed et Karoui sont plus crédibles pour les électeurs. Quelque part Kaïs Saïed réinvente la politique en son sens premier, c’est à dire dans le lien que l’on doit trouver entre un élu et l&rsquo;électeur. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Est-ce que ce résultat questionne la notion de populisme ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pour moi, le populisme est une maladie de vieillesse de la démocratie quand elle perd son sens initial de gouvernement du peuple. Aujourd’hui, la démocratie est pervertie par le fait qu’elle devient une démocratie par l’oligarchie. Et là-dedans, il y a une coupure par rapport aux attentes populaires. En Tunisie, il y a une forte crise économique, comme dans le monde entier. Or la montée de ces crises économiques donnent la montée de courants populistes et la Tunisie ne déroge pas à la règle : il y a une crise économique, il faut trouver un coupable, et la classe politique est désignée comme tel. Le fait d’avoir plus de 50% d’abstention est un rejet clair de la classe politique par les citoyens.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Toutefois, il y a pour moi quatre critères pour définir le populisme :</span></p>
<ul class="ul1">
<li class="li3"><span class="s1">le rejet des élites<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">l&rsquo;absence de l&rsquo;aspect programmatique<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">le lien entre le candidat et le peuple sans passer par les corps intermédiaires.<br />
</span></li>
<li class="li3"><span class="s1">la vénération d&rsquo;une construction imaginaire qui est le « Peuple, le vrai ».<br />
</span></li>
</ul>
<p class="p1"><span class="s1">Ces critères peuvent s’appliquer à Kaïs Saied, à Nabil Karoui, et comme à d&rsquo;autres candidats de cette élection. Dans ce sens, le populisme était présent dans ce scrutin. </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Les chiffres de la participation électorale varient d’une région à une autre avec Kebili et Tunis en tête de la mobilisation et Béja en queue de peloton. Que peut-on lire dans ces tendances ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Je considère ces clivages qui définissent les alignements des électeurs, comme un héritage de l’époque de Bourguiba. Il existe selon moi réellement un clivage entre le vote urbain et le vote rural, tout comme il existe un clivage entre le centre du pouvoir et ses périphéries.  </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">J’avais pronostiqué avant les élections une possible victoire de Zbidi, Chahed ou Mourou du fait de leur appartenance sociale : l’un est originaire du Sahel et deux des grandes familles tunisoises. Pourtant aujourd’hui, pour la première fois, si on fait exception de Moncef Marzouki qui n’a pas été élu directement, le pays va être dirigé par un président qui ne vient ni du Sahel, ni de la capitale, ces deux régions qui sont le centre du pouvoir depuis 1705. Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir. Pour moi, c’est un message important dans la mesure où les électeurs ont choisi un changement radical. Un changement au niveau des politiques, mais également du fait de l’appartenance sociale du candidat, en plus que d’être un rejet de la classe dirigeante de 2014. C&rsquo;est l’une des conclusions de ce scrutin qu’il faut indiquer.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Quid de la théorie écologique de la mobilisation des électeurs lors de ce scrutin ?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En 2014, on a eu un vote Nord versus Sud. Je ne suis pas certain que cette image sera la même pour ce scrutin et je pense que nous allons avoir une mosaïque différente. Mais je maintiens que l’on vote avec son identité sociale, la façon dont on se perçoit. Je crois que les deux candidats expriment bien ça : les ménagères qui votent pour Karoui doivent en partie le faire, car il fait du caritatif et que pendant 3 ans, il est allé dans des régions dont l’État semble jusqu’à ignorer l&rsquo;existence. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">D’un autre côté, selon un sondage, 37% de l&rsquo;électorat jeune a voté pour Kaïs Saied: c&rsquo;est l’image du professeur sérieux, qui parle arabe littéraire parfaitement, avec l’image de rigueur qui lui incombe et cette idée que c’est une personne incorruptible. C’est un peu le souvenir de ce professeur qui influence notre parcours que l’on a tous rencontré. Ce n’est pas anodin qu’il y ait des jeunes qui votent pour la première fois de leur vie, qui doivent sans doute à peine sortir du lycée ou de la fac, qui votent pour un universitaire, malgré l’aspect dangereux de son discours et de ses idées. Tout cela s’explique par le lien avec l’image que l’on se donne de nous-mêmes. On vote pour soi-même et pour un idéal.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Il n’y a donc pas tant de dépolitisation que ça des jeunes?</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">J’ai l’impression que les jeunes tunisiens vivent avant tout un sentiment d’aliénation. Il y a de nombreux jeunes qui ne sont ni à l’école, ni à la fac, ni employés. Ils peuvent alors avoir l’impression d’être un poids pour leur famille et d’être en rupture avec le système social. Je pense que ce sont ces jeunes qui ne se sont pas déplacés. Mais je crois aussi qu’on ne peut généraliser le vote des jeunes. En fonction de la situation de chacun, il y a des postures sociales qui ne sont pas les mêmes et donc des votes ou une mobilisation qui divergent. Les données empiriques permettent de comprendre le vote pour un candidat, mais pas forcément la mobilisation d’une partie de la population.</span></p>The post <a href="https://www.researchmedia.org/interview-khalfaoui-politologue-premier-tour-presidentielle-fr/">“Pour la première fois, les périphéries ont gagné contre les centres du pouvoir.” Interview de Mohamed Sahbi Khalfaoui, politologue</a> first appeared on <a href="https://www.researchmedia.org">Research Media</a>.]]></content:encoded>
					
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